‹ HistoriettesChapitre 17 sur 111 · M. DE TURIN · texte numérisé non relu

M. DE TURIN

1 M. de Turin étoit un conseiller au parlement de Paris, grand justicier, mais de qui on contoit de plaisantes choses. Il appeloit son clerc cheval, son laquais mulet, et sa femme p...

Un gentilhomme, dont il étoit rapporteur, alla une fois pour parler à lui; il le rencontra en habit court, fait comme un cuistre, qui revenoit de la cave, avec son martinet à la main. Il ne l'avoit peut-être jamais vu, ou il ne le reconnut pas, et il lui dit : « Mon ami,, où est M. de Tu- « rin? — Mon ami ! àii M. àt Turin, quel impertinent est-ce « là? »Le cavalier, peu accoutumé à souffrir des injures, lui donne un soufflet et se retire. Il sut après que c'étoit M. de Turin, et le voilà en belle peine. Le bonhomme rapporta le procès comme si de rien n'étoit, et dit à son clerc : « Clieval, apporte- moi le procès de ce batteur, y> Il le voit, et trouvant que le cavalier avoit bon droit, il le lui fait gagner, et Kayant rencontré sur les degrés du Palais, il lui donne un petit coup sur la joue en riant, et lui dit : « Apec prenez à ne battre plus les gens : vous avez gagné votre « procès. )> L'autre, qui croyoit tout perdu, se pensa mettre à genoux.

Il se trouva chargé du procès d'entre feu M. de Bouillon et de M. de Bouillon La Marck, pour Sedan. Henri IV l'envoya quérir, et lui dit (voyez quelle justice I) : « M. de « Turin, je veux que M. de Bouillon gagne son procès. — « Hé bien, Sire, lui répondit le bonhomme, il n'y a rien « plus aisé; je vous l'enverrai, vous le jugerez vous-même. »

Quand il fut parti, quelqu'un dit au Roi : « Sire, vous ne (' connoissez pas le personnag-e, il est homme à faire ce « qu'il vous vient de dire. » Le Roi sur cela y envoya, et on trouva le bonhomme qui charg'eoit les sacs sur un crocheteur. Le Roi accommoda cette affaire.

Madame de Guise et mademoiselle de Guise, sa fille, depuis princesse de Conti, le furent solliciter une fois. Il les fit attendre assez long-temps, et après il se mit à crier tout haut : « Clieval, ces p sont-elles encore là-bas? »

Un seig-neur, qui avoit g'ag-né une grande affaire à son rapport, lui envoya un mulet qui alloit fort bien le pas. M. de Turin trouva ce mulet à son retour du Palais ; il ne fit autre chose que de prendre un bâton, et d'en frapper le mulet jusqu'à ce qu'il le vît hors de chez lui.

On dit qu'un gentilhomme lui fit une fois un grand présent de gibier. Il laissa descendre cet homme, mais comme il sortoit dans la rue, il lui jeta ce gros paquet de gibier fort rudement sur la tète, en lui disant qu'il apprît à ne pas corrompre ses juges.

M. VIETE

M. Viète étoit un maître des requêtes, natif de Fontenayle-Gomte, en Bas-Poitou. Jamais homme ne fut plus né aux mathématiques; il les apprit tout seul ; car, avant lui, il n'y avoit personne en France qui s'en mêlât. Il en fit même plusieurs traités d'un si haut savoir qu'on a eu bien de la peine à les entendre, entre autres, son Isagogé, ou Introduction aux mathématiques. Un Allemand, nommé Landsbergius, si je ne me trompe, en déchiffra une partie, et depuis on a entendu le reste. Voici ce que j'ai appris de particulier touchant ce grand homme. Du temps d'Henri IV, un Hollandais, nommé Adrianus Romanus, savant aux

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