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MADAME D'ESPAGNET

MADAME DE MORANGISj GENS d'ÉGLISE, ETC.

Madame d'Espagnet, personne bien faite et spirituelle, femme du plus grand frondeur du parlement de Bordeaux, passoit pour une dévote, mais on découvrit ses intrigues par ce moyen. Une femme veuve, de qui elle se servoit, et chez laquelle étoient ses rendez-vous, fit un jour une confession générale, et elle dit toute la petite vie de la dame. Le confesseur trouva à propos, pour retirer madame d'Espagnet du vice, de lui en faire parler par son curé. Le Père Bonnet, curé de Sainte-Eulalie, qui étoit un assez galant homme, dit qu'il n'en croyoit rien. La veuve offre de la lui faire voir, dans le déduit, avec un minime, nommé le Père Romain. On l'enferma dans un cabinet, et il vit plus qu'il n'en voulut voir, car le bon curé croyoit être le seul qui jouit des embrassements de la dame, avec laquelle il ctoit fort bien, il y avoit longtemps. Ce Père Bonnet sut ensuite toute l'histoire, et la conta à Darbo, de qui je la tiens. Le minime, ne gagnant rien auprès de madame d'Espagnet, s'adressa enfin à la confidente, et moyennant cent pistoles, quoique la dame dit qu'il sentoit trop l'huile, il en vint à bout. Elle les voulut compter l'une après l'autre, le moine les ayant apportées dans une bourse de velours

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vert ; après ils firent la chosetle. Leur commerce dura quelques jours; enfin le moine, qui avoit eu bien de la peine à amasser ces cent pistoles, et qui les eût bien voulu ravoir à cette heure qu'il n'étoit plus si afFamé, s'avisa de lui dire qu'il les avoit empruntées. Elle se moqua de lui. Le moine enragé résolut de s'en venger. Il ne fait semblant de rien et lui donne un rendez-vous ; mais, avant que d'y aller, il passe chez une veuve dévote, où il s'en donne à cœur-joie, de peur d'être tenté par la dame qu'il avoit envie de châtier. Il la va trouver, pourvu d'une bonne discipline. Son bini disoit à la confidente : « Je ne sais comment le Père Ro- (( main l'entend, mais avant de venir ici il en a pris hon- « nôtement. » Quand le moine la tint sur le lit, il tire sa discipline, la trousse, et lui en donne à tour de bras, en lui disant : « Hé ! vous ne me rendrez pas mes cent pistoles ! Hé ! vous ne me rendrez pas mes cent pistoles ! » Elle n'osa jamais crier, et il fallut souffrir patiemment la fustigation; car le paillard étoit fort, et il la tenoit, sous son bras gauche, si ferme qu'elle ne pouvoit remuer. On dit qu'elle avoit toujours quelque moine, à cause qu'ils sont obligés au silence, et que son mari eût été homme à la poignarder s'il eût eu quelque soupçon. On l'accuse aussi de s'être servie du précepteur de ses enfants, par la même raison. Ce Père Bonnet passoit pour un saint. On l'a pensé béatifier.

Voici comme on a découvert que madame de Morangis avoit quelque commerce un peu gaillard avec un jacobin nommé le Père Louvet, qui est le tout-puissant chez elle. C'est celui-là même quia remarié le maréchal de THospital, et que madame de Villesavin appelle Papa-Loiwet. Nau, ci-devant procureur, aujourd'hui intendant de Marseille, avoit une bâtarde qui fut entretenue par Perrault, de M. le Prince. Feue madame la Princesse, par dévotion, la fit mettre dans un couvent; après il la maria à je ne sais quel faquin, et la tenoit quelquefois des trois mois entiers, où

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elle ne vovoit pas le jour. Le mari se lassa de cela et l'emmena en Angleterre. Or, durant quelle étoit en relig-ion, le Père Louvet et elle devinrent amoureux l'un de l'autre. En Ang-leterre, un cousin de Fairfa.x l'entretint, mais il mourut bientôt. Elle revient brusquement. Elle n'est pas plus tôt ici que Fairfax lui écrit, la presse de retourner, lui déclare qu'il a toujours été amoureux d'elle, mais que le respect qu'il avoit pour son parent l'avoit empêché de l' témoigner. Elle n'étoit pas fort belle, mais elle avoit ua embonpoint admirable; elle étoit spirituelle et de l'humeur du monde la plus enjouée. Elle repasse en Ang-leterre. Les personnes à qui elle envoyoit ses lettres, en trouvant une qui s'adressoit au moine, eurent curiosité de voir ce qu'il y avoit ; ils trouvèrent ces mots : « Jusqu'à ce que vous « m'ayez remis entre les mains le portrait de madame de « Morang-is, je ne croirai point que vous m'aimez. »

Feu Hobier, docteur de Sorbonue,passoit pour un saint; cependant nous avons su d'un homme d'honneur qu'une petite mig-nonne que Hobier entrelenoit secrètement disoit

qu'il n'y a jamais eu un homme plus lascif Elle étoit

au désespoir de sa mort, car il la payoit bien . On pensa couper des morceaux de ses habits, pour en faire des reliques.

