‹ Historiettes (volume 2)Chapitre 500 sur 522 · VIII. (l · texte numérisé non relu

VIII. (l

50 NOTICIÎ

que Henry IV, h rapproche des ennemis, éprouvoit toujours une certaine émotion, il est d'accord avec Bassompierre qui, après avoir parlé de l'admirable sang-froid que Louis Xlll montra en 1622, au siège de Royan, ajoute : « Je diray, sans flatterie ni adulation, que je » n'ay jamais vu un homme, non un roy, qui y fût » plus assuré que luy. Le feu roy, son père, qui étoit en » Vestime que chacun sait, ne témoignoit pas une pa- » reille assurance \ » Des Réaux dit encore que Henry IV n'étoit ni trop libéral ni trop reconnoissant. Sans parler des mémoires de Jacques Sobieski, qui iroit jusqu à dire que Henry IV étoit possédé par l'avarice'', les monuments du temps s'accordent en ce point avec des Réaux; ainsi le poète la Mesnardiere a fait une pièce badine sur Michelette, petite vieille, qui avoit à la cour d'Anne d'Autriche une singulière charge; elle éioii gouvernante de la guenon et des chiens de la chambre du Roi. Le poëte suppose que cette bizarre créature avoit vécu dès le temps de Louis XI, et il lui fait dicter un testament facétieux, par lequel elle dispose d'objets qui ont appartenu à Louis XI, à Louis XII, à la reine Anne de Bretagne , à Catherine de Medicis, à Henry III ; puis, arrivant au règne de Henry le Grand, la testatrice continue ainsi :

Henry Quatre donnoit bien peu ; Toutefois en sortant du jeu, Après une assez grosse perte,

* Collection Petitot. 2« série, t. xx, 396.

* Pologne illustrée, 1839. Voyez le feuilleton du Journal du Commei'ce du 22 août 1839.

SUR TALLEMAM' DKS RÉAUX. 51

11 me jela sa bourse vcrle.

Et l'œil gauche il m'en clîlcura.

Qui depuis lousjours en pleurai

Nous rapporterons encore nne preuve bien plus forte de Texcessive économie de Henry IV. Il alloit partir pour le Limousin, et Malherbe venoit de lui présenter les belles stances qui commencent par ce vers :

O Dieu ! dont les bontez de nos larmes touchées, etc. ».

Le Roi, voulant récompenser son poëte, ordonna au duc de Bellegarde de lui donner sa maison jusqu'à ce qu'il eût fait mettre Malherbe sur l'état de ses pensionnaires. C'éloit en 1605. Bellegarde donna à Malherbe sa table, un cheval et mille livres d'appointements; et ce provisoire dura tant que le Roi vécut. Une pension fut enfin accordée à Malherbe par la reine régente, après la mort, de Henry IV^ Des Réaux traite cela de lésinej, et il n'a pas tout à fait tort. Seulement cette économie outrée s'explique par la position gênée dans laquelle Henry IV s'étoit trouvé avant de parvenir au trône et durant les premières années de son règne. Elle ne l'a pas empêché de faire de grandes choses, d'élever la galerie du Louvre, et de fonder en France d'admirables industries, sources d'immenses richesses.

Faut-il parler ici d'un autre grief? Tallemant fait

^ Poésies de la Mesnardièi-e, 1656, in-4", p. 81.

* Œuvres de Malherbe. Édition Barbou, 1765, in-S», p. 65.

3 Vie de Malherbe, par Racan ; à la suiie de Divers traités de morale et d'éloquence. Paris, 1672, in-12, p. 5; et Historiette de Malherbe, dans des Réaux.

