DIRECTEURS DE. THÉÂTRE
' ELESTRE-PoiKsoN fut à U fois auteuF et 1 directeur du Gymnase, qu'il avait ac- I quis de M, de La Rosecie, premiertiiu- ' laire du privilège du théâtre de Maainsi notnmé avant i83o, époque à laquelle ce monument s'appela Théâtre du Gymnase.
Sous M; Delestre-Poirson, et par lui, furent livrées les plus mémorables batailles que jamais directeur ait soutenues contre l'association des auteurs dramatiques, représentée par sa commission. D'une capacité exceptionnelle, Delesire-PoirsOn était né administrateur, avec les dons intimes et les qualités -physiques de l'emploi. Grand, les traits
iio Historiettes et Souvenirs
allongés et sévères, il ne souriait presque jamais, € car, disait-il, le sourire d'un directeur est uneconcession qui lui coûte toujours quelque chose... » Il ne souffrait pas la contradiction, moins encore la résistance.
Avec un tel caractère, il ne pouvait manquer de subir impatiemment le joug de la commission des auteurs. Il la considérait conmie vexatoire et tyrannique. Vers 1842, la rupture se fit publiquement entre les deux parties, depuis longtemps en proie à de sourdes divisions. La commission formula l'wterdit contre M. Delestre-Poirson : il riposta en publiant un jugement de police correctionnelle qui, en i838, avait déclaré « illégale » Tassociation dramatique. L'interdit n'en fut pas moins maintenu. Delestre-Poirson accepta résolument une lutte qui le privait de ses meilleurs auteurs et de leur répertoire. Il fit appel à tous les écrivains « non soumis à la coalition, » et à ceux qui désiraient s'en affranchir. En tête des premiers se place Jules de Prémaray : il dut à l'interdit l'occasion de se faire connaître, et de trouver ensuite une situation, non sans honneur, au théâtre et dans le journalisme. M. Delestre-Poirson, qui fut personnellement le pourvoyeur du Gymnase, en attendant qu'on fui apportât des pièces nouvelles, s'adjoignit Jules de Prémaray en qualité de collaborateur. Quelques-uns de leurs ouvrages, entre autres Bertrand l'horloger,
itde la faveur, grâce à Bouffé, qui faisait îs rôles principaux.
lier, le collaborateur d'Arnoult, Gustave .aurencin, sous le pseudonyme d'Auvray, ues autres, se risquèrent à donner leur conlus ou moins avoué, au Gymnase pendant t. M. Montigny y mit fin en venant succé- 8 juin 1844) à Delestre-Poirson : celui-ci ians sa troupe un élément de succès que eau directeur sut douHlement apprécier; ;e Chéri I
ses brusques allures, Delestre-Poirson ca- 1 cœur bon et généreux. Un trait entre
rd-Léon, alors aux modestes appointements ) fratics par an, faisait un service excellent. is il éprouvait des inquiétudes en pensant ae du renouvellement de son contrat, bien :e époque fût encore éloignée. Un jour stre-Poirson le mande à son cabinet.
)nsieur, lui dVt-il, il reste deux ans à courir l'expiration de votre engagement... Nous ngeons de quatre années. Vous aurez six ncs et cinq francs de feux. Acceptez-vous?
'accepte ! s'écria Bernard- Léon ; mais, mon mment vous dire, vous exprimer...
;st bon... L'engagement est prêt; le voilà :
Bernard-Léon, ému, fait semblant de lire et signe à la hâte.
— Avez-vous examiné ce que vous venez d'approuver? reprend le directeur. Non. Eh bien, regardez: vos 6,000 francs et vos feux courent à partir d'aujourd'hui. Pas de remercîments ; il n'en est pas besoin... Exact, consciencieux, ayant dataient, vous méritiez des émoluments meilleurs. Vous les avez... Adieu.
Là-dessus, le bourru bienfaisant se lève, va prendre la main de son pensionnaire, la serre avec cordialité... ensuite, il pousse à la porte Bernard-Léon attendri, récompensé et brusquement congédié.
11 ne faut pas confondre Delestre-Poirson avec a le beau et aimable » Poirsoh qui fut Tassocié de Dormeuil au Palais- Royal.