‹ Historiettes (volume 2)Chapitre 518 sur 522 · VIII. 1 k · texte numérisé non relu

VIII. 1 k

210 MADEMOlSELLIî DE SGUDERY*

P. S. Permetlcz-nioi d'assurer M. vostre frère de mon très-humble service, et me pardonnez mon griffonnage pour cette fois. On élit le roy de Pologne.

AU MÊME

Le 3 de mai 1693.

Je VOUS escris aujourd'hui, Monsieur, sans vous repondre, car il y a si longtemps que j'ai reçu vostre dernière lettre que j'ai lieu de craindre que vous n'ayez oublié ce que vous m'escriviez. L'opiniâtreté du vilain temps, jointe à la mélancolie d'un cœur sensible et délicat, m'a causé plusieurs incommodités, et j'ai encore un rhume très-importun. Mais sans vous accabler de choses peu agréables, je vous envoie une epître que M. Betoulaud m'a adressée sur la mort de nostre illustre ami. J'espère qu'elle ne vous déplaira pas et que vous lui pardonnerez d'avoir meslé mes louanges à celles de cet illustre mort. KUe est fort louée ici et je serai ravie qu'elle vous plaise. La semaine prochaine il y aura un éloge de M. de Pellisson dans le Journal des SavanSj, fait par un de mes amis* instruit par moi, où vous verrez des choses que vous ne pouvez savoir* Et dans quelque temps le

^ Noël Bosquillon ; son Éloge de Pellisson est imprimé dans le dix-septième numéro du Journal des Savans, de l'année 1693.

beau discours de M. Tabbé de Fenelon paroistra, j'en ai la certitude» et ce sera M. l'abbé Régnier (des Marais), secrétaire perpétuel de l'Académie, qui prendra soin de l'impression. 11 me le vint dire hier. Cela sera mieux reçu que les mensonges et les injures de ce fou de Jurieu. Je suis, Monsieur, plus que je ne puis l'exprimer, vostre etc.

P. S. Permettez-moi d'assurer M"*' Chandiot et M. vostre irere de mon très-humble service.

AU MEME

Le 22 mai 1693.

Je dois réponse à deux de vos lettres. Monsieur, qui m'ont esté très-agréables, car je suis ravie que mes soins ne vous déplaisent pas. L'epître de M. Betoulaud a touché les cœurs et charmé l'esprit, et l'éloge a convaincu la raison des plus obstinés et des plus rebelles à la vérité. Et M. Bosquillon a sans doute mis en beau jour les vérités que je lui ai dites. Dès que mes premières larmes furent essuyées, j'escrivis à Castres, à un ancien ami de M. de Pellisson, pour le prier de m'apprendre ce qu'il savoit de l'enfance et de l'éducation de l'illustre mort, et vous en avez vu quelques petites circonstances agréables dans l'éloge ; car pour la suite de sa vie, je la sais

212 MADEMOISELLE DE SGUDERY.

par inoi-mêine. Et une amitié de trente-neuf années, aussi intime que la nostre, ne m'en a rien laissé ignorer. Le malheur veut que les endroits les plus héroïques ne se peuvent escrire ; mais il y en a sans doute encore assez pour faire connoistre que c'estoit un homme d'un mérite extraordinaire, soit pour la vaste étendue de son esprit, aussi agréable que solide, ou par sa rare vertu et sa sincère pieté. On n'a pas parlé de l'éloge de la feue Reine-Mere, Monsieur, parte qu'il est court et qu'il y a plusieurs autres choses très-ingenieuses dont les lecteurs seront bien aises d'estre surpris. Cet éloge fut fait pour estre gravé sur une manière de petite plaque d'argent, au derrière du portrait de cette Reine, dont la bordure est d'or, enrichie de deux mille ecus de pierreries, et je fus choisie par M. de Remirecour, dont j'avois donné la connoissance à M. de Pellisson, pour faire les vers qui sont gravés sur l'or au-dessous de la figure de cette princesse. Je vous les enverrai une autre fois ; le second vers est brouillé dans ma mémoire. Je crois que vous n'avez pas vu V EurymedoUj dont je suis la cause de plusieurs manières. C'est une chose étonnante, quand on sait en quelle affreuse prison il a été fait. Si je vous parlois, je redoublerois votre admiration pour l'illustre mort, et vous me sauriez gré de lui avoir donné lieu, par mon courage et par mon industrie, de faire en ce lieu-là toutes les héroïques et agréables choses qu'il y a faites durant quatre ans. Au reste. Monsieur, j'ai à vous dire que ce que M. de Pellisson a laissé du traité de l'Eucharistie n'a nul besoin d'être retouché par personne. Il n'y faut pas changer un mot, ni en discuter

