‹ Historiettes et souvenirs d'un homme de théâtreChapitre 3 sur 65 · FURENT AMENÉS A COMPOSER DES PIÈCES · texte numérisé non relu

FURENT AMENÉS A COMPOSER DES PIÈCES

POUR l'ambigu

Vers 1841, Antony Béraud (depuis peu directeur de l'Ambigu-Comique) désespérait de son entreprise, dont les premiers essais n'avaient pas été fructueux. Le journal le Siècle publiait alors avec un succès immense les Trois Mousquetaires. On conseilla à Béraud de demander à Alexandre Dumas d'adapter au théâtre la partie du roman qui traite

de la mort de Charles I*'. Avoir cette idée en 1842, c'était se montrer très-novateur. Béraud craignait d'échouer auprès d'Alexandre Dumas, pour qui une union avec le théâtre de l'Ambigu serait, pensait-il, ^ une mésalliance. Il ne crut même pas devoir autoriser une demande directe ; il préféra s'en remettre au hasard du soin de préparer et d'arranger l'affaire. Il entrait dans les habitudes du bon Antony Béraud de procéder ainsi ; c'était, en son genre, un fataliste.

Le hasard le servit à souhait.

Une après-midi que Dumas passait sur le boulevard Saint-Martin, Béraud l'aperçut et vint à lui. Après quelques menus propos, il aborde le chapitre des Mousquetaires. Dumas fronce le sourcil : « Mon cher Béraud, ne me parlez pas de théâtre, je ne veux plus y songer. J'y renonce. Je viens d'avoir trois pièces jouées à la fois : Louise Lambert à la Porte- Saint-Martin, Lorew;{mo au Théâtre -Français, le Laird de Dumbicky yèiVOàiéovi, trois pièces dont les titres commençaient par un L. Cela m'a porté malheur, et vous me proposez les Mousquetaires ! encore un L. Jamais I »

Béraud entreprit de démontrer que les Mousquetaires commençaient- par un Af, attendu qu'un article n'est pas un substantif, lequel seul peut servir à dénommer une personne ou une chose, etc.

Ce fut un long débat, auquel la verve d'Alexandre

D'un Homme de Théâtre.

Dumas donna un tour très-piquant. Dumas avait ri ; donc il était désarmé. Il s'engagea à faire les Mousquetaires pour l'Ambigu ; il les fit... on sait le reste.

Alexandre Dtimas régnant à l'Ambigu, comme les rois de France régnaient en Navarre, c'est-àdire tout en administrant ses autres États de plus haute importance, ouvrait la voie à des talents de Tordre du sien. Frédéric Soulié laissa entendre qu'il ne refuserait pas à l'occasion de s'engager dans la voie frayée par son illustre confrère.

Béraud eut vent de cette bonne disposition de Frédéric Soulié. Il résolut d'envoyer chez l'auteur des Mémoires du Diable. Grâce aux Mousquetaires, on avait désormais du cœur au ventre dans l'administration de l'Ambigu.

Béraud ne connaissait pas encore Frédéric Soulié, qui habitait la campagne. Quelle campagne? Informations prises, on sut que c'était dans la vallée de la Bièvre.Mais à quel endroit précis de cette vallée? Impossible d'être nettement renseigné, grâce à certains mystères combinés par Frédéric Soulié dans l'intérêt de sa tranquillité.

Alphonse Brot, alors secrétaire de l'Ambigu, fut chargé, avec un autre employé supérieur de l'administration, d'aller à la recherche de la vallée de la Bièvre et à la découverte de Frédéric Soulié.

Il était enjoint à ces missionnaires du drame de

partir dès Paube, et de ne pas rentrer à Paris avant d'avoir réussi dans leur mission.

Un matin, les explorateurs firei^t la dépense d'une carte de Paris et de ses environs, puis ils commencèrent à s'orienter. « Oîi. prenons-nous la vallée de la Bièvre ? dit l'un. — Là, du côté de Versailles, dit l'autre, voyez. — Oui, ma foi. Eh bien à Versailles, c'est le chemin. » Le chemin, c'eût été la barrière. d'En fer, puis la route de Châtillori. On leur tournait le dos dès le début !

A Versailles, on s'enquit de la vallée de la Bièvre. Une personne qui débouchait de la rue qu'on prend pour aller aux arcades de Buch, suggéra l'idée de se rendre auxdites arcades, d'où l'on découvrait une vallée immense dans laquelle il ne serait pas absolument impossible que la Bièvre comptât pour quelque chose.

