‹ Historie générale de l'etablissment du ChristianismeChapitre 14 sur 19 · ÉTABLISSEMENT DO CHRISTIANISME EN BAVIERE ET DANS LA THURINGE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DO CHRISTIANISME EN BAVIERE ET DANS LA THURINGE

Bavière.

Au milieu du tumulte de l'invasion des Barbares le midi de la Germanie était tombé dans les mains de trois peuplades : les Ailemans , les Boïares et les Thuringiens. Nous venons de voir ce qui regarde les Ailemans. Les Boïares (Bavarois) s'emparèrent de la Vindélicie et de la Norique , et les Thuringiens de la grande forêt Hercynienne , depuis le Mein jusqu'à la Saale.

Ce n'est qu'après Attila que le nom des Boïares paraît pour la première fois dans l'histoire; il semblerait que cette peuplade se composa, comme celle des Francs et des Ailemans , d'un mélange confus de différentes tribus d'Hérules, de Rugiens, de Turcilingiens et d'autres encore. Falkeostein

Ch. VI. BAVIÈRB. BAVAGE5 DE Lllf VASIOPf . 3p0

(dans son Histoire de Bavière), suppose que le nom de Boïares , provenait du vieux mot celtique bois qui s'est conservé dans la langue française , et qui indiquerait que la tribu qui portait ce nom avait habité, comme le firent du reste aussi les autres Barbares de Germanie, dans de profondes forets. Les Boïares avaient d'abord occupé les terres arrosées par l'Elbe , la Sprée et l'Oder ; ils entrèrent ensuite en Bohême (Bojohemum, Bojer-heimath ), d'où ils se seraient avancés plus tard jusqu'au Danube.

En quittant la dernière fois les missions des pays qu'arrose ce grand fleuve (c* 18, p. 5a), nous étions autour du lit de mort du pieux Sévérin * qui voyait avancer toutes les calamités qui allaient fondre sur l'église, et qui demandait que les colons romains , quand ils se retireraient de la contrée , emportassent avec eux ses ossemens en Italie. On a vu qu'effectivement l'orage éclata peu après sa mort; les docteurs chrétiens furent massacrés ou bannis ; et l'église presque anéantie par les hordes païennes qui vinrent inonder le pays.

En 4°/> Odoacre , roi des Hérules, perdit l'empire d'Italie, qui tomba dan6 les mains du grand Théodoric , roi des Ostrogoths , dont la domination s'étendit jusqu'à la Rhétie supérieure et embrassa par conséquent la Bavière dans son enceinte. Mais on ne voit pas que sous son long règne (493 — 5*6) il se soit fait aucune tentative pour annoncer l'évangile dans cette contrée.

Lorsque, après la bataille de Tolbiac (496), les "Boïares se virent menacés de tomber sous le pou-

4oo Bavière. — plus tracb dbchristiaii.au 6* sibc. L. Vt*

voir de Clovis, ils firent avec ce chef puissant une alliance par laquelle ils le reconnaissaient pour leur souverain, mais en conservant toutes leurs lois et leurs coutumes * et en se réservant la liberté de choisir leurs ducs d'entre eux-mêmes. Cette alliance, quelque imparfaite qu'elle fut , devint le premier germe de la civilisation de ce peuple ; et quoique la culture de la nation avançât dans le pays plus lentement encore que chez les Àllemans , ses rapports avec les Francs furent cependant le commencement d'un meilleur ordre de choses , pour l'état comme pour l'église.

Néanmoins le sixième siècle se passe tout entier avant qu'on retrouve dans cette nation la moindre trace de christianisme; et en effet l'évangile ne pouvait s'y frayer un chemin quand il dépérissait partout ailleurs sous les invasions de l'époque. L'évêché de Lorch avait été détruit par les Slaves, en Pannonie ; et tandis qu'on avait vu s'établir dans ce pays pendant les siècles précédens des colonies chrétiennes florissantes l'histoire ne nous montre dans ces mêmes contrées, pendant le cours dusixième siècle, pas même le nom d'un seul évangéliste. L'unique vestige que l'histoire nous ait conservée de l'existence d'une église chrétienne en Bavière à l'époque dont nous parlons , est ce fait qu'on a vu précédemment dans l'histoire de Grégoire le Grand, d'un duc bavarois du nom de Garibald qui avait épousé à la fin de ce siècle une princesse franque, et dont la fille , la pieuse Théodolinde épousa à son tour Autharis , roi des Lombards, et s'appliqua à répandre le christianisme chez son peuple. Ce

