‹ Historiettes et souvenirs d'un homme de théâtreChapitre 36 sur 65 · FECHTER · texte numérisé non relu

FECHTER

La première fois que j'eus l'occasion de voir Charles Fechter, ce fut à la Comédie-Française, 4^ns le cabinet du directeur, M. Vedel, La tenue ^^ Fechter me frappa : sérieux, élégant, distingué, ^^ué d'une physionomie aimable, il était très-su- P^rieur à ceux qui se présentaient journellement, ^^nime lui, pour obtenir des débuts.

M. Vedel l'avait remarqué /Il ne lui reprochait que son accent anglais, un peu trop prononcé. Fechter avait été élevé à Londres. Son engagement fut même différé, à la Comédie-Française, pour lui laisser le temps d'atténuer encore ses intonations britanniques. Dans la suite, il parvint si complètement à les effacer qu'il dut, lors de son rapatriement artistique, se livrer à l'opération inverse, c'est-à-dire s'efforcer de modifier sa prononciation devenue trop française pour des auditeurs anglais... Mais revenons à ses débuts à Paris.

Je me souviens de l'avoir vu, en décembre 1845, dans une représentation au bénéfice de l'excellent Firmin, qui prenait s'a retraite. Fechter jouait, ce soir-là, dans Oreste. Comme M"® Rachel créait le rôle d'Electre, et que cette tentative surexcitait la curiosité, on ne prêta qu'une médiocre attention aux répliques du nouveau Pylade*

Toutefois, Fechter avait laissé d'assez bons souvenirs pour déterminer le directeur du Théâtre- Historique à accepter ses services lorsqu'il e^^ l'idée de les offrir. Il fit le succès d'une pièce intitulée : l Honneur et V Argent^ imitée de Bulwer.

Un éclatant triomphe attendait Fechter dans le rôle de Sylvain, de C/aw^/e, adorable paysannerie dramatique de George Sand , que Bocage avait amenée à la Porte-Saint-Martin, où Fechter s'était engagé au sortir du Théâtre-Historique (i85i).

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Dans cette pièce, il réalisa complètement le type un jeune garçon de village, simple, naïf, pasonné jusqu'à la folie: avec cela de la grâce, sans

moindre fadeur d'opéra-comique. Je le vois en- >re, arrivant en scène, à la recherche de Claudie, s pieds chaussés de sabots, le corps groissièrement -tu de toile grise, des brins de paille' dans ses >ngs cheveux, la narine frémissante, les yeux îinplis de flammes; un véritable Apollon rusque !

L'année d'après, il concourt — et pour une bonne art — à rimmense succès de la Dame aux Camécis, au théâtre du Vaudeville. Jamais M"® Doche, ui elle-même est restée sans égale dans Mar guette Gautier^ n'a trouvé d'Armand Duval préfé- Lble à Fechter. Comme ils chantaient miraculeu- •tnent le duo de la jeunesse, de Tamour, de la lousie, des larmes et du désespoir !

Après cette glorieuse année i852, c'est en Angleïre qu'il Tant aller chercher des nouvelles de ^chter. A-t-il boudé la France? Pourquoi l'aurait-

toudée ? Questions que je ne saurais résoudre.

A Londres, il fut comédien et directeur^ soit tour Jour, soit à la fois. Dans Tune et l'autre condion, il était également aimé et apprécié.

Directeur, on le tenait pour un metteur en scène ors ligne. Je me souviens qu'assistant, dans son ^éâtre, à la représentation d'un drame et me trou-

vant à côté d'un Londonnien pur sang, mon voisin serait à pousser des hourrahs d'enthousiasme dès avant le lever du rideau. S'adressant à moi, en qui il avait réconnu un étranger : « Attention, monsieur, » me dit-il.

Je pris garde, en effet, et je vis un salon demies volets étaient fermés. Par suite, obscurité complète sur la scène ; un personnage (le duc de Buckingham) entre avec précaution. Il se dirige vers la fenêtre du milieu, et ouvre un des battants. Aussitôt un rayon de soleil se glisse vivement dans l'appartement. On referme le volet, de nouveau l'obscurité ; on rouvre, rentrée du rayon lumineux. Successivement, BuCkingham rejeté en dehors les volets de chaque fenêtre. A. ces divers jeux de scène correspond une plus large invasion du soleil. A la fin, la clarté est pleine, ruisselante et joyeuse. Les gradations avaient été ménagées avec un art et une exactitude extrêmes. On eût dit la nature prise sur le fait. Aussi, quel succès ! — a Aol^! ce Fechter ! s'écriait mon voisin avec admiration, tout ce qu'il fait est superbe ! Vous verrez, monsieur!»