Partis de Paris aux premières lueurs matinales, Alphonse Brotet son compagnon n'arrivèrent qu'à la nuit close au village de Bièvre oCi F. Soulié résidait. Un paysan, attardé et causeur, les conduisit devant une grande porte cochère, à cent mètres de la propriété de M. Bertin, des Débats. C'est là que demeurait F. Soulié. « Quelle chance d'avoir trouvé ce paysan ! disait Brot en s'essuyant le front et en se laissant tomber sur une borne. Quelle chance non moins propice que ce même paysan soit un électeur et que, précisément

Uun Homme de Théâtre,

hier, Frédéric Soulié lui ait demandé sa voix pour

les élections du conseil municipal ! Admettez que

F. Soulié n'ait pas eu l'ambition de devenir conseiller municipal de Bièvre, ce paysan ne l'aurait probablement pas connu, et nous serions encore à errer dans la campagne ! »

C'était quelque chose de se trouver enfin devant la maison désirée ; mais s'y trouver à neuf heures du soir, dans une complète obscurité, au milieu du plein silence des champs !...

II fallait prendre un parti.

Alphonse Brot saisit le marteau de la porte, le lève et le laisse discrètement retomber. Personne ! — Il frappe plus fort... même silence ; ah ! ma foi, il heurte à coups redoublés. Au bout de dix minutes, on entend le bruit d'une porte intérieure qui s'ouvre; un homme marche dans la cour, une lumière promène ses vacillations par-dessus le mur. Enfin une grosse voix crie : « Qui est là ? »

Alphonse Brot, saisi du remords d'avoir frappé trop violemment, se tient coi. Son compagnon l'imite. « Voyons ! répondrez-vous ?» — Aucune réponse. — « Ahl c'est comme celai reprend la voix avec colère. Eh bien, attendez I »

Aussitôt une clef grince dans la serrure : deux gros verrous sont tirés ; la porte s'ouvre, et l'on voit... le maître de la maison, Frédéric Soulié luimême!

lo Historiettes et Souvenirs

Il aperçoit les deux visiteurs, leur porte la lumière au visage, et ne leur trouvant sans doute point trop mauvaise mine, il leur demande d'un ton radouci ce qu'ils veulent. Alphonse Brot, intimidé, dit en balbutiant : a Nous venions... vous demander... — Quoi ? — Une pièce I — Une pièce ? la pièce, vous voulez dire ? — Non un drame.!, pour T Ambigu I — Ah I vous venez pour... » Frédéric Soulié ne put achever. La situation offrait quelque chose de si imprévu : ces deux messagers de théâtre se présentant à une heure indue, dans un village, sous une porte cochère pour solliciter un drame, Frédéric Soulié, en caleçon et son bougeoir à la main, tout cela était si comique, que ma foi, l'illustre écrivain n'y put plus tenir... En le voyant éclater de rire, A. Brot et son compagnon se mirent à rire aussi ; et comme en pareil cas plus on rit, plus on est entraîné à rire, ce fut pendant quelques minutes un trio de gaieté à réveiller tout le village. Les interlocuteurs avaient fini par s'asseoir, les uns sur les bornes de l'entrée, et Frédéric Soulié sur le pavé pour être plus à Taise.

Enfin, on se calme, on s'explique; puis on soupe. Quinze jours après, l'Ambigu recevait le manuscrit des Amants de Murcie. C'était une entrée de jeu qui permit d'attendre la Closerie des Genêts,

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ALEXANDRE DUMAS ET LE THEATRE-HISTORIQUE DE l'ancien boulevard DU TEMPLE

Les Mousquetaires , ces admirables gentilshommes au cœur d'or, au bras d*acier, au jarret d'airain, furent la cause du Théâtre-Historique. Voici comment :

Alexandre Dumas, assistant aux répétitions des Mousquetaires, à l'Ambigu, fit à celui qui dirigeait alors la scène de ce théâtre et qui n'est autre que l'auteur du présent livre, l'honneur de le distinguer, et, par suite, de lui confier ses idées relativement à l'organisation d'une scène nouvelle dont Alexandre Dumas avait depuis longtemps le projet.

Il voulait un théâtre qui popularisât les œuvres des maîtres, et fût pour lui-même un moyen d'exploiter ses nombreux romans.

L'interlocuteur de Dumas comprit cette pensée ; il se mit en quête d'une combinaison financière, d'un architecte en mesure d'agir sur-le-champ et avec rapidité, enfin d'un terrain propice. Tout réussit à souhait.

