BRUNET, LEPEINTRE JEUNE, POTIER, ODRY, LEPEINTRE AINE
Brunet se plaisait à venir, à l'âge de quatre-vingts ^Hs, au foyer des Variétés, dans ce théâtre qui s'ho-
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norait des succès et du talent d'un tel comédi^^* Brunet retrouvait son ancien camarade Lepeititi^^* Ils étaient l'un et l'autre grands amateurs de cal^^' bours, et ils se donnaient la réplique, à la vive ^^' tîsfaction de la galerie.
— Voyons, Lepeintre, disait Brunet, pourcj^^^^ fais-tu toujours des calembours dans tes rôles?
— Parce que les ouvrages dans lesquels je f en sont farcis, et que je goûte fort les pièces /arc ^
-T- Très-bien; alors dis-moi pourquoi je m'asseoir?
— Parce que tu aimes la botanique et que tiMveux pas toujours rester sur la même plante.
— Quelle plaitte ?
— Eh! parbleu ! la plante des pieds...
— Parfait. Eh bien, moi, je te défie de te ren d'ici à la rue Dauphine en passant par le P(^ -^^ Neuf.
— Pourquoi cela ?
— Parce qu'il a disparu.
— Comment ! disparu! le Pont-Neuf?
— Lui-même. J'ai rencontré quelqu'un qui ^ nait de l'avaler. (La Vallée, le marché à la volailli
— Excellent! excelknt, s'écriait Lepeintre en fi sant retentir le foyer de son gros rire bon enfant.
— Ce n'est peut-être pas très nouveau, ajout Brunet en s'adressant à l'auditoire, mais voye:-^ vous, mes enfants, il en est des calembours corn
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des choses trop longtemps renfermées : il faut les remettre à l'air pour leur faire perdre leur goût de ^Tioisi.
— Viens avec moi, cher ami, dit un jo^r Arnal ^ Lepeintre jeune.
— Où vas-tu?
— A l'Esplanade des Invalides. Cest pour quel- *^.xie chose d'important, quelque chose d'extraordi- ^^^ire, quelque chose, enfin, que tu te féliciteras "^oute ta vie d'avoir vu.
— S'il en est ainsi, Je suis ton homme, quoique ^*^ course me paraisse un peu longue. Ne pourrîons- ^^ous prendre une voiture? -
— A quoi bon ? Le temps est superbe.
— Enfin, dis-moi toujours de quoi il s'agit.
— Non, je t'en garde la surprise.
Ils se mettent en route. Arnal, vif, dégagé, marchait vite.
Lepeintre , gros , gras , soufflait et traînait la jambe.
Arrivés sur Tesplanade, Arnal cherche longtemps une place à son gré, et un banc favorable. Il trouve, et s'assied avec un contentement visible. Lepeintre jeune se met à côté de lui, et, commelui, il est satisfait, au moins d'être assis.
— Nous serons très-bien là, dit Arnal, pour ne rien perdre de l'opération.
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— Quelle opération ?
— Celle du Dôme !...
— Une opération! ledômel... que veux-tu d^^^
— Apprends donc, mon bon ami, que l'oix dévisser le dôme des Invalides, pour le nètto>^^ '. C'est à ce spectacle, unique au monde, que / voulu te faire assister I ^
Lepeintre jeune, comprenant qu'il venait de ^^ ber un poisson d'avril, se mit à rire, de son rire ^^
et tellement communicatif que son bon gros ven en prenait toujours sa part, en rebondissant de façon la plus folle....
Au temps de Potier, l'inimitable <t Père Sou nois, » un brave chef de claque, nommé Sauto qui exerçait aux Variétés, fit une assez grosse fo tune et mourut après avoir honnêtement élevé un nombreuse famille. II était franc-maçon ; il adorai les bijoux, les croix, les étoiles, les cordons, usité dans les tenues de l'ordre.
Pour lui faire honneur et plaisir, par delà notr monde périssable, on orna avec profusion le cha mortuaire des insignes les plus éclatants*
Derrière le convoi de Sauton, venait celui d'un pair de France.
• Un personnage important avait accepté la mission de prononcer un discours de circonstance sur la tombe du mort illustre. L'orateur se trouve retardé par des circonstances indépendantes de ses
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'Srets. Peut-être, était-il en train de solliciter la ^^vîvance de la pairie du décédé... Quoi qù*il ' ^ soit, il n'arriva au cimetière qu'au moment oîi ^ deux corbillards ayant cessé de marcher l'un -rrière l'autre, se dirigeaient au loin, celui-ci à ^che, celui-là à droite. Pour lequel se décider?
tJn rayon de soleil déchire la nue et fait étinceler s croix, des insignes, a des honneurs. » — ^oilà le bon, » se dit le personnage, et il court là
étaient la lumière et l'éclat.
Il se présente, on lui fait place; il indique qu'il
parler. Des personnes, qui pleuraient, essuient 1rs yeux afin de mieux considérer l'orateur. Il rnmence par un hommage rendu aux vertus pucjues et privées du défunt. « Son coeur d'élite ttait à toutes les grandes idées; ses mains gêneuses applaudissaient à tous les nobles actes... » — i^ l'auditoire recommence à pleurer. — 'L'orateur ntinuant : « Il laissera, dans notre pays, le sounir impérissable des plus hautes vertus politi* les. » -^ L'auditoire se regarde, et semble s'inrroger... « Enfin, s'écrie 1 orateur avec l'énergie î la péroraison, on peut affirmei; qu'il a été le moèle des pairs I d
Get éloge, que les assistants interprètent dans le ins de la paternité, rallie tous les suffrages et ra- W
lène un déluge de larmes... é
Un monsieur affairé s'approche de rorateur> lui |
glisse quelques mots à l'oreille et Temmène aussi ^^ * « Eh bien, au fait, cela m^étonnait un peu, ^^' sait le personnage en marchant lestement; d^h^^ lude, pour un pair de France, on ne pleure f^ tant que ça ! » .