Ch. XXV L eustase (611 j. aurfiRT (v. 65o). 401

n'est donc que dans 4e septième siècle , comme chez les Àllemans , qu on recommence à découvrir en Bavière pour l'église de Christ quelque chose de certain, et un commencement de retour au christianisme.

Et c'est Eustase , successeur de Coiomban dans la direction du couvent de Luxeuil , qui parait en téte des évangélistes qui vinrent prêcher chez les Boïares (p. 379). On a vu (p. 364) que Coiomban avait travaillé vers ce même temps avec succès, à la téte de plusieurs disciples, à la conversion des Allemans sur les rives du lac de Constance. Clotaire II, qui avait déjà rédigé des lois pour les Bavarois, appela Eustase, en 61 1 , à se rendre avec son ami Agilis plus avant dans la Bavière pour chercher à y introduire le christianisme; et ils le firent; mais ce fut pendant quelques années sans apparence de succès. Garibald était mort depuis long-temps ; Théodolinde trop éloignée pour seconder les missionnaires ; les successeurs de Garibald furent païens à ce qu il paraît ; les missionnaires se découragèrent ; et Eustase rentra avec son ami dans son couvent des Vosges , où il continua jusqu'en 6a5 à travailler parmi ses frères , dont le nombre s'élevait alors à six cents (1). 1

Mais, malgré les apparences, leur travail n'avait pas été perdu ; et ils avaient préparé les voies à un serviteur de Christ persécuté , qui allait entrer dans le champ qu'ils venaient d'abandonner. Cet homme était ce Rupert dont nous avons déjà parlé

(1) Jtmœ rkaSoMÛ Eusttuii in aetit sanctor, , ad a g M art. II 26

4oft Bavière. — rupert, à wohbseteh batière. Liv. VI.

précédemment (c. a5, p. 385) , et qui s'était rendu dans ces côntrées avec son ami Tmdpert pour y tra* vatHer quelque part parmi les païens. On a vu que ce dernier s'était fixé au pied de la forêt Noire, taudis que Rupert descendit plus bas : Childebert II Pavait nommé évëque de Worms. L'histoire lui rend le témoignage d'avoir été un homme pieux , sage, simple et dévoué à Dreû. Sévère envers Tuimême, il était bienfaisant envers les pauvres et H servait de modèle à son troupeau : il eut le bonheur de gagner à Tévàngile un bon nombre de païens de la contrée. MÊais *a piété et la sévérité chrétienne avec laquelle il reprenait les vices de l'époque lui suscitèrent des ennemis, surtout parmi les grands; et à peine Childebert était-il mort que quelques-uns de cés derniers le chassèrent de la ville à coups de fouet.

Alors vivait k Ratisbonnele duc Thébdo, encore païen, mais époux d'une princesse franque, Régi* natrudis, femmè chrétienne et pieuse. Elle avait entendit parler des affaires de Rupert, et elle désira vivement faire venir auprès d'elle cet homme injustement maltraité, afin qu'il l'instruisît encore mietrx dans la voie du salut : elle nourrissait en même temps l'espoir que son mari serait gagné au christianisme par la prédication de cet homme de bien. Rupert se rendit en conséquence avec quelques-uns de seS disciples à là cour de Bavière , où Théôdo le teçut trèsi-bfen , et embrassa effectivement bientôt le christianisme. Son exemple entraîna la plupart des grands et du peuple; etThéodo, avec son épouse, déploya un grand zèle à répandre la foi dans tout

Ch. XXV L BUPBRT A. LQBCH^ A EUS, AC WALLRRSBS. 4°3

le pays, à y bâtir des églises et à y propager l'instruction dans toutes les classes.

