‹ Historiettes et souvenirs d'un homme de théâtreChapitre 26 sur 65 · SARAH FÉLIX · texte numérisé non relu

SARAH FÉLIX

La carrière de notre chère regrettée Sarah Félix eut trois phases caractéristiques. La première, celle de Tenfance, fut une période de misère. La seconde, celle de la jeunesse, a été consacrée au théâtre, avec succès. La troisième, celle de l'âge mûr, appartient à l'industrie.

Cette période est marquée par une grande suite dans les idées, par des conceptions hardies autant qu'heureuses, par la souplesse et le ressort des temps de bohème, unis à un travail méthodique et soutenu. La régularité et la probité commerciales de Sarah Félix étaient choses reconnues ; sa parole valait celle d'un honnête homme.

De son enfance, un souvenir qu'elle se plaisait a

nous rappeler, est celui-ci : Elle se voyait, àl'âgs de sçpt ans, sur une grande» route, assise au pied d'un talus de gazon. Près d'elle était sa petite soeur Rachel, la future gloire delà Coméd ie- Française... On chargeait Sarah de veiller sur Rachel, pl^^ jeune qu'elle de quelques années. M. et M"* Féljx» le père et la mère des enfants, les avaient mis en ce lieu, en leur recommandant d'être sages et tranquilles, tandis qu'ils allaient parcourir le faubourg voisia : ils exerçaient le métier de colporteurs. La petite Rachel se plaignait. Elle avait faim ;

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ns bien vite qu'elle avait faim de gâteaux ; elle vait vu de très-appétissants le long d'une, boue peu éloignée. Elle ne les apercevait plus, 5 elle y pensait.

irah comprenait sa sœur. Mais comment se urer des gâteaux ? Pas un centime dans les po- !... D'abord, les poches manquaient. La mase bornait à coudre à la ceinture les mours, qui se trouvaient ainsi à la portée de la i>sans danger de se perdre. Rachel pleurait de en plus fort. Des passants s'arrêtaient et dedaient la cause de ces larmes. A leurs ques- 5, les pleurs se tarissaient aussitôt, et Sarah iait : on s'éloignait en étant rassuré, ors Sarah eut une idée : elle se mit à chanter. imitation, Rachel mêla, sa voix à celle de sa ', ainsi qu'elle avait coutume de faire. Elles ne 2rrompirent point lorsque les allants et ve^ s vinrent écouter et regarder ces deux gentilles is créiatures.

ihardie. par l'air bienveillant de l'auditoire, 1 s'avisa de tendre son petit panier. On comet l'on y déposa quelque menue monnaie. Raavait baissé la tête ; elle rongeait un coin de nouchoir, durant l'audacieuse tentative de sa

cpllecte terminée, Sarah fit un beau salut à I4 )agnie, et, prenant Rachel par la maiii, elle

l'aida à se relever. Puis les deux enfants se mirent à courir, de toutes les forces de leurs petites jambes, vers la marchande de gâteaux.

Sarah Félix est morte à Paris, le 1 1 janvier 1877, à quatre heures de l'après-midi.

Elle s'est souvenue de quelques amis qui ne l'oublieront jamais !...

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