une syllabe ; nous ne savons pas s'il vouloit aller plus loin, mais ce qui est fait est parfait et ses calomniateurs seront confondus. Je conseillerai qu'on garde soigneusement le manuscrit, car il y a partout des apostilles et des corrections de la main de l'illustre mort entre les lignes. Au reste, on vient de me dire que Roze* en Catalogne, Heidelberg en Allemagne, et que le Roy va en Flandre. Monsieur partira bientôt pour la Bretagne. On meuble le château de Vitry,' qui est à six lieues de Laval. On ne craint pas le prince d'Orange le long de nos côtes, mais on craint avec raison que les pluies ne gâtent les blés et n'incommodent beaucoup les troupes. Mais il pleuvra sur les ennemis du Roy comme sur ses armées. Excusez toutes les ratures de cette lettre ; ma plume ne vaut rien et mon esprit, en parlant de l'illustre mort, n'est pas libre. M. Bosquillon, à qui j'ai fait voir votre lettre, en est charmé et m'a dit qu'il voudroit écrire aussi bien que vous pour vous louer dignement. Pour moi, Monsieur, qui ne fais point de souhaits impossibles, je me contente de vous assurer avec une simplicité sincère que personne ne vous honore plus que votre etc. P. S. Permettez -moi d'assurer M""' Ghandiot et M. votre frère de mon très-humble service.

^ Ou Rosas (est assiégé).

2J4 MADEMOISELLE DE SCUDEUy,

AU MEME

Le 7 de juin 1693.

Vous m'avez écrit une si belle lettre, Monsieur, que je n'ai pas pu m'empêcher de la montrer à deux ou trois de mes amis, et entre autres à M. Bosquillon, qui l'a admirée. Mais je ne l'ai montrée qu'après avoir prié ceux à qui je la faisois voir de vous pardonner ce que vous dites de trop à mon avantage. Je ne rejette pourtant que, les louanges de mon esprit et j'accepte hardiment celles qu'on donne à mon cœur et à mon amitié, parce que je suis persuadée qu'il est du devoir d'une personne raisonnable d'avoir le cœur comme je l'ai, et d'aimer ses amis comme j'aime les miens. Car, selon moi, quiconque n'est pas ainsi mérite d'être blâmé. Je vous remercie donc. Monsieur, de la justice que vous me rendez sur cer^ tains articles, seulement, regardant vos louanges comme un pur effet de votre honnesteté et de votre politesse. Si vous étiez à Paris je vous montrerois le poème d'Eurymedouy mais diverses raisons font que je ne veux pas qu'il sorte de mes mains que pour être imprimé, et il ne doit pas l'être de si tôt, parce qu'il ne faut pas manquer de donner d'abord l'ouvrage de V Eucharistie tout seul, qui n'est pas encore entre les mains de M. de Meaux pour avoir son approbation. Comme je suis seule qui ai toutes les poésies de cet illustre mort et que j'y ai plus

MADEMOISELLK DE SCUDERY. 215

d'une sorte de droits, particulièrement à celles qu'il a faites dans la Bastille, parce ({u'il n'eût pu les faire sans mon secours, je les garde soigneusement jusqu'A ce qu'on les mette au jour. Voici les quatre premiers vers d' Eurymedon qui me sont adressés :

Merveille d'amilié dont les vertus divines Surpassent les licros con^nie les héroïnes. Qui seule consolez mon triste eloignement Et de ces belles (leurs faites votre ornement.