Ces bénédictions du Seigneur encouragèrent Rupert à faire de plus grands efforts encore pour U propagation du christianisme; et, avec la permission du roi, il entreprit de descendre le Danube pour aller chercher dans la Norique et dans la Pan-* nonie les traces effacées du christianisme des siècles passés i et pour essayer d'y établir de nouvelles églises. Il trouva dans la vieille Lorch, qui n'était pas encore entièrement ruinée, les derniers débris, d'un petit troupeau chrétien, dont il devint le soutien et le consolateur. Sa prédication fut reçue avidément dans d'autres endroits encore ; et en plu-» sieurs lieux elle tomba même comme sur une terre altérée. Selon les anciennes chroniques son travail fut tout particulièrement béni à Ensy où il s'arrét* quelque temps et où il eut la joie de voir un grand porabre d'araes renoncer à l'idolâtrie. A son retour vers la Bavière, il vint au fFallersee où il trouva pareillement beaucoup d'accueil, et où il posa les fondemens d'un temple que Théodo y bâtit pour cette contrée.

Rupert sentit bientôt le besoin de fidèles colla* borateurs; et il se rendit en France pour aller y chercher dans les couvens un certain nombre d'ouvriers, qu'il ramena effectivement, et qu'il distribua dans le pays. On remarqua surtout dans leur nombre Chunobald et Gisilar.

Ses voyages le conduisirent aussi sur les ruines de la vieille colonie chrétienne de Juvavo, située auprès des sources salines de la Salza, où avait

4o4 Bavière. — ropebt. jovavo (salzbodrg). Liv. F!. fleuri pendant quelques siècles une grande église chrétienne. Le lieu avait été détruit en 476 par les Hérules, et il était devenu le séjour des bétes fauves ët des serpens. La vue de ces ruines d'une ancienne cité chrétienne perça le cœur de Rupert, qui demanda à Théodo la permission de rebâtir sur ces vastes masures, au milieu des montagnes de la contrée et loin du bruit du mondé, un nouveau temple à l'honneur de Dieu. Le duc lui accorda sa demande, lui fit présent de la placé même avec un territoire de quatre lieues de circuit, et assigna des revenus considérables au couvent que Rupert commença à élever en ces lieux. Et c'est ainsi que l'ancienne Juvavo ressuscita avec une nouvelle vigueur, et devint l'origine de l'évêché, puis de l'archevêché de Salzbourg, qui fut, dans les siècles du moyenâge, pour tous les pays du Danube un foyer de vie chrétienne (V. c. 18, p. 53).

Sur ces entrefaites Théodo, sur le point de mourir, nomma pour son successeur son fils Thcodobert, en lui recommandant tout particulièrement d'écouter Rupert dans tous les conseils qu'il lui donnerait, de s'appliquer à propager le christianisme , de protéger en particulier l'église de Salzbourg, et de chercher à en accroître la prospérité. Théodo mourut en 6a 3; et son fils s'appliqua pendant toute la durée de son administration à remplir fidèlement les engagemens que son père lui avait fait prendre.

Rupert se voyant secondé par douze collaborateurs, avec lesquels était encore venue sa nièce Ehrentrudis, chargée de s'occuper, parmi les païens, des personnes de son sexe, il étendit ses travaux

Ch. XX?U M. DB BUPBBT. — S. AM AND (626). 4©5

de plus en plus; et Dieu lui fit la grâce de porter l'évangile, surtout clans la Norique, en plusieurs endroits où il n'avait encore jamais pénétré. Rupert laissait dans chaque lieu quelqu'un de ses collaborateurs; puis il retournait à Salzbourg, pour y reprendre la direction de l'ensemble des travaux.

Bientôt il sentit que sa fin approchait , et il ras-» sembla ses disciples pour le leur annoncer. Il nomma pour son successeur son compatriote le pieux Vitalis; puis il mourut en paix, après avoir élevé en Bavière un monument durable à la gloire, de Christ. Les chroniques laissent la date de sa mort dans une complète incertitude : mais il a marqué le. septième siècle comme la date de ses travaux fidèles.