dire h Ifenry IV qu'il avoit été naturellement porté au vol, et que, s'il n'eût été roi, il auroit bien pu être pendu. Nous somnries loin de prétendre qu'on puisse justifier une pareille allégation ; mais enfin cette singulière distraction^ dont le Roi se seroit accusé luimême, est-elle sans exemple ! Un des plus célèbres bibliophiles du dix-huitième siècle n'avoit-il pas la même manie ^? N'est-il pas arrivé maintes fois que son valet de chambre reportât le lendemain aux divers marchands les bijoux qu'il trouvoit dans les poches de son maître sans que celui-ci les eût achetés? Mais c'est surtout à l'égard du duc de Sully que des Réaux montre de la prévention. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans une discussion qui demanderoit de longs développements ; nous sommes loin de partager les sentiments de des Réaux à l'égard du grand ministre de Henry IV ; on ne peut cependant pas se dissimuler que l'administration de Sully nous est principalement connue par les OEconomies royales,, composées par des secrétaires à ses gages. Des Réaux dit lui-même^ qu'en écrivant l'Historiette de Sully il avoit sous les yeux un manuscrit de Marbault, secrétaire de du Plessis Mornay , dans lequel se trou voient réfutées une foule d'assertions des OEconomies royales. Les Remarques de Marbault viennent d'être publiées. Chacun pourra vérifier le récit de des Réaux dans la source même où il a puisé ^

1 On Ta souvent raconté du duc de la Valliere.

2 Note sur V Historiette de Sully.

3 Remarques sur les Mémoires de Sully, par Marbault, dans la nouvelle collection desMémoires publiée par MM. Midiaud et Poujoulat, 2^ série, t. ir.

SLU lALLK.MAM DES llÉALX. 53

Une remarque très-judicieuse a été faite par notre honorable confrère, M. Paulin Paris, aujourd'hui notre collaborateur '. 11 pense que la prévention de des Réaux à l'égard de Sully a pu être le résultat de l'influence que la marquise de Rambouillet, toute dans les intérêts du duc d'Epernon, exerçoit sur notre écrivain. L'opinion de la Marquise a surtout réagi sur des Réaux dans l'Historiette de Louis XIIL Madame de Rambouillet n'aimoit pas le Roi, il ne faisoit rien qui ne lui semblât contraire aux bienséances ; aussi des Réaux est-il singulièrement injuste pour Louis XIIL 11 lui prête des vices dont personne jusqu'ici ne l'avoit accusé ; il relève jusqu'à ses plus petits ridicules, et ne dit pas un seul mot du courage de soldat que le Roi montra au siège de Royan et au Pas de Suze.

Mais revenons à l'objet de cette notice, et bornonsnous à faire observer que le plus souvent on adopte sans discussion des idées convenues sur certains personnages de l'histoire ; leurs contemporains remarquoient en eux des défauts et des foiblesses que nous n'apercevons plus; ils ne les voyoient pas, comme nous, placés sur un piédestal. Recevons avec plus d'indulgence les révélations contenues dans les documents nouvellement découverts, et examinons-les au flambeau d'une saine critique.

Des Réaux a été l'objet d'une accusation grave : sa plume est loin d'être chaste ; il raconte avec une blâmable complaisance des anecdotes scandaleuses, et il foule

1 Bulletin de la Société de l'Histoire de France. 183^ ; 1. 1", p. 32.

5i NOTICE

aux pieds des bienséances qui doivent toujours être respectées. Les éditeurs, tout en regrettant que ce reproche soit fonde, n'ont pourtant supprimé qu'un fort petit nombre de passages, quelques lignes qui dépassoient toutes les bornes; mais ils ont dû se garder de porter plus loin le scrupule. Ils ont mieux aimé encourir l'accusation de n'avoir pas été assez sévères que celle d'enlever à des Réaux sa physionomie originale, son allure libre, moqueuse et dénigrante. Son livre ne convient qu'aux hommes faits; ceux qui le liront feront la part du temps ; ils seront encore choqués d'une foule d'expressions, de couplets et d'anecdotes que nous avons dû conserver ; mais ils se souviendront que nos pères n'avoientpas autant de sévérité que nous sur le cérémonial de la bienséance. Nos poètes dramatiques emploieroient-ils aujourd'hui des expressions qui, du temps de Molière, de Dancourt et de Montfleury, n'elTarouchoient personne? Tallemant n'écrit que pour ses amis, et avec l'abandon d'une correspondance familière, il amène et il explique ces vaudevilles qui avoient le diable au corpSj, comme M""^ de Sévigné le disoit si plaisamment des chansons de Blot, et il raconte en badinant les anecdotes qui les ont inspirés. Aussi* Tallemant des Réaux a-t-il plus d'un rapport avec Brantôme et avec Pierre de l'Estoile, écrivains que, malgré leur crudité cynique, on n'a jamais pensé à exclure des bibliothèques.