Il faut que vous sachiez, Monsieur, que le prince qui est le héros du poëme est, à la fm de l'ouvrage, métamorphosé en fleur, et cette fleur est une espèce de giroflée jaune qui croît sur les murailles, que j'ai toujours fort aimée et dont M. de Pellisson en^oyoit beaucoup sur les tours de la Bastille, lorsqu'il eut la permission de s'y promener conduit par un officier. Cet ouvrage a assurément de grandes beautés et me fait beaucoup d'honneur en divers endroits : et le Roy y esl mieux loué en quatorze vers qu'on ne l'a quelquefois loué en mille. Je vous envoie les vers que je fis pour le riche portrait de la Reine-Mere, au derrière duquel est le bel éloge de cette princesse, fait par M. de Pellisson. Au reste, le beau discours de M. l'abbé de Fenelon est imprimé et il mérite sans doute la réputation qu'il a : je suis fâchée qu'il soit trop gros pour vous l'envoyer par la poste. Il se trouvera peut-èlre'quclqu'un de votre pays que M. l'abbé de Ferrieres connoîtra qui pourra vous le porter. Je ne vous dis point de nouvelles aujourd'hui. On ne savoit point encore hier où va le Roy ; n^ais il partit du Quesnoy

le 3 de ce mois et toutes les armées marchoient. Les ennemis n'ont que soixante mille hommes qu'ils ont séparés et mis dans les villes qu'ils craignent le plus de voir assiégées comme Bruxelles, Gand et Liège; et le Roy a plus de cent dix mille hommes en ses deux armées. 11 fit ses dévotions le 1" de juin au Quesnoy, se portant parfaitement bien. S'il n'est pas venu de courrier la nuit dernière on n'en sait que cela. Mais toute l'Allemagne tremble depuis la prise d'Heidelberg et on ne croit pas que le prince Louis de Bade attende M. le maréchal de Lorgequi marchoitvers lui quand on m'aescrit. Je suis, Monsieur, avec toute l'estime que vous méritez et toute la sincérité de mon cœur, votre etc.

AU MÊME

Le 24 de juin 1693.

Je reponds, Monsieur, à votre lettre de Dijon, dont je vous remercie. Je ne vous croyois pas en ce lieu. J'ai un ami capucin qui y va quelquefois ; si vous l'y aviez trouvé, il vous auroit pu parler de moi. Mais comme je n'ai jamais vu M. de la Monnoye\ s'il vous a dit quelque

1 La Monnoye n'étoit encore connu que par quelques pièces de vers conservées par rAcadéuiie françoise; le premier prix de poésie, décerné par l'Académie, fut accordé à son poëme, le Duel aboli, Paris, 1671, in-4''. (Voyez la liste de ses ouvrages imprimés et manuscrits dans la Galerie bourgui^ gnonne de M. Gh. Muteau, t. II, p, 31-44.)

MADEMOISKLLE DE SGUDERÏ. '2il

bien do moi, je le dois à son honnesteté et non pas à sa connoissance, et comme on m'a dit qu'il estoit fort ami de M. Despréaux, qui ne l'estoit pas de M. de Pellisson ni de moi, quoique je ne Taie jamais vu, s'il vous a bien parlé de l'illustre mort et de moi, il l'en faut louer. J'ai su par M. l'abbé de Ferrieres qu'il vous a envoyé le discours de M. l'abbé de Fenelon ; je n'aurois osé le faire à cause du port. Je serai bien aise d'en savoir votre sentiment. Vous aurez trouvé à Besançon les vers de la Reine-Mere\ que je vous avois promis. M. Perrault fait un recueil des hommes illustres modernes où seront leurs portraits et leurs éloges, et M. de Pellisson y sera. Enfin, Monsieur, je n'oublie rien de tout ce que je crois qui peut illustrer sa mémoire ; car jamais homme ne l'a mieux mérité. Il va paroître une histoire du cardinal Ximenes écrite par l'evéque de Nîmes*. Je voudrois fort en voir une de votre main du cardinal de Granvelle, et je vous prie de vous laisser persuader et de dire que vous l'avez entreprise par complaisance pour l'illustre mort^ Je ne vous dis rien ni de Flandre, ni d'Allemagne; vous en savez autant à Besançon qu'à Paris; mais j'ai vu une lettre écrite par un capitaine de vaisseau, datée à la hauteur du cap de Finistère, qui mande que le dessein de notre flotte est d'aller brûler cinq cents vaisseaux qui sont à Cadix, où M. le comte d'Estrées a dû se rendre après la prise de Rose, qui a fort consterné Madrid. On

1 C'est-à-dire les vers que M"« de Scudery avoit faits pour être gravés au bas du portrait de cette princesse.

* Flécbier, Paris, 1693, in-4°.

