S CÉCILE
Et sa main répandait sur le |)auvrc oublié L'argent qu'à se parer elle aurait employé.
C'est que son âme pure , ineflable mystère , Sentait qu'elle n'avait qu'à passer sur I» terre , Et que l'exil commun, pour elle raccourci , Rapide, en peu de jours devait finir ici.
On voyait , au souris de sa lèvre si pâle , 'A son («int transparent l't blanc commi; l'opale , A la veine d'azur qui cernait ses doux yeux , Qu'elle devait bientôt s'en retourner aux deux. Ce soir-là, l'incarnalse jouait sur sa joue Comme un rayon pourpréquisurlondesejoue, Et,'sur son chaste front de cheveux blonds voilé , Répandait mollement son rellet ondulé; Quelquefois s'échappait de sa poitrine frêle La toux qui la tuait et la rendait plus belle ; Quand vers sa joue alors son sang se refoulait. Sa mère lui tendait une lasse de lait, Et la vierge y trempait sa lèvre pure et rose; Puis , reprenant la Heur sur son ouvrage éclose . Ignorante d'un mal dont on meurt sans soulTrir, Elle laissait gaimcnt son aiguille courir.
Ce n'était point l'écharpe ou la robe émaillée Qu'elle voulait ce soir finir dans la veillée , C'était le voile blanc du calice divin Où le prêtre en sang pur transformera le vin. Cachant le corps du Christ sous l'éclat du ciboire,. Et le vase sacré sous les plis de lu moire.
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CËCILE.
Artiste consacré» à l'uutel du Seigneur, Surpassant la peinture en rflief, en fraîcheur, Cécile avait brodé sur l'étofle onduleuse L'agneau pascal portant la croix miraculeuse ; Des goutles d'un sang pur s'échappaient de son sein Et tombaient sur des fleurs à l'entour du dessin, Puis, de ses ailes d'or couronnant ce symbole, La colombe au tableau formait une auréoU.
La vierge , avec amour soignant chaque détait ,
Avait presque achevé son patient travail.
Il ne lui restait plus à broder qu'une feuille
Des roses où le sang rédempteur se recueille ;
Mais , pour la terminer, le Til vert et soyeux
A manqué tout à coup à ses doigts gmcicux ,
La bpbine d'émail , de soie est dépouillée ,
Il ne lui reste pas une seule aiguillé '.
Comment faire? fl est tard , le village est lointain .
Son ouvrage à l'église est attendu demain ;
Demain , jour de Noël , elle a fait la prom<'Ssc
De l'offrir à l'autel ù l'bcure de la messe ,
Et voilà qu'arrivée ti la dernière fleur,
La soie est épuisée. Alors, daos sa douleur,
Cécile regardait en pleurant son ouvrage ,
Et sa sœur souriait : n Enfant, reprends courage,
1 Viens , je crois avoir vu de la soie !i broder
» Dans te bahut gothique; allons sans plus tarder, »
Et les deux jeunes sœurs s'élancent , et , joyeuses ,
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i7fl CfiCILK.
Traversent un grenier aux murailles poudreuses.
Dans un angle, une caisse, en cuir noir damassé,
S' (étalait au milieu des. débris du passé,
De ces meubles vieillis qu'une mode nouvelle
Jclte au rebut après un service fidèle :
Ainsi nous délaissons nos parents, nos amis,
Qui sont auprès de nous dans la tombe endormis.
Pourlanl ce cofire aniique à couverture noire
Au cliAteau rappelait une touchante histoire :
Une enfant du hameau, mariée au Brésil,
N'avait trouvé là-bas qu'une terre d'exil.
Quand la mort amena sa dernière journée,
» Je veux dormir, dit-elle, aux lieux ou je suis néeT o
Et ses filles en pleurs jurèrent qu'au hameau.
Auprès de sa famille, elleaurait un tombeau.
Pour accomplir ce vœu, traversant l'onde amère,
Klles vinrent en France ensevelir leur mère;
Mon aïeule au château les reçut, et leurs jours
Sous ce toit protecteur achevèrent leur cours.
A leur mort, ma grand'mèrc entendit les créoles
Lui murmurer tout bas quelques vagues paroles :
« De notre gratitude acceptez ce tribut, »
Disaient-elles, du geste indiquant te bahut ;
Puis leur mourante voix manquant à leur pensée
S'éteignit sans linir la phrase commencée.
Et lorsque dans ce meuble on voulut regarder.
On découvrit an fond de la soie â broder
Sur mille pelotons de couleurs variées ;
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CËCILB. Puis des flèches, des arcs, des aigrettes ployées, Des pannes de sauvage, et ces objets divers.
Reconnus sans valeur, Turent livrés aux vers ; Et roi) avait laissé dormir la vieille caisse Jusqu'au jour où les sœurs vinrent dans leur détresse Chercher le fil soyeux nécessaire à finir Ce voile qu'à l'autel demain on doit hènir.
Parmi les pelotons la nuance est trouvée ; La première aiguillée est d'abord enlevée, Et la soie apparaît dans toute sa fralchenr.
Tandis qu'on la dévide, 6 surprise, bonheur!
Un petit lingot d'or, caché sous la pelote, S'échappantdelasoieà mesure qu'on l'ôle, Retombe sur le sol et bondit hru jamment.
Les soeurs restent sans voix dans leur élonnement : Dans chaque peloton un lingot se recèle , A leurs pieds leur trésor grossit cl s'amoncéle ; Alors, Tormant tout haut mille vœux difTérenls, Elles courent porter cet or à leurs parents.
L'aïeule, présidant un conseil de Tamille, En fit deux lots pareils pour chaque jeune lille ; Et Cécile au village alla le lendemain Distribuer sa part aux pauvres du chemin.
Mais lorsque du bahut elle conta l'histoire, A son naïfrécit on ne voulut pas croire , On criait au miracle en voyant ce trésor ; On disait qu'elle avait changé la soie en or.
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Qu'elle était un Baînte i<û-bas descendue, Et que bientôt au ciel elle serait rendue.
On dit.vraî ; c-ar un an à peine s'écoula Qu'en souriant, vers Dieu Cécile s'envola.
Géoile distnbusntEapsnauï pauvres.
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SODVENIRS DE JEUNESSE.
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Souvenirs d'Miiice
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MVEIRS DE JEUN».
Oh I que ne piiis-je encore habiter Unis ton aile , Dans la maison des champs , la chambre malernclle Prés de loi que ne puis-je y dormir chaque nuit , Jusqu'à l'heure où renaît la lumière et le hrutt . Jusqu'à l'heure où , toujours la première levée ,
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