‹ Historie générale de l'etablissment du ChristianismeChapitre 10 sur 19 · L VI · texte numérisé non relu

L VI

V* l:Hd 7r:^ëeh*r de Hei ha m Cependant ce prêtre

Malgré la fermeté avec laquelle le clergé breton avait jusqu'ici résisté à rinfiuenoe romaine, nous amvocrs cepeti iint <* [époque ou cette église succombe, et ou les superstitions de la communioD de Rome s étendent sur tout le pays comme une noire nuée. Bientôt les rois an^lo-saxons ne surent rien de plus beau que de prendre le bâton de pèlerin, et d'aller <t Rome pour v * adorer sur les tombeaux des » saints » Y. Jean 4> *ï\ et y présenter leurs hommages à Févéque de cette Tille. Ainsi on rit, en 709,

déposer le sceptre . et faire

le voyagede Rome avec Ofia . jeune prince d Essex, pour y prendre Fhabit de moine. Peu après , ces deux princes furent suivis dîna, roi de Wessex, qui ne manquait ni de valeur ni de puissance, et qui alla aussi finir ses jours dans un couvent de la ville, après y avoir fondé un asile pour les et un institut pour l'éducation des jeunes gens de cette même contrée. Voilà comment la superstition prenait de plus en plus la place de la foi d'abord prèchée par Jésus -Christ et par ses apôtres.

Cependant nous arrêterons volontiers nos plaintes sur ce sujet, en revenant toujours au principe qui nous apprend à chercher le bien dans le mal plutôt que le mal dans le bien; car après tout, il

(1) On trouve une esquisse intéressa ntt de la vie de Wïlfrid Butler Livej <tf Saints, vol. 6, p. f Jo.

th. XXIV. *ROPBSSlO!» GBffBBALB DB LA FOI, 3i3

fest pourtant réjouissant d'observer \ au milieu de mille misères , les progrès qu'avait faits le christianisme depuis le moment où Augustin avait mis les pieds sur le territoire de la Bretagne. En 731 , épo* que où Bèdë termine son histoire anglo-saxonne, il ne s'était écoulé que i3i ans depuis l'arrivée des premiers missionnaires romains; et dès-lors il s'était formé en Angleterre, outre les deux archevêchés de Canterbury et d'York , qui s'étendaient respectivement slir tout le midi et sur tout le nord de l'île, quatorze évéchés effectifs, savoir ceux de Rochester, Londres, Dunwich, Helmham, Winchester, Sherburn, Litchfield, Leicester, Hereford, Worcester, Sydnacester, Lindisfarne, Henham et Withern, auxquels il fallut bientôt ajouter celui de Selsey dans le Sussex.

C'est là le point où nous laisserons pour le moment la Grande-Bretagne , et où nous arrêterons cette troisième partie de l'histoire de ses missions : car pour le moment la grande généralité du pays professe le christianisme. L'irruption des Danois, qui aura heu dans cent ans, et qui répandra de nouveau le paganisme sur l'île presque tout entière , nous obligera dans une prochaine période à revenir une quatrième fois sur cette contrée, pour y voir, encore une fois, l'église renaître du sein de ses ruines, et triompher finalement des ténèbres de l'idolâtrie. Mais à l'époque où nous nous arrêtons l'histoire des missions pouvait paraître finie; et nous terminerons en conséquence le chapitre actuel par une notice sur F Anglo-Saxon distingué dont le travail nous a fourni jusqu'ici le fil de notre histoire

3a4 AngloSax. — beob le vénérable. Iàv. Fi.

d'Angleterre y et par quelques mots sur l'espace de temps, peu remarquable , qui s'écoula entre l'époque où nous sommes parvenus (73o) et l'irruption des Danois ( vers l'an 800).

