ROUVIÈRE
Rouvière fut le créateur fantaisiste.de VHamlel de MM. Dumas et Paul Meurice.
Dans sa jeunesse, Rouvière fit en Amérique un
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assez long séjour pendant lequel il eut occasion d'assister aux représentations données par la Frezzolini. Il resta sous le charme de la personne et du talent de l'admirable cantatrice. Après de longues années écoulées, et sans l'avoir jamais revue, il parlait d'elle à toute occasion et avec le plus grand enthousiasme.
De son côté, il avait parcouru, non sans quelque gloire, la carrière du théâtre. Il ne s'était pas enrichi, loin de là. De plus, il avait épuisé ses forces à de durs travaux. Un jour il tomba gravement malade, et sa misère devint telle que les frères Lyonnet, ces artistes de talent et de cœur, que l'on est toujours assuré de rencontrer partout où il y ^ quelque service à rendre, prirent le parti d'organiser à son profit, dans leur salon, une représentation, afin de pourvoir au plus pressé.
Les a étoiles » auxquelles les frères Lyonnetsadressèrent, répondirent avec empressement à leur appel. Ainsi, Bressant, qui n'avait point de pièce à jouer, s'offrit en qualité de chanteur. — Bressant chantait d'une façon ravissante. — Ainsi encore, Samson, qui ne cachait point son peu de goût poii^ le talent inégal de Rouvièré, déclara qu'il était entièrement au service de l'artiste besoigneux ^^ malade.
Ce qu'il y eut de plus extraordinaire et de pl^^ intéressant, c'est que Gounod, virtuose exception-
riel, consentit à chanter pour la première et unique fois en public! Le programme annonçait trois airs composés et chantés par lui ! quel événement î îuelle attraction I
Il ne manquait que le nom d'une illustration fé- •^înine. On pensa à la Frez^olini, en ce moment à ^aris. — On courut lui parler de Rouvière : elle ne, * connaissait point, ou à peine, et de nom seulement. Incertaine, elle ne refusait ni n'acceptait. On ^tra alors dans des détails intimes sur la détresse U bénéficiaire, elle n'hésita plus.
Le bénéfice eut lieu ; le succès fut colossal et la =cette dépassa toutes les espérances.
Lorsque les frères Lyonnet rendirent compte à ouvière et de ce résultat et de l'effet produit par
représentation ; lorsqu'ils lui nommèrent les cébrités qui avaient sympathiquement donné leur ►ncours, il fut profondément ému, et demanda en 'âc^que Ton voulût bien aller porter chez chacune elles ses vifs remercîments.
On avait gardé, en dernier, le nom de laFrezzoli. En entendant ce nom, Rouvière devint pâle : s yeux, déjà agrandis par la fièvre, s'ouvrirent îmesurément. Il n'avait plus conscience de la îuation présente : il revoyait l'Amérique et les îUes représentations dont la Frezzolini était l'atait tout-puissant. Il sortit de cette extase et demanda, en rougissant un peu, que l'on se rendît
re
chez la diva, afin de la prier de vouloir bien venii ^^^"^ recevoir elle-même les remercîments du malade.
La bonne et loyale artiste s'empressa de souscrira à ce vœu.
Elle se rendit au numéro 36 de la rue de Bondy oQ Rouvière demeurait. En jetant un rapide regar sur la chambre délabrée et sur le grabat du pauvr comédien, elle sentit ses yeux se mouiller de larmes ^^ =s. Bien vite, elle se rendit maîtresse d'elle-même, afin:»: ^n de ne pas inquiéter le malade.
— Monsieur Rouvière, dit-elle, en donnant à s^ ^^sa voix une inflexion dépourvue de tristesse, vous -^^s avez désiré ma visite. Je pouvais d'autant moins -^^s hésiter à la faire que vous êtes depuis longtemps ^^ s, m'a-t-ondit, un ami pour moi,
— Dites un admirateur enthousiaste ! s'écri Rouvière.
Il se calma, et reprit : — Madame, lorsque j'ai ei le bonheur de vous voir et de vous entendre, e Amérique... autrefois... j'étais bien jeune et bie obscur, et cependant quelque chose me disait qu je vous retrouverais un jour... Vous voilà, en effe madame. C'est vous ! c'est bien vous ! toujou belle et toujours artiste admirable !... Mais je n* vais point prévu que les premières paroles ent nous seraient en même temps les dernières, qu'elles s'échangeraient à mon lit de mort I...
Uun Homme de Théâtre, 211