‹ Historie générale de l'etablissment du ChristianismeChapitre 16 sur 19 · ÉTABLISSEMENT OU ÇHRISTI ANISMR EN BELGIQUE ET CHEZ LES PRISONS · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT OU ÇHRISTI ANISMR EN BELGIQUE ET CHEZ LES PRISONS

La Belgique avait eu, dans les siècles précédons, le bonheur de posséder quelques missionnaires distingués. Il paraît même que, dès l'époque de Dioclétien , trois serviteurs de Ckrist , Fuscien , Victoricus et Quintin avaient souffert le martyre dans ces pays. Plus tard Victricius, évéque de Rouen, y avait aussi amené plusieurs idolâtres à la foi. Mais les invasions des Suèves , des Vandales , des Alains et des Huns avaient détruit presque tous ces travaux , et il n'était même resté que très-peu de fruits des efforts qu'avaient faite ensuite dans le sixième siècle S1 Rémi , S1 Médard ( p. 96 et 98 ) et deux autres missionnaires , Antimund et Adelbert, pour ramener la foi dans ces mêmes contrées. Au septième siècle les circonstances ne semblaient

uigmzeo

Ch. XXV IL LA FRANCB TEWÉBB.; L IRUNDE ECLAIREE. /fcp

pas promettre un meilleur état de choses. Il y avait long-temps déjà que le feu sacré de Fâmour de Christ, qui avait brûlé précédemment dans le cœur du clergé des Gaules , semblait éteint; et avec la vie intérieure et la décadence de l'église s'était aussi éteint nécessairement l'esprit des missions. Les évéques continuaient à occuper leurs postes ; mais il ne s'occupaient plus que de chasse, de festins ou même de plaisirs indécens , qui leur faisaient perdre le secret de leurs forces; et ces hommes, si voisins de l'Allemannie , de la Thuringe , des Bataves et des Frisons , laissaient à des missionnaires écossais et anglo-saxons le soin d'aller annoncer l'évangile. On a déjà vu abondamment qu'il n'y eut pas , dans le septième et le huitième siècle, de pays pareil à l'Angleterre pour envoyer des missions dans toutes les directions , depuis la Laponie jusque chez les Lombards aux portes de Rome ; et on ne peut s'empêcher de répéter là-dessus l'observation que le zèle pour les missions, et la vie religieuse, se rencontraient précisément chez le peuple qui avait le plus long-temps résisté aux prétentions de Rome. Il s'était conservé dans les cellules écossaises un • esprit de liberté évangélique et un amourde l'étude, supérieurs à tout ce que l'on trouvait ailleurs : nulle part peut-être on ne s'appliquait avec plus de soin à la conservation des classiques de l'ancien monde , en même temps que nulle part dans l'église les saintes Écritures ne se copiaient et ne circulaient avec plus d'assiduité. En général il resta en Angleterre, au milieu des profondes ténèbres qui couvraient l'Europe , un

43o Belgique. — ». bloi. s. amaud, a g aîid (626). Liv. VI.

lumignon de vérité qui, après avoir traversé l'époque la plus sombre du moyen-âge , brilla encore d'un nouvel éclat dès le treizième siècle , à l'apparition de la grande Charte , de Roger Bacon , de Grosseteste et de leurs dignes successeurs.

Cependant le clergé franc de cette époque ne fut pas absolument sans produire quelques hommes excellens , qui se détachent sur le fond obscur de tout le reste, et qui jetèrent un certain éclat de lumière chrétienne sur les populations païennes qui les environnaient. S1 Éloi que nous avons vu pousser ses travaux jusque dans ces contrées (c. ao, p. 127) vivait encore, lorsque, sur ses vieux jours, un homme animé de la même piété que lui s'attacha à ses pas pour répandre l'évangile dans le Brabant. Ce collaborateur et ce compagnon de ses peines , fut ce S' Amand qu'on a déjà nommé pré* cédemment (p. 4°6) en parlant de sa mission chez les Slaves, dans les contrées du bas Danube. Cet homme , né Franc, avait aussi senti le besoin d'aller répandre l'évangile chez les païens. En vain son père le menaça de le déshériter : il répondit que son héritage était au ciel. Après les préparations ordinaires du couvent il fiit sacré évèquemissionnaire , et se dirigea sur la Germanie. Repoussé par les Slaves de la Pannonie, au milieu desquels il vit qu'il ne pouvait travailler seul avec succès, il retourna dans sa patrie, d'où S1 Éloi le dirigea sur la Flandre encore païenne. Les îtioln— très de la contrée de Gand étaient renommés par leur cruauté , et S1 Amand se vit exposé à leurs mauvais traitemens : le gouvernement franc, sou-