Vers la même époque on vit arriver dans les contrées païennes du Danube un autre missionnaire pareillement repoussé de la Gaule, S' Amand, qui laissa , comme Rupert, des traces bénies de son passage dans le pays. Il avait été chassé de la Gaule par Dagobert Ier qui avait succédé à Clo taire II dans le gouvernement de rAustrasie(en.6aa). Ce prince avait beaucoup fait espérer dans les premières années de son gouvernement, sous la direction de Pépin ; et plus tard il revint aussi à une conduite réglée et parut se repentir sincèrement des désordres auxquels il s'était abandonné pour quelque temps : on se rappelle ses rapports avec S1 Éloi (c. ao, p. ia3); mais pendant quelques années il se livra aux voluptés et se permit des injustices criantes contre ses sujets. S1 Amand, évêque dans son territoire, Pavait repris librement sur ces désor-

4o6 Bavière. — s. amamo sous samo. théodo ji. Là». VI.

dres ; et c'était là la cause de son expulsion (i). Ce malheur apparent devait tourner à l'avantage de l'évangile : car S* Amand se rendit sur les rives du Danube; et comme il trouva dans les contrées périeures de ce fleuve un nombre d'ouvriers considérable, il pensa qu'il devait aller plus bas, chez les Slaves, pour y annoncer au milieu de nombreux dangers les bénédictiqns du royaume des cieux (626). Les Slaves avaient alors pour chef un négociant franc, nommé Samo, qui avait réussi à se faire considérer parmi eux comme un prince, et dont il paraît que le pouvoir ou l'influence s'étendait jusqu'en Bohême. Cet homme prit S1 Amand 8ous sa protection, el le missionnaire se mit à parcourir le pays. Mais ce fut sans succès apparent; et après beaucoup d'efforts, pensant que son travail était en vain et que l'heure du salut n'était pas encore venue pour ce peuple, il se rendit dans les Pays-Bas, chez les Frisons, où nous le retrpu* verons plus loin.

Au ducThéodobert, succéda en Bavière son fils Théodo II, qui nous est représenté comme un prince aussi pieux que l'avait été son père. Quoiqu'il y eut déjà à Ratisbonne, sa capitale, une église chrétienne considérable, les païens étaient cependant encore en grand nombre dans ses états, et Théodo sentait le besoin d'évangélistes fidèles et puissans. Ces hommes sont toujours très-rares; et ils l'étaient particulièrement à cette époque. Cependant la Providence en avait suscité un à Poitiers

(1) 9 au S. .4mm*€lij «f. Surims., ad 6, Febt.

Ch. XXVI. EMMEU\At,JJN VI5PÉUCIE*TE!t.ftORlQIJX. 4f>7

XÏUe d'Aquitaine, .en France^ c'était I/? fidèle meram. Il naquit au commencement du septième siècle : il avait reçu une banne éducation jmur |$ temps, et il était d'un extérieur prévint. iVprès s'être préparé dans un couvent à l'état ecclésiastique, il fut de bonne heure nommé évéque 4e jEoir tiers : mais il ne crut pas devoir borner ses travaux à ces seuls environs, et il se mit à parcourir un$ grande partie des Gaules , en cherchât à(r^pimdre la vie et la lumière jusque dans les. der^ères ,cab&nés du pays. Ayant appris dans ses voyages, qu'il y avait en Hongrie et dans la Pannoniç inférieure des Barbares encore plongés, dan? les ténçfyrçs^U paganisme, il résolut d'aller leur annoncer le ftalut, au milieu de tous les c)angerstet de tourtes p£i' nés de cette vocation, ll.quttu ,sa patrie, ppssa Loire et continua son voyage çn .prêçb$nt en tous lieux. Comme il ne. savait pas encore .i'^Uemand, U s'attacha quelques compagnons de voyage J^en disposés qui devaient lui servir d!int?rprèt£s; et; c'est ainsi, qu'il traversa l'Allen^annie et arriva à Ratisbonne, résolu de continuée de là .sou voyage pour la Pannonie.

Théodo II ayant appris son arrivée eU'oJjje^aV son voyage, lui représenta que des guerres W,vU?s s'élevaient continuellement parmi les Avares, et les Huns chez lesquels il. désirait se rendre, et qu'il ne pouvait, lui,. nullement lui conseiller d'aller y ten^ ter quelque chose. Emmeram hésitait , cependant encore; mais Théodo le retint, moitié force, moitié persuasion, et obtint enfin de lui qu'il consacrât ses peines à la Vindélicie et à la Norique.

