‹ Historiettes et souvenirs d'un homme de théâtreChapitre 21 sur 65 · DORMEUIL · texte numérisé non relu

DORMEUIL

Un excellent directeur ! Je parle du père... il est vrai que je puis, sans me compromettre, étendre l'éloge au fils...

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Dormeuil père avait en horreur la cascade qui sait et fait toujours la fortune du Palais- Royal : dignité, un peu prudhomesque, s'en offensait. La cascade!... on sent ce mot plus qu'on ne le init. Dans le langage ordinaire, cascade se dit ne eau tombant de rocher en rocher. Dans le gage théâtral, la cascade dégringole du dialogue ne pièce comique en ricochant sur la fantaisie acteur. Pour être bon cascadeur, il faut avoir rait^ du jet, de l'éclair. Une cascade trop longue ^alut jamais rien.

Ile résulte du geste, de la physionomie, du sie, ou du bruit, de l'immobilité ou d'une course ufflée, d'un mot spirituel ou niais, de la conité d'un même effet ou de l'opposition d'effets rs. Tout lui est également favorable.

Ja, joint à son argot, à ses idiotismes, à ses viations, à ses barbarismes, à ses façons groles de dire^ fait de la cascade l'un des éléments istibles du rire au théâtre.

5 répertoire oîi cet élément est plus particulièret acclimaté a, de tout temps, été du goût des 5 dignitaires et mêine des princes et des souns. Plus graves sont leurs préoccupations, plus s leur* ennuis, plus ils éprouvent le besoin aire trêve pendant quelques instants par la î que provoque une pièce spirituellement casise.

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Ce genre faisait invariablement partie du programme des spectacles de Tempereur, à Plombières.

On disposait son fauteuil^ dans la salle, à Tendroît oîi se met habituellement le chef d'orchestre, et là, placé de manière à ne perdre aucun des jeux de scène des artistes du Palais-Royal, le souverain riait de ce bon rire qui vient si puissamment en aide aux ordonnances du médecin.

Une année, Dormeuil père, redoutant l'esprit fantaisiste de comédiens tels que Grassot, Pere^^ Luguet, Hyacinthe... réunit son personnel, aï> début de la saison, et fit, avec une grande dignité/ un speech dans lequel il exposa que de a haute^ convenances exigeaient la suppression de tout mot^ de tout lazzi qui ne serait point d^une correctioa absolue, et qu'enfin^ il fallait renoncer aux cascades j quelles qu'elles fussent, sous peine d'amendes sévères. »

Renoncer aux cascades ! mais alors, il n*y avait plus de théâtre du Palais- Royal. Les artistes étaient consternés. Perez essaya de raisonner son directeur, a Ne nous enlevez point ce qui fait notre succès ! On nous accepte, on nous veut ainsi. L'empereur savait bien à quoi s'en tenir sur notre» spécialité, lorsqu'il a demandé vos pièces et votre troupe. Notre genre est passé en force de chose jugée. Laissez- vous fléchir I... » Le directeur maintint

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formellement son injonction, à laquelle on dut promettre de se conformer. •

Fut-ce par l'effet du hasard, ou par suite d*une petite conspiration, que le quatuor d'artistes comiques se trouva quelques- moments après devant le chalet impérial ? Je laisse au lecteur le soin de résoudre la question. Je me bornerai à dire que les comédiens furent reconnus de loin par un officier de service^ M. le prince de La Tour d'Auvergne, qui, les voyant en état d'observation et d'attente, ^^lîtàeax, et leur demanda ce qu'ils désiraient.

Luguetmit le prince au courant. M. de La Tour d Auvergne sourit; il invita les artistes à se rassurer et leur promit de saisir Sa Majesté de l'incident.

Quelques minutes après, le directeur est mandé P^r ordre. Apprenant cela, Grassot, Ferez, Luguet et Hyacinthe s'éclipsent au plus vite, afin de n'être point rencontrés par leur chef. Ils pressentaient que SI une volonté supérieure faisait fléchir sa résistance, il ne manquerait pas d'imputer cette contrariété aux réclamations de ses comédiens.

En effet, au bout d'une heure, il les convoquait fe nouveau. Rouge, irrité, nerveux, il ne put que !ur dire ceci : «C'est bien, messieurs, vous l'em- )rtez... Allez donc, avec cascades! avec cascades, )\is entendez! »

Le soir, au théâtre, tout le monde était dans la

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confidence. Je laisse à penser quel fut l'effet représentation officielle avec cascades I

Voici quelques notes historiques conce théâtre du Palais- Royal.

