‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 89 sur 243 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

L ECCLESIASTE.

C'est à peu près vers ce temps qu'on peut placer la composition d'un des livres les plus singuliers de la littérature hébraïque, le Cohélet ou EcclésiasteK Nulle part ailleurs on ne voit aussi bien l'étrangeté, la variété, l'imprévu du génie juif. Depuis Antiochus Épiphane, Israël a la fièvre;

1. La langue du Cohélet est la plus basse de tous les écrits bibliques. Elle est postérieure même à celle de Daniel. Le livre finit au verset xii, 8, ou, si l'on veut, au verset xii, 10. Les versets xii, 11-12 sont une sorte de quatrain inscrit au feuillet de garde du volume des hagiograplies, quand le Cohélet occupait les dernières pages de la collection. Les versets 13-14 ont pu faire partie de la même finale. On peut les considérer comme un de ces résumés de toute la Bible en quelques mots, qui exerçaient la subtilité. Matth., vil, 12; xxii, 36-40. Les innombrables fautes qui altèrent le texte, montrent que l'ouvrage fut écrit dans l'alphabet carré, arrivé au dernier degré de sa décrépitude. La traduction grecque fut faite vers l'an 130 après J.-C. Voir, pour

il enfante le christianisme dans la douleur; il souffre pour l'humanité. Or, voici un livre dont l'auteur est le plus calme des hommes ; ni le patriotisme ni le messianisme ne le troublent; il ne gémit que sur lui-même ; ses tristesses et ses consolations sont pour lui seul. C'est un sceptique, un épicurien, mais avec des nuances qui font de son livre un des plus originaux et des plus charmants qui existent dans aucune langue.

La fiction qui sert de base au Cohélet est des plus transparentes. QHLT*, lils de David, a été un roi puissant, bâtisseur, jouisseur, livré aux femmes, au vin, à la sagesse, savant paraboliste, curieux de toutes les choses de la nature. Ce sont là exactement les traits sous lesquels l'histoire et la légende présentent Salomon. Nul doute que l'auteur, qui sûrement connaissait les Proverbes attribués aussi à Salomon, n'ait voulu mettre en scène le successeur de David. Ce roi célèbre lui a paru un personnage commode pour l'objet qu'il se proposait, c'est-ti-dire pour montrer la vanité de toute chose.

plus (le «lôtuiis, ma traduction de VEcdésiasle, avec une étude sur l'âge el le caractère du poème (Paris, (lulmaun Lévy, 1885), |). 5^i et suiv.

1. rbnp est certainoniout un é(iuival('iit (lcnD'?^= Salomo, par un jeu analogue à Valhhasch ou Valbani. Ou n'eu a pas encore trouvé le secret.

Salomon, ayant vu le sommet de la gloire et de la prospérité, a été mieux placé que personne pour découvrir le creux absolu de tous les mobiles de la vie humaine et la complète frivolité des opinions qui servent de base ù la société.

« Tout est vanité. » Tel est le résumé, vingt fois répété, de l'ouvrage. Le livre se compose d'une suite de petits paragraphes, dont chacun contient une observation, une façon d'envisager la vie humaine, dont la conclusion est l'universelle frivolité. Cette conclusion, l'auteur la tire des expériences les plus diverses. Il s'y complaît; il en fait le rythme et le refrain de sa pensée. Le monde présente à ses yeux une série de phénomènes, toujours les mêmes et roulant les uns après les autres dans une sorte de cercle. Nul progrès. Le passé a ressemblé au présent; le présent ressemble à ce que sera l'avenir. Le présent est mauvais, le passé ne valait pas mieux, l'avenir ne sera pas préférable *. Toute tentative pour améliorer les choses humaines est chimériq ue , l'homme étant incurablement borné dans ses facultés et sa destinée. L'abus est éternel; le mal qu'on avait cru supprimé reparait surle-champ, plus envenimé qu'avant sa suppression-.

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