‹ Historiettes moralesChapitre 6 sur 28 · I.EK ORl'HELI^S. 8<J · texte numérisé non relu

I.EK ORl'HELI^S. 8<J

vivaient oisifs: l'une cherchait avec ses compagnes des distractions puériles; l'autre ne songeait qu'à des parties de chasse, de cheval, et aux amusements d'une tête folle , qui ne voit dans la vie que des plaisirs et pas de devoirs. L'année suivante M. Picot s'éteignit en bénissant ses quatre enfants et en leur recommandant de s'aimer et d'être unis ; ces paroles d'un mourant lirent une grande impression sur Pierre et sur Rose ; Alfred et Adéline en furent aussi vivement touchés. Pendant quelques mois la douleur confondit ces âmes en une seule pensée, celle de respecter la volonté de leur père en s'aimant et s'aidant entre eux. Ils vécurent ainsi en paix tant que les images de deuil ne furent pas effacées dans le cœur d'Alfred et d' Adéline par les distractions du monde, du monde qui enlève souvent à l'âme ses plus touchantes vertus pour ne lui laisser que ses mauvais penchants. Lorsque la douleur se fut affaiblie, la vanité d' Adéline reparut, elle chercha de nouveau à humilier la pauvre Rose; et Alfred devint si brusque et si impertinent envers Pierre, à qui il devait la conservation de la fortune de son père, que le noble orgueil du jeune homme se révolta ; il savait qu'il pouvait assurer avec indépendance son avenir et celui de sa sœur, et il s'éloigna avec elle de la maison de son bienfaiteur,

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dont les enfants n'étaient plus pour eux que des êtres hostiles.

En mourant, l'honnête procureur avait légué aux deux orphelins une somme d'argent et la petite bastide qu'il possédait auprès de Salon. Pierre et Rose n'acceptèrent point ce legs ; seulement , ils ■ demandèrent aux enfants de M. Picot de devenir acquéreurs de cette modeste campagne. Leur prière fut accueillie , et Pierre put bientôt payer cette habitation avec le fruit de son travail. Avocat distingué, il acquit en peu de temps une grande réputation et une petite fortune. Pendant les vacances, Pierre, à l'exemple de son bienfaiteur, allait se recueillir dans les champs : là , son âme se reposait et s'élevait en face de la nature. Il aimait à parler avec Rose de leur père adoptif , et ils se disaient qu'ils le reverraient un jour dans une vie nouvelle, où tout ce qui est bon doit se retrouver. Ces pensées de religion et de paix leur causaient de douces émotions et adoucissaient le souvenir pénible de leur rupture avec Alfred et Adéline ; les orphelins leur gardaient les sentiments les plus tendres, et ils n'attendaient qu'un appel de leur cœur pour voler auprès d'eux et les entourer de leur amitié. Ils savaient qu'ils n'étaient pas heureux ; on ne l'est jamais lorsqu'on ne suit pas dans la vie la route sé-

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vère et droite que le devoir nous indique. Adéline . ne trouvant du bonheur que dans les fêtes, se dé-

goûta bientôt de tous les plaisirs, car elle les avait épuisés trop vite. Elle livrait les soins du ménage à des domestiques qui la trompaient , et par sa négligence elle aidait à dissiper en détail la fortune

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de son père, qui s'annulait chaque jour entre les mains du prodif^ue Alfred. Celui-ci, dédaignant de s'initier aux affaires, annonça, après le départ de Pierre, qu'il avait le projet de vendre l'étude de son père: un homme de mauvaise foi se présenta et lui fit des ofires brillantes , Alfred les accepta avec empressement. Le marché fut conclu de telle sorte que le rusé procureur trompa l'innocent Alfred , et qu'après lui avoir compté une légère somme , il se trouva quitte envers lui avec des apparences légales. Alfred, qui ne recevait pas les sommes promises, entrevoyait la misère pour lui et sa sœur, et ne trouvait aucun moyen de s'y soustraire. Une pensée lui venait parfois: s'il s'adressait à Pierre? à Pierre qui aurait assez de courage pour prendre sa défense, et assez d'éloquence pour gagner sa cause.... Mais comment oserait-il recourir à lui, après l'avoir humilié et repoussé? Non, il ne le pouvait pas. Abandonnés dans leur mauvaise fortune, sans espérance d'en sortir , faibles dans leur malheur et incapables de le vaincre, Alfred et Adéline se lamentaient, un soir, dans le modeste appartement auquel ils se voyaient réduits. Des larmes amères coulaient de leurs yeux , et des réflexions sages, mais trop tardives, leur venaient sur leur fol orgueil et sur les torts qu'ils avaient eus en-

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vers les orphelins, envers ces nobles cœurs qu'ils avaient blessés et qui devaient leur être, hélas! à jamais fermés. Comme ils pensaient ainsi , un léger coup fut frappé à la porte ; ils ouvrent , et poussent un cri de surprise et de bonheur en apercevant Pierre et Rose qui se précipitent dans ieurs bras. Ils avaient appris leur malheur, et le passé avait été oublié : Pierre accourait pour offrir l'aide de son talent à celui qu'il nommait encore son frère. Alfred répondit par des larmes à sa générosité, et, l'étreignant dans ses bras, il lui jura une amitié éternelle. Rose et Adéline eurent aussi de touchantes ex|>ansion8 , et cette heure qui les réunit fut une des plus heureuses de leur vie. Dès le lendemain Pierre attaqua avec l'audace de la vertu celui qui avait dépouillé avec l'astuce de la fraude le Gis de son bienfaiteur. Un procès s'ensuivit, et le noble jeune homme démontra , avec une clarté qui convainquit les juges et avec une éloquence qui les entraîna , l'iniquité de son adversaire. 11 le couvrit de honte et le fit condamner à restituer à Alfred une fortune si honorablement acquise par son père et dont il l'avait frauduleusement dépouillé; Alfred et Pierre , Rose et Adéline , ne formèrent plus qu'une seule famille.

Pierre inspira à Alfred l'amour du travail et di-

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n LES ORPHELINS.

rigea sa vive intelligence vers un but utile. Rose fit comprendre au cœur d'Adéline qu'une jeune fille ne peut être heureuse qu'en étant modeste et en remplissant avec bonheur les devoirs imposés aux femmes.

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PREIIERS EXPLOITS

comedib; en trois tableaux.

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Le comie DUGUESCLIN.

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