4o8 Bavière. — tbav. bt fiw d'bkmebim (65 1). Uu. FL

Emmeram vit bientôt que ses travaux étaient aussi nécessaires là qu'ailleurs : une grande partie de la Bavière était encore païenne ; le reste n'avait guère qu'une pâle lueur de christianisme ; et les grands étaient presque tous ennemis de la foi. Mais comme la Norique était en plus mauvais état encore, c'est à cette portion du pays qu'En? meram voua ses travaux. Il y travaillait depuis trois ans ( 649 à 65 1 ) lorsqu'il se sentit pressé d'interrompre cette œuvre pour aller, selon la coutume de ces siècles, visiter les tombeaux des apôtres à Rome; mais une circonstance inattendue vint mettre fin à ses jours avant qu'il eût pu atteindre son but. Une fille de Théodo avait été séduite par un jeune noble nommé Sigibald ; elle voyait venir le moment où sa honte allait être connue , et elle croyait être sûre que son père furieux n'épargnerait ni elle ni le séducteur. Dans 1' de leur angoisse les deux jeunes gens s'adressèrent au prêtre qui était sur son départ, en lui témoignant la plus profonde repentance; et ils l'émurent au point qu'il leur promit de détourner la colère du père et de prendre la chose sur lui. A peine fut-il parti que la fille ra* conta le tout à son père, en ajoutant ce que le prêtre lui avait dit : mais Théodo la chassa dans une

contrée déserte de l'Italie où elle mourut dans la misère; et en même temps un des fils du duc courut avec quelques cavaliers après le missionnaire, qu'il trouva auprès d une source. Le jeune homme, sans écouter ce qu'Emmeram pouvait lui dire, se jeta sur lui avec fureur, le fit attacher à un arbre et mettre lentement en pièces, jusqu'à ce qu'il expirât

Ch. XXVI. M4BIW BT ANIÀllUfl (M. 697). 4°9

dans ce supplice. Peu après la mort d'Emmeram , la vérité fut découverte ; et le duc pénétré de douleur, fit élever à Ratisbonne un couvent qui porta le nom du missionnaire, et qui plus tard devint, par quelques-uns de ses nombreux élèves, un instrument signalé de bénédictions pour la Bavière.

Depuis lors il se passe cinquante ans entiers sans qu'on puisse retrouver le fil de l'histoire des missions de cette contrée. Mais on peut bien se tenir pour assuré que, pendant cet espace de temps, les ouvriers que Rupert avait laissés après lui, ou ceux qui sortirent des couvens qu'il avait fondés dans le pays ne restèrent pas oisifs. Il est tout aussi probable encore , que les relations qui s'étaient établies entre la Bavière et les couvens francs, surtout ceux deColomban, offrirent à ces écoles de prédicateurs plus d'une occasion d'envoyer de nouveaux ouvriers à l'église croissante de ces contrées.

Et en effet l'histoire de ce temps nous parle de deux missionnaires, nommés Marin et Anianus, qui passèrent les Alpes pour se rendre chez les Boïares, et qui s'appliquèrent avec zèle et avec succès, soit à la conversion des païens , soit à raffermissement de ceux qui professaient déjà le christianisme. Au milieu des austérités , si communes dans ces temps parmi les hommes pieux , ils avaient encore su enchérir sur leurs pareils. Afin de se rendre plus indépendansen toute manière, ils s'étaient habitués pendant quarante ans à ne vivre que d'herbes et de racines , à ne boire que de l'eau , et à coucher sur la terre. Mais cette excessive pauvreté même leur attira un malheur inattendu. A cette époque

4 10 SdSHfh't, — - M . MAftllW ET AMAN 06. THEODO III. Uv. V 1.

