PETITES MISERES DU PUBLIC AU THEATRE
Je, devrais dire les grandes misères, car je n'en connais pas de plus insupportables que celles-ci par exemple :
Etre dérangé et foulé par des messieurs et des dames en retard qui entrent et passent dans les rangs serrés de l'orchestre ou du balcon, après qu'un acte est commencé ; — ce qui ne devrait pas être permis ;
Mais, surtout, se trouver pressé et piétiné dans ces mêmes rangs de balcon ou d'orchestre, à cause de leur resserrement extrême.
Je mi bornerai, pour le moment, à batailler contre ce dernier abus.
Le peu d'espace laissé, dans certains théâtres, entre les rangs des fauteuils d'orchestre, de balcon, etc., etc., augmente les places au profit de la caisse du théâtre, et au grand détriment des spectateurs. C'est une infraction aux règlements de police, qui prescrivent des distances, invariablement inob-* servées; c'est un oubli des bienséances, et une torture infligée aux titulaires'des fauteuils.
Lorsque leurs rangs sont déjà garnis, la circulation devient, en effet, un supplice, tant pour le spectateur qui passe, que pour celui devant qui, sur qui et autour'de qui 1 on passe.
S'agit-il d'une, femme, ce travail de circj^lation est si pénible pour elle, qu'il a généralement pour résultat de l'embarrasser jusqu'à la faire rougir Elle ne peut gagner sa place qu'à l'aide de croisements, d'entrelacements, et en quelque sorte de massages passifs de part et d'autre... Est-il quelque chose de plus intolérable, même pour le monsieur qui fait obstacle ?
Ceci se reproduit à chaque entr'acte. Beaucoup de dames, voulant éviter de se donner en spectacle, Vimposent l'obligation d'un séjour continu à leurs places, durant toute la soirée. Elles n'en sont pas moins obligées de subir le passage de messieurs ayant constamment besoin d'aller prendre l'air.
D*un Homme de Théâtre. 277
Quand une représentation comptecinqentr*actes, ^ est rare qu*à partir du troisième, les personnes ^*un même rang de fauteuils ^l'établissent pas ntre elles un colloque régulier pour se faire des Xcuses en raison de la gêne qu'elles se causent Mutuellement.
A chaque première, on entend les mêmes per- :>nnes formulet les mêmes plaintes.
Elles protestent contre le directeur du théâtre ; les blâment l'administration supérieure « qui âvraîi réformef'de tels abus, et s'apercevoir qu'ils >nt absolument contraires, non-seulement au ien-être général, mais même aux convenances, X... » Bref, la soirée n'est qu'un cri de réprobation.
La représentation terminée, la mauvaise humeur lit un autre cours. Elle s'en prend aux difficultés î la sortie, à travers des couloirs trop étroits, oii S flots pressés du public sont refoulés ou immoilisés par les courants contraires de personnes isiégeant les vestiaires, à l'effet de reconquérir ùrs vêtements de dessus, leurs .cannes et paraluies.
Et puis, lorsqu'enfin on se trouve à l'air libre, le lécontentement s'évapore, l'on ne pense plus à ,
ces misères » dont on vient d'enrager pendant uatre heures consécutives, et que l'on subira cerûnement, sans amélioration aucune, à la prochaine ccasion.
ayS Historiettes et Souvenirs
Un mot encore avant de terminer ce chapitre.
Certains théâtres devraient bien renoncer à l'usage économique, adopté par eux, de baisser li rampe et parfois le lustre au moment de chaque entr'acte.
Lorsque le rideau est baissé le spectacle se trouve dans la salle; or il est difficile de distinguer nstiement quelqu'un aux loges ou aux balcons lorsque, pour épargner le gaz, on a fait partout une sortede nuit. Le contraire serait plus logique.
On comprendrait mieuxjçn effet, un demi-jour dans la salle, lorsque le rideau est levé et que la scène, éclairée, attire les regards; et un jour brillant dans ladite salle pendant les entr'actes.