‹ Historiettes et souvenirs d'un homme de théâtreChapitre 4 sur 65 · LE MIRACLE DES ROSES · texte numérisé non relu

LE MIRACLE DES ROSES

Peu de temps avant la création du Théâtre- Historique, l'Ambigu donnait un drame à grand spectacle, intitulé : le Miracle des Roses. Les rôles principaux étaient joués par Mélingue et M"*" Guyon. La pièce fut composée en 1844, voici dans quelles circonstances.

L'un des auteurs était honoré de l'amitié de M. l'abbé 'Pelier de la Croix qui, du vivant du prince de Condé, duc de Bourbon, exerçait auprès du prince les fonctions d'aumônier. L'abbé Pelier de la Croix possédait des renseignements tellement précis sur la mort tragique du duc de Bourbon, — survenue, on le sait, à Saint-Leu-Taverny — que, dans un procès resté célèbre, il ne craignit point de qualifier cette mort d* assassinat,., à la suite de quoi il lui fut interdit d'exercer son ministère dans une cure du diocèse, ce qui le réduisit littéralement à la misère.

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Les braves sœurs de charité de l'Hôtel-Dieu eurent connaissance du fait. A cette époque, elles avaient le droit — j'ignore si elles l'ont gardé — de se choisir leur aumônier, et cela sans redouter de veto d'aucune sorte. Elles firent donc venir Tabbé Pelier de la Croix, et lui proposèrent de leur dire la messe, soin pieux et sacré auquel était attachée une rémunération pécunière que le bon abbé dut accepter, tant sa détresse était grande.

C'est alors que l'auteur dramatique en question eut l'occasion de visiter chez lui M. l'abbé Pelier de la Croix, de qui, d'ailleurs, il tient ces détails. On s'était perdu de vue depuis quelques années. Il fallut apprendre à l'abbé que le jeune homme qu'il avait laissé, au sortir du collège, occupé à prendre ses inscriptions de médecine, avait déserté les cours pour se lancer tant bien que mal, — plus mal que bien, — dans la littérature dramatique. Là-dessus, ta conversation s'engagea sur les théâtres de Paris que l'abbé ne connaissait que pour s'arrêter de temps à autre devant leurs affiches. Selon lui, à en juger par les titres, toutes les pièces devaient être mauvaises. Étonnement de son interlocuteur :

— Eh ! sans doute, dit l'abbé avec vivacité, dans tout cela rien ne parle à l'esprit, au cœur, à la foi I

— Ah ! la foi, cher monsieur l'abbé, nous y voilà. Vous voudriez sans doute nous voir retour-

ner au moyen âge, mettre en scène la vie de Jésus, la Passion et les samts?

— Oh! pour ce qui regarde Notre- Seigneur, non, non, reprit M. Pelier de la Croix, je ne demande pas qu'il paraisse sur vos planches, fût-ce dans la meilleure intention du monde ; mais quant aux saints, ce serait peut-être possible.

— Comment cela ?

— Les belles sources historiques que la plupart de ces existences béatifiées par T Eglise I que de drames palpitants d'intérêt! Et, par exemple, vous rappelez-yous la légende de sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe?

— Oui... je crois : j'ai vu chez les marchands d'estampes de grands dessins représentant une belle jeune femme en costume du moyen âge ; elle paraît effrayée; elle fait voir à un guerrier couronné son manteau rempli de roses. Il s'agit, n'estce pas, de sainte Elisabeth ?... .

— Et du miracle des roses ; oui. Voilà tout ce que vous en savez ?

— Mais...

— Allons, mon cher ignorant, me dit Pabbé, qui était allé prendre dans sa bibliothèque deux petits volumes ; tenez, instruisez-vous. Lisez cet admirable récit de M. de Montalembért ; étudiez avec soin la magnifique introduction qui précède la biographie de notre sainte., et si ensuite, ajouta-t-il ea

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souriant, vous ne vous sentez pas assez inspiré par le sujet pour composer un drame émouvant, c'est que vous êtes le plus pitoyable des auteurs dramatiques.

Je remerciai Tabbé Pelier de la Croix... Je lus et je relus le prologue de M. de Montalembert; quel chef-d'œuvre! Et d'abord, avec un tel historien, il est impossible de ne point se sentir pris d'une ardeur aussi tendre que pieuse pour la douce et angélique figure de sainte Elisabeth. Née en 1207, morte ^^ 123 1, sa carrière se place au milieu de cette première moitié du xiii® siècle qui est la période la plus importante, la plus complète, la plus resplentiissante de l'histoire de la société catholique.

La vie d'Elisabeth, dit notre auteur, offre une reunion peut-être unique des phases les plus diverses, des traits les plus charmants et les plus graves à la fois, que peut renfermer la vie d'une cnrétienne, d'une princesse et d'une sainte. Mais dans les vingt années qui s'écoulent depuis le jour ^^ on l'apporte dans un berceau d'argent à son nancé, jusqu'à celui où elle expire sur le grabat d hôpital qu'elle a choisi pour lit de mort, il y a deux parties bien distinctes, sinon dans son carac- ^^re, du moins dans sa vie extérieure. La première ^st toute chevaleresque, faite pour enchanter l'imag^nation autant que pour inspirer la piété. Du fond "^ la Hongrie, de cette terre à moitié inconnue, à.

moitié orientale, frontière de la chrétienté, elle arrive au sein de la cour de Thuringe, la plus poétique et la plus brillante de toute TAllemagne.

Pendant son enfance, sa vertu précoce est méconnue, sa piété méprisée ; on veut la renvoyer ignominieusement à son père; mais son fiancé lui garde une inébranlable fidélité, et dès qu'il est maître de ses États, il se hâte de Tépouser. Il rivalise de ferveur avec elle ; un abandon plein de charme, une naïve et délicieuse confiance président à leur union. Pendant tout le temps de leur vie conjugale, ils offrent certainement l'exemple le plus touchant et le plus édifiant d'un mariage chrétien ;

et l'on peut affirmer que dans les annales des

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saintes, aucune n'a offert au même degré qu'Elisabeth le type de l'épouse chrétienne.

Cependant l'irrésistible appel de la croisade entraîne son jeune époux, après sept ans de mariage. Elle ne sait comment se résigner à ce dur destin» Cette séparation une fois consommée^ le malheur vient et l'accable. Elle est brutalement chassée de sa résidence souveraine; elle erre dans les rues avec ses petits enfants, en proie à la faim et au froid, elle qui avait nourri et soulagé tant de pauvres; nulle part elle ne trouve un asile, elle qui en avait tant donné !.., Quand ses injures sont réparées, elle n'en est pas plus réconciliée avec la vie. Restée Veuve à vingt ans, elle dédaigne la main des plus

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puissants princes ; le monde lui fait mal, et, —dit M . de Montalembert avec le bonheur d'expression que donne la foi, — les liens de l'amour mortel une fois brisés, elle se sent blessée d'un amour divin !

Cest en vain que son père, le roi de Hongrie, envoie un ambassadeur pour la ramener auprès de lui. Ce seigneur la trouve à son rouet... Au milieu de ses austérités, de sa pauvreté volontaire, du joug de l'obéissance sous lequel elle brise chaque jour tout son être, elle ne connaît pas une ombre de tristesse. Enfin, à la fleur de son âge, elle est mûre poijr l'éternité, et elle meurt en chantant un cantique de triomphe.

Telle est la sainte et touchante figure historique qui a inspiré les auteurs du Miracle des Roses.

Par le fait, ils ont eu en quelque sorte pour collaborateur l'abbé Pelier de la Croix.

comment m. de balzac conçut le plan d'un drame historique intitulé

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