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CHAPITRE LXXII

Mort de MM. A. Lupin, duc de Hamilton, comte Albert de Noailles, J. Joubert. — Omnium II, Le Sagittaire, Le Justicier, Andrée, Kasbah et Merlin. — Lutin (suite). — Héro. — L'écurie Gaston-Dreyfus. — Paris-Sport.

Magnifique année, malheureusement attristée par la mort de M. A. Ltipin, à l'âge de 89 ans. Depuis 1890, comme nous l'avons vu, il s'était retiré progressivement du turf, liquidant d'abord son écurie de courses,' puis son haras en 1893. Nous avons retracé à ce moment sa glorieuse carrière et nous ne pouvons que renvoyer nos lecteurs aux lignes que nous avons alors consacrées à cet éminent sportsman, à qui l'élevage national est redevable de cette fameuse famille Dollar, qui allait précisément trouver, cette année même, une de ses plus éclatantes manifestations avec Omnium II et Merlin.

La Société d'Encouragement s'est honorée en donnant le nom de M. Lupin à la Grande Poule des Produits.

Nous avons à enregistrer aussi la mort du comte A. de Noailles, du duc de Hamilton et de M. Jean Joubert.

Le comte Albert de Noailles était âgé de 72 ans. Membre du Jockey- Club, depuis 1848, et du Comité des Courses, où il avait remplacé M. Célestin de Pontalba, il avait été successivement juge, commissaire et vice-président de la Société, lui apportant dans toutes ses fonctions le concours de sa compétence et de son dévouement à la cause du sport. C'est en son souvenir que, dès cette année même, le prix du Nabob prit le nom de prix Noailles.

Le duc de Hamilton avait commencé à faire courir en France dans les dernières années de l'Empire, avec W. Planner, pour entraîneur. Ses couleurs — casaque cerise, manches et toque grises — furent portées avec honneur par Little Agnes (Grande Poule et Diane, 1872), Barbillon (2^ du Grand Prix et gagnant du prix Royal-Oak, 1872), Fénelon (2^ du Grand Prix, 1882), Sir Jones (Grand Prix deDeauville, 1873).Ilavait possédé également quelques

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chevaux d'obstacles, dont le plus célèbre fut Eaii-de-Vie, magnifique jument d'un modèle parfait.

M. J. Joubert, président de la Banque de Paris et des Pays-Bas, était un des anciens associés du comte de Lagrange, puis de M. Éd. Fould. Solange avait fait triompher sa casaque bleu-ciel, toque prunedans le prix de Diane de 1888.

Un grand cheval se détache sur une génération qui comprend cependant des animaux comme Le Sagittaire et Le Justicier.

Phot. J. Deiton.

Omnium II.

Omnium II, fils d'Upas et de Bluette, provenait, comme nous l'avons dit, de l'élevage de feu M. Delâtre; il avait été acheté, étant poulain de lait, à la liquidation de son haras, pour 6.000 francs, par la comtesse Le Marois, qui l'avait joint, l'année suivante, au lot des yearlings 'qu'elle envoyait à Deauville, où il fut acquis pour 14.100 fr. par M. Èf. Ridgway, pour le compte de M. de Saint-Alary. Il était

alezan, de bonne taille, avait les" jambes saines et présentait dans sa structure de grands points de force.

Nous avons retracé sa carrière à deux ans.

A trois ans, il est battu de deux longueurs, en lui rendant 4 livres, par Merlin, dans le prix Lyon-Chéri (2.000 mètres, L.-D.), à Maisons- Laffitte; puis, sur le même h'ppodrome, il enlève, dans un canter, le prix Stuart (2.200 mètres), à deux médiocres adversaires, et il a beaucoup de peine à battre d'une encolure Launay et Domfront, dans le prix Lagrange (2.000 mètres, L.-D.). Mis au repos jusqu'à Chantilly, il remporte facilement d'une longueur le prix du Jockey-Club, sur Cherbourg et onze autres compétiteurs, parmi lesquels Le Sagittaire et Launay; ne ftgûre pas dans le Grand Prix (où les trois premières places sont prises par Andrée, Cherbourg et Le Sagittaire), non plus que dans le Furstemberg Mémorial (2.000 mètres), à Bade, où il porté la grosse surcharge, mais enlève d'une longueur et demie, avec 61 kilos, le prix du Prince Hermann de Saxe-Weimar (2.200 mètres); succombe de quatre longueurs, dans le Biennal de Maisons-Laffitte (1.200 mètres), contre le deux ans Shéridan, à 27 livres d'écart pour l'année; n'a pas à s'employer, dans le prix de Villebon (2.400 mètres), pour rendre 10 livres à Quélus et autres; enlève d'une longueur le prix du Tibre (2.600 mètres), à Maisons-Laffitte; bat d'une encolure, à poids égal. Le Justicier, dans le prix du Prince d'Orange (2.400 m.); remporte de deux longueurs, sous le top weight de son âge, le prix du Conseil Municipal, sur Le Sagittaire, à qui il rend 6 livres. Le Justicier et neuf autres, dont la jument allemande Gloire de Dijon, qui l'avait battu à Bade et qui bénéficie cependant, cette fois, d'un avantage de 12 livres; et, enfin, succombe, à 34 livres d'écart. Contre l'invincible Héro, dans le prix de la Forêt (1.400 mètres).