Cette notice seroit trop incomplète si, après avoir parlé de toute la famille Tallemant, nous ne nous arrêtiens pas quelques moments sur les doux académiciens qui avoient jusqu'à présent sauvé le nom de l'oubli.

François Tallematit, frère germain de notre écrivain, naquit à la Rochelle vers 16^20. Fort jeune encore, il embrassa la religion catholique, et se destina ù l'état ecclésiastique. 11 accompagna ses deux frères dans le voyage qu'ils firent en Italie, en 1637, avec l'abbé de Retz. L'abjuration de François ne nuisit pas h sa fortune; car il obtint l'abbaye de Val-Chrétien, ainsi que le prieuré de Saint-1 renée de Lyon, qui produisoit douze cents écus' ; et au commencement de la Régence (vers 1643), il devint aumônier du Roi; après en avoir rempli les fonctions pendant vingt-quatre ans, il vendit cette charge afin de réparer des revers de fortune, et il fut ensuite nommé premier aumônier de Madame.

L'abbé Tallemant étoit un homme d'esprit. L'épitaphe de M™' de Rambouillet, rapportée plus haut, et diverses poésies répandues dans les recueils, l'attesteroient sutfisamment ; il possédoit les langues italienne et espagnole, et en 1651 il fut reçu à l'Académie Françoise à la place de Jean de Montereul, secrétaire du prince de Conti^

L'abbé Tallemant avoit peu de titres à l'honneur que lui faisoit l'Académie; Pellisson dit de lui : « Il a tra- » duit (juelques traités et quelques vies de Plutarque, » qu'il n'a point fait imprimer. » Ainsi François n'avoit rien publié, et vraisemblablement il avoit peu produit ; mais cela lui étoit commun avec son prédécesseur et même avec un assez grand nombre de ses confrères.

^ Historiette de l'abbé Tallemant, etc.

* Histoire de l'Académie Françoise, par Pellisson. Paris, 1730, t. ^*^ p. 213.

56 iNOTIGE

Enfin, en 1661^, il fit imprimer sa traduction des Vies de Plutarque, qui fut froidement accueillie, quoique Tallemant n'eût pas inutilement invoqué le concours d'Huet. Le savant évoque d'Avranches dit, dans les Mémoires qu'il a laissés sur sa vie, que l'abbé Tallemant le pria de revoir avec lui son travail ; que bien des nuits y furent consacrées, et que, malgré leurs soins et leurs peines, l'ouvrage, écrit d'un style languissant et diffus, n'eut pas le succès qu'on pouvoit en attendre '. Despréaux, dans l'épître à Racine, a désigné l'abbé Tallemant comme

Le sec traducteur du françois d'Amyot.

Et ce vers passé en proverbe, comme la plupart des sentences du législateur du Parnasse, lui attira de l'abbé Paul Tallemant des reproches exprimés avec douceur, qui ont dû donner au poète le regret d'avoir blessé un homme aussi poli.

« Je ne veux pas débattre les décisions de vos docteurs, «écrit Paul; « mais je sais qu'en bonne loy de l'Évan- » gile il n'est pas permis de fâcher personne, et moins » encore un amy, pour un bon mot. Je ne soutiendray pas » non plus la traduction que vous blasmez , et qui est » pourtant à la septiesme édition ; je vous diray seule- » ment que ce traducteur porte un nom que vous pouviez » épargner, quand ce n'eust été que pour l'amour de » moy. Je ne me plaindray à personne ; cette lettre est

^ Nec tamen satis Aulœ probata est hsec interpretatîo, quant itle languente et dîfflxiente ùratîone vestiebat. {Huetii Commentarius de rébus ad eum pertinentibus. Amstelod. 1718, p. 216.)

