CLARISSE MIROY
La place occupée par Clarisse Miroy, au théâtre, avait été très-importante au commencement de sa carrière artistique. Est-il quelqu'un, parmi les contemporains, qui ne se souvienne de la jeunesse brillante, de l'ingénuité et de la beauté de Ciarisse Miroy, lors de ses débuts au théâtre de la Gaîté, dans Marie de la Grâce de Dieu? Citait alors une créature mignonne et d'un charmé adorable, ce qui doit sembler bien peu vraisemblable à ceux qui ne la connurent qu'avec ce florissant embonpoint dont l'aspect seul déterminait le rire.
Cet embonpoint, si comique, tenait à des causes
morbides que j'aurais été loin de soupçonner, et qui m'ont été indiquées par le médecin dont elle a reçu les soins, en dernier lieu, dans une maison de santé de l'avenue du Roule.
Il paraîtrait que c'est à une maladie de cœur, dont elle ressentit les premières atteintes vers l'âge de seize ans, qu'elle dut de changer brusquement une dizaine d'années plus tard.. Chose cruelle! à mesure qu'elle subissait, par la lente décomposition du sang, l'envahissement d'une boursouflure inguérissable, elle se voyait dans l'obligation de modifier son tempérament d'artiste.
Une voix douce quoique bien timbrée, un jeu
D'un Homme de Thédtt^e. 167
igué et correct ; par-dessus tout une sen- !xquise, semblaient la destiner à remplir )ixante ans, comme M"® Mars, les jeunes emiment et de larmes. Mais pour cela il u rester maigre I En devenant trop grosse, avait plus faire pleurer... qu'à force de
:omprit si bien, la pauvre femme, qu'elle rmais qu'un so.uci : travestir ses qualités , Elle enfla sa voix; elle s'étudia à exagéiets cascadeurs à la mode; bref, elle se lême en charge, elle s'immola dans les iricatures .
►us cet aspect que la génération nouvelle applaudie. Mais cette Clarisse-là n'était aie. Aussi combien elle souifrâ^t! Que de întrant dans la coulisse après une scène oîi elle venait d'avoir du succès, — elle à pleurer douloureusement! Si on la au milieu de ces larmes, et si on la lit, elle s'essuyait vivement Içs yeux, et de sourire, en prétextant une migraihe, mant quelque autre raison banale, ^ais a connaissaient bien ne s'y trompaient savaient tout ce qu'il y avait de chagrins umes dans cette nature d'élite détt)urnée par un embonpoint peu pçétique.
plus, gaie par intervalles, et d'une in-
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croyable ardeur au travail ; active plus qu'on a 'aurait pu s'y attendre, elle allait, venait, organisant des représentations, jouant, répétant à Paris, et l'heure d'après, courant administrer des troupes départementales, le tout, hélas I sans grand avantage pour sa fortune.
Elle est morte, faisant des projets d'avenir. Elle avait profnis, un soir, d'être en état de descendre, le lendemain, à la table des convalescents, pour les égayer avec une de ces fines et spirituelles gaudrioles qu'elle chantait si bien en petit comité. ^ lendemain vint; elle n'était pas là !...
Clarisse Miroy appartenait à cette vaillante e^ généreuse race d'artistes qui tend chaque jour à disparaître.