‹ Historiettes et souvenirs d'un homme de théâtreChapitre 49 sur 65 · LES THEATRES FORAINS · texte numérisé non relu

LES THEATRES FORAINS

Dernièrement j'ai fait la rencontre d'un de mes anciens pensionnaires -du Châtelet;^ujourd'hui il est-enrôlé dans les troupes nomades qui desservent les charnps de foire.

Je le priai de me donner quelques renseignements sur ce genre d'exploitation. Il se mit à ma dispôsi-

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^lon avec une ^onne grâce parfaite. Pour suivre ^*Ordre hiérarchique je commençai par la question ies directeurs. « Sont-ils enfants de la balle? » deriiandai-je.

— Généralement, non. Comment voulez-vous lue, nous autres, nous fassions les premiers frais ie nos baraques ? Elles comportent un matériel >lus coûteux qu'on ne pourrait croire. Chacune a me ou plusieurs voitures pour transporter, d'une ''îlle à l'autre, les artistes de la troupe et divers iccessoires de service Journalier.

— Mais ce ne sont que des chariots peu compli- ^ués.

— Erreur, monsieur, très-compliqués au contraire. Dans ces voitures, il y a : cuisine avec Fourneaux à gaz, salle à manger, chambre à coucher, sans compter les armoires, eic, etc.

— Un appartement complet !

— Juste. — Savez- vous comment nous appelons ces voitures ?... des cavanes.

— Pourquoi cavanes ?

— C'est par corruption de : caravanes.

— Ah ! bien. — Vos directeurs font-ils de bonnes affairas? r

— Oui, monsieur. Il y a beaucoup moins de chances aléatoires que dans les théâtres. D'abord le loyer est nul ou presque nul. Et puis, nous n'allons q.ue là où il y a la foule, tandis que les

directeurs sédentaires sont obligés de l'appeler.

— Quelle peut être l'importance de vos recettes?

— Devinez.

— Mais, sept ou huit cents francs, dans vos grandes baraques.

— Vous n'y êtes pas. On fait jusqu'à trois mille cinq cents francs.

— Par jour?

— Oui, par jour, la nuit comprise. Dame '.depuis l'après-midi jusqu'aux. environs de minuit, nous donnons parfois quinze représentations! Les théâtres de Paris n'en sont pas encore là ; ils y viendront.

— Dites-moi, avec leurs quinze représentations par jour, vos artistes doivent être sur les dents, et si on continue à ne leur donner que 20 ou 25 francs par semaine...

— Oh! monsieur, c'était bon autrefois! Maintenant nous avons des 200, des 3oo et jusqu'à des 35oirancs par mois ! Cest devenu une carrière!

— Pardon; je croyais...

— Ajoutez que le directeur fournit les costumes, le blanc, le rouge et jusqu'aux cheveux de ces dames.

— Oh ! vous m'en direz tant!

— Par exemple, il y a un envers à ce beau côté de la médaille. Je vous avouerai tout avec franchise. D*abord, on travaille un mois pour rien à titre

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d'essai. Ensuite on est tenu dç paraître en costume, sur Testrâde. Enfin, il est interdit, dans les grandes baraques, de se montrer costumé chez le marchand de vins. Cest très-gênant, quand on meurt de fefen ou de soif, parce qu'on n'a guère le temps de se mettre en bourgeois pour aller manger un morceau ou boire un coup.

— Oui, voilà qui est pénible.

— Api^s cela, nous avons des directeurs plus arrangeants les uns que les autres. Il s'en trouve, et le mien est de ceux-là, qui ont de l'éducation et de la délicatesse, et qui font mettre dans la coulisse un petit fût d'eau-de-vie, où les acteurs et les actrices oni le droit de venir de temps en temps reprendre des forces. Naturellement on s'observe, on est discret, par la raison qu'une attention en vaut une autre.

— Assurément : mais, entre nous, il doit y avoir par-ci par-là quelques abus... légers?

