‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 98 sur 243 · I. Voir Vie de Jésus, ch. xiii · texte numérisé non relu

I. Voir Vie de Jésus, ch. xiii

qu'il y a de sûr, c'est que la composition du livre ne remonte pas au delà des temps hérodiens ou asmonéens.

La langue est ici évidemment le critérium le plus important. Le vieux style hébreu a un caractère à part, ferme, nerveux, serré comme un câble, tordu, énigmatique. L'hébreu moyen, au contraire, est lâche, sans timbre, flasque, tout à fait analogue à l'araméen. Les aramaïsmes y abondent; les écrits conçus en ce dialecte peuvent être traduits mot à mot en araméen, sans rien y perdre. Il n'en est pas de même du Cohélet. Oui, certes, lalanguedu livre est moderne ; mais elle est peu teintée d'aramaïsme ; le livre est presque impossible à bien traduire en syriaque. Ce à quoi cet hébreu ressemble, c'est à la Mischna, et surtout au iraiiié EdiUothj aux Pirké aboth à la Metjillath Taanith. Or la Mischna représente l'hébreu du ii* siècle après Jésus-Christ, hébreu très difl'érent de la langue fortement aramaïsée qui avait été à la mode chez les Juifs vers l'époque achéménide. Par la langue, le Cohélet paraît le plus récent des livres bibliques, le plus voisin du Talmud.

L'auteur a sûrement vécu à une époque de grande décadence sociale. On voit bien, à son état d'âme, que les mœurs étaient perdues. La famille est

détruite; la femme, à la suite des scandales de l'époque séleucide et à la veille, au moment peutêtre, des effroyables crimes domestiques de l'âge hérodien, est devenue un fléau. Ce qui soutenait l'ancien sage, quand sa philosophie était trop ébranlée, c'était l'espérance de se survivre en ses enfants. La postérité le consolait de la fragilité de la vie individuelle. Notre auteur voit dans cette façon de raisonner une amère duperie. Que sait-on de ses enfants? Ce seront peut-être des sots, qui vous couvriront de honte et démoliront ce que vous avez cherché à édifier. Le vrai commentaire du Cohélet, ce sont les livres XII et suivants des Antiquités de Josèphe, ce tissu de crimes et de bassesses qui, surtout depuis l'an 200 (av. J.-C.) à peu près, compose l'histoire de la Palestine. Les hasidim échappaient à la réalité par leurs rêves messianiques; notre auteur y échappe par son fatalisme résigné et par son goût de la vie raffinée.

Si l'on pouvait comprendre toutes les allusions de détail que renferme le livre, on aurait les données les plus précises sur la date de sa composition; mais l'auteur ne s'exprime jamais qu'à demi-mot. Le pauvre homme sage qui sauva sa ville et qu'on oublia*, le pays où ce sont des

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