Mon temps étant compté, je dus m'en tenir à ce simple détail de mise en scène, dans lequel je reconnus l'observation et la main d'un habile.

Comme comédien, Fechter était aussi très-goute- Lorsqu'il aborda les grands rôles du répertoire classique, dans la langue de Shakespeare, il y ^^'

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quelques réserves. On n'oubliait pas que Fechter était une de nos célébrités parisiennes, et il répugnait aux Anglais de le trouver, je ne dirai pas meilleur, mais aussi bon que leurs comédiens nationaux.

Je retrouve dans mes notes le nom de Fechter à côté de celui d'un M. Pepper se disant professeur i'optique. Ce Pepper donnait, il y a quelques anlies, des soirées à Philotechnic, de Tautre côté iu détroit; le drame qu'il avait fait faire servait à încadrer la scène scientifique où l'on voyait le spectre animé.

Une femme, assassinée par son mari, apparaîsait au meurtrier pendant son sommeil: les cheveux épars, les traits convulsés, glissant plutôt que narchant sur le tapis de la chambre à coucher, elle )arvenait auprès de l'assassin, qui se réveillait en ursaut, et contemplait sa victime avec terreur. Elle lésignait la blessure faite par le poignard, et indiluait les traînées de sang qui souillaient sa longue :obe blanche.

D'un bond, Thomme se levait : il était livide. D'abord il se croyait le jouet d'une ombre, d'un Fantôme, évoqués par ses remords. Mais c'était bien une ressuscitée qui le touchait de ses mains vengeresses; c'était une voix humaine qui lui criait : ^ Misérable ! misérable! »

Alors, devenant fou, il saisissait une épée, et

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la tournant contre l'apparition, il frappait à coups redoublés. On voyait distinctement la lame pénétrer dans la poitrine, et ressortir entre les épaules.

— Les spectateurs étaient terrifiés.

La femme poussait des éclats de rire, puis elle disparaissait lentement.

Desrieuxet Fechter assistaientàla représentation. Ils furent extrêmement surpris. Fechter réfléchissait. — Le lendemain, ils revinrent tous les deux^ Fechter laissa Desrieux dans la salle, et passa sur la scène, où cependant Ion n'admettait personne. « Curieux ! lui dit Pepper en lui serrant la main. — Dites-moi ce que c'est? demanda Fechter, avec câlinerie. — Cherchez, répondit le professeur, mais je vous défends d'approcher de la première coulisse.

— C'est convenu. »

Au bout d'un moment, Fechter touche légèrement l'épaule de son confrère.

— Une grande glace sans tain, n'est-ce pas?

— Comment savez-vous? Elle est invisible!

— Aussi ne l'ai-je point vue. Je l'ai devinée .

— Comment?

— C'est bien simple. Voyez-vous cette boulette de mie de pain. J'en avais une semblable avec laquelle j'ai visé ce brave musicien qui est à l'orchestre et qui joue de la clarinette. Je suis adroit; je manque rarement le but. J'ai lancé ma boulette; eh bien, non-seulement je n'ai pas attrapé le musi-

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cîen, mais la boulette est revenue sur elle-même... ^t tenez elle est tombée au pied du lit de Tassassin. Regardez.

— Ah ! dear felloîv! vous méritez de connaître entièrement mon secret ; suivez-moi dans le premier dessous, et donnez-moi votre parole de ne tien dire!

— Je le jure.

Pendant ce temps-là, Desrieux, de plus en plus ^^îsi, se promettait de recommander chaudement le ^rvic à son directeur de Paris. A cet effet, il télégraphia le soir même : deux jours après, le marché ^tait conclu, Pepper gagna i5,ooo fr. et le Châtelet ^Ut pour sa part, grâce au truc du spectre, le bénéfice d'une importante attraction dans \q Secret de '^^ziss Aurore.

•De Londres, Fechter passa en Amérique, où il ^st encore, paraît-il. De son odyssée là-bas, je ne ^siis que ce que tout le monde a pu, cgmme moi, Connaître par la voie des journaux...

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