— Bien rarement, et c'est quelquefois sans malice. A^nsi, un jour, nous donnions Jeanne d'Arc. Celle qui faisait la .demoiselle d'Orléans et qui d'habitude ne prenait- jamais rien, se laissa persuader qu'une petite visite au baril lui ferait du bien. Elle n'en pouvait plus, car dans le rôle il faut taper dur sur l'Anglais. Elle va donc du côté de l'alcool. Ça lui fait un effet tel qu'elle ne pouvait plus se tenir sur ses jambes... Ah! monsieur! comme les spectateurs ont ri et applaudi !

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— Cela ne m'étomie pas; des connai^eurs!.^ Mais comment faites-vous pour donner un si grand nombre de représentations en quelques heures?

— Rien de plus simple. Nous supprimons le dialogue. A quoi sert-il puisque ce qu'il contient peut se résumer en dix lignes I Avec nous^ la Tour de Nesle dure vingt minutes; le Bossu, une demi-heure : nos auteurs particuliers connaissent nos besoins et ils s'y conforment.

— Ah! vous avez vos auteurs « particuliers?»

— Je crois bien : ils sont très comme il faut; il y a, entre autres, un fonctionnaire de Tadministration des omnibus qui nous trousse un drame en un rien de temps. Et du talent, monsieur, beaucoup de talent ! Il se nomme Menadet sur Taffiche, et il cache ainsi son nom véritable qui est Demanet... Mais pardon; le plaisir de causer avec vous me fait oublier mon service. J'ai un rôle à jouer, et avant de m*habiller, il faut que j'aille replacer récriteau de la salle.

• — Quel écriteau?

— Celui oU se trouve un avis important par cette période d'averses : « Il est défendu de fumer, mais il est permis d'ouvrir son parapluie. »

— Puis-je vous accompagner ?

— Mais certainement, monsieur. Chemin fai- .sant je vous raconterai deux farces qui viennent d'arriver parmi nous... Dans une troupe où ladirec-

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trice prépare la nourriture pour tout son personnel, on se plaignait qu'elle ne mettait jamais de lard dans la soupe aux choux. Sensible a ce reproche, elle réunit la troupe autour de la marmite, et fait voir un énorme morceau de lard qu'elle dépose, aux yeux de tous, dans ladite marmite. Il fallait se reiîSre à Tévidence. Mais admirez la rouerie I La* marmite servait aux tours de physique : elle avait un doublerifond!... le lard y restait emmagasiné au profit exclusif de la direction.

-» Ah! Ah!...

— Nous avons aussi l'aventure d'un Jeune premier de ma connaissance. Le directeur était parti en avant, avec ses artistes, dans trois « cavanes. » La di4|trice suivait avec âi)e voiture renfermant des bêtes, et le jeune premier, un très-beau garçon. Par méprise, la cavane de la directrice a fait fausse route, à ce point qu'elle n'a rejoint le directeur que le surlendemain... Mais nous voici arrivés; je termine. Vous voyez bien cette petite baraque de triste mine, là-bas?... Hier, les pauvres diables qui sont là dedans jouaient une pièce oii deux acteurs n'ont qu'une culotte pour eux deux. Quand

l'un sort de scène par le côté droit, il lance, à travers les frises, la culotte à son camarade resté du côté gauche. La pièce est arrangée de façon que les deux personnages ne soient jamais ensemble sur le théâtre.

Le petit manège marche bien, trois fois de suite. A la quatrième, la culotte reste accrochée dans les frises. Le public s'en aperçoit. Il se dçnande quelle est cette étoile nouvelle. Un indiscret aébine le truc du costume. De procfiè en proche, l'explication se communique dans la salle qui était comble. IC'est comme une traînée de rires. Tout à coup éclate une explosion de cris redemandant les deux acteurs à la culotte. « Qu'As paraissent tous les deux ensemble! ensemble!» Vous pensez bien qu'ils ne se sont pas montrés t... Mais, mon Dfeu! comme on a ri !

EMPLOI DES ANIMAUX AU THEATRE. — LES ANIMAUX FACTICES. — UN DRAME DE SINGES.

A toutes les époques, les bétes ont joué un rôle important sur les scènes théâtrales. Sans remonter aux cirques grecs et romains, et à ne parler que des temps modernes, le théâtre a employé une notable partie des animaux de la création.

