V. SARDOU spirite
Une intéressante physionomie que celle de Sar-
ou I j'^j g^ Ig^ bonnefortune de l'observer de près
Pendant nos séances de l'année... Je ne préciserai
P^intle millésime, afin de ne pas trop nous vieillir
^ï^ et l'autre. Nous nous réunissions à l'effet, lui,
^ ^e faire une pièce, moi, de la jouer.
Nous devons confesser qu'il fut alors bien peu
^^^stion de théâtre entre nous. Le hasard jeta, dès le
^^bvit, la conversation sur le terrain du spiritisme.
et il fut impossible d'en sortir. On n'ignore point que Sardou était, et est peut-être encore un des adeptes les plus fervents de la religion spirite. Si je n'ai point gagné, à ces conversations, un bon et fructueux manuscrit, comme il arrive à Sardo^ d'en doter les directeurs de théâtre, j'ai dû, p^^ compensation, de bien agréables heures à mon in' terlocuteur, vif, spirituel et convaincu.
Je tâchais de lui tenir tête. Je lui opposais A^^ bribes d'anatomie et de théodicée : j'admirais ^^ côté rêveur et l'induction métaphysique du spir '^' tisme ; mais je refusais d'admettre, à l'état de dogm ^' la vapeur animée et mystique des sphères interne diaires.
Sardou me combattait avec des faits.
Il m'en cita un, alors tout récent, qui fit sur m( une vive impression.
Sardou était membre d'un cercle de spirite composé d'hommes intelligents, instruits, apparte ' nant au meilleur monde. Leur foi était sincère - Leurs séances avaient un caractère absolumeaC: sérieux. Ils ne seraient point venus perdre leur temps au jeu (indigne d'eux) d'une mystification réciproque.
Un soir qu'ils étaient réunis — les mains se touchant, suivant la formule — la table annonça qu'une âme demandait à se mettre en communication avec le cercle.
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On fit entrer l'âme.
* Elle déclara qu'elle se trouvait fort en peine, at-
tendu que le corps, complété par elle il y a plus- de cent ans, était celui d'un nommé 77iom^5 (je prends c^nora au hasard, ne me rappelant pas le vrai), et 9Ue ce Thomas, personnage riche, honoré de la di- S^^ité de maire, et très-considéré de son vivant, ^ ^vait été, en réalité, qu'un mauvais homme, spo- ^iateur de parents ruinés par son fait.
On demanda à l'âme où s'était passé l'incident. — Dans la commune de Z..., répondit-elle.
On prit des notes; on invita l'âme à dire ce que * On avait à faire en faveur de ce Thomas, qui, tou- ^^fois, attendait bien longtemps pour se repentir. — . ^ Il faut prier pour lui, et savoir s'il reste des héri- ^ï^rs à qui réparation puisse être faite. » — Sur ce, ^*âme se tut, et la séance s'arrêta.
Les membres du cercle s'interrogèrent pour savoir si l'un d'eux avait eu antérieurenient une con- '^aiissance quelconque de ce qui concernait , soit le • • Thomas, soit sa commune. Jamais personne n'avait entendu parler ni de l'un* ni de l'autre; chacun l'affirma sur l'honneur et par écrit.
On nomma une commission, chargée d'écrire officiellement au maire fonctionnant dans la commune en question,
•Non .moins officiellement, il répondit, par une première lettré, qu'il ne comprenait absolument
94 Historiettes et Sguvenirs
rien à ce qui était réclamé de lui, et par une secoi qu'après bien des recherches il était parvenu à ce tater l'existence d'un nommé Thomas, lequel av en effet, été maire de la commune de Z... à l'épo* indiquée. Au surplus, on ne lui connaissait pc de parents dans la contrée. S'il en existait ai part, on n'avait pu le savoir. La déclaration é dûment certifiée et légalisée.
Ainsi, voilà des hommes de toute sincérité, toute notoriété qui, sans renseignement préalai sans aucun lien avec un passé et avec un nom terminés, se trouvent instruits, — parl'inten diaire d'une table — d'un nom, d'une fonction d'une localité rigoureusement réels I
Sardou me fit voir les procès-verbaux, les pi( officielles et les signatures authentiques.
J'étais abasourdi I .
Je ne me rappelle plus bien le reste. Je pour avancer que, dans d'autres séances, on parvii obtenir des révélations à l'aide desquelles on trouva un parent de Thomas ; que ce parent é dans la plus affreuse misère ; que, grâce aux mords de l'âme en peine, on découvrit une cach où se trouvait une somme qui rendit au pai pauvre l'aisance à laquelle il avait droit. M en présentant ce dénoûment au lecteur, je c( mettrais peut-être un excès d^imagination. Or, fait d'imagination , et puisque Sardou est
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cause, il me paraît superflu de donner à ce riche. En le quittant, je lui fis remarquer qu'avec sa science de spiifte, il pouvait, à l'avance, être renseignesurlesort de ses pièces. — « Non, réponditil en riant, puisqu'elles ne sont pas de l'autre monde. » — C'est vrai, mais leur succès en est I
Sardou était déjà au bas de l'escalier lorsque me Vint cette réplique agréable, mais tardive.
