LE PLUE ANDRE
religion à un peloton. « Une novice, dit-il, c'est comme un « morceau de bureau ou de papier sur lequel on commence
à dévider les premières aiguillées ; mais quelque bien .{ qu'on fasse, il reste toujours un petit trou qu'on ne sau-
roit boucher. »
A Poitiers, les Jésuites le prièrent de prêcher saint Ig-nace; il voulut leur donner sur les doigts. Il fit un dialogue entre Dieu et le saint, qui lui demandoit un lieu pour son ordre, a Je ne sais où vous mettre, disoit Jésus-Christ : « les désorts sont habités par saint Benoît et par saint Bru- « no. )) Il faisoit une énumération des lieux occupés par les principaux ordres. « Mettez-nous seulement, dit saint « Ignace, en lieu où il y ait à prendre, et laissez-nous faire « du reste. » En sortant, il dit à un de ses amis : « Je n'ai « voulu prêcher céans qu'après dîner^ car je savois bien
qu'autrement on m'y auroit fait méchante chère. » Une auti'e fois, à Paris, il en donna encore aux Jésuites en pareille occasion. «Le christianisme, dit-il, est comme une « grande salade ; les nations en sont les herbes ; le sel les « docteurs ; oos estis sal terrœ ; le vinaigre^ les macéra- « lions ; et l'huile les bons pères Jésuites. Y a-t-il rien de « plus doux qu'un bon pèi'e Jésuite? Allez à confesse à « un autre, il vous dira : Vous êtes damné si vous conti- « Quez. Un Jésuite adoucira tout. Puis, l'huile, pour peu « qu'il en tombe sur un habit, s'y étend, et fait insensia blement une grande tache; mettez un bon père Jésuite a dans une province, elle en sera enfin toute pleine. » Les Jésuites se plaignirent à lui-même de ce qu'il avoit dit. « J'en suis bien fâché, mes Pères, leur dit-il ; mais je me « suis laissé emporter ; je ne saurois que vous dire ; dans « quatre jours c'est la fête de notre Père saint Augustin, « venez prêcher chez nous, et dites tout ce qu'il vous plaira, « je ne m'en fâcherai point. »
Il disoit que Paradis étoit une grande ville. « Il y a la grande ti rue des Martyrs, la grande rue des Confesseurs ; rnais il
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« n'y a point de rue des Vierges: ce n'est qu'un petit-cul-de « sac bien étroit, bien étroit. »
« Un catholique, disoit-il une fois, fait six fois plus de « besogne qu'un huguenot; un huguenot va lentement « comme ses psaumes ; Lève le cœur, ouvre Voreille, etc. « Mais un catholique chante : Appelez Robinette, quelle (I s en vienne ici-bas, etc. » Et, en disant cela, il faisoit comme s'il eût limé. J'ai ouï dire que ce conte vient de Sedan, où du Moulin avant dit à un arquebusier qui chantoit Appelez Robinette, « qu'il feroit bien mieux de chanter « des psaumes, » l'arquebusier lui dit : « Voyez comme ma « lime va vite en chantant Robi ne lie, et comme elle valente- « ment en chantant : Lève le cœur, ouvre l'oreille, etc. »
On dit encore qu'un artisan lui dit que : qui au conseil des malins iia été empêchoitsa lime d'aller, et qu'il faisoit beaucoup plus d'ouvrage avec Jean Foutaquin pour du pain et pour des poires, Jean Foutaquin pour des poires et pour du pain.
« L'Evangile, dit-il une fois, est une douce loi : Jésus- « Christ nous l'a dit; il le faut croire. «Deux Jésuites entrent là-dessus. « Tenez, dit-il, voilà deux des camarades de « Jésus, demandez-leur plutôt s'il n'est pas vrai. » Cela me fait souvenir d'un nommé du Four, qui, dans les guerres des huguenots, ayant trouvé des Jésuites à cheval, leur demanda qui ils étoient : « Nous sommes, dirent-ils, de la « compagnie de Jésus. — Je le connois, dit-il ; brave capi- « taine, mais d'infanterie; à pied, à pied, mes Pères » ; et il leur ôta leurs chevaux.