les Slaves (ou Vendes) faisaient en Bavière de fréquentes irruptions pour s'enrichir par le pillage. Arrivés à la cabane des deux missionnaires ils pensèrent trouver un riche butin ; et comme ils n y virent au contraire absolument que le strict nécessaire , ils crurent que les missionnaires avaient caché leurs biens. Anianus étant alors malade ils s'attachèrent à Marin , et ils se mirent à le torturer jusqu'à ce qu'il leur eût dit où il avait caché ses trésors. Marin se bornant à leur montrer de la main le ciel, les barbares lui demandèrent alors de leur désigner au moins les habitans les plus riches du. pays, puisqu'il était honoré d eux comme un père. Mais comme Marin s'y refusa positivement ils continuèrent à lui. faire subir toutes sortes de tortures, et ils finirent par le brûler vif. Son disciple Anianus qui fut témoin de cette horrible scène mourut encore le même jour , 26 décembre 697 , après avoir célébré la cène une dernière fois icibas. — Voilà ce que nous savons de plus marquant sur l'œuvre des missions dans la Bavière pendant le septième siècle.

Après ces premiers travaux l'église de cette contrée prit facilement , dans le cours du siècle suivant, un plus grand essor : le pouvoir tomba , dès 701 , dans les mains de Théodo III , homme aussi pieux que ses deux prédécesseurs , et qui se dévoua à l'œuvre de l'évangile avec ardeur. Après avoir fait , dans la simplicité du temps , son pèlerinage à Rome (7 1 7) il partagea le gouvernement avec ses trois fils, afin de pouvoir se livrer avec d'autant plus d'abandon à la contemplation. L'un £ut prince de

CHr. XXYL CORBIIHBN A FREYSINGEN. 4<t

la Rhétie ; un autre eut le midi du pays (le Sudgau) , dont la capitale était Freysingen ; et un troisième le Nordgau ; Théoda ne conservant pour lui que laNorique et l'orient du pays, dont Ratisbonne était la résidence. £n même temps on vit paraître en Bavière, comme prédicateur de l'évangile, un homme qui s'est beaucoup fait remarquer dans l'histoire des missions de ce pays , Corbinien,) natif «le Meltm dans les Gaules. Il s'était distingué de bonne heure par une grande forçe de caractère et par de grands talens. Après avoir achevé ses études dans les couvens de sa patrie il alla à Rome, pour y demander au pape une vocation « dans l'église de l'apôtre Pierre; » car depuis long-temps déjà on parlait beaucoup plus de S1 Pierre que de Jésus-Christ. Le coup-d'œil de l'ambitieux Grégoire II démêla dans cet nomme des dons distingués; et il lui donna sans tarder la dignité d'éveque chez les païens et le pallium. On voit ainsi de plus en plus l'œuvre des missions sortir de sa noble simplicité chrétienne, pour revêtir, même chez les âmes élevées, les mêmes formes dont s'entourait le siège pontifical : et Corbinien n'était pas même du nombre des missionnaires les plus purs et les plus, pieux.

Muni de ces pleins pouvoirs du pape , ce prélat arriva en Norique où Théodo III l'accueillit avec joie. Cependant il passa bientôt sur le territoire de Grimoald , l'un des fils de Théodo , qui voulait le fixer à Freysingen en le comblant d'égards. Et comme Corbinien se disposait déjà, par des raisons qui pqus sont peu connues , à retourner 3 Rome

je *tnrte .

retoema :

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«7*: M se re^reà? a devoir. Le doc . qui voulait avo*r ce <3»:<tenr «iKt* ses états et oui s iKLA^niit

il se FeE^fct arjpres de Corbuik * : ii> reconnurent leur faute et promirent de se séparer. CV>rb*n:e« tes neien alors avec bonté, les exhorta a la prvere et a une vie sainte,

Cependant le caraeter* de Corbinten se montrait excessive ment impérieux- Un jour Grimoald avait lente le nouvel évéque à un repas , et Cor- 1 avait appelé U bénédiction de Dieu sur les Mais le duc ayant pris un morceau de pain de dessus la table pour le jeter à un chien , Cor-

Ch, XXPl, CORBINIEN SB PAIT CHASSER. 4*3

binien se leva indigné , fit au duc des reproches amers sur ce détestable abus d'un pain consacré, dit qu'il ne reviendrait jamais à sa table si les choses devaient se passer ainsi, et quitta Freysingen. Cette conduite indécente et absurde d'un homme qui se donnait pour serviteur de Christ fournit à Piltrudis une occasion favorable d'aliéner au missionnaire le cœur de son mari.