L'écrivain anglo-saxon dont nous voulons parler est Bède, que la postérité reconnaissante a désigné par le surnom de vénérable. Il naquit vers l'an 67a, dans un village situé près de la capitale du Northumberland; et il passa ses premières années dans le célèbre couvent de Wearmouth, que Bénédict Biscop avait fondé et pourvu de tous les trésors littéraires de l'Italie connus en son temps. Plus tard il entra dans un autre couvent, pareillement fondé par Biscop , celui de Jarrow , où il acheva ses études sous le pieux abbé Ceolfrid. Sa piété, qui trouvait son plus doux aliment dans la solitude d'une cellule, et son penchant décidé pour l'étude l'attachèrent tellement à la vie monastique , qu'il refusa la dignité épiscopale qui lui était offerte, et qu'il ne voulut pas même se rendre à un appel du pape Sergius qui voulait l'avoir à Rome. Il travaillait continuellement, et ne s'interrompait que pour des exercices de prière. Il fit des extraits nombreux des pères latins et grecs, qui formaient sa lecture habituelle. Il composa en outre un grand nombre d'écrits sur la théologie, sur l'histoire, et sur d'autres sciences : on trouve ce fruit de ses veilles dans huit in-folio, qui ont paru à Cologne de 161 a à 1688. Cet homme pieux travailla encore au bien de ses semblables en s'appliquant à former un grand nombre de disciples, au nombre desquels on doit surtout remarquer le célèbre Akuin,

Ch. XXIF. BEDE LE VBNEBABLE , ETC. 3a 5

qui exerça après la mort de son maître , à la cour de Charlemagne , une si grande influence sur la culture intellectuelle de la France et de l'Allemagne.

Parmi les nombreux écrits de Bède , le plus utile est bien probablement son Histoire ecclésias* tique des Anglo-Saxons ( Historia ecclesiastica gentis Anglorwri). C'est un ouvrage tel que peu de nations en possèdent d'aussi précieux pour les premiers temps de leur histoire, et qui présente un assez grand rapport avec l'histoire ecclésiastique que Grégoire de Tours a donnée aux Français. Il commence par l'arrivée de Jules César sur les rives de la Grande-Bretagne , et il conduit son histoire jusqu'à Céolulf , roi de Northumberland , à qui il dédia son ouvrage. On pardonne volontiers à cet écrivain respectable le grand nombre de légendes miraculeuses dont il a grossi son livre dans l'esprit de son siècle , pour parcourir avec lui la suite intéressante des histoires de sa patrie, qu'il nous a conservées avec beaucoup de travail , de bon sens et de fidélité.

Dans cet ouvrage Bède ne laisse nullement ignorer les nombreux défauts de la nouvelle église de sa patrie. Comme les biens ecclésiastiques étaient déjà dès cette époque exempts de toute charge publique, et que les moines n'étaient nullement tenus au service militaire , les cou Yens tombèrent bientôt dans k paresse et dans la sensualité , sauf pourtant ceux des Scots, dont la sévère discipline les préserva plus long-temps de ce désordre. Bède fait sur le relâchement dont nous parlons des plaintes amères dans une lettre à l'archevêque

3^6 Angh-SaX. BÈDB LB VÉNÉRABLE, ETC. LÛ>. VI.

d'York ; et il remarque que ces maux s'accroissaient d'une manière inquiétante depuis trente ans. Il fait encore observer à ce prélat qu'il y a dans le pays un grand nombre de villes et de villages qu'aucun pasteur n'a visités depuis plusieurs années pour les instruire dans les saintes vérités de l'évangile. Il se plaint de ce qu'il y a des évèques qui se font payer d'avance pour chacune des fonctions de leur état et pour la prédication de la Parole, et de ce que d'autres se font voir dans les orgies publiques x confondus parmi des polichinelles et des ivrognes; et il demande à l'archevêque de s'opposer avec force à ces scandales. Mais ces intances ne purent surmonter le torrent des choses , ni empêcher que les superstitions les plus dégradantes et les plus opposées à l'évangile ne vinssent envahir la Grande-Bretagne pour plusieurs siècles, comme elles envahirent tout le reste de l'église romaine.

Bède termina, en 735, sa vie laborieuse et pieuse par une mort tout édifiante , que son disciple Cuthbert nous a décrite avec détail (1). Il mourut d'une maladie de poitrine qui lui rendait la respiration extrêmement difficile et qui lui ôta tout appétit : mais il n'en continua pas moins sur son lit de maladie tous ses exercices spirituels et ses travaux littéraires. Il semblait même qu'à mesure que ses forces corporelles diminuaient , son ame prît plus de force et d'onction. Il passait jour et nuit en prières , en intercessions et en actions de grâces ;

(1) Mabil., Sscc. 3. P. i.

Ck. XX1F. BEDE LE VÉNÉRABLE, ETC. 3*7

et il semblait s'attacher toujours davantage à rendre grâces à Dieu sans cesse et pour toutes choses, selon le précepte d'un apôtre.