Il a exhibé, tourà tour, des serins costumés en artilleurs, faisant Texercice et tirant des coups de canon ; des oies, des dindons, entre autres celui dts Petites Danaïdes, le pigeon deLatude, ÏQperroquet de Déjazet, des cerfs, des biches et jusqu'à une

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tortue prêtée par Théodore Cogniard, pour je ne sais quel mélodrame.

Précédemment, nous avions eii le Singe voleur, ou Jocrisse victime^ de Désaugiers, parodie de la Pie voleuse, jouée aux Variétés, où un singe fortbien dressé jouait le principal rôle. — La pièce et le singe firent beaucoup d'argent.

Rappelons encore les Corbeaux accusateurs^ ou la Forêt de Cercottes, mélodrame de Caigniez, joué à la Porte-Saint-Martin, en 1816. Au moment du crime une troupe de corbeaux traversait la forêt. Les corbeaux déterminèrent le succès du drame.

Les animaux le plus communément mis en scène se classent dans des emplois très-distincts. Ce sont ou ceux de traîtres, ou ceux de. sauveurs, ou ceux de comiques, ou simplement ceux de figurants.

Aux traîtres appartient la Pie voleuse. Quel type de scélératesse! Il n'existe pas de troisième rôle plus chargé d'iniquités que cette pie coupable î — Troisièmes rôles encore, les tigres, les lions, les serpents, dont on voit chaque jour les hauts faits sur nos scènes; je les trouve moins antipathiques que la Pie, car enfin leur férocité et leur force redoutable servent généralement à faire ressortir la supériorité de l'homme, ce qui est flatteur et encourageant pour les spectateurs.

Aux troisièmes rôles, opposons la catégorie des

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animaux sauveurs. Ici. le chien est chef de l'emploi; il ne saurait en avoir d'autre. Essayez de lui donner un rôle de traître, il le refusera; n'insistez pas, il romprait son engagement. Aussi, quelle légende de générosité, de dévouement, d'intelligence tournée au bien et à la vertu ! Citons en abrégeant : le Chien de MontargiSy le Chien du régiment, les Chiens du mont Saint-Bernard^ le Chien des Cosaques, etc.

L'emploi comique est dévolu aux singes et aux ours. Une fois, .par exception, et bien malgré elle, une collection de chats fut introduite dans cet emploi. — Un directeur du moyen âge imagina de faire construire un orgue, non pas composé de tuyaux comme les autres, mais d'une vingtaine de chats, enfermés séparément dans des caisses étroites où ils ne pouvaient remuer.

Leurs queues sortaient par en îiaut et étaient attachées à des cordes correspondant au clavier de l'orgue. A mesure que l'ours, comique principal, laissait tomber ses pattes sur les touches, il levait les cordes et tirait les queues des chats pour les faire miauler, ce qui composait des accords particuliers. Après les comiques, viennent les animaux comparses. Ici, établissons une distinction entre ces derniers et leurs collègues à figure humaine. Les bêtes font toujours preuve d'intelligence; les autres cachent trop souvent la leur.

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Sous le rapport intellectuel, l'éléphant mérite une classification spéciale ; cependant on ne peut point le p||pbr, au théâtre, parmi les grands premiers rôles. Il est trop gros. Il reste en tête de la figuration qui comprend bien.

Sur la scène, le cheval n'est qu'un bellâtre. Il est Il bon pour la pose, pour le premier aspect. Il entre et il sort au petit galop ; voilà son lot. On le surfait donc, quand on lui confie un premier rôle, témoin le Cheval-Fantôme, On cite une exception : le Cheval du Diable, drame de feu Sayjt-Hilaire.

Le cheval, au théâtre, n'est donc, le plus souvent, qu'un beau figurant, lorsqu'on le montre isolé. Si on le fait manoeuvrer en nombre, alors la masse produit des effets grandioses et imposants. Une charge de cavalerie, sur le plancher d'une vaste scène, a toujours fourni un spectade su-perbe.