En résumé, il avait couru 12 fois, pour remporter 8 victoires et 3 places, s' élevant à 355.075 francs.

Nous verrons par la suite qu'il ne resta pas sur ces succès et qu'il confirma, par ses brillantes performances ultérieures, la haute qualité dont il était doué.

Après lui. Le Sagittaire (Le Sancy et La Dauphine) — qui se montrera étalon de premier ordre — et Le Justicier (Le Sancy et North Wiltshire), figurent au palmarès, le premier avec 159.725 francs et deux prix (Greffulhe et Grande Poule, plus une place de troisième dans le Grand Prix, et de deuxième dans le prix du Conseil Municipal): le second, avec 296.625 francs et trois prix,' dont les Eclipse Stakes de 250.000 francs, à Sandown Park.

Andrée (Retreat et Araignée) peut prendre rang parmi ces animaux qu'une heureuse chance favorise au moment opportun. Bien qu'elle eût remporté la Poule d'Essai sur Kasbah ( Vigilant et Katia), à M. H. Delamarre, celle-ci avait pris une revanche si complète dans le prix de Diane, qu'on ne pouvait supposer qu'elle la bat-

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trait à nouveau dans le Grand Prix, et, avec elle, des adversaires ■comme ceux qu'elle rencontrait. C'est pourtant ce qui se passa, et la pouliche de M. E. Blanc — qui était partie à 16/1 — l'emporta sans lutte. Le champ avait réuni seize partants, chiffre record jusque-là. A l'automne, le prix de Flore, à Maisons-Laffitte, remit pour la troisième fois en présence Kasbah et Andrée, et, comme à Chantilly, l'avantage resta à la pouliche de M. Delamarre, qui battit celle de M. E. Blanc de bien plus que les 4 livres qu'elle en recevait. Dinette enleva même la seconde place à Andrée.

Venons enfin à Merlin (Vignemale et Mignonnette), que M. Maurice de Gheest n'avait payé que 700 francs, deux ans auparavant, à Ja vente des yearlings du haras de Marcadieu, à M. Lassalle.

C'était un poulain bai-brun, plutôt petit, d'un modèle très harmonieux, et dont l'action souple et légère rappelait beaucoup celle de son grand-père Dollar.

On a beaucoup écrit sur Merlin et, tandis que les uns le portaient aux nues, les autres n'ont voulu voir en lui qu'un animal médiocre, ilieureusement servi par les circonstances.

A notre avis, Merlin

n'a mérité Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité,

•et la vérité nous semble que, sans être un grand cheval, il n'en fut pas moins un bon cheval de second ordre, d'une qualité réelle, mais de moyens limités. Ce n'est pas tant le nombre et la facilité de ses victoires qu'il faut envisager, que leur signification intrinsèque. Or, à l'exception du prix Lyon-Chéri — où il battit Omnium II, encore très vert, et dont c'était la rentrée en scène, alors que lui-même en était déjà à sa troisième sortie de la saison et avait acquis l'expérience du métier — on peut dire que, s'il se tira avec honneur des tâches qui lui furent imposées, ce ne fut jamais que de tâches faciles, Launay, qui n'occupait qu'un rang secondaire dans sa génération, ayant été son .plus redoutable adversaire.

Ce n'était pas suffisant, pensons-nous, pour tant regretter qu'il n'eût pas de grands engagements. A considérer le rôle effacé qu'il jouera à quatre ans, quand il se trouvera enfin en présence des chevaux de premier plan, on ne voit pas bien quelle figure il eût faite dans une course sévère comme le Jockey-Club ou le Grand Prix, lui ■qui ne triompha jamais que de champs aussi pauvres en quantité •qu'en qualité (1).

