MASSENET
Massenet est le vingt et unième enfant d'une faille qui a fourni à l'artillerie une série de bons ficiers. — Le goût de la musique se manifesta de mne heure chez Jules-Emile-Frédéric Massenet,
•nt il est ici question. Cependant, ses parents au-
guraient mal de sa vocation artistique, car il n obtint qu'à, grand'peine, une première fois, de quitter Chambéry (où son père souffrant s'était retiré), et de venir se faire admettre au Conservatoire de Paris.
Au bout d'un an, il remporta, au concours, un si médiocre accessit, que sa mère, peu flattée, se décida à garder le jeune homme au foyer dômes* tique. Cette résolution ne pouvait convenir ^^ futur compositeur; il arrêta, en secret, le projet ^^ retourner, n'importe comment^ à Paris. Il av^^^^ alors douze ans.
Un matin, il sort furtivement de la maison ^^ ses parents; il gagne la route de Lyon. Tantôt ^^ voiture, tantôt et le plus souvent à pied, il arrî^^ dans la grande ville oîi il se met en quête de la f^^ et de la demeure d'une sœur à qui il comptait d^' mander Thospitalité. Cette rue et cette maison, ^ les trouve enfin; il se croit au bout de ses pein^^' mais son signalement ayant été donné, il est r^^ connu par un brigadier de gendarmerie, qui, -'^ voyez la mauvaise chance! — sortait précisémef^ de conférer avec la sœur de Massenet, au sujet d^ l'évasion de l'enfant.
On le reconduit à Chambéry. Là , il ne paraît point que le courroux causé par son escapade ait été bien terrible, ni que la résistance à ses désirs se soit montrée rigoureuse, attendu que peu de temps après, on trouve le jeune homme réinstallé au Con-
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servatoire, et avec les autorisations paternelles les plus régulières.
Il débute par suivre un cours quelconque de piano. De là, il entre dans la classe d'harmonie de M. Bazin, à qui le tempérament musical de son élève n'inspire aucune sympathie... Alors Massenet songe à aller dehiander des leçons particulières d'harmonie à M. Savard.
Cet excellent professeur s'attache à son élève. En vingt leçons , aussi consciencieusement données qu intelligemment reçues, il instruit Massenet sur tout ce qu'il était venu apprendre. Chaque séance devait coûter dix francs, faible rémunération pour ^Q tel maître ; somme importante pour un élève à 1^ bourse mal garnie.
A la fin du cours, M. Savard, qui n'avait jamais rien réclamé, voit le jeune Massenet placer discrètement, sur un coin de la cheminée, deux rouleaux Qe loo francs chaque, formant le solde des vingt leçons. Sans faire allusion à cet incident, le professeur s'approche de Massenet : « Mon ami, lui dit- ^l un éditeur m'a confié une messe d'Adam, écrite pour musique militaire, et qu'il faudrait orchestrer pour musique symphonique. Cela me prendrait plus de temps que je n'en puis donner. Voici cette messe : Rendez-moi le service de faire le travail. Vous m'obligerez infiniment. Puis-je compter sur vous ? »
Je laisse à juger si Massenet accepta avec empressement. Être agréable au bon et savant M. Savate» quelle joie! Orchestrer une messe d'Adam, quelle heureuse fortune !
Il se mit donc à l'œuvre avec ardeur. Le travau terminé, il courut le déposer chez le professeï^'^' Qu'allait-il penser des efforts d'un commençant- Massenet attendait avec anxiété. Enfin il est maf^^^ par M. Savard qui l'accueille en souriant :
— . Mon enfant, lui dit-il, ce que vous avez f^^ • est très-bien. Ah! une observation...
— Quoi donc? demanda le jeune homme ^^ balbutiant.
— Le fravail est rétribué. Vous avez tout fai '^ ' donc la rétribution vous appartient! Point de refim ^' point de fausse délicatesse, je ne les admettrais pa. -^^ mon amij je vous en préviens.
Profitant du silence respectueux et de la soumit" sion instantanée de son élève, le professeur lu^^ glisse vivement dans la main un petit paquet con^ ' posé des deux rouleaux de cent francs précéderau ^ ment remis par Massenet.