Cependant Grimoald ne put se résoudre à renvoyer un homme qu'il croyait nécessaire pour constituer définitivement l'église de ses états : pour Fadoucir il lui donna , près de sa capitale , un district considérable où l'évèque bâtit une église et un hôpital, et planta des arbres fruitiers et de la vigne. Mais Piltrudis, qui ne pouvait lui pardonner son divorce, cherchait tous les moyens d'exciter le duc contre cet homme sévère et orgueilleux ; elle essaya même de payer des meurtriers : et alors Corbinien s'enfuit avec une partie de son clergé dans le château de Maja qui appartenait aux Lombards , pour attendre là ses futures destinées. A peine Grimoald eut- il appris sa fuite qu'il fit tous ses efforts pour ramener son évèque; mais Corbinien refusa constamment.

Sur ces entrefaites la Bavière subit une grande calamité. Les ducs de ce pays s'étaient joints aux Allemans pour secouer le joug des faibles rois francs, et avaient fait une invasion dans l'Austrasie; mais le puissant Charles Martel les battit en plusieurs rencontres, passa le Danube, en 722, avec ses Francs et se soumit de nouveau le pays. Piltrudis fut emmenée prisonnière avec une nièce et avec

4<4 Thuringe. — m. combin ib* , a. febysingeh. /i^. f/.

d'immenses trésors : la première mourut au bout de peu de temps; la nièce devint l'épouse de Charles Martel , et Grimoakl fut assassiné. II ne restait donc plus en Bavière, de toute la famille des ducs, qu'un petit-fils de Théodo III, Hugbert, qui s'empressa dès son avènement, de rappeler Corbinien; celuici revint en effet, et travailla dès-lors jusqu'à la fin de ses jours en sa qualité d'évèque de Freysingen avec succès à raffermissement de l'église chrétienne de ces contrées.

Mais si l'œuvre avait gagné en étendue elle avait beaucoup perdu' en pureté; ou pour mieux dire elle avait pris tout son accroissement sous une influence impure, et elle aurait peut-être couru rapidement à sa perte si Dieu n'eût envoyé à temps le grand instrument de ses grâces pour ces contrées, le vénérable Boniface , à l'histoire duquel nous allons bientôt arriver.

Mais nous devons, pour le moment, dire quelques mots d'une contrée voisine.

Tharinge.

Les habitans de cette vaste contrée ne reçurent l'évangile qu'un siècle environ après les Ailemans et les Boîares. Il semble, d'après l'histoire, que les rois francs s'intéressèrent beaucoup moins à ce peuple qu'aux Ailemans; et nous ne trouvons pas un seul exemple d'un envoi qu'ils aient fait d'aucun missionnaire dans ces contrées, ou même d'aucune protection qu'ils aient eu occasion d'accorder à tel

Ch. XXV /. PREMIÈRE HISTOIRE DR* THU RUTC1RR3. 4 1 5

Autre qui aurait pu s'y rendre de son propre mouvement. Les évangélistes qui ressayèrent plus tard trouvaient très-exposés; et ils ne s'y avancèrent qu'après avoir pris pied dans l'AUemannie et chez tes Boiares.

Après plusieurs déplacemens les Thuringiens avaient fini par se fixer entre le Mein et la Saale de Saxe, dans le pays des Hermendures; et ils s'étendirent peu à peu de manière que leur empire occupa non -seulement la Thuringe de nos jours mais encore toute la Franconie, la Hesse et une grande partie de la Saxe et de la Bavière supérieure.