Ch. XXVll. S. AMÀND. GOMMElf CfiMBNS PBIIIBLES. 43l

vent en guerre avec les populations qui bordaient l'Escaut, ne pouvait le protéger efficacement; et sa vie fut en danger de tous côtés. Il est vrai qu'il excitait quelquefois la persécution par un zèle déraisonnable : on le voit par exemple demander au faible Dagobert , qui régnait alors en Austrasie , un décret par lequel on forcerait à recevoir le baptême, ceux qui ne s'y soumettraient pas volontairement. Peut-être qu'il était conduit à une pensée de ce genre par tout ce qu'on apprenait alors des Sarrasins qui , dans ce même temps , forçaient les peuples de l'Espagne et du midi de la Gaule à recevoir l'Islam sous peine de mort. Dans tous les cas il n'est pas surprenant que les pauvres Flamands essayassent de repousser la force par la force. Les femmes et les enfans lui jetaient des pierres, on le battait, on le menaçait de le jeter à l'eau; mais cet homme sincère et dévoué, quoique peu éclairé, se rappelait tous les jours ces mots du Seigneur: que « personne n'a un plus grand amour que » de laisser sa vie pour ses amis. » Ses compagnons d'œuvre s'enfuirent dans leurs couvens, et le laissèrent seul au feu : mais au moment où la détresse paraissait avoir atteint le dernier degré, le secours de Dieu arriva du côté le moins attendu.

Un comte Dotto qui régnait sur cette contrée avait condamné à mort un malheureux étranger , et l'avait fait pendre à un arbre. S1 Amand accourut et le rappela à la vie. Le pauvre malheureux soutint qu'il avait été ressuscité : bientôt la nouvelle du miracle attira auprès de S1 Amand une

I 3*. / Sw AXAS». f. OUE 'Jj*i\ Lîv. VU

truie de TMdensc et des-lorsses travaux prospérèrent ie cur en «:ur- Les Flarn.ïnds écoutèrent sa prédicacon . et c:mrn<gh:tTfflt à démolir plusieurs de leurs tea^es ^ ;^tres: » Âmand, bâtit avec le secours du rot des Francs, quelques églises et quelques couvetts: et il rt pandit dans toute la contrée des semences de conversion qui ne tardèrent pas a porter des fruits ab^xulms. Vers la fin de ses jours il clé eki évoque de Mjrstricht, et il en rem* pLc les tb notons jusqu'en 67 5, où il mourut dans un i^e avance t -

Encore du vivant de S* Àniand il était venu une petite troupe vlautres missionnaires se joindre à ses trav aux- À leur ttte était Omer qui se fixa chez les yi>:r\fts- tftabLs sur la côte de la mer du NorcL depuis Bou'o^ne jusqu'à Tembouchure de FEscaut. Ouier descendait d'une lEimille noble allemande, qui possédait, vers la fin du sixième siede • des biens considérables à Guldenthal , sur le lac de Constance, et qui y avait reçu la foi en Christ. Son pere Feleva avec soin „ vendit ses biens après la mort de sa ternoïc, et se retira avec son enfant dans le couvent de LuxeuJ. pour s'y vouer au service de Dieu. Il y trouva Eustase c. a6, p. 401 qui, s'apercevant que le jeune homme avait de graods talens y lui di una une éducation soignée. Le jeune Orner passait là des jours heureux et eut de la peine à se décider, quand le moment en fut venu, à quitter ces lieu*. Cependant il ne résista pas à rappel qui lui fut fait à ce sujet. Dagobert Ier ( Australie, en 6a 2. s'était adressé à l'abbé du couvent pour

Ch. XXV1L s. omer (couveht de s. bertin). 433

lui demander des ouvriers pour ses états du Nord, encore ensevelis dans une grande ignorance et une grande barbarie : les évèques de Noyon et de Tournay appuyèrent fortement la demande du roi; et Eustase jeta les yeux sur Omer et sur quelques autres hommes zélés, au nombre desquels on remarque surtout Momoilin, Bertin et Ebertran. Ces missionnaires prêchèrent dans tout le pays avec grand succès, renversèrent les idoles, abattirent les bois sacrés, et instruisirent le peuple dans la doctrine du salut. Pendant toute la vie de Dagobert, qui ne mourut qu'en 638, Omer trouva dans ce roi un puissant protecteur; et lorsque ce souverain vint à mourir, la foi avait déjà jeté de telles racines dans le pays , que les divisions qui éclatèrent de nouveau entre cette contrée et la cour d'Austrasie ne purent plus y arrêter les progrès de l'évangile. D'ailleurs les chefs même du peuple, quoique ennemis des Francs, trouvaient conforme à leurs intérêts de protéger l'église de Christ dans leurs domaines, et de s'associer aux peuples chrétiens dans l'opposition aux peuples encore plus redoutables qui restaient adonnés à l'idolâtrie.

Omer mourut en 670, après avoir eu la joie de voir un bon nombre de disciples se former pour les missions dans un couvent qu'il avait fondé à Sithiu ( ou Saint-Bertin) en Normandie. La famille royale dota richement cette institution, qui fournit dès-lors pendant long- temps des ouvriers zélés, dont les travaux achevèrent d'affermir l'église dans le pays des Morîns (1).

(1) Jfoft/., sxc. a. p. 6*9.

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