su 11 TALLEMANT DKS UKAUX. 57

» écrite à plume courante; j'ay voulu seulement vous » descharger mon cœur, et je ne veux d'autre vengeance » de vous que le reproche secret que vous vous ferez, » malgré que vous en ayez, d'avoir centriste un homme » avec qui vous avez toujours vescu en amitié, et qui n'en )) est peut-être pas indigne, non plus que de votre estime. » Je vous prie cependant d'être persuadé que, malgré » le déplaisir que vous m'avez fait, je suis très-chrétien- » nement, c'est-à-dire très sincèrement et sans détour, » votre, etc. '. »

Si Tallemant des Réaux étoit l'un des hommes les plus mordants de son siècle, on doit lui rendre cette justice qu'il l'a été pour tous, et qu'il n'a pas plus épargné sa famille que ceux qui lui étoient étrangers. Il fait de Tallemant, son frère, un portrait qui n'a rien de flatté. « G'étoit, dit-il, le plus grand inquiet de France ^. » L'ambition luy fit changer de religion... Je ne sais » si c'est la soutane qui luy a communiqué l'avarice des » gens d'église, mais aussitost il eut une aspreté estrange » pour le bien'. «

5 Œuvres de Boileau Despréaux, édition de M. de Saint-Surin. Paris, Biaise, 1821, t. iv, p. kOd.

* Historiette de l'abbé Tallemant.

3 « L'abbé Tallemant l'aîné, à qui on donne le titre de Son Inquiétude, a » du moins cela de commode qu'il est le plus pacifique de tous les aca- » démiciens. S'il ouvre quelque mauvais avis, il ne s'y opiniâtre point, » comme font les brailleurs. Ce n'est pas qu'il sqit prompt à faire des » réflexions, mais c'est que l'humeur inquièfe qui le domine oblige son » esprit à changer aussi souvent de sentiment que son corps de place. » Aussi, bien loin que ses pensées aient de l'autorité à l'égard des autres, » elles n'en ont pas seulement sur lui-môme. » {Second factum de Furetière, in-4°, p. 11.)

58 IN o i" I c i<:

iHirctior(3, dont le témoignage est suspect, parce que rabbéTallemant avoitélé au nombre doses adversaires dans l'Académie, rapporte à l'occasion de cette avarice un trait singulier.

Étant directeur de l'Académie, l'abbé Tallemant voulut un jour de Saint-Louis régaler sa compagnie. Il emprunta la maison d'un sieur Petit, située à l'extrémité du faubourg Saint-Antoine, et y fit porter à dîner. « Il » reçut tous les honneurs de la tête, » dit Furetiere. « On » le mit à la place d'honneur ; on but à la santé de son » altesse directoriale, et on loua hautement sa demi- » magnificence ; car le jardin de l'hôte lui avoit sauvé » les frais du fruit. Mais il ne put souffrir plus de trois » mois les cruels remords de son humeur épargnante, » au bout desquels il fit une taxe de deux écus par tête

» sur chaque académicien lien fit lui-même le re-

» couvrement, et il eût été au hasard de n'y pas trouver

» son compte s'iln'y eût remédié en réglant les non-

»* valeurs sur les autres \ »

L'abbé Tallemant mourut en 1693, à l'âge de soixante-treize ans. Outre sa traduction des Hommes illustres de Plutarque, il a traduit l'Histoire de Venise de Baptiste Nani ; cet ouvrage a été plus recherché que le premier.

On a aussi de l'abbé François Tallemant une lettre relative aux démêlés de Furetiere avec l'Académie, où l'on trouve un récit impartial de ce qui se passa dans cette occasion ^

1 Second factum, au lieu déjà cité.

2 Mercure Gâtant, mai 1688, p. 208.

Si;i\ TALLEMANT DKS RÉ AUX. 59

Paul Tallemaiit étoit fils de Tintendant Grdéoii Tallemant et de Marie du Pu^et de Monta uron ; il éloil ainsi neveu à la mode de Bretagne de Tallciiiant des Réaux.