En 1784, il y avait au Palais-Royal u; salle de spectacle qu'on appelait les Bèaiijo tiiée dans un angle du côté de la rue Ne Petits-Champs.

Le comte de Beaujolais, le plus jeune de duc de Chartres, avait confié l'entrepris théâtre (011 figuraient des comédiens de Gardeur- Lebrun. En 1785, les comédiens furent remplacés par des enfants.

Marguerite Brunet, surnommée à 1 Hermosa la belle, et nièce d'une marcha toilette, rue Saint-Roch, M"® Montansier^ ( prit le nom, quittait un petit théâtre qu'elle tait à Versailles, rue de Satory, et acheta sieur Dormeuil l'entreprise des Beaujolai quelle elle substitua le titre de Théâtre 1 sier.

L^ouverture eut lieu le 12 avril 1790, Epoux mécontents, pièce en quatre actes, buisson, musique de Salieri, accompag Sourd, ou r Auberge pleine, avec Baptist Le Désespoir de Jocrisse vint ensuite. M (Hippolyte) y établit le rôle du Petit Jocris

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dant la clôture pascale de 1791, l'architecte Louis agrandit la scène; on y Joua la tragédie, la comédie et l'opéra, entre autres les Précieuses ridicules mises en musique.

Au foyer de ce théâtre se réunissaient les femmes les plus élégantes de Paris. Dans le salon particulier de M"^' Montansier, on voyait Dugazon et Barras; le père Duchesne et le duc de Lauzun ; Robespierre etM"« Maillard; Saint-Georges et Danton; Laïs et Marat.

Le Théâtre Montansier prît ensuite le nom de Théâtre du Péristyle du Jardin-Egalité, et peu sprès celui de Théâtre de la Montagne,

La salle du Palais- Royal, qui avait repris le titre ^e Variétés Montansier, fut, en 1798, louée à César, Amîel, Brunet, etc., qui changèrent le genre ^^ théâtre, et fixèrent pour longtemps la foule aux Variétés.

En 1807, ^^^ 1^ réclamation du Théâtre-Franf'ï'X les Variétés se virent forcées d'abandonner le Palais-Royal, et se réfugièrent au Théâtre de la . Cité,

Quant à la salle du Palais-Royal, elle fut exploitée par le célèbre For.ioso, sauteur italien, et par les frères Ravel, danseurs de corde; puis successivement par les Puppi napolitani, ou Marionnettes napolitaines^ et par les Chiens incomparables qui jouaient la pantomime.

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Après les Chiens, vinrent les' Jeux forains^ ciui n'étaient que les comédiens de bois de Beaujolais, restaurés et remis à neuf. — Ils débutèrent en i8 i o par un prologue de Martainville, intitulé : la Résurrection de Brioché, — On joua une pièce de Bernard- Léon : la Sœur de la Miséricorde ^ ou iQ Spectre vivant, — Aux Jeux forains succéda le Café-Spectacle qui devint, en i8i5, une arène politique, et prit le titre de Café de la Paix, sans doute parce qu'on s'y battait tous les jours. -^ Le propriétaire de cet établissement était un nommé Valin, qui y amassa une fortune considérable.

En i836, Dormeuil (Contât Desfontaines) et Charles Poirson obtinrent un privilège pour 1^ Théâtre du Palais-Royal, La salle subit quelques transformations, d'après les plans de l'architecte E>^ Guerchy.

Le Théâtre du Palais-Royal ouvrit ses portes, le 6 juin i83i, avec Ils n ouvriront pas, prologue de Bayard, Mélesville et Brazier. — La troupe étaîf composée de Samson (de la Comédie- Française, qui créa Rabelais, ou le Presbytère de Meudon), de Lepeintre aîné, Philippe, Paul, Derval, M^^^ Dormeuil, Zélie-Paul, Toby, et peu après d'Alcide- Tousez , Achard, Levassor, -Sainville, Leménil, Ravel, Grassot, Luguet, M""" Déjazet, Dupuis, Leménil, Pernon, Nathalie, etc.

Dormeuil, resté seul avec Benou, l'administra-

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teur, céda la direction à son fils et à Plunkett, qui, en janvier 1869, s'adjoignirent Adolphe Choler.

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