‹ Historiettes et souvenirs d'un homme de théâtreChapitre 7 sur 65 · JOSEPH AUTRAN · texte numérisé non relu

JOSEPH AUTRAN

Il fut de cette brillante pléiade d'écrivains qui entourèrent le berceau du Théâtre- Historique.

Joseph Autran était hé à Marseille ; il vint à Pa-* ris, vers l'année 1847, chercher son baptême littéraire. Après l'avoir glorieusement obtenu, il re-^ tourna habiter sa ville natale; là il rêva, écrivit et: mourut (mars 1877).

D'un Homme de Théâtre. 4S

Un vrai poëte!... Doué du rhythme, du nombre, de rharmonie, il Justifiait cette observation de Théophile Gautier, que a les Athéniens de Marseille, habitant une ville dorée, entre le double azur du ciel et de la mer, ont, de naissance, la familiarité de l'antique. »

Joseph Autran possédait au suprême degrél'amour du grand et du beau, tel que les anciens, ses maîtres et ses modèles, le comprenaient et l'exprimaient. Sa Fille d* Eschyle, étude grecque, le fit bien voir, pour un coup d'essai.

Il avait communiqué cette œuvre à Alexandre Dumas fils dont il était l'ami. Alexandre présenta à son père l'auteur et la tragédie.

Dumas fut très-frappé de la grandeur et de la simplicité du sujet. A part les noms des personnages, tout était de l'invention du jeune poëte. *^oilà pour le fond. Quant à la forme, l'alexandrin ^^sical et la rime riche de la Fille d'Eschyle ^^^nt une grande impression sur Dumas, dont ^^pressionnabilité était si vive et le goût si dé-

'i sauta au cou du jeune homme, lui adressa des °*^^pliments chauds et sincères, s'empara du poëme . ^^rnatique en disant qu'il s'en chargeait. En effet, ^ *^^ destiiîait au Théâtre-Historique.

'ire la joie de Joseph Autran serait chose impos-

La Fille d'Eschyle fut distribuée aux artistes. J'ai sous les yeux une lettre de Dumas où se trouve cette phrase : « ... Cher ami, pressons les répétitions de mémoire de la pièce d'Autran. »

Les circonstances ayant mis obstacle à la continuation de ces études, Alexandre Dumas multiplia les démarches pour faire recevoir, et puis jouer à rOdéon, la Fille d'Eschyle. Elle obtint un succès formidable...

La représentation ne fut qu'un triomphe, non interrompu, poiir l'auteur, dont la surexcitation nerveuse était si grande que l'on craignait à chaque instant de le voir s'évanouir. Il résista jusqu'au dernier moment; mais lorsque, après le baisser final du rideau, il entendit son nom accueilli par un tonnerre d^applaudissements, il perdit connaissance et serait tombé sur le sol, si on ne l'avait soutenu.

Une salle enivrée d'une poésie sublime de générosité rappelait avec enthousiasme le jeune auteur. Après s'être fait attendre, il parut, plus mort que vif; son effarement durait encore que ses admirateurs étaient partis depuis longtemps.

Le lendemain, il goûtait avec plus de calme et avec un bonheur mieux senti les résultats d'une telle victoire. A peu près obscur la 'veille, il était célèbre aujourd'hui. C'était à qui lui ferait visite, ou lui écrirait pour le féliciter, le louanger, l'honorer.

Une dame du meilleur monde lui fit remettre, dans un petit coffret, le mouchoir brodé qui, la veille, lui avait servi à sécher les pleurs causés par les 'douleurs touchantes et par le sacrifice pieux de Méganire, la fille d*Eschyle.

Heureux et fier de cet hommage, gracieusemen

féminin, Autran écrivait : « Je regarde le

mouchoir humide de M"*® de *** comme la plus flatteuse preuve d'un succès qui a si fort dépassé mes espérances et mon mérite... »

Dans un sonnet qui resta longtemps inédit, Joseph Autran déclare n'avoir abordé la scène qu'une seule fois :

Je n'ai jamais couru la fortune des planches. On dit que le théâtre est le plus beau des arts; Je n'ai jamais aimé ce jeu, plein de hasards, Où les efforts trompés demandent des revanches,

Thalie a beau chanter et rire aux boulevards, Je résiste à l'éclat de ses belles dents blanches. Et, dans les flots de sang versés par les poignards. Je laisse Melpomène ensanglanter ses manches.

Une fois cependant, une seule, voilà

Bien longtemps, j'abordai bravement le théâtre.

Ce fut un grand succès dont tout Paris parla.

Je vis ce qu'on appelle une foule idolâtre;

£lle battit des mains, elle me rappela;

Mais en homme prudent, je m'en suis tenu là.

Il est très-vrai que Joseph Autran ne fit jouer qu'une pièce; mais il en composa deux. Eschyle

fut la première; la seconde est une comédie en un acte intitulée : les Noces de Thétis.Jc la mentionne pour mémoire, sans lui attacher plus d'importance que l'auteur n'en voulait lui-même accorder à cette fantaisie. Elle est écrite avec la fluidité, avec la correction, enfin avec la sérénité poétique qui caractérisent le talent de Joseph Autran, même dans ses manifestations les plus familières.

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