L'auteur de Rabagas est devenu académicien, urand et nouvel honneur pour le théâtre qui comp- ^^itdéjà parmi les membres de l'Académie française, ^M. Victor Hugo, Emile Augier, Alexandre Du-
^^^> Jules Sandeau, Octave Feuillet, Ernest Le-
^Q^vé, Camille Doucet.
^ais Paul de Saint-Victor n'est pas académicien !
PREMIÈRE PIÈCE DE LAMBERT tHIBOUSt
^1 la personne sympathique de Lambert Thi^ °^st, son bon sourire, sa physionomie engageante, ^^ ^ain largement tendue, ont disparu pour toul^^rs, il reste son vif esprit, son observation fine et l^^te, son entrain, sa belle humeur. La représenta- ^^^n théâtrale qui donne la vie à ses œuvres, semble ^^i^inuer celle de Fauteur, tant il est lui-même, et ^^nime parlant, dans son dialogue.
Lambert Thiboust entra dans la carrière artistique, en qualité de comédien. Il s'engagea au théâtre Beaumarchais, alors dirigé Mir Genard.
Genard, ex-contrôleur de Ja Gaîté, était aussi peu lettré que certain directeur légendaire, dont le nom, synonyme de pataquès grotesques/ mérite cependant des égards, car ce nom est celui d'un honnête homme malheureux.
Genard, avait, en outre, une réputation proverbiale de ladrerie. C'était donc bien moins pour l'argent que pour la gloire, que les jeunes comédiens jouaient chez lui ; ainsi fit Lambert Thiboust, qui, au théâtre, se nommait Lambert^ simplement.
Il ne promettait point d'être un comédien d^ valeur. Cependant, il avait quelques qualités. Sa rondeur, sa voix sonore, son air bon enfant pl^^' saient au public. Mais cela ne suffisait point po^^ faire obtenir à Lambert des appointements convenables. Il résolut de devenir auteur dramatiquec'était d'ailleurs sa vocation.
Une fois ce projet arrêté, il renonça à ses habf tudes de café, et il s'enferma pendant quelque temps pour travailler.
Lorsque l'œuvre fut achevée, il vint trouver Genard : « Dis donc, mon directeur » (j'interromps afin de faire observer que le tutoiement était alors de mode même entre directeurs et artistes : le vous
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us comme il faut, plus hiérarchique; mais le le toi avaient du bon^dans la bohème précé- . Il mettait de la camaraderie dans les rapetil rendait insignifiantes les fâcheries joures.) — « Dis donc, mon directeur, veux-tu :er une absinthe gommée? — Oui; mais -cequije prend? répond Genard, étonné, non Fre, mais de la dépense qu'elle sous-entendait. donc fait un héritage? — Peut-être; viens- • Allons, dit Genard, en se coiffant de sa belle ï brodée. »
i fois attablé^ Lambert Thiboust explique à recteur qu'il avait fait une pièce en un acte, ée : Ma bonne Fée^ que c'était son premier ^e dramatique et qu'il ne le présenterait à un héâtre qu'au refus de Genard.
li-ci, qui connaissait la trempe et l'esprit de nsionnairé, accueille gracieusement la pron. Seulement, lorsqu'il fut question du prix t du vaudeville, — on achetait alors les pièis les théâtres subalternes, — un débat sérieux ^ea entre les deux parties contractantes. Ge- >fFrait généreusement quinze francs, une fois l'auteur en voulait vingt. « Quelle exigence! » 3enard avec tristesse.
n, le marché est conclu, moyennant dix-sept payables après lecture et réception.
Iques jours après,. Lambert Thiboust revint;
il était soucieux : ce Qu'as-tu donc ? lui demande le directeur. — Mon petit père, répond Lambert, i^ n'y a rien de fait entre nous. — Comment cela ? j'^^ le manuscrit. — Je viens le reprendre. — P^^ exemple I et pourquoi donc? — Parce que ma pièce ressemble, m'a-t-on dit, à Ma Blanchisseuse, — Eb . bien ! qu'est-ce que cela peut me faire à moi, G^' nard, directeur du Théâtre-Beaumarchais, que ta pièce ressemble à ta blanchisseuse ? — Tu ne corn* prends pas : il s'agit du titre d'un vaudeville, qai ^ été joué ici, sous la direction de M. de TuUy, contrôleur à la Monnaie. — Eh bien? — Eh bien, ce vaudeville s'appelle : Ma Blanchisseuse, et on m'affirme que Ma Bonne Fée et cette pièce c'est la même chose. Je reprends donc mon manuscrit, parce qu^ je ne veux pas être accusé de plagiat I — Tu ne reprendras rien du tout, s'écrie Genard furieux. Si on t'accuse, je répondrai ; c'est mon affaire. Ne t'inquiète pas. Je me charge de tout !... Là, es-tu content? — Pas trop. — Maintenant réglons notre compte, reprit Genard qui se calmait... Puisque la pièce a déjà été jouée ici, je ne te dois plus rien ; c'est évident. Mais comme tu as été gentil, je veux l'être aussi. Je ne te dois rien, je le répète : Eh bien, voilà dix francs que je t'offre. Oh! pas de façons; ils gont à toi, puisque je t'en fais cadeau. »
Lambert Thiboust était abasourdi!... Voilà
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comment fut reçue, et ensuite représentée au Théâtre -Beaumarchais, sa première pièce, Ma Bonne Fée!