FREDERICK LEMAITRE
'est sous mon régime de directeur que
Frederick Lemaîire créa Paillasse à la
Gaîté, Je ne l'ai plus retrouvé ensuite ■
que de loin en loin, bien que nous
ssions restés bons amis.
Ladernière fois que je l'ai applaudi comme cor^ésn, c'est lors de la représentation d'un drame inulé : le Portier du ti° 1 5. Le grand artiste n'était Us qu'une ruine ! mais quelle ruine admirable! A sa première enirée, jl fut acclamé frénétiquecit. Il semblait qu'à force de sympathies, ouvout le rajeunir.
Après avoir remercié à plusieurs reprises, Frédé-
rick se détourna pour essuyer des larmes. Je le voi encore ôtant, pour saluer, sa pauvre petite toc\^ rouge ; ses longs cheveux gris s'éparpillaient auto^ de sa tête. Ce n'était pas un vieillard qu'on avî sous les yeux, c'était le type même de la vieillei respectable et touchante.
La parole ne le servait plus ; mais quelle pant mime ! Une éloquence, des gestes, une ampleur i comparables! Quant aux regards, l'expression enimpossible à décrire !
Au troisième acte, le vieux portier, chassé po avoir dit trop vertement son fait à un propriéta sans entrailles, fait ses paquets et se dispose à quit sa modeste loge.
Une petite voiture de déménagement vient s tionner devant le n° i5. A chacun des paquets q le portier fait de ses hardes, de ses tableaux, de distinctions honorifiques, de ses meubles, etc. évoque des souvenirs d'un temps plus heurei Après avoir égrené ces souvenirs comme les gra d'un chapelet, il rejette mélancoliquement les ] quets en disant : a A la chafrette ! à la charrette !. Lorsqu'il ne reste plus rien à emporter, Frédér enveloppe d'un dernier regard cette loge où il p sait finir ses jours, et, contemplant la charrette c; commencent à mettre en mouvement les bras d' vigoureux et compatissant Auvergnat, il s'ée douloureusement en montrant cette charrette et
D*un Homme de Théâtre. 179
objets qu'elle contient : a Le convoi du pauvre I, »
En entendant Frederick Lemaître, mon cœur
s'emplissait de sanglots . et mes yeux de larmes,
^îiais ce n'est pas à son râée que je pensais, c'est à lui.
Un jour, ses meubles, saisis par un créancier, ^^rent mis en vente.
Voulant prévenir cette triste exécution, le Cer- ^^^ de la critique dramatique entreprit d'orga- ^^ser à l'Opéra une représentation pour laquelle ^. Halanzieroffritgénéreusementson beau théâtre, ^^ M. Cantin son immense succès : La Fille de -Madame Angot. .
Les scrupules musicaux de l'auteur de Dimitri, ^^primés dans un journal important, firent hésiter * administration supérieure.
La représentation manqua.
M. Çantin, qui avait inutilement offert sa pièce, ^onna son argent ; il racheta les meubles du pau- ^ï'e grand comédien.