M. VIÈTE
mathématiques, mais non pas tant qu'il croyoit, fit un livre où il mit une proposition qu'il donnoit à résoudre à tous les mathématiciens de l'Europe ; or, en un endroit de son livre il nommoit tous les mathématiciens de l'Europe, et n'en donnoit pas un à la France. Il arriva peu de temps après qu'un ambassadeur des Etats vint trouver le Roi à Fontainebleau. Le Roi prit plaisir à lui en montrer toutes les curiosités, et lui disoit les g-ens excellents qu'il j avoit en chaque profession dans son royaume. « Mais, Sire, lui « dit l'ambassadeur, vous n'avez point de mathématiciens, (< car Adrianus Romanus n'en nomme pas un de François « dans le catalog-ue qu'il en fait. — Si fait, si fait, dit le « Roi, j'ai un excellent homme : qu'on m'aille quérir « M. Viète. » M. Viète avoit suivi le conseil, et étoit à Fontainebleau ; il vient. L'ambassadeur avoit envoyé chercher le livre d'Adrianus Romanus. On montre la proposition à M. Viète, qui se met à une des fenêtres de la galerie où ils étoient alors, et avant que le roi en sortît, il écrivit deux solutions avec du crayon. Le soir il en envoya plusieurs à cet ambassadeur, et ajouta qu'il lui en donneroit tant qu'il lui plairoit, car c'étoit une de ces propositions dont les solutions sont infinies. L'ambassadeur envoie ces solutions à Adrianus Romanus, qui, sur l'heure, se prépare pour venir voir M. Viète. Arrivé à Paris, il trouva que M. Viète étoit allé à Fontenay ; le bon Hollandais va à Fontenay. A Fontenay, on lui dit que M. Viète est à sa maison des champs. Il l'attend quelques jours et retourne le redemander ; on lui dit qu'il étoit en ville. Il fait comme Appelles, qui tira une ligne. Il laisse une proposition ; Viète résout cette proposition. Le Hollandais revient ; on la lui donne, le voilà bien étonné ; il prend son parti d'attendre jusqu'à l'heure du dîner. Le maître des requêtes revient ; le Hollandais lui embrasse les genoux; M. Viète, tout honteux, le relève, lui fait un million d'amitiés ; ils dînent ensemble, et après il le mène dans son cabinet. Adrianus fut six semaines sans
le pouvoir quitter. Un autre étrang-er, nommé Galtalde, gentilhomme de Raguse, se fit faii'e résident .de sa république en France pour conférer avec M. Viète. Viète mourut jeune, car il se tua à force d'étudier.