Il n'y avait qu'un seul obstacle à la réalisation du projet, c'était l'obtention d'un privilège afin d'exploiter le nouveau théâtre.

Pour tout autre qu'Alexandre Dumas, l'obstacle eût été difficile, impossible peut-être à vaincre.

Pour lui, grâce à la protection de M. le duc de Montpensier, les impossibilités disparurent.

Le privilège fut pbtenu, et la foule, avec cette intelligence qui ne l'abandonne que quand ses passions excitées la jettent hors de sa voie ordinaire, la foule salua du nom de Théâtre-Montpensier la nouvelle salle destinée à ses plaisirs.

On me délivra lé privilège et Ton me nomma directeur.

La volonté du roi nous fit retirer le titre de a Théâtre-Montpensier. » On m'invita à présenter une autre appellation. Alexandre Dumas parcourait, sur le fameux Véloce, les côtes d'Afrique. Je proposai le titre de : Théâtre-Historique : il fut agréé p^v l'autorité et ratifié par Dumas. Au moment de son retour, à la date du 28 décembre 1846, il m'écrivait :

tt Mon cher ami,

« J'arrive.

a Vous avez admirablement fait d'adopter le titre de Théâtre-Historique, C'est excellent.

« A vous,

« Alexandre Dumas. »

La vérité est que le titre m'avait été suggéré par M.Vedel, dont il va être question à l'instant.

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C'est donc à lui que revient l'honneur de l'avoir trouvé.

Dans nos combinaisons d'organisation, Alexandre Dumas se réserva la direction littéraire et artistique du théâtre.

Son traité nous assurait le concours exclusif de son talent et établissait ses droits au privilège, qui, pour n'être pas mis en son nom, n'en restait pas moins sa copropriété, à de certaines conditions. — L'année d'après, il me vendait ses droits.

Une société s'était formée, sous la gérance de M . Vedel, ancien directeur de la Comédie-Française et avec l'aide de MM. Ardouin et Bourgoin, pour acheter le terrain et faire construire la salle. Le terrain et une partie de l'ancien hôtel FouUon coûtèrent six cent mille francs; les constructions et ouvrages d'art, huit cent mille,

La première question était le choix de l'architecte auquel serait confié le soin de dessiner les plans, d'élever et de construire la salle. — Plusieurs sollicitèrent cet important travail. M. Dedreux fut préféré à tous. Il méritait cette distinction par son talent et son caractère.

Séchan, le peintre décorateur, eut l'art de se faire adjoindre, par Alexandre Dumas, au bon et inoffensif Dedreux. C'était une véritable usurpation, car Séchan n'était pas architecte. Je n'entends rien retirer au mérite spécial de cet artiste qui compre-

nait la machinerie théâtrale mieux encore peut-être que la peinture.

Ce furent donc ces hommes éminents, chacun dans leur genre, que la direction chargea de la réalisation de l'œuvre nouvelle.

Deux grandes difficultés se présentaient dès l'abord. Le chiffre restreint des fonds mis à leur disposition, — huit cent mille francs, — pour élever un grand théâtre qui contînt deux mille spectateurs ; puis une disposition de terrain tellement détestable que, fatalement, il y avait obligation de faire l'entrée sur l'axe transversal de la salle.

Enfin, la difficulté est vaincue, les plans et devis sont faits et arrêtés en vue du budget accordé. 11 ne reste plus qu'à exécuter.

Bientôt des myriades d'ouvriers s'emparent de l'ancien hôtel FouUon. On hésite un instant pour savoir si l'on pourra conserver un admirable salon, merveilleusement décoré de lambris sculptés avec une perfection incroyable et d'une ornementation pleine de bon goût et de coquetterie. Mais la loi du plan est inflexible, et le grand salon de l'hôtel est démoli.

Au-dessous de l'hôtel, il y avait alors un endroit bien plus fameux, bien plus renommé que l'hôtel Foullon lui-même : c'était l'estaminet appelé : ÏEpi'Scié.

Ce cabaret de sombre apparence, dans lequel on

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ne pénétrait qu'en descendant deux marches sales et glissantes, paraissait, pour le public, être le rendez-vous des marchands de contre-marques.

C'était là, en effet, qu'ils se réunissaient. Les marchands occupaient la partie de l'établissement qui se trouvait en façade sur le boulevard.