Dès le commencement de sa maladie il fut persuadé qu'elle ne finirait que par sa mort. Comme il s'était occupé à traduire l'évangile de S* Jean du grec en anglo-saxon, il désirait extrêmement pouvoir encore l'achever : et le jour même qui précéda son décès il pressait vivement l'un de ses disciples d'écrire aussi long-temps que lui-même pouvait encore dicter : « Hâte-toi, disait-il; je ne » sais combien de temps je puis encore y tenir % » et à quel moment mon Maître m'appellera, * — > Le lendemain il redoubla encore ses instances au* près de ses secrétaires , afin qu'ils écrivissent avec toute la rapidité qui leur était possible , et qu'il put achever son ouvrage avant de fermer les yeux pour jamais. L'après-midi l'un d'eux lui dit : « Cher maître, il ne manque plus qu'un chapitre : n'estce pas vous donner trop de peine que de vous adresser encore une ou deux questions ? » — « Je. n'*i aucune peine à faire ce travail , dit-il , prends donc seulement ta plume , et hâte-toi d'écrire ce qu'il nous reste encore à traduire. »

A trois heures de l'après-midi il fit appeler tous les moines du couvent auprès de son lit : il s'entretint avec chacun d'eux; il les exhorta tous à remplir fidèlement leur vocation de pasteurs et de missionnaires, en regardant au compte qu'ils auraient à rendre un jour : puis il ajouta au milieu de leurs sanglots : « J'ai servi un bon Maître, et je languis d'être auprès de Christ pour le contempler

3a8 Angk>-Sax. — m. de bède. ses disciples. Làv. VI.

face à face dans sa gloire. » Il continua ses pieux entretiens j usqu'au soir, où l'un de ses disciples vint lui dire : « Cher maître, il ne reste plus que les derniers versets de l'évangile. » — a Eh bien ! assiedstoi, répartit Bède mourant, et hâte-toi d'écrire.» Puis il lui dicta ses derniers versets avec une parfaite présence d'esprit. - — a Voilà le dernier verset fini , » s'écria avec joie le jeune secrétaire. — * Eh bien gloire soit à Dieu! tout est accompli, » ajouta le mourant : « soutiens maintenant ma tète de ta main , car j'aimerais bien encore aller à la place où j'avais accoutumé de ployer les genoux, pour y adresser à mon Père une dernière prière. » — Ses disciples le sortirent du Ut et le placèrent devant un petit autel sur les froides dalles de 6a cellule, en soutenant de leurs mains sa tète tremblante. Alors il se mit à dire : « Gloire soit au Père, au Fils et au Saint-Esprit ! » et sou ame s'envola au ciel. C'était en 735,

Cet homme pieux ne devait pas voir les désolations que les Danois et les Normands allaient répandre sur l'église renouvelée de sa patrie. Malgré les, germes de décadence qui se manifestaient de son vivant dans l'église de la Grande- Bretagne depuis les menées de Wilfrid , il avait pourtant réussi à agir sur cette église d'une ma* nière salutaire, et à former dans le pays un certain nombre de fidèles serviteurs de Jésus-Christ; et cette observation est si vraie que l'époque de Bède, c'est-à-dire celle où ses disciple» ont pu montrer ce qu'était le maître, mérite avec raison d'être appelée tout particulièrement l'époque des missions

Ch. XXIV. DISCIPLES DB BÈDB. PAPIiMB. 3 29

de l'église anglo-saxonne; car c'est alors que cette église s'est acquis des droits éternels à la reconnaissance de l'Allemagne et de tout le nord de l'Europe, en couvrant ces contrées de missionnaires fidèles; c'est dans l'école de Bède que la Grande- Bretagne puisa la plupart des évangélistes que nous allons voir figurer pendant long-temps dans toute la Germanie. C'est en dire assez là-dessus que de nommer , comme autant d'hommes qui furent plus ou moins directement formés à cette école, un Willibrord, l'apôtre des Frisons, un Alcuin, précepteur de Gharlemagne, et un Boniface, l'apôtre de l'Allemagne, sans parler des Suidbert, des Liafwin, des Willehad , et de tant d'autres encore dont plusieurs moururent comme de fidèles témoins dans leurs travaux missionnaires.

