CHAPITRE XV|II
^QPAGÀTJCm DB LBVA*GILE CHEZ LBS VJSIGOTHS BT LBS OSTBOGOTHS.
VUigoth» (midi de U France «t E»p*gnf,)
Quoique nous ayons pu montrer que l'arianisme des Goths différait beaucoup de tel autre système désigné par le même nom > et par exemple de celui des Vandales, le fait seul que cette nation avait embrassé cette vue, n'en agit pas moins d'une manière fatale , soit sur son propre sort , soit sur ses relations avec l'église d'Occident; et cette circonstance fut même si féconde en funestes résultats, qu'elle prépara lentement la ruine de ce peuple , et que le nom même de la nation, comme de toute autre nation arienne, a entièrement disparu de l'histoire. Il y a plusieurs raisons qui expliquent ce phénomène remarquable. Comme nous l'avons déjà fait observer, le seul fait que le christianisme se présentât aux nouveaux convertis comme une affaire de parti , devait déjà agir d'une manière excessive-
Ch. XV lïl. FONBSTES EFFETS DE LARIÂÏIISMB. *5
ment nuisible sur leur état religieux. L'étroitesse de vues et l'instruction superficielle dans laquelle s'élevaient toutes les nations ariennes, durent également exercer sur elle, une fâcheuse influence. Le mobile coupable, qui très -probablement anima souvent les prédicateurs ariens, c'est-à-dire le désir d'employer les Barbares comme des instrumens pour se venger des maux que leur avait faits l'église orthodoxe, devait aussi opposer un obstacle insurmontable à cette puissance divine de l'évangile qui ne peut se manifester que quand cet évangile est prêché par des hommes sincères et vraiment pieux. Cette division nuisait encore infiniment aux Barbares ariens en les excluant des nombreux moyens d'édification dont l'église orthodoxe était enrichie depuis quelques siècles : car à peine les Goths et les Vandales mettaient-ils le pied sur le territoire de l'église d'Occident, que leurs ecclésiastiques leur défendaient la fréquentation du culte établi et celle de tous les établissemens publics d'instruction. Enfin , en perdant la pureté de la foi les Goths perdirent ce qui forme l'unique point d'appui d'une vraie piété : leur communion, manquant de sa base divine, et s appuyant sur un salut opéré par un ange, au lieu de reconnaître que la rédemption est de Dieu, se divisa bientôt, comme tout système humain, en une foule de sectes qui se combattirent avec* le même acharnement qu'elles apportaient dans leur opposition à l'église orthodoxe. Voilà sans doute la principale raison pour laquelle toutes les peuplades germaniques qui embrassèrent l'arianisme, finirent par perdre éga-
26 Visigoths. — db 373 a 4*o. Liv. f.
lement leur existence civile et religieuse. — Mais venons-en aux faits.
Nous avons conduit plus haut (c. i5, p. 440 Fhistoire des missions parmi les Visigoths , autant du moins que nous l'apprennent les auteurs du temps , jusqu'à l'époque où nous avons vu le christianisme généralement admis parmi eux. Nous pourrions par conséquent ne plus rien ajouter sur ce sujet , s'il ne s'était écoulé , depuis le moment où ils fondèrent leur empire (4io,)(V. c. 16, p. 47 i)> un long espace de 175 ans jusqu'à ce que leur position religieuse eût pris une assiette définitive. Ce ne fut en effet qu'en 586 , à la suite de longs et de violens orages , qu'ils furent incorporés à l'église orthodoxe et purent figurer de plein droit au nombre des peuples chrétiens. C'est aussi dès cette époque que leur existence nationale commence à se confondre avec celle du peuple qu'ils s'étaient soumis , au point que leur nom même finit par se perdre en Espagne comme dans la Gaule. Un coup-d'œil rapide jeté sur cette époque développera devant nos yeux quelques-uns de ces moyens admirables et cachés au moyen desquels la Providence de Dieu conduit l'œuvre de Christ à son but en dépit de tous les obstacles.
