Notez Amos, vi, U
[765 av. J.-C] LES DEUX ROYAUME S. 453
négligeable. Les efforts des nations, comme ceux des individus, reçoivent de l'activité générale du siècle un coefficient énorme. Même le mal est quelquefois fécond par la réaction qu'il provoque; il n'y a de tout à fait stérile que le terre-à-terre et le désordre mesquin. Vers 765 ou 760 \ un fait d'importance majeure vint changer Taxe de la politique en Orient. Alors apparut, dans les vallées de rOronte et du Jourdain, une puissance militaire dont rien encore n'avait pu donner une idée. Damas, Tyr, Hamaih, les villes philistines, auxquelles avaient appartenu jusque-là l'importance et la renommée, n'eurent plus désormais que des mouvements subordonnés à l'action d'un centre éloigné.
Les relations des Hébreux avec l'Assyrie remontaient aux origines; mais, depuis des siècles, elles étaient interrompues. L'Assyrie, d'ailleurs, que les Bisni-Israël avaient connue était la région mésopotamienne de Sarug et de Ilarran, peut-être antérieurement la Babylonie et la Chaldée. Cet ancien
J. La chronologie est ici fort incertaine. VoirOppert, la Chronol. biblique, p. 29-32; le même, Salomon et ses suce, 1877; Schrader, Die Keil. und das A. T. (2" édit.), p. 217 et suiv. ; Duncker, Gesch. des Alt., II (^5° édit.), p. 270 et suiv.; Maspero, Hist. anc. (i" édit.), p. 397-3'J8.
454 IIISTOIIIE DU PEUPLE D'ISRAËL. [7G0 av. J.-C.J
empire assyrien avait un caractère essentiellement civilisateur. Il avait ses doctrines, ses disciplines sacrées, des corps de prêtres et de sages, un commencement de science rationnelle, un grand avancement dans les arts. Avec le temps, au contraire, s*était formé à Ninive le noyau d'un empire dont la force paraît avoir été tirée des hordes énergiques qu'ont toujours nourries les montagnes du Kurdistan. C'était la première apparition de la force militaire dans le monde; le résultat fut un despotisme brutal, que ne paraît avoir animé aucune idée morale ni religieuse.
L'esprit et le droit selon les vieilles idées devinrent des mots dénués de sens. Des kilomètres de bas-reliefs, d'un réalisme effrayant \ nous montrent à l'œuvre ce vieux militarisme, avec sa poliorcétique avancée, la simplicité de ses idées, la barbarie de ses mœurs. La cruauté est ici, comme chez les Peaux-Rouges, une force et un mobile. Des scènes de tortures sont représentées avec autant de soin et d'amour que des scènes de victoire. Le roi, sorte d'Attila ou de Tamerlan, paraît le centre unique de tout ce déploiement. Il n'y a dans un tel monde ni grand ministre, ni grand