3 C'est ce qu'a fait l'abbé Boisot dans sa lettre à Pellisson.

1218 MADEMOISELLE DE SCUDEllY.

me mande de Rame que le Pape est fort irrité contre l'ambassadeur de l'Empereur, qui a fait battre outrageusement cinq sbires du sénateur de Rome, avec des circonstances très-injurieuses à Sa Sainteté. Aussi a-t-elle envoyé un courrier à Vienne pour en demander satisfaction, et l'Qn assure qu'elle a donné à son nonce des ordres fort vifs et fort pressants; et l'on travailloit actuellement au procès des gens de cet ambassadeur qui ont maltraité les sbires. Nous verrons quelle suite aura cette affaire. Je suis, Monsieur, plus que je ne puis l'exprimer, votre etc.

P. S, Excusez ma mauvaise plume.

AU MEME

Le 12 d'août 1693.

Je commence, Monsieur, par me rejouir avec vous du gain du procès qui vous avoit mené à Dijon ; mais une bonne cause ne pouvoit pas se perdre entre vos mains et l'absence de votre avocat a esté un bien pour l'affaire. Après cela j'ai à vous prier de ne vous engager pas pour M. de Belgeri. Sa hardiesse et l'ingratitude de ses parents le rendent indigne d'être servi, et son oncle le capucin a grand tort de ne vous avoir pas fait rendre ce que sa maladie vous a coûté. J'en ai de la confusion

M/iDlîMOlSi: LLIi Ul-: SCLDEKY. 219

et je m'offre de le faire pour eux ; car je ne sais où les prendre. Ce fat c^ la prière d'un capucin que je connoissois que j'ai donné la lettre de recommandation pour le capucin, oncle du prétendu lieutenant. Encore une fois. Monsieur, ne vous laissez pas importuner par un ingrat. Je conviens que le mot de « léger » a une grande nouveauté qui surprend, surtout la seconde fois qu'il est employé. Pour les vers de la Reine-Mere, comme les quatre premiers ne sont pas croisés, je doute qu'il eût été mieux de croiser les autres; et puis ils sont gravés en si bon lieu qu'il faut les laisser comme ils sont. M. l'abbé de Ferrieres me dit l'autre jour que le traité de l'Eucharistie etoit entre les mains de M. Pirot et que quand il l'aura rendu on l'imprimera. J'ai eu une douleur très-sensible de la mort d'un neveu de feu M. de Pellisson, qui a été tué à la bataille de Flandre. Il etoit capitaine dans le régiment de Guiche et a voit de très-bonnes qualités et pas une mauvaise, et par-dessus cela très-zelé pour la mémoire de l'illustre mort. Ce nouveau chagrin m'a empeschée de vous repondre plus tôt. Je ne vous dis plus rien des batailles gagnéeset sur mer et sur terre. Je vous envoie un impromptu que je fis le lendemain que j'eus su la belle action de M. le marquis d'Harcourt, qui pensa prendre le prince d'Orange; ce n'est presque rien. On ne croit pas qu'il y ait de bataille en A.lleniagne. Le prince Louis de Bade s'est posté et retranché avantageusement pour l'éviter. Le duc de Savoye a fait le dégât dans la plaine de Suze et ne pourra faire que cela. Le Roy a eu un accès de fièvre qui n'a pas eu de suite considérable ; nous aurons tantôt des nouvelles de Marly, j'ajouterai ce qu'on

220 MADEiVIOISKLL lî DE SGUDERY.

m'en mandera : la santé du Roy est la santé de l'Estat et Tairaire de tout le monde, et j'ai été ravie que la fièvre n'ait pas eu de suite. Je suis, Monsieur, avec toute l'estime que vous méritez, votre etc.