M. Savard avait imaginé ce moyen de restitue^ à son élève, en ménageant sa délicatesse, le prix d^ ses leçons! n'est-ce pas que le trait est charmant ^
Massenet entre dans la classe d'Ambroise Thomas. Il a le bonheur de trouver encore un ami dans son maître. Et quel maître?... L'illustre professeur
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apprécie tellement les qualités de son élève, qu'il ne craint pas de lui prédire — publiquement — <'un bel «avenir. »
Massenet commence à justifier cet horoscope, en obtenant, à une deuxième épreuve, « le grand prix ^e Rome. » — Le séjour du lauréat dans la Ville éternelle vivra, j'en suis bien certain, dans sa mémoire, avec le charme ineffable d*une date bénie I "^ Tout était souriant : la jeunesse, la vie, le tra- ^^H, l'estime de tous, l'amitié, Tamour ! — C'est à '^omeque Massenet s'est marié...
Au retour, commence la lutte : il faut gagner le ^^in de chaque jour; il faut se créer une position ^'avenir.
Professeur de piano le jour, timbalier le soir aux ^^liens, et ensuite au Théâtre- Lyrique, Massenet accomplissait un dur labeur. Lorsque la saison ^liéâtrale était enfin terminée, il allait se réfugier à ^Fontainebleau, oîi la mère de sa femme possédait ^n modeste chalet.
Là, ayant sous les yeux la « forêt verte, » il composa successivement : les Suites de bal pour piano; Pompéîa^ fantaisie symphonique; une cantate intitulée : Paix e^ L/^er^e; la partition de la Grande Tante, opéra-comique représenté en 1867; le Poème d^ Avril ; le Poëme du Souvenir ; V Improvisateur ; le Romam d'Arlequin, pour piano ; et Don César de 5ii;fan, opéra-comique joué en 1873.
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On remarqua beaucoup, au deuxième acte, « la berceuse » et la chanson de Lazarille.
Cest dans cette riante maisonnette de Fontainebleau que jaillirent les premières idées relatives aux Suites d* orchestre, à Marie-Magdele ine et au Roi de Lahore,
Durant ces travaux en préparation, quededéfail' lances!... Elles sont inséparables de toute carrière d'artiste.
Bien peu de temps avant la représentation ^^ Marie-Magdeleine , Massenet aurait accepté ^^ s'exiler en province, soit comme organiste, so^^ comme professeur dans un conservatoire de secoi^^ ordre; mais un ami, dont le dévouement ne s'^^^ jamais démenti, pressentait pour lui de plus haut^^ destinées. Il le détermina à patienter encore, ^^ lui affirmant avec conviction que son heure all^^^ arriver.
Elle vînt en effet, grâce aux soins, aux démarch^^ opiniâtres de cet ami, — c'est Hartmann l'éditea^"» artiste par nature, éditeur par circonstance, et datJ^ la foi en Massenet a toujours dominé toute consi' dération d'intérêt personnel. Hartmann s^entremî^ de telle sorte qu'il parvint ^ faire représenter dans un concert spirituel, à l'Odéon, la Marie-Magâeleîne de son ami découragé.
L'œuvre produisit l'effet que l'on sait. La première partie étonna, en attachant. On comprit sur-
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le-champ que l'on était en face d'un tempérament et d'une originalité. — Dans la seconde partie, un Pater noster magistral souleva la salle entière ! — L'œuvre s'acheva au milieu de bravos enthousiastes... Massenet entrait dans la voie des grands succès.
La prédiction d'Ambroise* Thomas se réalisait ^onc enfin! Après l'audition de Marie-Magdeleine^ ïe maître, s' adressant à un critique musical, disait: "^On ne me prend pas facilement; eh bien! mon cher, je viens de pleurer! ^— Ma foi, et moi aussi, » ^^Pondit le critique.
Naturellement, après .ce triomphe de Massenet, ^espérance et l'ardeur lui étaient revenues : il ne ^^ngeait plus à solliciter une condition secondaire '^ province. Il reprit ses travaux et ses études. — ï)urant six années consécutives, il s'occupa de ^^Roi de LahorCy polissant la partition, la repo- ^^sant sans cesse, suivant le précepte du poëte.
Enfin, au mois de mars de l'année 1876, l'œuvre ^^it achevée, tant par le compositeur que par l'au- ^Ur du poëme, M. Louis Gallet. Tous les deux s'ac- ^rdent à tenter l'épreuve suprême : un rendez-vous •^l demandé au directeur* de l'Opéra.. Jour et heures ^Ont fixés par M. Halanzier.
A la minute précise, Massenet se présente.
M. Halanzier, toujours matinal, se promenait en long et en large dans son salon. Il aborde le compo-
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siteur, lui serre la main, et tire sa montre qu'il consulte. Neufheureà juste; c'est très-bien; auriczvous l'habitude d'être exact, monsieur Massenet^
— C'est chez moi une manie, monsieur Halanzier.
^ Ohl alors, nous nous entendrons.
Ils s'entendirent en effet, et le succès du iîoi fJe Lahore leur donna raison.
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