IL
tai>Je. Le mari céda à ces suggestions : bientôt l'un des frères hit assassiné, et l'autre défait par Herrid. qui s était associé Théodoric, roi d'Aus- . en lui promettant la moitié du territoire de leur victime commune. Mais comme Hermanfrid refusait de tenir sa promesse, Théodoric vint à son tour lui faire la guerre avec son frère Glotaire Ier, et les Thuringiens furent entièrement dédits (c ao, p. 1 14 - L* chronique raconte même qu'une rivière voisine, rUnstrut. fut tellement remplie de cadavres que les Francs purent passer par-dessus comme sur un pont. Hernianfrui s enfuit dans le château de Scheîdingen près Naumbourg: et les Francs appelèrent les Savons pour les aider dans ce siège : c'est La première fois que les Saxons paraissent dans l 'histoire des missions allemandes. C étaient des hommes d une stature énorme, leurs longs cheveux descendaient jusqu'à la garde de leur épée ; leur corps gigantesque était couvert d'un court manteau; leur armure consistait en une longue lance et en de petits boucliers sur lesquels ils s'appuyaient : à leur côté pendait un grand couteau (V. p. Ces Barbares se jetèrent à minuit sur la forteresse , en escaladé* rent les murailles, pénétrèrent dans la ville avec de sauvages hurlemens, et massacrèrent tout ce qui leur tomba sous la main ( 5^8). Hermanfrid, qui avait eu le bonheur d'échapper avec sa femme et ses enfans, fut assassiné par des hommes que Théodoric envoya après lui : ses enfans, sauf un seul, furent étranglés, et Àmelberga s'enfuit auprès de son frère Théodat en Italie. Dès-lors, le nord-est de laThuringe tomba au pouvoir des Saxons.
Ch. XXVI. PLUS LONG-TEMPS PAYRNlfK QUE I. ALLRM. 4lQ
dis que le reste fut adjoint, comme province tributaire, à l'empire des Francs.
e la connaissance de
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— "*"^"Vrt11 ueja a pénétrer clans le sudouest de l'Àllemannie; mais il fallut encore cent cinquante ans jusqu'à ce qu'il eût trouvé un accès dans la Thuringe. Il est vrai que Sagittarius (i) fait tout ce qu'il peut pour prouver qu'il y avait déjà long-temps avant Boniface des chrétiens dans ce pays : mais il ne donne pourtant là-dessus que des suppositions; et la vie, d'ailleurs si remarquable et si connue, d'Hermanfrid ne présente pas la moin, dre trace d'attachement de sa part au christianisme ou d'aucune institution chrétienne qui eût existé dans ses états. Amelberga , il est vrai , professait la foi; mais outre que sa conduite était faite pour la déshonorer, cette circonstance ne prouve rien quant au mari et au reste de la nation. Il paraît que son fils Amelfrid aussi, avec lequel elle s'enfuit était chrétien, et qu'il fit un pèlerinage au tombeau* de Jésus-Christ ; mais la légende n'en dit pas davantage. Sans doute Sagittarius peut faire remarquer à l'appui de ses assertions l'expression de « renouvellement du christianisme dans la Thuringe » qu'employa plus tard le pape Grégoire II, dans une lettre de recommandation qu'il donnait à Boniface pour la nation thuringienne. Mais on sait que la cour de Rome ne pesait pas ses expressions avec tant de scrupule, quand il s'agissait de faire valoir
(i) Antiquit. Gentilismi et CkristianUmi Tkuringicù
4*0 T/ltir. RETARDER. RADEGORDR. LU>. FI.
devant des princes païens un prétendu droit de prescription ou d'autres raisons de ce genre.
Nous disions plus haut qu il était singulier que les rois francs n'eussent pas fait la moindre démarche pour envoyer l'évangile à la portion de la Thuringe qui leur échut : on peut remarquer de même qu'ils ne firent non plus aucune tentative pour améliorer les lois ou la constitution civile de ce peuple, tandis qu'ils s'appliquèrent vivement à remplir cette double tâche chez les Allemans et les Boiares. Il parait qu'ils jugeaient la Thuringe trop éloignée, trop étrangère à la Gaule, ou, sous quelques rapports, trop indisciplinable , pour essayer de lui consacrer les mêmes soins qu'aux autres portions de leur territoire.
