A L'IMPOSSIBLE NUL N'EST TENU
La cellule de Fra Ambrosio. — Au fond, son confessionnal. — Sur une table un chapelet, des papiers, des livres de piété.
AMBROSIO
Je ne puis écrire, je ne puis m'occuper. Et mon sermon Je demain !... je n'ai encore rien préparé. Pourtant je dois le prononcer devant Sa Sainteté, devant les cardinaux, devant tout ce que Rome a de plus distingué. Et ces femmes si'biillantes d'attraits et de parure !... oh ! oui, c'est le dernier jour de la semaine sainte, elles y viendront toutes, avant d'aller au Corso. Allons, à quoi vais-je penser ? Chassons ces idées, travaillons. (Entre Girolamo.) Qui vient là?
GIROLAMO, d'un air béat.
Votre fidèle valet, monseigneur, qui vient vous prévenir que la cérémonie est pour midi.
AMBROSIO
Quelle cérémonie?
G1ROLAMO, du même ton.
Le mariage du marquis de Gondolfo, le gouverneur de Rome. Par saint Phanuce, mon patron, avez-vous oublié que c'était vous qui deviez lui donner la bénédiction nuptiale ? Faveur insigne pour le couvent des Dominicains, ce qui nous fait assez de jaloux chez les révérends pères de Jésus.
AMBROSIO, travaillant sans l'écouter.
Quel bavardage !
GIROLAMO
Je vais préparer votre étole et votre chasuble. Laquelle mettez-vous? Celle en moire bleue, ou plutôt celle vert et or qu'on vous a envoyée ce matin avec deux caisses de confitures?
AMBROSIO
Envoyée ! Et qui donc ?
GIROLAMO
On l'ignore : sans doute quelque grande dame de celles qui étaient hier dans l'église de la Piazza Sciarra à votre sermon. Quelle affluence ! quels beaux équipages ! On dit que le cardinal Fesch et toute la famille de Bonaparte y assistaient.
AMBROSIO
C'est vrai, un auditoire de rois déchus.
GIROLAMO
Et quel effet vous avez produit ! Toutes les femmes sont sorties les yeux rouges et le mouchoir à la main. Ce qui a surtout excité l'enthousiasme, c'est l'endroit où vous faisiez le tableau des saints devoirs du mariage et du bonheur conjugal.
AMBROSIO
Et comment le sais-tu, toi qui étais resté à la porte?