MISSION DE COLOMBAN
Ce n'est qu'à la fin du cinquième siècle que nous arrivons au sud-ouest de la Germanie , après avoir passé cinq siècles entiers à suivre nos missionnaires dans les vastes contrées de l'Asie , de l'Afrique, du midi et de l'occident de l'Europe. Ainsi la majeure partie de l'Allemagne a reçu les invitations du royaume de Dieu plus tard que bien d'autres contrées ; car si nous avons pu voir que l'évangile y avait fait quelques progrès sous la domination des Romains, dans les parties du pays soumises à ce peuple , l'invasion détruisit tous ces premiers travaux, et tout fut à recommencer à compte nouveau.
(i) Noua rappelons que ce mot ne doit nullement réveiller ridée de l'Allemagne en général. Les Allcmanni on MUmans n'étaient qu'on des peuples germains , et n'occupaient environ, comme on va le voir, que ce qui forme actuellement le Wurtemberg, le grand-duché de Bade , et par moment l'Alaace et le nord de l*HeWétie.
336 Allemannie.— difficultés bt obscurité*. Liv. Fî.
Dès-lors, en outre , l'œuvre devint lente et pénible. Même après les premiers appels, quand défi le jour du salut se montre à ces pays au sixième siècle , comme un crépuscule consolateur, les missionnaires n'y avancent encore que lentement; il ne faudra pas moins de six autres siècles pour que l'évangile se fasse jour depuis les bords du Rhin jusqu'aux rives éloignées de la Vistule et de la mer Baltique; et même alors il n'aura pas encore achevé toute son œuvre dans cette vaste contrée. Ainsi nous aurons dès ce moment à nous en occuper long-temps et souvent ; et une première période , partant du pape Grégoire jusqu'à Charlemagne, ne nous mènera que depuis le Rhin jusqu'au Lech et à la Saale.
Les missions de la Germanie en général n'ont pas eu le bonheur de posséder, comme celles d'Angleterre , un Bède qui pût conduire l'historien avec cette clarté et cette assurance que met dans ses récits un témoin oculaire des événemens. Nous marcherons souvent dans l'obscurité et comme dans un labyrinthe, sans trouver de guide qui affermisse nos pas, et souvent sans avoir eu aucun historien qui nous ait précédés dans nos sentiers. C'est une chose bien singulière , que ce peuple allemand, si accoutumé aux recherches profondes et laborieuses, ait négligé plus qu'aucun autre , plus même que les peuples du nord , de sonder les origines de son histoire ecclésiastique , de cette histoire d'un côté si intéressante, et de l'autre si abordable, il n'en faut pas douter, par la masse d'anciens documens que renferment les
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histoires et les archives des couvens de l'Allemagne (i).
Quoi qu'il en soit nous entrons dans ce vaste champ , et nous commençons par l'Allemannie. Les Allemans sont une race germaine, probable-
(i) n existe cependant quelque* écrits estimables sur cet important sujet; nous remarquerons surtout dans ce nombre celai oVUrsinus de Spire, soas le titre : De Ecelesiar. german. orig* et progrès, ab ascens. Dom. usa. ad Corot. Mag. Norimb., 1664, 8°. — Peu après lui , le savant Sagit' tarius s publié» sous le même titre , un essai du même genre qui ne donne que des frsgmens détachés , mais dont plusieurs sont d'un haut intérêt* — -Plus tard* én 1778» Christophe Gratianus h publié un autre écrit sur le même sujet ; pais enfin , G* H. Pertt , a commencé il y a peu d'années une collection intitulée Monumenta Germaniœ historien , dont fla para jusqu'à présent deux volumes in-folio, que nous svons psrticulièrement consultes pour notre travail.
L'histoire des missions de YJlUmastnie en particulier n'est pas mieux pourvue : on manque même de sources pour les premiers temps de cette histoire, et on ne trouve pour ses premiers siècles qu'un nombre extrêmement petit de noms qui aient survécu à l'oubli. Les "chroniqueurs ne nous conduisent ensuite pendant long-temps que aur lea bords de cette contrée , sans que nous puissions parvenir a pénétrer daua son intérieur. Colomban et S1 Gall ( su 7* siècle, Rupert et Trudpert, Lsndolin, Pirmin et Booiface, an 8", sont presque les seuls hommes qui parsissent dsns cette histoire : et en fsit de sources , voici a peu près tout ce que nous possédons : — VitaS. Colombo»* (Mabill.) — Marias : un Chrocicon , qui va jusqu'à l'an 6x3. — Hepidammu : de courtes Annales d'histoires allemannes (de 708 k io5o) — Le fabuleux Walafrid Straèo (le louche), disciple de Gallus, et abbé du couvent de S1 Gall (m. 849) : Biographie de Gallus , remplie de légendes puériles (éd. Surins, 16 octobre); — enfin Hermannus contractas (le boiteux) , malheureux imitateur de Bède : une Chronique qui vs depuis la naissance de Christ jusqu'à aa propre mort (en io54).
Nous devons cependant encore ajonter à ces sources quelques riches collections d'actes tirés de divers monastères. On a, par exemple, en ce genre l'ouvrage de Pregiser: Suevia et ïFurtembcrgia sacra, Tub. 1716; et un ouvrage de D. F. Cleas : Histoire du Wurtemberg, — En dernier résultat le meilleur ouvrage sur notre sujet est probablement celui du prince abbé de S* Biaise, Martin Gerber : Historia Nigrœ Sjlne , t. 3, i783, •t le premier volume de sa Petits liturgia allemannica , 1776.