II cloit né à Paris, le 18 juin 1G42. Son père, comme on l'a vu, s'étoit fait le protecteur des gens de lettres, auxquels il ouvroit sa maison ; aussi le jeune Tallemant, nourri au milieu d'eux, dès ses plus jeunes ans bégayoitil des vers médiocres. 11 faisoit des pastorales, des opéras, et il se rencontroit des artistes assez complaisants pour les mettre en musique ; de sorte que Paul fut mis au nombre de ces prodiges de précocité qui tiennent rarement ce qu'ils ont semblé promettre.

C'étoit alors le temps des petits vers, des galanteries poétiques, dont on ne peut aujourd'hui supporter l'insipide lecture ; le jeune abbé, car Paul prit le parti de l'Église, composa un petit ouvrage intitulé /e Voyage de r Ile d'Amour. C'est un commentaire assez ingénieux de la Carte de Tendre; nous n'en citerions pas une seule ligne, si nous n'y rencontrions un passage qui nous paroît être une critique douce de l'abbé Tallemant l'aîné.

« Gomme la nuit approchoit, Amour nous conduisit » à un village fort proche, où nous fûmes mal couchés. » Ce village se nomme Inquiétude, du nom de la maî- » tresse du lieu, que nous allâmes voir ; mais il est assez » mal aisé de vous dire comme elle est faite, car elle ne » sauroit se tenir en une même place; elle est un mo- » ment debout, puis elle se recouche ; elle va tantôt 5 lentement, tantôt si vite qu'on ne la sauroit suivre; » elle ne dort jamais, ce qui la rend fort maigre ; elle

» est fort négligée, les cheveux épars et surtout mal » rangés sur le front, à cause qu'elle se le frotte sou- » vent. Après l'avoir saluée, à quoy elle ne prit pas » garde, j'allay me coucher dans un litoù je ne pus dor- » mir', etc., etc. »

Paul Tallcmant avoit dix-huit ans quand il composa ce petit ouvrage, dont le style n'est pas sans élégance. M. de Bozc assure que le manuscrit fut dérobé" à l'auteur et imprimé malgré lui, en 1663. Quoi qu'il en soit, ce fut cette bluette qui, en 1666, ouvrit à Paul Tallemant les portes de l'Académie Françoise. Il succédoit à Gombauld.

Les lettres lui sourioient plus que la fortune. Ayant perdu son père en 1668, Paul Tallemant se trouva réduit aux foibles ressources que lui assuroient son traitement d'académicien et un petit prieuré de Saint- Albin, sous le titre duquel on l'a quelquefois désigné.

Au sein de l'Académie, Paul Tallemant se livra à des travaux plus importants que ceux qui l'y avoient conduit. Son Éloge funèbre du chancelier Séguier, protecteur de l'Académie, fut remarqué par Golbert, qui lui donna une place dans l'Académie des Inscriptions, avec une pension de cinq cents écus.

Cette Académie, devenue depuis si illustre, n'étoit encore qu'une espèce de commission détachée de l'Académie Françoise; le Roi Y àppeloit la petite Académie; on la désignoit ordinairement sous le titre d'Académie

* Le premier voyage de l'Ile d'Amour, dans le Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes. Cologne, Pierre du Marteau, 16i57, 1" partie, p. l/i. » Histoire de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. i", p. 229.

des médailles \' ce ne fut qu'en 1701 que des lettrespatentes la constituèrent comme Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. L'abbé Tallcmant en a été le premier secrétaire perpétuel.

Paul Tallemant est l'auteur du Discours sommaire qui précède les œuvres de Bensserade. En lisant attentivement ce discours, il est facile de s'apercevoir que l'auteur avoit consulté les Mémoires manuscrits de Tallemant des Réaux, son cousin -.

Paul a aussi composé un assez grand nombre de discours académiques ; l'un des plus remarquables est l'Éloge de Colbert, prononcé en 1684 ^

L'abbé Tallemant est le principal rédacteur des Remarques et décisions de l' Académie Françoise^ recueillies par M, L. T. Paris, Coignard, 1698.