Nous devons pourtant remarquer qu'au nombre des prisonniers que Clotaire emmena chez lui après la défaite d'Hermanfrid se trouvait cette jeune Radegonde, sa nièce, dont nous avons précédemment raconté la conversion (p. n4). C'est la première princesse chrétienne de la Thuringe dont l'histoire fasse mention; et sans doute elle se fut intéressée à la conversion de ses compatriotes , si elle n'en eût été empêchée par la dévastation de son pays, dont Venance Fortunat, l'un de ses amis, nous a laissé la description (i); ou bien aussi sa piété et son amour pour sa patrie l'auront portée à faire quelques efforts restés inaperçus, pour procurer ou au moins pour préparer aux siens l'accès aux bienfaits de l'évangile.
( i ) Sagittar. An{iquitattt rtgni Thuringùi, 1. a, c. 1 4-
Ch. XXfL WURTSBOURG CAPITALE. HEDEN. GOD5BERT. 4^1 1
Mais enfin l'heure de la grâce devait sonner aussi pour cette contrée. Au nombre des ducs de la Thuringe qui se font remarquer les premiers dans l'histoire de ses missions fut un nommé Hètan ou Héden, qui résidait à Wurtsbourg. Dans son voisinage demeurait Iber, homme considéré, qui était chrétien avec toute sa famille, tandis que le reste du pays était presque tout entier encore idolâtre. Sa fille Bilehilde se distinguait parmi les personnes de son sexe par sa foi, par ses vertus et par des grâces qui lui gagnèrent le cœur du duc. Cependant Iber ne voulait pas la donner à un païen ; mais il mourut bientôt, et Bilehilde fut forcée à contracter l'alliance avec le duc. Celui-ci ayant reçu ordre du roi des Francs d'aller le rejoindre pour une campagne , sa femme le suivit ; et comme l'archevêque de Mayence était son parent, elle alla s'établir dans cette ville , afin de pouvoir y prendre part, pendant la campagne, aux douceurs du service divin dont elle était privée depuis si long-temps. Son mari étant mort dans une bataille, elle résolut d'aller passer le reste de ses jours dans la retraite , et de s'y consacrer à l'éducation d'un jeune Godsbert, enfant qu'Héden avait eu d'un premier mariage, et avec qui commence proprement notre histoire des missions de la Thuringe. Bilehilde fonda à Mayence un couvent et une église ; puis elle vit bientôt Godsbert placé à la tête du gouvernement.
A peine ce jeune prince se fut-il établi, avec son épouse Geilane, dans sa résidence de Wurtsbourg ( Wurtzabourg), que la Providence lui présenta l'occasion non-seulement d'apprendre à connaître
4a a Thur. — kjlian arrive d'irulkde. Liv. VI.
lui-même le chemin du salut, mais aussi de le faire annoncer chez son peuple.
Cette occasion lui vint du pays dont sortirent à cette époque presque tous les évangéiistes. Dans l'un des nombreux couvens de l'Irlande vivait alors le pieux Kilian (ou Kullen). Lui aussi , comme tant d'autres de ses compatriotes du siècle passé , entendait sans cesse en son cœur ces paroles : « Que celui qui veut me suivre se renonce à lui-même, et charge sur lui sa croix; » et il sentit vivement qu'il était appelé à autre chose qu'à passer tranquillement sa vie dans les murs d'un couvent Bientôt il eut trouvé onze de ses frères de solitude qui se déclarèrent disposés à partager avec lui les travaux de la mission : onze, parce qu'on a déjà pu voir que depuis plus de cent ans c'était devenu un usage des couvens d'Irlande, que lorsqu'ils envoyaient un essaim de missionnaires, ces hommes se rendissent toujours à l'œuvre au nombre de douze, pour former parmi les païens comme une colonie chrétienne et pour se soutenir les uns les autres. Et certes il serait peut-être à désirer que cette méthode , autant que les circonstances le permettraient , fut encore suivie de nos jours : car une société pareille, de frères animés d'un même esprit, promet nécessairement bien plus de succès que les travaux détachés et quelquefois languissans d'ouvriers isolés, qui succombent souvent dès la première année sous le poids de leur rude travail (1).