(1) Dans les dix courses qu'il remporta, à trois ans, sur les onze qu'il disputa, ■et qui s'élevèrent à 173.125 francs, Merlin ne rencontra jamais plus de quatre adversaires au maximum. Il y a loin de ces maigres lots aux 13 partants du Jockey-Club et aux 16 du Grand Prix.

Ses principales victoires furent les prix de Vincennes, de la Seine, Boïard, Fould, Monarque et le Grand Prix de Deauville, après lequel il fut mis au repos.

Bombon (Richelieu et Bavarde), à M. A. Menier, qui V avait rien fait de l'année, remporta une victoire aussi fructueuse qu'inattendue dans le prix Royal-Oak, où il partit à 40/1. Comme dans le Grand Prix, Le Justicier et Le Sagittaire, après avoir paru maîtres de la partie jusqu'à l'entrée de la ligne droite, avaient trouvé la distance trop longue.

Launay eut en partage la Poule d'Essai; — Cherbourg, le prix du Nabob et la seconde place dans le prix du Jockey-Club et le Grand Prix; — Roitelet, le prix Hocquart; — Arioviste, le prix Daru; — et Divan, le prix Delâtre.

Lutin poursuit le cours de ses succès. Vainqueur de la Coupe, pour la seconde fois, il s'efface à la distance, dans le prix Rainbow, pour laisser passer son camarade, Pomar<i. C'était le droit strict de M. Caillault, qui lui évitait ainsi les surcharges imposables au gagnant d'un prix de 20.000 francs. Mais, comme Pomard était à 20/1, alors qu'on payait 4/6 en faveur de Lutin, on juge — par ce que l'on a vu de l'impressionnabihté du pubhc de la pelouse — à quels excès ce résultat aurait pu le pousser, si les chevaux d'une même écurie n'avaient été heureusement couplés au pari mutuel.

Puis il remporta le prix du Printemps, le prix de Dangu, d'une encolure sur Callistrate — les autres étaient si loin que le juge se dispensa de placer un troisième — et trois autres courses, avant de claquer dans le Gladiateur.

Parmi les deux ans, on relève les noms de Champignol, Arreau, et Champaubert, mais l'héroïne de la jeune génération est Héro (Dauphin et Henriette II), au comte de Fels, qui ne connut pas la défaite et remporta successivement le prix d'Essai des Pouliches, à Maisons-Laffitte, le Deuxième Critérium, le Grand Critérium et le Critérium International, à Paris, et le prix de la Forêt, à Chantilly, créditant son propriétaire de plus de cent mille francs.

Comme sa devancière, Swift, pour ne rappeler qu'un des plus brillants météores de deux ans, Héro ne devait connaître qu'une gloire précoce!

Il en sera de même d'un autre de nos deux ans. Majestueuse, qui s'était signalée en enlevant les Lancashire Breeders Produce Stakes, à Liverpool, et un Nursery handicap, à Newmarket, s'élevant à près de 60.000 francs.

Elle appartenait au baron de Rothschild qui, avec les victoires de Le Var, 3 ans, dans les Princess of Wales Stakes, de Médicis, 5 ans, dans trois handicaps, et du vieil Amandier, dans quatre courses, dont le Great EasternRailway,àNewmarket, figurait pourlSO.OOOfr.

dans la somme globale de près de 400.000 francs que notre élevage avait gagnés en Angleterre, grâce au succès, que nous avons déjà signalé, de Le Justicier, dans les Eclipse Stakes.

Le turf enregistre les couleurs (casaque bleu-marine, manches •et toque mauve) d'un nouveau venu, M. Gaston-Dreyfus, dont l'élevage du Perray (Seine-et-Oise), ne devait pas tarder à produire -quelques chevaux de premier ordre.

Aucune vente sensationnelle n'eut lieu en 1895. Toutefois, parmi le lot que le comte de Berteux liquida en juillet, figurait un poulain de deux ans, par Upas et Analogy, qui devait faire parler de lui. Il s'appelait Elf, et fut acquis pour 7.000 francs, par M. de Mézailles.

Signalons l'apparition d'un nouvel organe sportif quotidien, Paris-Sport, qui se différenciait de tous ses confrères en ce qu'il paraissait le soir, à l'issue même des courses de la journée, dont il publiait les résultats complets.

La hâte fiévreuse qu'ont les joueurs de toute catégorie de connaître ces résultats, sans attendre au lendemain, assura le succès de Paris- Sport, dès son premier numéro.

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