P. S. L'affaire du Pape et de l'Empereur pour l'affaire des sbires n'est pas encore acc4)mmodée. Le Roy n'a eu qu'un léger ressentiment de fièvre ; on ne doute pas qu'il ne soit bientôt guéri. Il est à Versailles d'hier à midi. Pignerol est assiégé du 3, mais on ne le prendra pas. M. de Luxembourg occupe les environs de Bois-le- Duc.

AU MÊME

Le 29 d'août 1693.

Je commence, Monsieur, par vous assurer que je suis très-sensible à l'embarras qu'on fait naître à M. votre frere^ mais je veux espérer que la justice du Roy le fera cesser. Et cela me renouvelle la perte de l'illustre mort qui aurait pu lui rendre quelque service. Mais il n'a pas plu à Dieu de nous le laisser. S'il etoit permis de dire tout ce qu'il a fait de grand et d'héroïque en sa vie, vous verriez bien, Monsieur, que vous ne l'avez connu

1 Le président à mortier au Parlement de Bayonne, dont il est déjà parlé plusieurs fois.

qu'à demi, soit pour les sentiments de son cœur oTi la vaste étendue de son esprit jointe à un enjouement délicat qui n'a pas eu de semblable. J'ai reçu une lettre du capucin, frère de ce M. de Belgeri qui me met en peine. Je vous renvoie afin que vous voyiez ce qui fait mon inquiétude; car j'ai lieu de craindre que vous ne lui ayez baillé de l'argent. Mandez-moi ce qui en est au vrai, afin que j'écrive, selon que vous me repondrez, au capucin qu'il vous fasse rendre par ses parents ce que vous aurez baillé à cet indiscret. Cette aventure me fera plus réservée à faire des recommandations et je vous demande pardon de vous avoir causé cet embarras. Il y a peu de nouvelles : le prince d'Orange a fait un mouvement qui a empêché le siège de Charleroi. Il s'est fait remercier par la republique de s'être exposé à la bataille de Nervinde et a écrit au prince Louis de Bade qu'il estoitbien heureux d'avoir un bon retranchement que les François ne pouvoient pénétrer. On écrit duMeyn, du 18, que le roi de Danemark s'est avancé dans le Holstein. On ne sait si c'est pour aller à Ratzembourg ou à Hambourg ; on croit pourtant que c'est pour Ratzembourg. On dit qu'il y a trois mille hommes dans la place et que les Lunebourgs* assemblent douze mille hommes. M. de Tourvilleest arrivé à Toulon avec toute la flotte, comme on alloit lui envoyer trente galères qu'il avoit demandées. On croit qu'on les desarmera et qu'on enverra les soldats qui estoient dessus à M. Catinat. Il y a eu une guerre académique qui a produit des chansons sans nombre :

^ C'est-à-dire les habitants, etc.

on 6st accoutumé en France ù inettre tout en chansoïis et l'usage en esloit du temps d'IFomcrc* Je suis avec toute l'estime que vous méritez et toute la reconnoissance que je vous dois, votre etc.

AU MÊME

Septembre 1693.

Je VOUS reponds un peu tard, Monsieur; mais mille embarras d'affaires pour mes amis et une santé mal affermie m'en ont empêchée. Mais j'ai plus pensé à vous que si je vous eusse écrit ; car comme ma mémoire est dans mon cœur, il me reprochoit souvent mon silence tout involontaire qu'il estoit. Je suis fâchée. Monsieur, d'avoir à vous dire qu'on n'imprime pas encore l'ouvrage de l'illustre mort*, parce que M. l'abbé Pirot, docteur de Sorbonne, ne Ta pas encore rendu à M. l'abbé de Fer- Hères. Mais comme cette longueur-là me chagrine, j'ai écrit à M'^' d'Epernon, carmélite dont il est confesseur, afin qu'elle le presse. Elle m'a niandé qu'il devoit revenir des champs dans peu de jours et qu'il le rendroit à son neveu. Je sais par cette même personne qu'il le trouve très-beau et très-orthodoxe. Il faut laisser passer cet ouvrage avant de publier les autres que je ramasse