MARIGNY-MALENOE

C'est un gentilhomme de Bretagne, qui épousa la sœur de M. de la Feuillée du Belay, belle fille, dont il devint amoureux. Au bout de quelque temps, la jalousie le prit, à ce qu'on dit, avec quelque fondement. Un beau matin, il dit à sa femme: « Vous n'êtes point bonne cavalière; il (( faudroit que vous vous accoutumassiez à aller à cheval.

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i( Venez-vous-en avec moi visiter de nos amis et de nos paie rents. » Ils montent tous deux à cheval; alors les carrosses n'étoient pas si communs qu'à cette heure. Il la mène assez loin, puis lui dit : « Écoutez, mon dessein est d'aller « jusqu'à Rome, et de vous y mener. — J'irai partout où « vous voudrez, » répondit-elle. Quand ils furent en Italie, Marig-ny lui déclare froidement que son intention étoit de la faire mourir. Cette femme, quoiqu'elle n'eût que vingtdeux ans, lui répondit froidement : c( J'aime autant mourir « ici qu'en France, et autant dans huit jours que dans « cinquante ans. » (Car on n'a jamais vu un couple de jjens si extraordinaires.) — « Bien, lui dit-il; voyez de quel «. genre de mort vous voulez mourir. » Ils furent quelques jours à en parler aussi froidement que si c'eût été simplement pour s'entretenir. Enfin elle choisit le poison. Il lui en apprête, et le lui présente dans une coupe. Elle le prend délibérément; et, commeelleralloitavaler, il lui retint le bras. « Allez, lui dit-il, je vous donne la vie; vous méritez de « vivre, puisque vous aviez le courage de mourir si cons- « tamment. Désormais, je vous veux donner liberté tout (( entière ; vous ferez tout ce que vous voudrez de votre côté, (( et moi du mien. » Ils se le promirent réciproquement, et revinrent les meilleurs amis du monde ensemble. Depuis, il ne s'est point tourmenté de ce qu'elle faisoit, et elle,quand elle savoit qu'il avoit quelque amourette, elle l'y servoit. Ils n'ont eu qu'une fille, qui, voyant qu'ils ne song-eoient point à la marier, et qu'on la vouloit tenir toute sa vie en religion, en sortit, et se maria à l'âge de trente-quatre ans sans leur consentement. Le gendre, car la coutume de Bretagne rend le mariage d'une fille responsable des dettes de In famille, même contractées depuis, voulut les faire interdire. Ils firent évoquer à Paris sur parentés, et ici ils gagnèrent leur procès. De peur d'accidents, ils vendirent Marigny et Malenoe, dont ils firent cinquante mille écus, toutes dettes payées. Il en donna la moitié à sa femme, et garda

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l'autre pour lui. Il est souvent en Bretagne, où il a le gouvernement du Port-Louis. Elle ne fait que jouer à Paris, où elle demeure toujours depuis quelques années. Elle eut une grande maladie l'hiver passé ; elle fut abandonnée des médecins; cependant sa chambre étoit pleine de monde à lordinaire; elle étoit aussi tranquille que si elle eût été en parfaite santé; seulement^ de temps en temps, elle disoit: « Faites-moi venir M. de La Milletière; il parle de Dieu si <(. gentiment ! )» Elle en est revenue.

Son mari avoit, il y a quelques mois, une petite fillette assez jolie ; il la laissa ici, et alla faire un tour en Bretagne. Girardin fit counoissance avec elle, et la mit en chambre. Il en eut avis ; il le fut trouver, et lui dit : « Si dans quatre « jours vous ne me la rendez, je vous irai poignarder. » L'autre nia : « Prenez-y garde! » Deux jours après, il lui dit : « Monsieur, je vous viens avertir que, des quatre jours, « il n'en reste plus que trois. Prenez garde à vous ; infor- « mez-vous quel homme je suis. » Ma foi! Girardin eut peur, car déjà il avoit des gens à ses trousses ; il lui alla dire un matin qu'il la lui cédoit de bon cœur. « Ah! lui ditce il, vous voilà réduit; je ne voulois que cela. Je vous la « rends : une autre fois, usez-en plus civilement. )> Après, ils firent amitié ensemble. C'est une espèce de philosophe cynique ; il ne joue point .

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