‹ Historiettes et souvenirs d'un homme de théâtreChapitre 51 sur 65 · VIEUX PAPIERS · texte numérisé non relu

VIEUX PAPIERS

HYMNE EN l'hONNEUR DES PAVÉS.

! ANS l'un de ces cartons se trouvent, I conservés depuis longtemps, ou plus ] récemment placés, divers papiers qiie je relève à titre de souvenirs intéressants ou de curiosités littéraires. D'abord, sous la signature de M, Philippe Eugène, un « hymne en l'hoifneur des pavés. » Cela a été composé au lendemain d'une émeute. De l'esprit sans trop de fiel poliiit^ue, et un tour plus rieur encore que révolutionnaire :

•iSo Historiettes et Souvenirs

Ce sont des amis éprouvés, Crions tous : Vivent les pavés !

Loin d*étre dans les rétrogrades, Les pavés, sans distinction (C'est prouvé par les barricades), Étaient de l'opposition. *

Chacun saisit sans interprète Leurs solides raisonnements; On ne peut que baisser la tête Devant de pareils arguments.^

Le ciel compense toute chose, Monsieur Azals Ta prouvé :

Or, le droit-ifanon, je suppose, A pour pendant le droit-pavé.

Et pourtant l'oublieuse foule Les traite avec indignité.

Et chaque jour aux pieds l'on foule Ces amis de la liberté.

Modestes après la victoire.

Ils n'ont pas, de force ou de gré, Voulu pour eux toute la gloire; Ils n'avaient pas délibéré.

Se sont-ils, sous le nouveau règne, Dans les antichambres pressés?

Beaucoup, sans qu*aucun d'eux s'en plaigne^ Ne sont pas encor replacés.

Ce sont des amis, etc.

D'ut^ffomme de Théâtre. 281

ALEXANDRp: DUMAS ^ CANDIDAT A LA REPRESENTATION iJçt NATIONALE.

Dans mes cartons, je trouve la profession de foi d'Alexandre Dumal, se portant candidat à la représentation nationale, en 1848, dans le département de Seine et-Oise.

On a souvent et beaucoup parlé de cette profession de^foi : ^'f la cite en entier parce qu'elle est noble, vaillante, libérale, pleine de prophéties incmes, et parc^.que, en la reproduisant, je crois rendre hommage à la mémoire de mon illustre maître et ami.

A ses concitoyens dtr département de Seine-et- ^ Oise, Alexandre Dumas.

Profession de foi du passé»

.11 y a des gens qui ne peuvent faire leur profession de foi que pour l'avenir.

J'ai le bonheur, moi, de pouvoir faire la mienne dans le passé.

Les divers fragments que l'on va lire ont été écrits à diverses époques, les uns il y a quinze ans, les autres il y a quinze jours.

On jugera s'ils émanent de la même conviction ; s'ils sont l'expression du même esprit; d'ailleurs, je cite les sources, on pourra vérifier.

iG.

Lorsque arriva la révolution de i83o, j'étais attaché à Tadmiriistration d^ M. le duc d'Orléans.

J'y étais entré comme fils dy^ général républicain, Alexandre Dumas. M. le duc d'Orléans, on se le rappelle, faisait à cette époque de l'opposition.

Je ne fus pas longtemps à m'apercevoir qu'entre les opinions patentes de M. le duc d'Orléans et entre les principes secrets de Sa Majesté Louis- Philippe il y avait un abîme.

En conséquence, voulant conserver toute, inon indépendance, je donnai ma démi'âion.

Voici cette démission. Je doute que, pendant ses dix-sept années de règne, Louis-Philippe en ait reçu de plus claires et de plus précises.

« II février iS3i '.

« Sire,

« J'ai eu l'honneur de demander, il y a trois semaines, une nouvelle audience à Votre Majesté. J'avais l'intention de lui offrir de vive voix ma démission, car je voulais lui expliquer comment, en faisant cela, je n'étais ni un ingrat, ni un capricieux.

a Sire, il y a longtemps que j'ai écrit et imprimé

I. Imprimé dans la préface de Napoléon, en i83i. Voir cette préface.

que chez moi l'homme 'littéraire n'était que la préface de rbsvnme politique.

% L'âge auquel je pourrai faire partie d'une chambre régénérée se rapproche pour moi. Et le jour oti je me présenterai, j'ai la presque certitude d'être nommé, Sire.

« Malheureusement le peuple, qui voit d'en bas et de loin, ne distingueras les intentions du roi des actes de ses ministres. ***

a Or, les actes de vos ministres sont arbitraires et liberticides.

« Parmi ces hommes qui vivent de Votre Majesté et qui lui disent tous les jours qu'ils l'admirent et qu'ils l'aiment, il n'en est peut-être pas un qui vous aime plus que je ne le fais. Seulement, ils le disent et ne le pensent pas ; moi, je ne le dis pas et je le pense.

« Mais, Sire, le dévouement aux principes passe ayant le dévouement aux hommes.

« Je supplie donc Votre Majesté d'accepter ma démission.

a J'ai l'honneur d'être avec respect, etc.

ce Alexandre Dumas. »

Depuis cette époque, je n'ai occupé aucune place — rempli aucun emploi — touché aucune pension.

Depuis cette époque, nul ne peut dire m'avôir vu

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aux réceptions royales des Tuileries. Une seule fois j'y suis entré depuis dix-sept aûs , c'était comme chef de batajUpn de la garde nationale de Saint- Germain, et/à la tête du corps d'officiers. > .

En i833, non-seulement mes opinions étaient les mêmes, mais mes convictions s'étaient affermies.

Voici ce que j^écrivais à cette époque :

« Mars 1 83 3 ».

« Relevons ici une grande erreur où les uns tombent par égarement, et que les autres accréditent par mauvaise foi. — 93 fut une Révolution, mais ne fut pas une République. Le mot avait été adopté en haine de la monarchie, et non pas en ressemblance de la chose. Le fer de la guillotine est fait en triangle ; c'est avec un triangle aussi qu'on symbo- * lise Dieu : qui osera dire cependant que les deux ne font qu'un?

a La réaction thermidorienne sauv/ la vie à ce reste d'aristocratie qui allait tomber sous la main de Robespierre ; la hache qui devait la tuer lui fit une blessure profonde, mais bon mortelle. Les Bourbons la retrouvèrent lorsqu'ils rentrèrent en France, en 1814; la vieille monarchie reconnut

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