Potier ne racontait jamais l'anecdote qui préc ^^^ sans rire aux éclats.
Odry, qui fut plus tard le célèbre Bilboquet cf Saltimbanques, avait commencé sa carrière thes^^ traie en exerçant la profession de cordonnier deuxième classe, dans la rue des Fossés-du-Templ^^ Il jouait au cachet, au Théâtre sans prétention Quand le directeur ne savait à qui donner un mauvais rôle, a ce sera, disait-il, pour le bijoutier sui le genou. » Cest une locution familière qui désign^^ un savetier.
Odry était lié d'amitié avec un nommé Vauxdoré, acteur des Variétés : Odry rêvait d'être engagé à ce théâtre, et il tourmentait sans cesse son camarade pour qu'il parlât de lui au directeur Brunet.
Un vendredi saint, Téchoppe du cordonnier étant fermée, Vauxdoré, qui venait pour parler à Odry, trouve la porte close. Il apprend que son ami avait annoncé son intention de faire un tour de promenade du côté de la barrière du Trône. Vauxdoré y court et arpente la localité dans tous les
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^^ns^ et à travers toutes les foires, de pain d'épice ou
^litres. Point d'Odry.
Vauxdoré s'arrête pour regarder les boutiques ^^tour de lui; son attention est attirée par un ^Plendide étalage de saucisses et de jambons. Par '^^^onstance, il fait sa provision, et, renonçant à ^^ contrer Odry, il se dispose à regagner son domi- ^^*^« Tout à coup, ils se trouvent en face Tun de
^^tre. — Te voilà ! quelle chance! — Qu'y a-t-il? ' ' XJne bonne nouvelle ! — Parle. — Non pas ici ; ailleurs, je suis mort de fatigue. — Eh bien, en- ""^^ris là chez ce marchand de vin.
1-es deux amis s'installent. — Vauxdoré expose i ^^ Brunet consent à engager Odry. Celui-ci n'a ^^'^ se présenter le lendemain pour signer son con-
t^avissement d'Odry. Il offre une autre bouteille.
^Uxdoré consent à trinquer encore, mais à la con-
^^^lon qu'il mangera en buvant. Il demande donc
^^ pain, étale ses provisions, et commence à les
^^Vourer. Odry le regarde d'un air d'envie, mais
^^s scrupules le retiennent. Sacrifier au jambon, un.
^^ndredi saint! Impossible.
Cependant, la joie, la piquette et Todeur des victuailles aidant, le futur pensionnaire des Variétés se laisse aller au péché de gourmandise.
En rentrant chez lui, Odry était troublé, non pas dans son estomac, mais dans sa conscience.
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Le lendemain, il signe son engagement. Or». ^ confie successivement quelques rôles secondaE^*^' Chaque fois, il est sifflé. « Cela n'est pas étonna ^ pensait-il ; pourquoi ai-je touché au jambon» Vaux.doré? »
Brunet fut obligé de reléguer Odry dans chœurs. Il y végéta pendant plusieurs années.
Brazier, un auteur en vogue, le rencontrant ^ jour, eut pitié de son aspect misérable et de soa ^ découragé. — « Je vous ferai une piède, mon gr^ çon, dit-il. — Ah! monsieur Brazier, je vous 5 ^«-^ bien reconnaissant I mais figurez- vous que Ton siffle aux premiers mots que je prononce. — bien, vous aurez un rôle où vous ne parlerez pai
En effet, le i3 avril 18 1 1, dans Quin:{e ans d sence^ Odry créa le personnage de Morin^ ferm imbécile qui n*ose pas parler devant sa femme, obtint un succès énorme. A partir de ce mome il fut aussi populaire et aussi fêté qu'il l'avait peu jusque-là. « Le ciel, disait-il, m'a pardon enfin ma gourmandise avec Vauxdoré; mais, c' égal, on ne sait pas à quelle série de guignons Y peut s'exposer en faisant gras un vendredi saint
En 1823, aux Variétés, Odry jouait dans VE
fant de Paris; il était le seul acteur de la pièce q
n'eût pas de couplet dans « le vaudeville final. »
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public voulut que son comédien chantât aussi, ^dry était chargé du rôle d'un balayeur des rues. ^1 improvisa ce qui suit, sur Tair de ma tante Ur-
^^^r-ette :
Quand il tombe du bouillon, Et qu' les rues sont pleines d'eau, Sur chaqu' ruisseau j'mets une planche • Et l'on paye (Bis), Un sou par personne.
Dans le même ordre d'idées, voici un fait relatif ^ Lepeintre aîné.
Le public trouvait, alors, que dans son rôle du 'Soldat laboureur, Lepeintre aîné se montrait trop ^Vare de couplets patriotiques. Un soir, les spectateurs, plus ardents que jamais, se mirent à crier, ^près le fameux je reconnais ce militaire : a Un Couplet ! un couplet! »
Lepeintre aîné improvisa la strophe que voici sur l*air : Dis-moi, soldat, dis-moi, f en souviens-tu?
On a longtemps parlé de cette France,
Si belle encore et si chère aux Français!
Mais on n'a pas assez dit que la France
Avait donné le jour à des Français;
Moi, je suis fier d'avoir pour cette France
Versé mon sang comme tous les Français!
Parc' que la France est encore la France
Et qu' les Français sont toujours des Français !
Ce couplet, lancé avec verve, fut applaudi 'à outrance, et Ton demanda bis.
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