ANTENOR JOLLY
Aniénor Jollyî Le plus inventif, le plus aui'^' deux, le plus vaillant des directeurs passés, ?^^' sents et futurs!...
D'abord ouvrier d'imprimerie, il devint cop^^ priétaire de VEntracte^ puis directeur de la P-^' naissance. Victor Hugo lui avait fait obtenir ^ privilège dans la salle Ventadour : An ténor Jolv eut l'honneur d'y faire jouer, pour la première foi^> Riiy-Blas.
En ce moment. Je ne parlerai du très-intéressant Anténor Jolly qu'au point de vue des bals masqués inaugurés jadis à son théâtre. C'est lui qui imagina de donner, pour ces nuits de bal, le caractère de la féerie à la décoration d'une salle de -spectacle. Il inventa les surprises, les intermèdes de ballets par un essaim de danseuses de théâtre, les processions bouffonnes, les tombolas dont le gros lot consista, une fois, en... un âne! enfin cent folies plus divertissantes les unes que les autres.
Il présidait aux moindres détails de ces mises en scène carnavalesques, et il apportait à ces soins un
Uiin Homme de Théâtre. iib
enjouement qui contrastait avec sa gravité, habituelle.
La dernière année de son exploitation, il vint, le
surlendemain d'un bal de la Mi-Carême, dans le
foyer de ses artistes. Il paraissait sombre. On l'en-
^Ure; on lui demande affectueusemeçit ce qu'il
peut avoir. Il tenait à la main un journal déplié.
« Mes enfants/ dit-il en indiquaat le journal, je
^^is sous l'impression de quelque chose de pénible
*îue je viens de lire... Quand je pense que l'on s'a-
rtiuse, — moi tout le premier, — que Ton dépense
^^ l'argent sans compter, pendant le carnaval, et
4Ue dans ce même moment, il y a des gens que la
Misère, que la faim!... oh!...
" — Mais qu'est-ce donc ?
— Il s'agit d'un jeune homme de province, arrivé ^ Paris, il y a trois mois, avec le projet de se lancer dans la littérature. Il n'avait pour fortune ^^e quelques manuscrits. Il fait démarches sur déniarches. Peines perdues ! A bout de ressources, il entre com'me ouvrier chez un cartonnier; on lui dominait vingt-cinq sous par jour... On n'était pas mécontent de lui. Mais voilà que le patron s'avise de lui demander ses papiers. Il remet son passe-port. En voyant que le jeune homme, *— Emile-Jean- Jacques, — "avait la profession d'homme de lettres, le patron conçoit des soupçons : il congédie le nouveau venu.
— Pauvre diable! s'écrie-t-on de toutes parts dans le foyer, en compatissant au sort du jeune écrivain.
— Quelques jours après, reprend Anténor, il fait la rencontre d'une fille publique, jeune, belle» dit le journal, et dont le caractère est un compose étrange d'ipstincts abjects et de sentiments géoéreux. Elle éprouve de la pitié pour ce poète fatnelique. Elle le force à manger. Elle s'attache à 1^^ » elle finit par l'aimer avec passion. — Il se laissa faire, ce qui ôte bien de l'intérêt à M. Emile-Je^^' Jacques, n'est-ce pas ?...
Bref, pour subvenir aux frais dont elle se s^^' chargeait ainsi, la malheureuse fille a recours ^ vol... Elle dérobe des couverts d'argent!... Il fi ^"^ savait rien. On ramasse, elle comme auteur, **^ comme complice du méfait. Ils ont comparu ti^^ devant le tribunal. Oh! M. Emile-Jean-Jacques ^ ^ pas eu besoin de se justifier ! Elle s'est accas^^ toute seule. Se tordant les mains, pleurant à chaii^ des larmes, elle avoue le délit, mais elle jure qu'M n'y est pour rien, lui ! — Il savait bien qu'il nf avait pas à me demander compte de ce que je pouvais apporter, dit-elle, en sanglotant. Si je lui avais parlé des couverts d'argent il se serait fâché, et il m'aurait forcée de les rendre. Punissez-moi, mais ne lui faites rien, il est innocent !
On acquitta l'homme... La fille a été condamnée à quinze jours de prison.
Dun Homme de Théâtre, 127
justice ne peut pas avoir mal agi, dit la pe- X., âgée de quatorze ans. Mais c'est égal, cette î-là me fait de la peine... et si on pouvait... Garde ton argent, répond vivement Anténor qui voit la bonne petite fillette chercher son î-monnaie. Ecoute-moi bien. Il ne faut pas )ndre le malheur avec ce qui était le vice hier, li sera le vice demain. On doit secourir l'un ; l'y a pas lieu de venir en aide à l'autre. Gomids-tu?
Oui, monsieur Anténor, je comprends que nte... personne a beaucoup pleuré, et qu'elle a du ivir!
Anténor Jolly posa ses lèvres sur le front de l'ennt, et ne chercha pas à lui donner de plus amples ^plications.