‹ Historiettes moralesChapitre 26 sur 28 · SOUVENIRS DE JEUNESSE · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DE JEUNESSE

La {{lotre qui n'a pas un ami près de soi , Celte gloire , o moa Dicul détournez-la de moi , Et faites-moi chercher la charité féconde Dont ma mère, reçut la couronne en ce monde , Et qui vint se pencher riante à son chevet , Tx jour où Son exil ici-bas s'achevait.

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SABINE DE VILLEMANE.

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SABINE DE VILLEMANE.

La Provence n'a pas toujours de ces doux hivers durant lesquels les amandiers verdissent et étalent sur les collines la neige de leurs fleurs au lieu de cette neige de frimas qui couvre les coteaux des pays du nord. Dans cette partie de la France trop souvent vantée , et dont le ciel ni le sol ne valent

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leur réputation, il y a de rudes hivers Tdes froids dévastateurs que le mistral rend plus pénétrants et plus aigus; parfois l'hiver semble se venger de sa mansuétude ordinaire, et, comme un homme habituellement doux et calme , devient terrible quand il se met en colère. Ainsi, lorsque l'hiver se déchïifne sous ce ciel si bleu, si transparent, où le soleil brille par les plus grands froids , il agit avec une violence inattendue. Il ne s'assombrit point, ne s'enveloppe pas de brouillards, ne se fond pas en pluie comme les hivers du Nord : il s'avance splendide et radieux, armé d'un beau soleil qui se mire dans ses neiges et ses glaces dures comme du fer, et qui semble , au lieu de les amollir, les durcir encore sous ses rayons ; car le ciel souffle sur la terre des bises sèches et mordantes qui condensent les gelées. Alors le sol est brûlé par ce froid dévastateur comme par un incendie ; les feuilles des orangers se tordent et jonchent la terre ; la sève des oliviers se tarit , et chaque rameau se noircit et se dessèche comme au toucher des flammes; les herbes jaunissent et meiu-ent , et à peine le houx vivace résiste-t-il à ces atteintes foudroyantes.

C'était dans le mois de janvier 1809; or, depuis 1799, jamais l'hiver provençal ne s'était montré plus violent et plus resplendissant à la fois.ie ciel

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SABINE DE VILLEMANE. 191

avait été toute la journée d'un bleu vif plein d'érlat ; le soleil , qui ne s'était pas voilé , avait semé des gerbes d'or sur des champs couverts de neige glacée , et s'était couché triomphant dans des nuages de pourpre ; la nuit était venue toute brillante d'étoiles et étalant comme une ceinture ondoyante la voie lactée : on eût dit un magnifique ciel de printemps , et pourtant l'intensité du froid était telle que presque toutes les rues de la ville de *** demeuraient désertes ; les maisons restaient hermétiquement closes , les foyers étaient ardents , et chaque tuyau de cheminée projetait sur le ciel une épaisse colonne de fumée. Vers neuf heures il se lit un grand mouvement dans le quartier de la noblesse , et les rues où sont situés les plus riches hôtels semblèrent sortir de leur solitude et de leur repos ; on vit passer et repasser les porteurs de chaises, transportant dans ces espèces de cages dorées l'élite du beau monde. Toute cette noblesse du vieux temps se rendait à une fête magnifique donnée par M. Brunn, riche négociant de New- York. M. Brunn était venu en France pour s'éclairer sur de grandes entreprises industrielles qu'il voulait fonder aux États-Unis ; ses affaires étaient tenninées , et il s'était rendu en Provence pçur y chercher un climat plus doux , plus semblable à

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SABINE DE VILLEMANE. IDS

celui d'Amérique. La saison lui avait fait défaut, et il attendait la fin de cet hiver rigoureux pour s'embarquer dans le port voisin. Les affaires manquant à son esprit actif, M. Brunn se décida , pour éviter les ennuis d'une vie oisive, à dépenser une centaine de mille francs dans des fêtes qui mirent en émoi et éblouirent toute la province.

Veuf depuis quelques années, M. Brunn avait deux filles , l'une âgée de huit ans , l'autre de dix ; son immense fortune devait être partagée entre ces deux enfants ; il veillait sur elles avec une tendresse pleine de sollicitude, et pour rien au monde il n'eût consenti à s'en séparer. Voulant faire choix . pour elles d'une institutrice habile, il se disposait à aller à Genève avant de quitter l'Europe (on sait que Genève est une pépinière d'institutrices) ; devant partir dans peu de jours , il donnait ce soirlà son bal d'adieu. Les deux reines de la soirée , celles qui étaient le plus fêtées , le plus admirées , c'étaient les demoiselles de Villemane , sœurs jumelles de vingt ans, également touchantes de grâce , de fraîcheur et de cette candeur virginale qui ajoutait au charme de leur esprit et de leur beauté. Sabine et Marie (tels étaient les noms des jeunes filles} n'avaient pas cette identité de visage , de taille, et cette conformité dans les |)enchants

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