SUZANNE LAGIER
De Tesprit à l'emporte -pièce, tout le temp^"' Prodigieusement, douée, Suzanne^Lagier joue comédie, compose, chante, et au besoin elieJ^ en scène ainsi qu'on va le voir.
Amie de la famille de M. Dufriche, unjeu^^^ ténor d'avenir, elle se préoccupait de la façon dot^^ le nouveau Jupiter établirait ce rôle que Ton ven^^ de lui distribuer dans Philémon et Baucis. El^^
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t sûre de son chant, mais elle voulait juger le îédien.
a démarche, les gestes, les attitudes de Jupiter nt loin de la satisfaire. Elle se contenait cepent; bientôt, à bout de patience, et cédant à l'instion, comme la pythonisse : « Ce n'est pas ça, 1 cher ami, dit-elle impérieusement au cours le répétition, et je vais... Oh! pardon, repritaussitôt, je me permets des libertés!... » .
- Parlez, parlez, lui fut-il répondu de tous s.
insi encouragée, M"® Lagier se livra à ses élans •tiques. Après quelques indications sommaires, se mit à détailler le premier grand air de Jur : a Eh ! quoi I parce que Mercure, » etc.
- Rendez'vous bien compte de la situation, icher Dufriche. Jupiter raille Vulcain et l'irrite ni parlant de sa jalousie. Eh bien, lorsque votre it fait allusion « aux souris de Cypris, » il faut ire vous-même et prendre un air gracieux, eu d'avoir une physionomie sévère. Mais ne 5 arrêtons pas à ce détail. Venons à la strophe ante, oii le maître de l'Olympe plaisante en- Vulcain au sujet de la légèreté de Vénus... Y
-vous?
■ Parfaitement.
• Il y a là une description, en quelques vers, dô lissance de la Mère des Amours. Cette descrip-
lyo Historiettes^ et Souvenirs
tion exige une petite pantomime imitative. (P^^ vous ne mimez rien : vous restez presque immobile- A votre -place, voilà comment je m'y prendrai s. Les vers disent: « Sur le flot mouvant, j*aifc*îî éclore un jour la reine de Cythère... j> Comme a<^compagnement à ces paroles, j'abaisserais le br^s droit vers le plancher du théâtre, pour indiquer 1^ mer, et Vénus à' sa naissance. Le bras se relève graduellement, afin d'exprimer que l'apparitloi^ grandit et s'élève aussi.
— Très-bien I s'écrie-t-on autour de Lagie:C • Elle remercie d'un regard, et continue :
— Jupiter a donc fait éclore la reine de Cythère î il ajoute : « Dans un flocon d'écume eûtraîné parl^ vent. » Par un vaporeux mouvement de la maiim ^ vous indiquez l'écume légère : vous ramenez l bras, vous le pliez un peu, et, le détendant ensuitavec une impulsion donnée à l'extrémité des doigts — comme cela, tenez — vous faites comprendre la fois et le flocon d'écume et la brise qui l'em-' porte.
Essayons ce jeu de scène.
Et M. Dufriche d'imiter avec tout le zèle possible les gestes de l'intelligente comédienne...
Au troisième acte, Jupiter veut se convaincre que Baucis, rajeunie par lui, est réellement charmante, Vulcain la lui indique dans la coulisse; Jupiter ayant regardé, dit : a Oh I oh I » et son confident
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répond : « Ah ! ah ! » — M . Dufriche reproduit exactement ce qui est indiqué dans le rôle.
— Eh bien ; c'est tout ? demande Lagier.
** Sans doute, voyez la brochure.
•*- C'est vous que^je vois, et nous n*y sommes
Pl^s. Mais, mon cher ami, il y a là... un monde!
suiv^.moi bien. Jupiter, en apprenant que Baucis
^^^ extrêmement jolie, doit exprimer la curiosité
^^ Dieu aux caprices légendaires ; son œil glisse
^^ côte de Baucis un fin regard de connaisseur.
^ Ce regard succède une sorte d'étonnement, suivi
^ satisfaction. Autre regard plus scrutateur que
^ premier : de l'eAsemble, il passe aux détails,
^^Ors, édifié sur ce qu'il a vu, Jupiter se retourne
^^s Vulcain, et lance le « Ohl oh ! » du poëme.
^^ a Oh ! oh! » équivaut au clapement de langue
^^ n buveur charmé de sa dégustation ; quant aux
-Ah! ah I » de Vulcain, je n'ai rien à dire, puis-
^^^ ce n'est pas vous qui jouez le rôle... Allons^
*^renons... ?>
3Et l'on reprit si bien cette scène, et d'autres, que \^ * Dufriche eut ce que l'on appelle « beaucoup ^ agrément » dans son rôle de Jupiter.