AUTEURS ET COMPOSITEURS
l'art d'Être grand-père
N confrère avec qui Je reste intimement lié, en dépit du mal involontaire qu'il ■ me fait journellement, me rappelle qu'en décembre 1870 il a publié la note suivante en réponse à des attaques de journalistes de robe courte dirigées contre le grand poËte :
< On se rappelle le retour en France de Victor Hugo. .
B Ni bruit, ni ostentation, ni recherche de popularité !
« Il a repoussé les fonctions publiques. Lui, que
tout désignait pour les premiers rangs, il a voulu rester confondu dans la foule.
a Lorsqu'il a pris la parole, il Ta fait eil s'élevaiit au-dessus des guerres des nations et des intérêts des rois. Le poëte s'est fait apôtre de rhumanité.
a Sa conduite a été d'accord avec ses enseignements. Sans renier ni ses principes, ni ses amitiés, il ne s'est fait le complice d'aucune ambition privée. Pour tout dire en un mot — sans flatterie, sans fétichisme, — Victor Hugo, depuis son retour, agit simplement et modestement, en grand citoyen.
a Et voilà le moment que Ton choisit pour faire contre lui une polémique injurieuse et parfois triviale I
a Avons -nous donc trop d'écrivains illustres, trop de penseurs profonds, trop de poètes de génie, pour chercher à amoindrir l'un des «plus grands d'entre eux, et cela devant l'ennemi ?
a O charité chrétienne I toi aussi n'es-tu donc qu'un nom, comme la liberté que saluait si tristement M"® Roland en montant à l'échafaud ?... d
Le lendemain, l'auteur de cette note chaleureuse recevait la lettre suivante :
« 22 décembre 1870.
a Monsieur,
4 Vous parlez de moi en termes qui me touchent profondément. Je voudrais vous le dire à vous-
D'un Homme de Théâtre.
même. Voulez- vous me faire l'honneur d'accepter dimanche 25, mon dîner de famille (pavillon de Rohan, 172, rue de Rivoli, six heures et demie). Mes fils et moi, nous serions charmés de serrer la main qui écrit de si nobles paroles.
« Victor Hugo. »
On peut croire que mon ami accepta avec empressement rhonneur qui lui était fait !•... Il vint à l'heure indiquée ; il fut cordialement reçu. Après* la présentation, lorsque les incidents de famille eurent repris leur cours un instant interrompu, voici le tableau que l'invité eut sous les yeux^ et dont il garde précieusement le souvenir.
Un ravissant petit garçon concentrait toute l'attention.
Sur la table du salon on avait placé une boîte. Dans cette boîte se trouvait un lézard vert en caoutchouc'
On avait persuadé à l'enfant que le lézard était vivant. Le petit avait un gâteau. Naturellement il voulait en donner à l'hôte de la boîte. Mais comme c'était quelque chose de remuant, et que cela pouvait mordre, l'enfant avait à la fois une grande frayeur d'être mordu, et un vif désir de donner à manger au lézard vert.
D'une main craintive, il avançait et retirait lé gâteau ; à la fin, il en laissait tomber un morceau.
Cet acte héroïque accompli, îl se rejetait brusquement en arrière, et se cachait dans les bras de sa maman. Vite, on ôtait le gâteau de la boîte. Puis le petit avançait curieusement la tête, ses grands yeux tout brillants, fixés sur le monstre. Le gâteau avait disparu. Comment cela avait-il pu se faire ? Cest que le lézard avait niangé. Il avait donc faim I Et le manège de la nourriture de recommencer.
' Tout à coup l'enfant aperçoit une main plongeant tardivement dans la b.oîte pour en extraire le gâteau. Il comprend qu'il a été dupe. Il s'indigne contre le faux monstre qui s'était permis de l'eiSFrayer. Il le saisit, le tire, le distend Jusqu'à déchirement complet. Il le balance avec mépris au bout de son doigt et finalement il le jette dans le feu.
On voit la scène!... Tous les visages épanouis, le père, — Charles Hugo, — éclatant de rire, et étreignant l'enfant contre son cœur !
Et le grand-père ?... Debout, attendri, il contemplait ce tableau simple et charmant...
Un peu plus tard, Charles Hugo et son frère mouraient pour ainsi dire subitement ! Quels deuils !
Pour essayer de se consoler, pour honorer ses enfants à jamais disparus et toujours vivants dans son cœur, le « grand-père » composait des chefsd'œuvre I
Uun Homme de Théâtre.
Saluant Ps^urore d'un de ses poèmes nouveaux, Vacquerk disait :
... Devant la fierté des chênes que la sève
Vient de ressusciter, Dans cette éclosion des feuilles et des ailes. Sous le ciel rayonnant, — des strophes éternelles
Vont se mettre à chanter!...
Elles chantent en effet sans trêve, avec des harmonies toujours merveilleuses I Dans ces derniers temps, elles ont été inspirées par Georges et par Jeanne^ les deux petits-enfants de « ce grand attendri, 5) de ce colosse qui se penche et se fait petit pouf être plus près des berceaux.