Une entrée particulière, une porte basse, placée à l'extrémité, et qui ne s'ouvrait qu'au moyen d'une formule, dans le genre : « Sésame, ouvre-toi^ » conduisait à une grande salle basse^ enfumée, em« pestée, sans jour, presque sans air, si peu éclairée le soir par quelques quinquets, que les deux tiers de la salle restaient dans une obscurité complète.

Cette localité, où la police fit plus d'une descente et plus d'une importante capture, disparut sous le marteau des démolisseurs.

La partie qui resta le plus longtemps respectée fut celle où se trouvait le jardin de l'hôtel, au droit de la rue Basse. Ayant naturellement connaissance des plans du futur théâtre, je savais à quel endroit précis existerait la scène, et où serait le trou du souffleur.

Un jour que Lacressonnière et Paulin-Menier m'avaient demandé la permission de visiter les démolitions, ils se dirigèrent du côté du jardin qui était surélevé, et où l'on accédait par quelques marches. Lorsqu'ils arrivèrent au haut de ces marches, je les arrêtai et je leur dis : « Retournez-vous. » Ils

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se retournèrent, a Représentez-vous que vous êtes devant le trou du souffleur; qu'à la place de cette cour obstruée de moellons vous voyez devant vous deux mille spectateurs, et que vous lancez à leur enthousiasme le nom de notre fondateur! voyezvous cela d*ici. — Je le vois, dit Menier. » Lacressonnière gardait le silence, il était fortement impressionné.

En cinq mois, sous l'active impulsion de M. Bellu, entrepreneur en chef, Tédifice est complètement achevé.

Malgré son peu d'étendue, la façade du théâtre offrait des morceaux remarquables. Quatre colonnes d'ordre ionique, engagées et accouplées, placées de chaque côté du péristyle, laissaient une entrée assez vaste pour la foule. Sur le retour de ces colonnes, deux cariatides portant chapiteau, et reposant sur bases et fûts de pilastres, indiquaient la destination du monument : l'une représentait la Comédie, au sourire moqueur, coiffée de feuilles de pampre, tenant le masque comique et le bâton recourbé.

L'autre cariatide représentait le Drame, à l'œil égaré, au front soucieux, avec un poignard à la main, ce qui d'ailleurs aurait pu s'appliquer également à la tragédie. Les deux statues étaient de Klagmann.

A l'aplomb du rez-de-chaussée, se trouvait une grande ouverture cintrée dont les côtés étaient for-

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mes par deux pieds droits sur lesquels on avait gravé les noms des grands génies de la scène. Audessus de ces pieds droits, deux groupes : le Cid et Chimène, Hamlet et Ophélie.

A la terrasse du foyer, une grande archivolte, avec un hémicycle orné de peintures à la cire, par Guichard, reproduisait vingt-six personnages choisis parmi ceux qui, — auteurs ou artistes, — ont le plus illustré Part théâtral. L'édifice était couronné par un fronton circulaire au milieu duquel s'élevait le Génie de l'art moderne. Deux trépieds de forme antique, placés de chaque côté, complétaient ce noble ensemble.

. Enfin, vint le moment solennel de Touverture... Depuis longtemps déjà, le Théâtre- Historique défrayait les conversations; à la dernière heure il donna, on peut le dire, la fièvre à tout Paris. On vit des amateurs forcenés faire la queue, aux portes du théâtre, depuis la veille au soir du Jour fixé pour l'ouverture. Ce fut une station de vingt-quatre heures ! Et on était en février ! Il est vrai que l'hiver se montrait clément.

Vers dix heures du soir, les porteuses de bouillon commencèrent de circuler parmi les files en permanence. A minuit, arriva le tour des pains sortant de la fournée. Des marchands à\x voisinage eurent ridée de vendre des bottes de paille fraîche sur laquelle on s'étendit voluptueusement. La nuit se

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passa en fête, en conversations joyeuses; le bon ordre ne fut pas un instant troublé. Par intervalles, des chœurs, — très-harmonieux, — se faisaient entendre. L'endroit était éclairé par des centaines de lanternes et de lampions. C'était un spectacle animé et des plus curieux.

Au petit jour, eut lieu Tintermède du café au lait accompagné de petits gâteaux tout chauds. Quelques personnes de l'assistance arrêtèrent des porteurs d'eau qui passaient, et firent en public des ablutions permises.

La nuit et la Journée furent le triomphe des charcuteries à Tail. L'air était saturé de cet arôme culinaire.