Les rapports que les Thuringiens avaient soutenus précédemment avec les Visigoths, qui portèrent souvent eux-mêmes le nom de Thervingiens (voyez la carte de l'empire romain ) font déjà supposer d'avance chez eux un certain degré de culture; et en effet on trouve de bonne heure dans leur pays des châteaux, de petites forteresses, des villages, des villes et de l'agriculture. Leur langue était aussi celle des Visigoths , quoique leur histoire ne nous montre point qu'il aient fait usage de l'écriture qu'Ulphilas avait introduite chez ces derniers dès le quatrième siècle. On ne voit pas non plus qu'ils aient participé au christianisme qu'avaient embrassé leurs alliés} 41 parait qu'ils s'en séparèrent avant que ceux-ci eussent fait cette démarche importante.

Quant à leur religion, outre les faux dieux qu'ils avaient en commun avec les autres peuplades germaines, Wodan (Odin), Thor, Freïa, etc., on leur trouve encore quelques idoles particulières : une

4i6 ThUT. LEO & IDOLATRIE. SOL MIS ÀCX FRAJTCJ. L. /"7.

déesse Holla, dont est peut-être provenu le nom allemand de l'enfer ( hœlle ) ; c'était la déesse qui conduisait « l'armée furieuse, » dont la superstition s'est occupée encore pendant si long-temps : elle en voulait surtout, aux environs de Noël, aux filles qui n'avaient pas achevé de filer leur quenouille. Une autre de leurs idoles, généralement redoutée , était le dieu infernal Busterich, dont il s'est conservé jusqu'à nos temps une hideuse image ; c'est une statue brute en airain d'environ trois pieds de haut avec un ventre énorme. La statue est creuse; deux trous ronds, pratiqués dans sa tète pour en faire la bouche, vomissent du feu. Dans les solennités idolâtres cette statue se remplissait d'eau ; on en bouchait fortement toutes les ouvertures : puis on la plaçait sur le feu. Bientôt l'idole commençait à suer, les deux tampons qui lui fermaient Ja bouche finissaient par sauter avec un bruit terrible, et l'idole lançait de l'eau brûlante sur tous les assistans. Voilà comment la superstition à tenu pendant long-temps les ames dans l'esclavage de la terreur, sans qu'elles se fissent aucune idée de l'amour de Dieu.

Les Thuringiens, comme les autres Barbares, convoitèrent 4e bonne heure les pays cultivés, et se jetèrent en particulier sur les Gaules. Clodion, premier roi des Francs , fut obligé de les combattre; il leur prit un château situé sur leurs frontières et désigné par le nom de Disparg (Duisbourg ?), où il se fixa même pour quelque temps afin de les tenir en bride.

Son fils et successeur, Ghildéric Ier, recommença

Ch. XXVI. AMELBKRGA, HlÈCF DU GRAND THRODORIC. fa*]

la guerre avec eux, et enleva à leur roi Basimis son épouse, dont il fit ta sienne. Clovis fut un des fruits de ce mariage; et il s'avança lui-même en 491 contre les Thuringiens , qu'il soumit à un tribut.

Âpres la mort de Basihus , ses possessions furent partagées entre ses trois fils. Le cadet, Hermanfrid, eut en partage la Thuringe actuelle, et obtint de Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths, la main de sa nièce Amelberga i chrétienne comme Théodoric lui-même (t. 1. p. 5 18). Ce roi envoya la jeune épouse avec une lettre flatteuse : « Nous vous don- » nons ici un ornement de votre cour, un appui de » votre maison, une conseillère fidèle. La Thuringe » voit venir en elle une princesse qui a reçu en » Italie une excellente instruction , et qui devienn dra la gloire de votre pays, non-seulement par sa » haute naissance, mais par sa dignité personnelle.»

Il est curieux de lire encore de nos jours ces anciens détails de famille.

Mais on ne trouve dans l'histoire aucune trace de quelque tentative qu' Amelberga ait faite pour la conversion de son mari ou pour la propagation du christianisme dans la Thuringe. Au contraire, il paraît qu'elle ne méritait pas tous les éloges que Théodoric lui avait donnés, et qu'elle participa jusqu'à un certain point à l'ambition et à la fierté de son puissant oncle ; car elle convoita de bonne heure pour son mari les deux portions de l'héritage qui avaient été laissées aux deux autres fils de Basimis; et un jour, pour faire sentir à son époux moins ambitieux qu'elle, qu'il n'était que la moitié d'un roi, elle ne lui fit couvrir que la moitié de sa

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