Lorsque Wallia eut fondé l'empire Toulousain , les migrations des Visigoths atteignirent leur terme ; et ce peuple qui embrassa bientôt, avec la foi, l'industrie et la langue des Romains, se civilisa rapidement. Wallia eut pour successeur ce Théodoric Ier que nous avons vu lutter victorieusement contre les Romains commandés par Litorius , et
Ch. XV III. ALÀRIC II PROTÈGE LES CÀTHOLIQUBS. 27
qui perdit ensuite la vie à la grande bataille de Châlons contre Attila. Il fut suivi deThorismund, puis de Théodoric II , qui agrandit encore le territoire de sa nation ; on se souvient que nous avons donné à son sujet quelques détails. Puis vint Eurich , qui éleva la nation des Visigoths au plus haut point de sa gloire , et qui mourut en 4$4 > en laissant le trône à Alaric II, qui l'occupa jusqu'en 507. Ce prince, qui régna ainsi du vivant de l'ambitieux Clovis, sentit qu'il devait chercher à gagner l'affection de ses sujets catholiques par une sage condescendance, et guérir par un gouvernement libéral l'aversion que leur inspiraient des rois ariens , soit par le seul fait de leur foi erronnée , soit par la géne plus ou moins grapde sous laquelle ils tenaient leurs sujets. Il fît donc beaucoup pour les adoucir : il dressa même pour eux un code de lois spécial : il accueillit les évéques chassés d'autres contrées pour la foi orthodoxe , et dans ce nombre plusieurs de ceux qui avaient été bannis d'Afrique par le roi des Vandales, en 49A Ce fut le cas en particulier de cet Eugène , évêque de Carthage, dont nous avons parlé il y a peu (c. 17, p. 16). Il fut même permis aux catholiques de ses états de tenir des conciles : nous en mentionnerons un seul , celui qui se tint à Âgde , en 5o6, sous la présidence de Césaire. On y vit vingt-cinq évéques catholiques, et dix anciens , représentant dix autres évéques de la même communion. Parmi les nombreux décrets de ce concile , qui aspirait surtout à ramener l'ordre chez les ecclésiastiques, on trouve entre autres un canon qui
a 8 Visigoths. — cône, d'agde (5o6).— cbsaire. Uv, V.
défend à tous les chrétiens les divinations païen* nés (auguria et divinationes) , et la méthode de consulter le sort au moyen de passages de l'Écriture. Il paraît de là qu'il s'était déjà introduit dèslors chez les nouveaux convertis l'usage abusif, et païen , de regarder comme un oracle la première parole qui leur tombait sous la main en ouvrant les Écritures. Mais ce même règlement nous apprend par-là même aussi que l'Ecriture sainte se trouvait dès-lors répandue en quelque degré parmi le peuple, et que ce même concile ne défendait pas, comme Rome, Fus à cause de l'abus.
Mais nous revenons à Alaric II. Malgré tous ses sojns ce monarque eut bien de la peine à regagner les cœurs; et l'ancienne population romaine et orthodoxe ne cessait de regarder au roi des Francs comme à celui qui était destiné à la gouverner, Alaric fut obligé d'en venir, on ne sait si ce fut à raison ou à tort, à faire amener dans sa capitale, sous sa surveillance, les évèques les plus distingués de ses états, et d'en bannir d'autres en Espagne, en un mot de persécuter jusqu'à un certain point l'église orthodoxe.
Au nombre de ceux qui furent ainsi bannis par Alaric se trouvait le pieux Çésaire, évéque d'Arles, Tune' de ces lumières qu'on voit briller avec tant 4e joie dans la nuit sombre de cette époque , et sur lequel il nous est doux, de nous arrêter avec quelque détail.
Césaire naquit dans la contrée de Châlons en Bourgogne, en 470 , et parait avoir été élevé par ses parens à la piété. Il entra, encore jeune , dans le
Ch. XF1II. CBSÀIELE PRECHE SIMPLEMENT. 39
célèbre couvent de l'île de Lérins au midi de la Provence, où vivaient alors, sous la direction de Porcarius, un grand nombre de serviteurs distingués de l'église. L'abbé du couvent lui donna d'abord la charge de cellier ; mais les moines furent bientôt si mécontens de la sévérité avec laquelle il s'en acquittait qu'il fallut la lui ôter. Après avoir achevé ses études, il vint à Arles où il gagna bientôt l'affection de l'archevêque Eonius , dont il fut nommé successeur, en 5oi, à l'unanimité des voix du troupeau. Il remplit dès-lors cette charge avec une fidélité distinguée pendant quarante ans, jusqu'à l'époque de sa mort, qui eut lieu en 54*.