Le chameau appartient à la figuration -asiatique. Les Massacres de Sy^îe m'ont laissé, de ce doux et mélancolique animal, un souvenir affectueux. On en avait acheté cinq dans les montagnes de l'Atlas. Ils étaient très-beaux chez eux. La traversée, le mal de mer, le trajet en chemin de fer de Marseille à . Paris, les endommagèrent considérablement. Jamais ils ne se sont bien remis, malgré les soins dont on les entoura. On poussait la prévenance jusqu'à ne les faire entrer en scène, aux répétitions, que

lorsqu'on avait mis en place le décor représentant des montagnes semblables à celles de leur pays.

Avant de faire l'acquisition de ces pauvres bêtes arabes, on avait songé à emprunter les chameaux du Jardin des Plantes. Mais on se rappela que précédemment, et en dépit d'une autorisation dutni' nistre de l'intérieur, les chameaux avaient s^^ ' refusés au directeur de l'Opéra pour la mise ^^ scène de Jérusalem. Le motif du refus était celi^^' ci : « Des animaux consacrés à la science ne p^^

valent, sans déroger, monter sur les planches d'' ^ théâtre, et servir â des plaisirs mondains !... »

Les rennes prêtés par le Jardin d'acclimatatio aux Exilés de la Porte-Saint-Martin, ont contribi — ^ au plaisir du public et n'ont point dérogé.

L'usage du cheval factice est très-pratiqué dat^^ les villes de deuxième ordre, à cause des embarr que de véritables chevaux occasionneraient à la à\^^ rection.

Dans la Caravane du Caire^ il y avait deux em-^ ^ plois bien distincts : les jambes de devant et le jambes de derriètiç du chameau. — L'honneur d faire les jambes oe devant revenait de droit à l'ar tiste le plus ancien.

En i835, à Bruxelles, au Théâtre ^Nationa (dont le directeur était Belfort-Devaux, très-re nommé pour la composition de ses affiches), on jouait un mélodrame de circonstance intitulé :

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-Fieschi^ ou la'^Machine infernale, Belfort-Devaux

remplissait le rôle de Louis-Philippe. Pour l'acte

de la revue, il fallait un cheval au roi. Vainement

on avait essayé de hisser un vrai cheval sur le

théâtre, il fallut y renoncer. — On fit faire le cheval

par le souffleur et le machiniste, à Taide du pro-

cédéemployé pour les chameaux: à l'un les jambes

de devant, à l'autre celles de derrière.

Le jour de la première représentation arrivé, la salle était comble. On comptait énormément sur l'acte de la revue. — Les tambours battent aux champs, Louis-Philippe, à cheval^ paraît au milieu de son éX2iX'mdi]ov à pied ; il s'avance fièrement; la machine Fieschi éclate... Belfort-Devaux, qui se disposait à affronter vaillamment le danger, debout sur son cheval^ se trouve tout à coup par terre, les jambes en l'air. Le souffleur et le machiniste, qui avaient à se plaindre de leur directeur, avaient comploté ce coup de théâtre inattendu.

Le clown Mazurier faisait pleurer lorsqu'il jouait la scène de la mort de Jocko,

Frederick Lemaîtrç débuta au théâtre des Varietés amusantes par un rôle de lion, dans Pyrame et Thisbé, Se représente-t-on Ruy-Blas marchant à quatre pattes?

Dans les Deux Chasseurs et la Laitière^ par An- . seaume (au Théâtre-Italien), c'était un des comiques de la troupe qui remplissait le rôle de Vours,

•\ Dernièrement, chez un montreur d'animaux^

s'est passé un curieux et intéressant petit drame

singes. — Les personnages étaient :

Un jeune et gentil petit singe, un amoureux s?^^ duisant tel que... Ne désignons personne;

Une guenon toute mignonne, mais, hélas ! ms lade de la poitrine, — une dame aux camélias;

Un assez gros singe, vilain, traître, — un M. d Montspreau, moins la bravoure ;

Enfin, un tout petit criqu«t de singe, rçmuan frétillant, ne restant jamais en place, riant avec de grimaces folles etconvulsives, — un comique amu sant comme... Ne désignons toujours pas.