Et si, d'un autre côté, Bède eut le tort de se montrer trop favorable à la hiérarchie romaine , les prétentions de Rome trouvèrent pourtant dans la fermeté des Bretons et dans l'esprit d'indépendance de leur clergé une résistance plus prononcée qu'on ne le vit en Allemagne chez les disciples de là même école. Cette différence se caractérise d'une manière frappante par le rapprochement de deux canons, rédigés presque dans le même temps en Angleterre et en Allemagne. Un concile tenu à Mayence sous la présidence de Boniface portait cet article : « Nous avons déclaré dans notre synode notre accord avec la confession de foi de l'église catholique, et résolu en commun de rester constamment soumis à l'église de Rome. Nous souhaitons d'être regardés jusqu'à la fin de notre vie comme

33o Jngto-Saje. — eûtes de lumière et a*gel. Liv. VI. des serviteurs Bdeles de S' Pierre et de son vicaire, et comme des membres de I église confiée à sa direction.» — Mais, comme pour former un contraste frappant, il se tint en Angleterre, à la même époque (747;, à Cloveshoas, sous la présidence de l'archevêque Cuthbert, un autre concile dont l'un des canons portait simplement ces belles maximes: « Qu'il doit régner entre tous les serviteurs de l'église de Christ du monde entier un amour sincère et une union chrétienne en paroles et en effets, comme il convient à ceux qui suivent un même Maître et qui annoncent un même évangile; de sorte que, quoique séparés par de vastes intervalles, ils doivent cependant servir Dieu d'un même esprit dans la foi, V amour et l'espérance, et prier journellement les uns pour les autres , afin que chacun soit trouvé fidèle dans l'accomplissement de sa sainte vocation jusqu'à la fin de sa vie » (1). — Dans un autre canon de ce concile on trouve également des directions sages, et fort élevées au-dessus du ton de 1a superstition. On y ordonne aux évéques « de prcourir toutes les années , au moins une (bis, toutes les portions de leurs diocèses pour y prêcher la parole de Dieu et remplir les autres devoirs de leur vocation. Ils doivent surveiller fidèlement la conduite du bas clergé , dont la plus grande partie, manquant encore de paroisses spéciales, vivait dans des couvens. Ils doivent examiner consciencieusement le caractère moral et les connaissances de ceux qui veulent entrer dans les ordres. Les ecclésiasti-

(1) Spelmatm Concilia, X. i, p. *4&

Ch. XXIF. RESTES DE LUMIERE ÉYAWGÉLIQUB. 33 1

ques doivent lire dans leur langue maternelle la confession de foi, la prière du Seigneur et les paroles de la liturgie prescrites pour la messe et la célébration du baptême. Le peuple est exhorté à apprendre par cœur le credo et l'oraison dominicale, à observer consciencieusement la célébration du dimanche, à fréquenter assidûment la sainte cène, de même que le confessionnal, à jeûner et à faire des aumônes. » — Le 27e canon surtout de ce concile contient cet avis remarquable en faveur de la multitude qui ne comprenait dans le service public ni les prières ni les chants qui s'y faisaient en latin : a II sera permis à quiconque n'entend pas le » latin d'associer aux prières dont on fait lecture » tel sens qui lui conviendra, et de prier dans son y> cœur comme il le désirera , lors même que sa » prière ne se rapporterait aucunement à celle qui » se fait en public » (1).

Il résulte clairement de l'ensemble des actes de ce concile qu'à cette époque il ne se trouvait , à parler en général, plus aucune trace de paganisme chez le peuple anglais, et que, malgré les nombreuses superstitions qui ternissaient alors partout l'éclat de la lumière évangélique , celle-ci était parvenue dans l'espace de cent cinquante ans à détruire chez les Anglo-Saxons tout vestige de leur ancien culte idolâtre.