Il tenait chaque jour un service public, dans lequel il expliquait au peuple la parole de Dieu d'une manière simple et édifiante. « Si je vous exposais l'Écriture, dit-il dans son dixième sermon, à la manière des pères , la nourriture spirituelle ne parviendrait qu'à un petit nombre de personnes instruites, et la multitude du peuple resterait sans instruction. C'est pourquoi je prie humblement les oreilles savantes de vouloir bien écouter avec patience des paroles à la portée du commun peuple (des paroles de paysan) : il doit nous suffire que toute l'église puisse trouver dans un discours simple une nourriture spirituelle. Puisque les gens sans lettres ne peuvent s'élever à la hauteur des gens instruits , il faut que ceux-ci s'abaissent au niveau des ignorans. »
Le pieux évêque se faisait un devoir de visiter son troupeau, non-seulement dans la ville mais aussi à la campagne , toutes les fois que le mal-
3o Vuigoths. — cbsairb (5©o-54a). U», f .
heur des temps le lui permettait, a Si la chose m'était possible , leur disait-il , j'aimerais vous voir non-seulement une fois, mais chaque année, pour satisfaire ce désir que nous avons de part et d'autre de nous unir. Mais puisque le désordre des temps (les guerres entre les Visigoths, les Francs, les Ostrogoths et les Bourguignons) ne le permet pas toujours , nous savons que nous sommes unis en esprit par un amour réciproque , et qu'il y a d'ailleurs une autre cité où les vrais chrétiens ne seront jamais séparés les uns des autres. »
Il insistait surtout, dans ses prédications , sur la nécessité d'une étude assidue et réfléchie des saintes Écritures ; et il exhortait ceux qui savaient lire à employer leurs soirées à la faire connaître à ceux qui ne savaient la lire par eux-mêmes, a Qui peut dormir si long-temps dans les longues nuits d'hiver, qu'il n'ait le temps de consacrer au moins trois heures à lire l'Écriture ou à l'entendre lire ? La lumière de l'ame et sa nourriture éternelle n'est pas autre chose que la parole de Dieu , sans laquelle l'ame ne peut ni voir ni vivre. Car de même que notre corps meurt quand il ne prend point de nourriture, notre ame s'affaiblit aussi quand elle ne prend pas souvent la parole de Dieu. »
Afin de fixer l'attention de son église, et de la préserver d'une vaine dissipation pendant le culte , Césaire ordonna que les laïques accompagnassent de leur chant les cantiques qui jusqu'à présent n'avaient été chantés que par des ecclésiastiques. Et à ce sujet nous pouvons faire remarquer un monument frappant de ce travail des chrétiens
Ch. XVlll. CANTIQUES GRECS, LATINS, ET GERMAINS. 3l
d'Orient dans le midi de la France, dont nous avons déjà parlé précédemment ( t i, p. 345) ; car il restait dans les églises de cette contrée, encore du temps de Çésaire, plusieurs cantiques grecs, qui y avaient été apportes par des colons chrétiens pareillement grecs, lesquels s'étaient établis dans ces contrées pendant le cours du second siècle. Lorsque , plus tard , des colons romains y furent venus à leur tour, on joignit à ces cantiques grecs des hymnes latines : puis enfin , quand les Barbares furent arrivés , la liturgie des Visigoths dut encore se dire dans leur langue germanique; et ainsi le culte présenta pendant quelque temps des cantiques en trois langues (i).
