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pour les hommes qui no clierclioient, dans le trouble et l'agitation, que leî^ moyens de satisfaire leurs intérêts aux dépens du trône, qu'ils ne craignoient pas d'ébranler. «• Dieu veuille, " s'écrie- t-elle, « que ceux qui ont eu le des- »> sein de faire de la France ce que Cromwel et Fairfax ont " fait del' Angleterre, ne puissent jamais avoir de crédit ' ! » Dans une autre lettre, M"'' de Scudery porte sur l'avenir un regard prophéticpie ; elle semble deviner ce que sera un jour Louis XIY, qui n'avoit encore que treize ans : •• Le Roy, " dit-elle, " semble haïr tous ceux qui veulent abaisser son " autorité, et, selon toutes les apparences, il se souviendra »» longtemps de tout ce qu'on luy faitaujourd liuy^. »
Ce n'est plus cette femme aux sentiments exagérés, aux froides analyses métaphysiques, c'est une femme éloquente, inspirée par les événements ; son style est rapide, simple, clair et énergique. Elle adresse ses lettres à Godeau, l'évêque de Vence, l'ami et le parent de Conrart. Pendant une maladie de celui-ci, M"^ de^Scudery le remplaçoit auprès de Godeau, à qui elle continuoit de mander ce qui se passoit dans Paris.
C'est peut-être à des soins de ce genre que sont dus les Mémoires de Conrart. Ce que nous en avons publié, en 1826, était vraisemblablement la minute de la correspondance qu'il entretenoit avec Godeau. Quel que soit le motif qui ait déterminé Conrart à écrire ses Mémoires, son travail est utile ; nous n'avons eu pendant longtemps que les Mémoires des Frondeurs; tels que ceux du cardinal de Retz, le roi des brouillons ; ceux" de Guy-Joly, de la Rochefoucauld, voire même quelques lettres de M'"*" de Sévigné, que ses relations de parenté avec le Coadjuteur entraînoient
1 Lettre troisième, du mois d'octobre 1650.
2 Lettre septième, du 2 mars 1651.
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dans l'opposition : il est bon (|nc d'autres Mémoires écrits par des amis de la Royauté, viennent rectifier des idées que les partisans de la Fronde n'ont pas manqué d'altérer à leur profit. Les Mémoires de Conrart et de M'"'' de Mottcville, ceux du Père Berthod, et les lettres de M"^ de Scudery produisent cet effet. C'est ce qui nous a déterminé à joindre aux Historiettes de dos Réaux ces pièces tout à fait historiques, pour qu'elles viennent s'incorporer à la suite des Mémoires relatifs à l'histoire de France.
Les originaux n'en existent malheureusement plus. Nous en avons trouvé les copies dans un volume manuscrit intitulé : Anecdotes sous le règne de Louis XfV, ou Recueil de lettres et pièces diverses touchant l histoire de Louis XfV. Ce volume est de format in-4°. Il est rempli pour la plus grande partie de lettres extraites des manuscrits de Bussy, dans lesquelles nous n'avons rien vu que nous n'eussions nous-méme rencontré dans les manuscrits ou dans le Supplément de Bussy Rabutin.
On y lit aussi trois lettres de Flechier à M"^ de la Vigne; elles sont spirituelles, entremêlées devers, et tout à fait dans le genre d'une correspondance inédite de Flechier avec M"^ Deshoulières, dont feu M. de la Place, premier président honoraire de la cour roya'e d'Orléans, étoit possesseur et qu'il a eu la complaisance de nous montrer quelquefois.
Les trois lettres de Flechier ont été imprimées dans un recueil donné chez Tardieu, en 1802, par M. Serieys, qui, en les publiant, a eu tort de dire dans l'avertissement, que ces lettres étoicnt adressées à une jeune actrice. M"^ de la Vigne étoit une fille de beaucoup d'esprit, dont on a quelques poésies fines et spirituelles, qui n'a jamais travaillé pour le théâtre, ni joué la comédie.
l'^iifiu ou trouve dans ce manuscrit lu copie des sept lettres de M'*'' de Scudery à Godeau.
Le manuscrit qui contient ces diverses pièces nous a été communiqué, il y a longtemps, par feu M. Pcuchet, alors archiviste de la Préfecture de police. Nous ignorons en quelles mains le volume a passé depuis la mort de ce laborieux littérateur.
Ce recueil est de la fin du règne de Louis XIV; il a fait partie de la riche collection du président de Meinières. On sait que ce magistrat avoit réuni une grande quantité de manuscrits relatifs à l'histoire de France, qui provenoient del'abbé de Rothelin, de M. Talon, de l'abbé deBourzéis,de MM. Secousse et de Sainte-Palaye. Sa collection survécut à la Révolution : elle fut placée dans un local loué exprès pour la contenir. Celui qui la possédoit se lassa malheureusement de payer le loyer, et en 1806, tous ces manuscrits furent vendus à vil prix et dispersés. Feu M. Eloy Johanneau, le savant éditeur de Rabelais, avoit eu souvent l'occasion de faire des recherches dans cette précieuse bibliothèque, et il a plus d'une fois exprimé au rédacteur de cette note les regrets que lui causa la disparition de ces richesses ; il avoit été témoin de cette calamité littéraire.
Nous aurions beaucoup mieux aimé pouvoir publier ces curieuses lettres d'après les originaux ; mais nous n'entretenons pas le moindre doute sur leur vérité, quand nous les trouvons placées à côté d'une multitude de copies d'autres pièces originales sur l'existence desquelles aucune incertitude ne peut s'élever. Nos lettres contiennent beaucoup de faits et d'anecdotes, et à cet égard elles s'accordent et correspondent avec tous les ouvrages contemporains. Cette coïncidence est ce qui rend si difficile une contrefaçon des mémoires anciens, susceptible de faire quelque illusion ;
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nos lettres résistent à cette épreuve parce qu'elles sont vraies. D'ailleurs dans quel intérêt les auroit-on fabriquées, il y a plus d'un siècle, pour les ensevelir ensuite dans un volume oublié ? Les lettres de M"^ de Scudery portent avec elles le cachet du temps et de la vérité ; nous en appelons à toute personne versée dans la connoissance de nos monu monts historiques.
Ces lettres ne sont point datées dans le manuscrit. 11 ne nous a pas été difficile de suppléer à cette omission, en nous attachant aux événements qui y sont rapportés. Les dates ainsi rétablies sont placées entre parenthèses.