(i) On n'aura pas de peine à penser que cette remarque est de M. Blamhardt. Seulement il fondrait y ajouter la condition que les missionnaires coûtassent moins : ce qui n'.*ura lieu que lorsque les principes du renoncement serout plus généralement admis parmi les protestaos.
Ch. XXVI, KIL1AN À W0ET5BOUHG (685).
Kilian avec ses frères se rendit d'abord dans les Gaules , pour chercher depuis l'Austrasie de quel coté il devrait diriger ses pas. L'Allemannie était pourvue par les couvens de Colomban dans les Vosges , et par ceux de Constance et de S* Gall : la Belgique et la Frise avaient aussi leurs ouvriers : c'était donc sur la Thuringe qu'il fallait se porter : et quelque effrayant que pût paraître alors le nom de ce pays encore barbare , c'est de ce côté que les missionnaires résolurent de diriger leurs pas. Très-probablement aussi l'évèque de Mayence et la pieuse Bilehilde leur auront donné des encouragemens pour cette œuvre , et leur auront parlé des bonnes dispositions avec lesquelles Godsbert les recevrait. Les missionnaires y arrivèrent en 685 , et furent en effet très-bien reçus par le duc.
Cependant ils trouvaient un pays encore plongé dans l'idolâtrie , et tout couvert des images hideuses de la déesse Holla. Ils s'aperçurent aussi bientôt que si la cour était favorablement disposée à leur égard , elle avait cependant contre eux quelques préjugés qui se fondaient sur leur qualité d'Irlandais , c'est-à-dire en un certain sens , de protestans (rapprochement singulier en nos jours ! ). Car on n'a pas oublié que depuis qu'Augustin avait échoué dans son projet de soumettre l'église irlandaise et écossaise à celle de Rome (p. a 5g et 309), il avait répandu partout des accusations d'hérésie contre le clergé scot, et excité la méfiance du siège pontifical contre tous les missionnaires de ces pays. Godsbert , qui avait appris ces choses , exigea que Kilian se rendit avec quelques-uns de ses collègues
424 ThUT.— BAPTEME OS GODS4KBT (tHBOBALD). LU>. VI.
à Rome , afin d'aller y prendre l'autorisation du pape. Kiiian , qui ne s'opiniâtrait pas dans ses vues, et qui d'ailleurs n'avait point encore alors à reprocher à Rome toutes les superstitions et les scandales dont elle se rendit coupable dans les siècles suivans , ne résista nullement ; il fit (en 686) le voyage exigé ; il fut très-bien reçu ; puis il retourna à son poste , où il eut alors la joie de voir le duc , et après lui , un grand nombre de ses courtisans, et presque tout l'orient de la Franconie embrasser le christianisme. D'après ce que Boniface trouva plus tard dans le pays il parait que le reste de la contrée n'entra pas encore dans ce mouvement religieux. Godsbert prit le nom de Théobald, le même nom, mais dans le langage des Francs.