Un vendeur de chansons qui, accouru des premiers, se trouvait près des portes d'entrée, non pour faire du commerce, mais pour son plaisir, eut tout à coup une inspiration. Il réserva sa place, et il courut à son imprimerie, rue de la Harpe. Là, en un tour de main, il écrivit une chanson, et la fit imprimer aussitôt. Il revint, en toute hâte, la crier et la chanter parmi les groupes de faction ; j'eus l'occasion d'en recueillir un exemplaire tout hirmide. Voici la chanson : elle ne vaut, bien entendu, que par la circonstance :

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LE THÉÂTRE DUMAS Sur Tair : Veux- tu V taire.

On dit qu'au théâtre Dunuis On pourra prendre ses ébats; Vive l'auteur des Mousquetaires»

Veux-'tu t' taire, veux-tu t' taire, Bavard, veux-tu t' taire.

L' théâtre ouvert, aussitôt On y jouera la Rein* Margot, Fureur bien sûr elle va faire.

Veux-tu, etc.

Dans les pièces de poison On y mourr*ra pour de bon, Au public ça pourra plaire.

Veux-tu, etc.

De son bonnet d' coton".

Faudra s' munir, dit-on.

Car séjour il faudra faire.

Veux-tu, etc.

Celui que*l'appétit prendra.

Table d*hôte trouvera ; On mangera bon et pas cher.

Veux-tu, etc.

Les Funambules, les Français, Ne feront plus pour leurs frais.

Debureau se désespère.

Veux-tu, etc.

Les directeurs de Paris De c'ia ne sont pas ravis.

Ils seront forcés d' mieux faire!

Veux-tu, etc.

Dans ce qui précède, il semble que a le poëte » eût déjà pressenti les deux soirées dé Monte-^ Chris ta.

Enfin, les portes du théâtre s'ouvrirent et la Reine Margot commença...

Voici le tableau de la troupe telle qu'elle existait à l'ouverture du Théâtre-Historique :

MM. Mélingue.

Hiellard.

Bignon.

Lacressonnière.

Boutin.

Rouvière.

Saint-Léon.

Derosselle.

Boileau.

Barré.

Crette.

Fillion.

Georges.

Linge.

Peupin. • Henry Armand.

Bar.

CasteL ' Cabot.

Alexandre.

Lefebvre. ♦ Coibrun.

M"" Perrier.

Rey.

Atala Beauchène.

Maillet.

Mathilde Payre.

Person, Laignelet.

Bardet.

Fontenay.

Launay.

Georges, cadette.

Pouf faire partie de la troupe, à Texpiration de leurs engagements dans d'autres théâtres :

MM. Matis.

Chilly.

Mi^« Hortense Jouve.

Orchestre : MM. Varney, chef.

Mangeant, sous-chef.

MM. Caron, régisseur général.

Achille, régisseur. /

Merle, contrôleur.

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Ainsi, sur les affiches, et suivant l'ordre officiel d'alors, Colbrun venait tout à fait le deriîierl II sut, depuis, monter aux premiers rangs.

Laferrière fut engagé un peu plus tard à l'occasion des Girondins oh il obtint un grand succès.

Le Théâtre-Historique, durant la période brillante de son existence, c'est-à-dire pendant un espace de deux années (1847-1849), donna successivement les grands drames dont les noms rayonnent encore comme des étoiles au firmament théâtral : la Reine Margot, les Girondins, Catilina, le Comte Hermann, Monte-Christo en deux journées, la Marâtre.

Mais ce n'est point seulement cette accumiulation de grands succès qui doit graver dans la mémoire des nouvelles générations le souvenir du Théâtre- Historique d'Alexandre Dumas. C'est aussi le fait d'avoir ouvert à la mise en scène des voies inconnues ou, jusque-là, peu et mal pratiquées.

Harmonie et exactitude des décors, des costumes, •des accessoires, des armures, des meubles, etc., etc., conformément à l'histoire ou suivant les besoins particuliers d'une pièce; réalisme de la mise en scène; emploi animé et pittoresque des masses... toutes ces parties de l'art, presque toujours négligéeai^et incomplètes sur les scènes du boulevard, même ailleurs, réalisèrent tout à coup un progrès inouï, grâce au Théâtre-Historique de Dumas.

La meilleure partie de la mise en scène actuelle date de là. Je n'excepte de cette influence subie, ni la Comédie-Française, ni l'Opéra.

Tels sont les états de service réels du Théâtre- Historique, premier du nom.

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