« Il eut ordre, » dit l'abbé d'Olivet, «de se désigner à » la tête du volume, soit parce que le stjle étoit pure- » ment de lui, soit parce que la compagnie ne vouloit » pas prendre sur elle toutes ces décisions, qui ne venoient » que d'un bureau particulier, composé seulement de » cinq ou six académiciens \ »

L'abbé Paul Tallemant est mort le 30 juillet 1712.

Nous avons rencontré, en 1825, chez le libraire

^ Lettre de l'abbé Tallemant sur les différends de l'Académie avec Furetiere.

* Œuvres de M. de Bensserade. 1698. A la sphère. Discours sommaire de M. L. T. (l'abbé Tallemant) touchant la vie de M. de Bensserade.

^ Voyez, pour le détail des ouvrages de Paul Tallemant, ÏHistoire de l'Académie des Inscriptions, t l'r, p. 248.

* Histoire de l' Académie Françoise, Paris, 1730, t. ii, p. 62.

Blouct, deux portefeuilles remplis de pièces manuscrites du temps de Louis XIV; la plupart de ces pièces sont de la main de Taliemant des Réaux. Les couplets des Frondeurs y sont mêlera ceux des Mazarins; des portraits, tels qu'on les faisoit dans la société de M"" de Montpensier, y sont confondus avec des vers de la Fontaine, du duc de Nevers, de M"'*" des Iloulieres, de Montplaisir, de Bensserade, de M"* de Scudery, et d'une foule d'autres.

Un fragment notable des Historiettes de Taliemant des Réaux s'est trouvé dans ces portefeuilles. C'est le chapitre sur M"^ des Jardins, l'abbé d'Aubignac et Pierre Corneille. Ce morceau, entièrement écrit de la main de des Réaux, porte la date de 1660. Il forme dans notre édition un des derniers chapitres de ses Mémoires.

Ces portefeuilles contiennent d'autres opuscules plus ou moins importants. Il s'y est rencontré le manuscrit d'un ballet inédit, ouvrage de la jeunesse de La Fontaine, intitulé : les Rieurs du Beau-Richart \ L'éditeur s'est empressé d'offrir cette petite pièce à M. le baron Walckenaer, son honorable confrère à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui l'a insérée dans sa belle édition des œuvres du fabuliste^, en l'accompagnant de recherches aussi curieuses qu'exactes.

Au nombre de ces pièces, s'est encore trouvée une

1 Le Beau-Richart est un carrefour de Château -Thierry, où se réuni ssoient les habitants pour s'entretenir de nouvelles.

2 Œuvres de La Fontaine. Paris, Lefèvre, 1827, in-8°, t. iv, p. 127.

SUR TALLEMANT DES IlEAUX. 63

copie de la main de Talleniant des Rcaux du Voyage de Chapelle et de Bacliaumont; ce n'est qu'une première pensée, beaucoup moins développée que dans les éditions imprimées; mais les notes que des Réaux y a jointes sur les personnes dont il est question dans Topuscule des deux amis donnent de la curiosité à cette copie incomplète.

Des RéauK avoit fait un commentaire sur Voiture ; il en parle dans Tllistoriette de ce dernier, et dans un passage de celle de M. de Vassé, déchiffré avec peine, et inséré dans cette seconde édition. On regardoit ce travail comme perdu; mais il a été retrouvé, il y a plusieurs années, dans la bibliothèque de TArsennl, parM. Soulié, qui a bien voulu nous en prévenir. Les notes de des Réaux sont écrites sur un exemplaire in-l" des Œuvres de Voiture. Paris, Courbé, 1656, 5' édition, catalogué sous le n" 20595, Belles-Lettres françaises. Ce commentaire n'est pas aussi étendu qu'on le désireroit; il fait cependant connoître un assez grand nombre d'allusions perdues ; et ce qui est inestimable pour les éditeurs de des Réaux, ses notes ne sont souvent que l'extrait ou le développement de différents passages de ses Historiettes.

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