Il est vrai que cette époque fut le plus beau temps de l'église anglo-saxonne ; car il est également vrai qu'elle n'eut pas la sagesse de se main-

O) ti&. cit., p. s 17

33a Anglo-Sax. — nicAD. btsoperst. eomuh. Im>. VI.

tenir à cette hauteur, eu, propageant la parole de Dieu et en répandant l'instruction parmi le peuple. La décadence commença , comme cela arrive toujours, par celle du clergé. La pente des prêtres à se retirer dans la vie monastique pour s'y livrer sans retenue à toutes les jouissances des sens, et l'avarice des moines, qui se servaient de tous les moyens pour arracher au peuple ignorant d'immenses richesses, firent de tels progrès, qu'Alcuin qui s'intéressait de son poste éloigné, au bien-être de l'église de sa patrie, se sentit pressé d'élever des plaintes amères dans plusieurs de ses lettres , sur cette dégénération morale de la population des couvens. « Il n'y a plus de sûreté parmi eux, disait-il; toute la science par laquelle le clergé breton se distinguait encore il y a peu de temps disparait; les monastères sont souillés par l'adultère, et les autels par le parjure. »

En effet , de vaines et de puériles cérémonies tinrent bientôt lieu d'un culte spirituel et véritable; il s'établit à la place de l'ancienne idolâtrie une idolâtrie de reliques et d'images ; la superstition fit de nouveaux esclaves, et versa des trésors inépuisables dans le sein de l'église de Rome. Les pèlerinages dans cette ville devinrent toujours, plus fréquens chez les grands et chez les petits; et de toutes parts, surtout dans la Gaule et dans la Grande-Bretagne, les chemins se couvrirent de pèlerins qui voulaient aller chercher le repos dans ce rendez-vous des saints , et y déposer quelque souvenir de leur dévotion et de leur reconnaissance.

Voilà l'état dans lequel nous laissons l'Angleterre

Ch. XXIV. DidàDBNCB ET 8TJPBE5TITION ROMAINES. 333

en attendant la prochaine invasion des Danois. Ce qui s'y passa jusqu'alors est peu remarquable. Céolwulf , disciple de Bède, était monté sur le trône du Northumberland , encore du vivant de son maître (729). Son gouvernement fut si paisible et si religieux que des milliers de guerriers quittèrent les armes pour aller habiter des couvens. Le roi lui-même déposa la couronne (737), et entra comme simple moine dans le monastère de Lindisfarne, où il passa vingt ans dans les exercices extérieurs de la piété. Son fils et successeur, Eadbert, en fit autant, et céda la couronne à son fils Oswulf (758). C'est dans la même année que mourut Cuthbert , ce pieux et savant archevêque de Cantorbéry, qui s'était opposé de tout son pouvoir à la nuit de la superstition qui s'avançait. Comme il avait horreur du commerce abominable qui se faisait des choses saintes, et qu'il ne voulait pas que ses restes servissent après sa mort à enrichir l'avarice du clergé, il avait ordonné à ses amis, en voyant approcher sa fin , de lui préparer un tombeau dans un endroit secret et de l'y ensevelir aussitôt après sa mort. Ses amis accomplirent sa volonté : mais dès que les moines Augustins eurent appris qu'il avait expiré, ils vinrent en foule dans l'intention d'emmener son cadavre en procession solennelle; et lorsqu'ils virent que leur proie leur avait échappé il s'éleva parmi eux un tel tumulte, qu'ils ne se retirèrent dans leurs cellules qu'après s'être vengés sur tout ce qui était resté de la propriété de cet homme pieux.

(0 Godmn de Prasul. Aug., p. 65.

334 Anglo-Sax. — décad. bt supbrst. boxai*. Lw. FL

Lorsque Ofla, roi d'Essex, qui avait entaché sa vie et son gouvernement de plusieurs désordres, avait fait à Rome, en 709, ce voyage de pénitence dont nous avons parlé plus haut, pour y aller demander au pape le pardon de ses péchés , il avait été condamné à payer chaque jour de Tannée la somme, exorbitante pour l'époque, de trois cents soixante «cinq manusses, monnaie d'or anglosaxonne. Le pape profita, dans la suite, de ce don royal comme d'un titre pour exiger de la nation anglaise chaque année la même somme, en la traitant en cela comme sa vassale ; et il déploya en outre sur ce point, déjà si ignominieux en luimême , une rigueur inhumaine.

Cette décadence était le sinistre précurseur dé la ruine totale dans laquelle nous verrons bientôt retomber l'état et l'église d'Angleterre : pour toute église l'abandon de la vérité qui est en Christ est toujours suivi d'un châtiment infaillible; et la superstition de l'ancien monde comme l'incrédulité du monde moderne ont également pour salaire une mort qu'aucune sagesse humaine ne peut écarter.

Ch. XXV.

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