Cependant la marche heureuse de ces événemens fut bientôt troublée par une de ces fatales interventions dans les affaires de famille que Rome s'est toujours permises, et par lesquelles elle a même établi principalement son despotisme spirituel. Il se présentait ici le même cas que celui qu'on a vu il y a peu , dans l'histoire de Corbinien. Godsbert avait épousé, avant sa conversion, la veuve de son frère ; et cette même église romaine qui se permet de déclarer le mariage indissoluble là où Jésus a dit qu il était dissous par le fait, c'est-àdire dans le cas d'adultère, se permettait de venir le rompre là où Jésus l'aurait sûrement sanctionné, ou du moins toléré, comme un fait accompli durant le temps de l'ignorance. Le pieux Kilian , poussé par les lois de son église , crut devoir exiger du duc
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Ch. XXVI. MARTYHBDB RI LIA. H. WGRTSBOJJRG, BVEC. /fa5
qu'il renvoyât sa femme. Ce pauvre prince fut terrassé à l'ouïe d'une chose semblable, que d'ailleurs on aurait dû lui dire plus tôt ; il répondit cependant que si c'était absolument la volonté de Dieu il n'hésiterait point à obéir. Mais Dieu ne permit pas que le sacrifice s'accomplît. Pépin d'Héristal était alors occupé à secouer le joug des rois mérovingiens : il appela auprès de lui Godsbert , qui perdit la vie dans une bataille. A peine Geilane eut-elle appris cet événement, qu'elle en profita pour faire jour à la haine qu'elle avait conçue contre les missionnaires : elle les fit emprisonner , puis mettre à mort en 688 , et enterrer dans une écurie, vêtus de leurs habits pontificaux , tenant en main un livre des évangiles et le vase dans lequel on conserve les hosties (i).
La chose excita dans la nouvelle église une rumeur et une indignation immense, et les écrivains de ce temps ne peuvent se lasser de dépeindre ce crime sous les couleurs les plus affreuses. Ils disent que celui qui avait été chargé du meurtre se mit lui-même en pièces, que Geilane tomba sous le pouvoir d'un démon , et que la vengeance du ciel poursuivit à chaque pas ses successeurs. Ce qu'il y a de vrai, dans tous les cas , c'est que le sang de ces vénérables martyrs prêcha après leur mort ; car bientôt après , Wurtsbourg devint un évèché qui étendit ses missions en tous sens. La postérité reconnaissante crut devoir honorer le souvenir de
(i) Act. Sanct. ad diem , 8 Jal. — Echart Franc, orient* , t. i, 1. 1 6. $8-n.
4^6 ThUT. PBLEfi. A WCRT5B. WILLIBRORD (69 1). Lîv. V I.
Kilian eu lui donnant la dignité de patron de cette ville; et tandis que, dans les siècles suivans, des milliers de pèlerins vinrent faire le pèlerinage de son tombeau, en s'imaginant rendre par là un service à Dieu , il arriva qu'ils y trouvèrent l'occasion de s'instruire en quelque degré dans les vérités de l'évangile et de recevoir de temps en temps des exhortations salutaires. Depuis cette époque aussi l'église de la Franconie orientale prit une solidité qu'elle ne perdit plus dès-lors ; et bientôt la portion encore païenne de la Thuringe vit arriver une multitude d'évangélistes. Dans ce nombre il y en eut un qui fut particulièrement remarquable, et dont nous aurons à reparler ailleurs fort au long : ce fut Willibrord.
Vers la même époque où Kilian souffrait le martyre , Willibrord , Saxon converti du Northumberland, était arrivé avec douze de ses frères chez les Frisons (691), où il avait commencé ses travaux avec succès. Pépin d'Héristal , qui était en guerre avec le roi des Frisons, avait pris les missionnaires sous sa protection ; et Héden II , successeur de celui qu'on a mentionné tout à l'heure , et qui servait dans cette campagne , ht la connaissance de Willibrord , et l'invita à se rendre dans son pays avec plusieurs de ses compatriotes. Willibrord y consentit, et Héden assigna aux missionnaires des districts considérables pour y bâtir des couvens : le château de Hammelbourg ht bientôt partie de ces donations (716). Ainsi l'œuvre des missions de la Thuringe acquérait des stations nouvelles , qui demandaient un nombre toujours croissant d'où-
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Ch. XXVÎ. PERSPECTIVE PAVC&ABLE. 427
vriers. Willibrord retourna, il est vrai, au bout de quelque temps chez les Frisons , où il trouva une entrée abondante ; mais il envoya en Thuringe le zélé et célèbre Boniface , son parent , que Dieu avait destiné à poser les fondemens définitifs de l'église de Christ dans toutes ces contrées, et dont nous allons bientôt raconter la mission. C'est avec lui que se terminera l'histoire des deux pays qui ont fait le sujet de ce chapitre.