La dame aux camélias, le Montsoreau et le criquer étaient déjà installés lorsqu'on amena le petii d'Artagnan. Il appartenait à une de nos bonnes co médiennes qui aime passionnément les bétes. A 1 suite d'une discussioa survenue entre une perruc préférée et son singe, elle condamna celui-ci à un exil momentané. La perruche avait cependant tous les torts.

On mit au petit singe son beau paletot des dimanches ; on lui paya une voiture et on l'introduisit dans la grande cage de la gent simienne.

Grand bruit — à l'intérieur — de la part des habitants, lorsqu'ils aperçurent le nouveau venu. Il s'était craintivement blotti dans un coin : son paetQt les intriguait et, sans aucun doute, ils

méprisaient cet accoutrement. Le petit singe semblait un novice timide, soigneusement habillé par sa maman, et que l'on a subitement lancé dans une récréation d'écoliers turbulents et aux vêtements désordonnés.

Cependant, les anciens ne montraient aucun mauvais vouloir au nouveau. Après avoir un peu viré en sa présence, ils retournèrent à leurs jeux, à leurs lutineries^ à leurs gourmandises.

Il ne restait que le gros singe : dépouillé, dépenaillé, charnu, il montrait çà et là des plaques rouges sur sa peau. Le petit singe lui déplaisait certainement. Il le regardait avec méchanceté. Le petit détournait les yeux et n'osait les arrêter sur ce gros gêneur.

Le Montsoreau s'était assis pour méduser d'Artagnan. Convaincu que la chose avait lieu, il s'ap. proche et se met pour ainsi dire nez à nez contre l'ennemi. Celui-ci cherche à fuir; aussitôt le gros singe allonge une patte, accroche la jaquette de drap fin, la déchire, et enlève un lambeau d'étoffe qu'il emporte prestement.

Le petit singé était ahuri I on ne l'avait pas accoutumé à ces brutales façons d'agir. Tandis qu'il rassemble ses esprits, il entend à ses côtés un rire strident et moqueur. Il se retourne et aperçoit le criquet se trémoussant comme un épilepiique.

D'Artagnan se dispose à tirer satisfaction, au

moins de cette insulte, mais son attention est détournée par des cris venant d'une autre extrémité de la cage. Le Montsoreau se livrait à des voies de fait sur un gentil petit singe qui se plaignait. Quel était son crime? Il avait osé se permettre de convoiter le morceau d'étoffe ! C'était hardi, mais il y avait une circonstance atténuante : le gentil singe était une guenon, et, en outre, l'épouse du Montsoreau.

A cause de cela, et conformément aux mœurs du jour, cet indigne trépignait la pauvresse.

D'un coup d'œil, d'Artagnan saisit la situation, sans compter que son flaiç..de jeune amoureux lui avait révélé une personne du sexe. Il bondit, il se précipite sur le gros singe, il l'égratigne, il le mord. Ses yeux brillent de courage, d'audace. Il ne.Iaisse pas à son adversaire le temps de répliquer.

Ce choc impétueux remplit Montsoreau d'épouvante. Il cède la place en abandonnant et Tétoffe et la guenon. Celle-ci n'avait point bougé pendant le combat, mais après la victoire du jeune singe, elle se rapproche de lui. Ils se comprennent, et ils s'en vont, côte à côte, dans un angle propice aux confidences. ^Sur le chemin, ils rencontrent le criquet, qui les accueille avec des rires et des grimaces sympathiques. Quant à Montsoreau, il avait pris philosophiquement son parti; il était en quête d'une autre épouse.

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Deux semaines s'écoulèrent. Rien n'avait troublé les félicités du nouveau ménage, dont le criquet était devenu le joyeux compagnon. Pendant ce temps, la maladie de la petite dame aiftc camélias faisait des progrès ^crets. Un jour, le guenon se. niet à tousser plus fort que de coutume. Puis, le dépérissement s'accentue d'heure en heure : enfin, elle meurt... Le petit singe la tenait dans ses bras et ne voulait point la quitter. Il refusait toute nourriture, si bien qu'if ne tarda pa* à périr aussi.

Le criquet restait comme paralysé devant ses pauvres amis... Il avait cessé de rire.

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