‹ Historiettes moralesChapitre 25 sur 28 · S SOUVENIR DE JEUNESSE · texte numérisé non relu

S SOUVENIR DE JEUNESSE

Tu venais en riant , d'une voix élevée ,

M'éveiller et fÏDir ces rèïes orageux

Qui , pour moi , de l'enrance empoisonnaient les jeux.

Ces rêves , dont j'étais jour et nuit poursuivie ,

Qui formaient, dans ma viCfune seconde vie

Idéale, sublime , et qui tue à jamais

L'existence réelle! Et toi , toi qui m'aimais :

« Enfant , me disais-tu , laisse tout penser grave

A l'âme des vieillards. L'atmosphère est suave ,

Viens voir du jour naissant les secrètes beautés ;

Que de naïfs plaisirs ton cœur n'a pas goâtés !

Du luxe et des grandeurs l'Ame se rAssasie;

Mais il est une intime et simple poésie

Que pour toi Dieu sema dans les champs d'alentour :

Viens , tu feras des vers sur le lever du jour ,

Et ton chant virginal, ainsi qu'une prière

Montera vers le ciel d'où descend la lumière. »

Et, de ma coudie alors levant le blanc rideau , Mamèr«, tu semblais soulever le fardeau Qui pesait sur mon cœur ; et , soudain éveillée , Puis par tes douces mains avec soin habillée , Après avoir prié pour mon père et pour toi Le ciel, où maintenant vous priez Dieu pour moi Après avoir reçu de ta lèvre adorée Ce baiser du matin dont la mort m'a sevrée , Plus calme , et ranimant mon cœur à ton amour . Je te suivais aux champs pour voir lever le jour.

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30UVENlt1S DE JEUNESSE.

Et d'abord, sous cet orme à l'ombre séculaire , Qui sur la grande cour dresse un toit circulaire , Gomme pour abriter, avecson vert manteau, Du soleil du midi les murs blancs du château ; Sous cet orme où l'oiseau pose son nid de mouss(^ Où le roq matinal chante, où la poule glousse. Où le paon fait briller son plumage étoile , D'abord tu t'arrêtais en égrenant du blé ; Et la poule et le coq à la crête écarlatc Accouraient en frappant ie gazon de leur pâte ; Et le paon , déployant sa queue en tournesol , Leur disputait le grain qui tombait sur le sol ; Et les oiseaux dans l'air jetaient mille ramages , Et le soleil jouait dans leurs brillants plumages.

Je rëviais en voyant ta sublime bonté Embrasser la nature en son immensité , Se répandre , depuis les douleurs du génie Jusqu'à l'agneau bêlant, en tendresse infinie , Et donner h tout être , hélas ! qu'on foule au pié , Une part de ton cœur , tout amour et pitié.

Je révais en voyant tout ce que l'homme blesse , Misère, probité, génie, amour, faiblesse , Dans ton Ame si grande et si simple à la fois Trouver un sentiment , des larmes, une voix.

Cette troupe d'oiseaux . à tes pieds accourue , Peignait la pauvreté , qui , par toi secourue , Venait à la même heure , au bord de ton chemin ,

I8i SOUVENIRS OE, JEUNESSE.

Recevoir chaque jour l'aiiinADe de ta main.

La mère qu'accablait le poids de ses entrailles Voyait doubler par toi le froment des semailles ; Tu cacbais sous l'épi , dans nos moioons- glané , La layette de lin pour l'enfant nouveau-né; Puis tu disais, avec un sourire céleste :

« La pauvre femme assise à son foyer modeste , Ce soir , en déliant les gerbes du faisceau , De ce fils qu'elle attend trouvera le trousseau ; Et l'enfant , qui déjà pressentait la misère , Tressaillera joyeux dans le sein de sa mère. "

La cbarité. l'amour , ces divines vertus

Dont pour nous ennoblir Dieu nous a revêtus ;

La chanté, ce mot du céleste idiome

Qu'un ange è son l>erceau dut enseigner à l 'homme ,

La charité du Christ , qui fit naître la foi ,

O ma mère , elle était inépuisable en toi 1

Sur les douleurs du corps , sur les tourments de l'âme ,

Sur tout ce qui souffrait tu versais ton dictame :

Oui , l'amour qui console et guérit , tu l'avais.

Voilà pourquoi, marchant près de toi, je rêvais,

Pourquoi , quand je sondais ma pensée orgueilleuse ,

Qui demandait aux arts une gloire douteuse,'

Je me sentais rougir de désirer si peu :

Au lieu de tes vertus , la gloire. . . Oh I non , mon Dieu I

La gloire, écho qui meurt, terre un jour éboulée ,

Source qui se dessèche après s'être écoulée ;

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