1 Le Traité de l'Eucharistie.

MADEMOISELLE DE SCIJDERT. 223

et où il se trouvera une diversité merveilleuse avec une égale capacité. Quand vous aurez une voie sûre, je vous enverrai un exemplaire d'un discours au Roy fait dans la Bastille, qui est un chef-d'œuvre d'éloquence et de générosité. Il me semble que vous m'avez mandé que vous avez vu une elegie qu'il fit au même lieu. Vous savez le siège de Gliarleroi qui chagrine le prince d'Orange ; car on le rappelle en Angleterre. Il s'est fort brouillé avec le prince de Nassau, son parent, qui est gouverneur de Frise. La tranchée n'a été ouverte que la nuit du 15 au 16, parce que quatre-vingts pièces de canon n'estoient pas arrivées. Tout va fort bien en Piémont. Ce que le roy de Danemark fait, produit une grande division parmi les princes de l'Empire et cela nous est bon. Le Roy est à Fontainebleau, mais le conseil demeure à Paris, dont je suis fort aise. Les affaires de Rome sont finies. Nos galères sont désarmées; une partie de nos vaisseaux l'est aussi à Toulon et les autres arriveront à Brest en octobre. J'ai encore à vous dire que M. Betoulaud m'avoit donné une pierre antique où la Prudence est admirablement bien gravée, avec de très-beaux vers où il loue le Roy, à qui j'ai donné la pierre et les vers, avec une petite epître de moi à la Prudence. C'a été le R. P. de la Chaise qui lui a présenté cela et j'ai su que Sa Majesté a reçu ce présent de la manière du monde la plus honneste et la plus obligeante et pour M. Betoulaud et pour moi. Souvenez-vous, si l'ode pindarique* de Despreaux va jusqu'à Besançon, de me le mander,

^ Sur la prise de Namur.

Je suis, Monsieur, avec toute Testime que vous méritez, votre etc.

P. S. Excusez la plus méchante plume du monde et le desordre de ce billet.

AU MEME

Le 10 d'octobre 1693.

Je ne reponds pas aujourd'hui, Monsieur, à votre belle lettre ; ce sera pour une autre fois. J'ai trop à écrire aujourd'hui en divers endroits pour mander la grande nouvelle que le Roy reçut hier de Piémont, qui porte que M. le maréchal de Catinat a remporté une grande victoire sur l'armée des alliés. Il est demeuré sur la place six mille des ennemis, quinze cents prisonniers, quarante-cinq pièces de canon, cinquante étendards. Le prince de Commercy est blessé, M. de Schomberg est prisonnier et fort blessé. On dit que de notre côté M. de la Hoguette est blessé dangereusement, M. le comte de Reuilly et M. de Ganaples légèrement. Charleroi sera pris aujourd'hui ou demain. Voilà une glorieuse fin de campagne. Je donnai hier à M. l'abbé Reud* les deux ouvrages que je vous ai promis et qui ont

^ Voyez les lettres précédentes.

été faits dans une étroite et aiïreuse prison, où Ton ne pcrmcttoit d'avoir ni papier, ni plume, ni encre. Et j'ose dire que sans mon secours et mon industrie, notre illustre ami seroit mort de chagrin et n'auroit pu faire toutes les belles choses qu'il a faites. Je vous confie cela, Monsieur, comme à un ami sage de qui je suis, etc.

P. S. J'aurai plus de particularités de la bataille, mais la poste sera partie. M. l'abbé Reud me paroît un fort honnête homme. Le Roy a donné à M. le cardinal de Janson, de la meilleure grâce du monde, la grande abbaye de Saint-Pierre de Corbie qu'il ne demaaidoit pas, M. le Grand prieur est aussi blessé.

AU MEME

Le 21 d'octobre 1693.

Je commence. Monsieur, par vous dire que je suis fort aise du présent que le Roy a fait à M. le président, votre frère, et que je désire qu'il rende encore justice à la valeur de M. votre neveu. Mais après cela je vous annonce que vous ne verrez pas sitôt M. l'abbé de Ferrieres et que vous en serez bien aise, car il demeure pour faire imprimer le Traité de l'Eucharistie, qu'on a enfin retiré des mains du docteur, et l'on commencera l'impression mardi prochain. M. de Meaux m'ecrivoit encore avant-hier qu'il est charmé de cet ouvrage. Je ne

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