Au Musée britannique, au Louvre
[760 av. J.-C] LES DEUX ROYAUMES. 455
capitaine, ni grand artiste. A côté du roi, on ne voit que des soldats, des serviteurs, des bourreaux. Le roi est le dieu véritable de cet art de scalpeurs. Rien n'existe à côté de lui. Toutes les représentations n'ont qu'un but, c'est de prouver qu'il est fort. Or on est bien fort, selon cette logique de sauvages, quand on voit son ennemi écorché vif à ses pieds.
Le monde n'avait encore rien vu de semblable. L'Egypte et Babylone avaient régné par la force, au milieu de populations plus faibles et surtout moins organisées. De braves chefs de bande, tels que David, avaient fait servir la terreur à leur ambition. Les Moabites vaincus par David avaient subi des supplices aussi affreux que les vaincus de Ninive. Mais une tyrannie systématique, on n'en avait pas connu encore. C'était vraiment, comme les Voyants Hébreux le comprirent, le premier empire, la première grande agglomération de peuples par la conquête. L'empire grec, l'empire romain, jusqu'à un certain point l'empire perse, se firent pardonner leurs violences par le bien général qu'ils procurèrent et la contribution qu'ils apportèrent au progrès. L'empire assyrien paraît n'avoir fait que du mal. On ne voit aucune idée qu'il ait répandue, aucune bonne cause qu'il ait servie.
456 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [700 av. J.-C.J
Comme les empires tarlares du moyen âge, il ne passa que pour détruire. Peut-être, du reste, le sang tartare dominait-il déjà dans ces hordes terribles, et les sombres conquérants qui terrifièrent le VIII' siècle avant Jésus-Christ avaient-ils plus qu'un rapport extérieur avec les Turcs.^ avec Attila et Gengiskhan.
Le contre-coup de ces cyclones dans le monde à demi patriarcal de Syrie et d'Arabie fut effroyable. Ces bonnes petites sociétés vivaient de l'idée que le gouvernement de l'univers est en somme assez juste; que la richesse, le pouvoir, la considération, appartiennent à l'honnête homme ou finissent par lui revenir; que l'adversité n'est qu'une épreuve passagère qui tourne à l'avantage de celui que Dieu frappe. Or voici le mal qui s'élevait comme un rokh monstrueux à l'horizon; la brutahté, la violence, devenaient maîtresses du monde. Ces stupides et cruels hoplites, qui marchent en rangs serrés à la conquête de l'Asie, sont l'antipode de fhomme juste et responsable, tel que l'auteur du livre de Job, par exemple, le conçoit.
Le fait, du reste, n'était pas exclusivement propre à l'Assyrie. Le mercenaire devenait le maître du monde. Jusqu'alors, on s'était battu pour se défendre; maintenant, on apprenait la guerre
(700 .IV. J.-C] LES DEUX ROYAUME S. 457
comme un métier avantageux^ . Aux classifications des âges primitifs, où les hommes étaient divisés par leur genre de vie, agriculteurs, bergers, chasseurs, brigands, vient s'ajouter la catégorie de celui qui se vend à un autre pour tuer et se faire tuer. Une immense forbannerie s'élevait de toutes parts. C'est l'âge de piraterie qui nous est représenté par les poèmes homériques. L'exploitation de l'homme par l'homme est maintenant la loi commune. La captivité passe pour le mal suprême, pour le type même du malheur^. L'homme le mieux élevé peut, d'une heure à l'autre, devenir Vœchmalote de celui qui le surprend. Le patriarche le plus accompli risque toujours d'être la proie d'une bande de gorilles, qui fait pis que le tuer, qui le pollue, l'assujettit à la bête, le réserve à mille morts.
Ce qui rendait le nouvel empire assyrien particulièrement odieux aux Sémites restés fidèles à l'esprit ancien, c'était son impiété. On ne voit pas de temples dans le monde assyrien de cet âge; les monuments n'offrent presque aucun symbole religieux ^ Devant ce manque absolu de toute crainte de Dieu, l'idée qui devait venir à des peuples