Le pieux Césaire s'appliqua avec beaucoup de soin à faire du chant d'église un moyen d'édification. « Je ne puis , dit-il dans un de ses sermons (serm. a84) , vous exprimer en paroles la joie que m'a causée votre dévotion ; car c'était mon désir depuis quelques années , que notre bon Dieu vous accordât le don du chant. Mais avant tout, appliquez-vous par la prière et par de saintes réflexions , à ce que le Saint-Esprit , qui se fait entendre dans vos prières et dans votre bouche, demeure aussi dans vos cœurs ! Sans doute c'est quelque chose de bon et d'agréable à Dieu quand la langue chante avec foi ; mais ce n'est quelque chose de vraiment bon , que lorsque la vie est d'accord avec la langue. »
Césaire profita avec soin des fréquens conciles
<i) Théodore t. Uist. *«/., 1. 5, c. lo. — Hieron., epA. ». p. 6»6; ed. Par.
3a Visigoths. — CÉ5A.IRB , bxilb (bh 5o5). JJv. V .
qui se tinrent vers cette époque sous sa présidence, pour travailler à répandre généralement l'instruction religieuse , et surtout pour la faire pénétrer dans la campagne. Dans l'un de ces conciles (5ac)) il fut ordonne qu'on prêcherait régulièrement dans les églises des villages aussi bien que dans celles des villes , et que les pasteurs devraient toujours former un certain nombre de jeunes gens à la charge de lecteurs de IV g lise, en les instruisant de bonne heure dans les saintes Ecritures.
Césaire était profondément pénétré du sentiment que c'est à l'école de Christ que nous devons apprendre tout ce qui est vrai et bon. « L'homme ne peut rien produire par lui-même , dit-il dans un de ses discours , si ce n'est le péché et le mensonge. Ce qu'd possède de vrai et de juste, il le tient de cette source, à laquelle nous devons toujours boire dans le désert de ce monde, pour n être pas abattus en chemin par la fatigue. Ce ne sont pas les sartriens qui nourrissent le cep , mais c'est le cep qui leur donne la vie- »
Césaire eut nécessairement sa bonne part des tribulations de l'époque. Il hit accusé auprès «TA- Line II, dans les états duquel était alors la ville dT Arles* de chercher à amener cette ville sous La domination de la Bocr^ocoe sa patrie; et le roi le lit exiler par cette raison a Bordeaux en 5ox — même année où . pir un contraste asseï singulier . Ei>evéï^ue orthodoxe de Cirtha^. * errait cher» cher at;pces a À Line un rera^e centre les çwsecutxvs* oe soa rot arien. A Focdeavii. cVsair^ cx-Tsa le respect ^rtxral . comix&e si lavait lu* a Arves ;
Ch. XVlll. RAPPBLé, BMPBI50HNB BT LIBBRB. 33
et bien loin d y exciter les esprits à la révolte , il s appliqua au contraire à y comprimer les murmures des habitans, mécontens de leur gouvernement arien , et à recommander à tous l'obéissance envers les autorités. Alaric lui-même reconnut bientôt son innocence et le rappela.
On se souviendra (c. 1 6, p. 5 1 4) qu'il y eut à cette époque une guerre malheureuse des Visigoths contre les Francs , et qu' Alaric y perdit la vie ( 507) ; mais que le pays fût ensuite occupé par les Ostrogoths que Théodoric avait envoyés au secours d' Alaric. Pendant que Clovis avait encore des succès, la garnison d'Arles avait été bloquée par les Francs. La tentative que fit un jeune ecclésiastique, parent de Césaire, de se faire descendre le long de la muraille de la ville au moyen d'une corde pour s'enfuir, excita de nouveau contre cet évéque le soupçon qu'il voulait trahir le pays; et il fut encore une fois emprisonné, jusqu'à ce qu'une seconde fois aussi on reconnût son innocence.
Lorsque, ensuite, les Goths battirent les Francs et ramenèrent dans la ville une quantité de prisonniers, Césaire, toujours ami, comme l'évangile , de tous ceux qui souffrent , à quelque parti qu'ils appartiennent, reçut ces prisonniers dans son église et dans sa maison , et leur fournit le vêtement et la nourriture, en attendant de pouvoir les racheter. Pour parvenir à ce dernier but il vendit non-seulement tous les ustensiles précieux de son église, mais il convertit encore en monnaie tout l'or et l'argent qui en ornaient les colonnes et les murs. « Les biens que nous espérons, dit-il, ne se