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CHAPITRE LXXI

:Scandales des prix Reiset et du Jockey-Club. — Gospodar, Dolma-Baghtché, Algarade, Le Pompon, Ravioli, Lulin. .— Callistrate, Fousi- Yama et Aquarium (suite). — Les écuries Gaillault. du comte de Ganay^ et du comte de Saint-Phalle. — Les premiers produits du ^ancy. — MM. Etienne Fould, Max Lebaudy et J.-L. de Francisco-Martin. — • Retraite du baron de Soubeyran, liquidation de son écurie de courses et du haras d'Albian. — Le prix Delâtre. -~ Mort de Tristan.

Deux incidents des plus regrettables — sans précédents encore dans les annales du turf français, et dont l'un d'eux causa une émotion profonde — marquèrent cette année.

Nous voulons parler du scandale du prix Reiset, suivi, à peu de distance, de celui du prix du Jockey-Club, bien faits, tous deux, pour attirer l'attention sur le déplorable état d'esprit créé par le développement que l'établissement du pari mutuel avait déjà donné • et allait donner davantage encore à la passion du jeu, et qui prouvent à quel point l'éducation sportive du public était encore incomplète, bien que les courses de chevaux existassenten France depuis près de soixante ans.

S'est-elle d'ailleurs complétée depuis lors et se parachèvera-t-elle même jamais? Il est permis d'en douter, quand on se rappelle les tristes événements qui, dix ans plus tard, marquèrent, à Longchamp, la journée du Handicap libre! .

Donc, le prix Reiset mit, le premier, le feu aux poudres. Quatre chevaux s'étaient présentés au poteau : Toujours (Barlen),à M. E. Blanc, Saint Honorât (Dodge), à M. Jacquemin, Languedoc et Tronçais. Ces deux derniers étaient considérés comme des comparses, la partie devant se jouer entre les deux autres.

Logiquement, les préférences du ring auraient dû aller à Saint- Hofiorat, qui avait fini second de Chocolat, dans le prix de Mars, où Toujours n'avait pas été placé, et qui avait gagné ensuite le prix d'Avril.

Il partit cependant à 4/1, alors qu'on payait 1/3 en faveur de Toujours, qui n'avait à son actif que le prix de l'Espérance, remporté sur un lot d'une médiocrité rare, et qui passait pour plus ou moins moins cabochard.

Le plus sûr moyen de provoquer quelque incartade de la part de Toujours consistait, pour ses adversaires, à le laisser aller en tête; aussi, mirent-ils leurs chevaux au trot, en sorte que Barlen se trouva prendre le commandement à son corps défendant. Cette tactique eut le résultat qu'on en espérait, et, le Moulin était à peine passé, que Toujours se dérobait, laissant Saint-Honorat gagner sans lutte.

Il n'y avait rien là que de très naturel et la manœuvre était de bonne guerre. Le public de lapelouse n'en jugea pas ainsi et, dans sa déception, peu s'en fallut qu'il ne lynchât Barlen, qui dut abandonner son cheval ■et sauter par-dessus la grille du pesage, pour échapper eux énergumènes que la perte d'une pièce de cent sous suffisait ainsi à transformer en bêtes sanguinaires!

Si honteux que fut ce spectacle, qu'était-il, cependant, en comparaison du débordement de colères que souleva la victoire de Gospodar, dans le prix de Jockey-Club!

Et cette fois, ce n'était plus seulement la foule de la pelouse qui cédait à une manifestation irraisonnée, mais le public même du pesage, que son éducation, à défaut de sa « sportivité », aurait dû préserver d'un emballement aussi regrettable.

Pourquoi Gospodar, qui avait gagné, à deux ans, le prix de la Salamandre, et, au printemps, le prix Grefïulhe, sur Melchior — cjui passait alors pour le crack de sa génération — - partit-il à 20/1?

Qu'avaient donc fait de mieux que lui les autres candidats au blue ribban ? Depuis le début de la campagne, ne s'étaient-ils pas battus et entre-battus à tour de rôle, au point qu'un choix était réellement difficile.

L'incohérence du betting était manifeste, et si Gospodar était coté à 20/1, Gouvernail, qui avait gagné la Grande Poule, ne trouvait pas preneur à 25/1, tandis que Toujours, dont nous avons dit les modestes performances, était second favori à 4/1, après Poly- gone, à 3/1 !

Peut-être objectera-t-on que les plus fines cravaches d'Angleterre avaient été engagées pour la circonstance : que J. Watts était en selle sur Polygone, Morning Cannon sur Toujours, Tom Loates sur Styx, et son frère Sam sur Sésame, alors que Gospodar avait pour cavalier Liddiard, jockey sans notoriété.

Mais on oubliait que c'était précisément ce même Liddiard qui

l'avait piloté lors de sa victoire dans le prix Greffulhe, alors qu'i avait été non placé, avec J. Watts, dans la Grande Poule.

Quoi qu'il en soit, quand on avait vu Gospodar surgir brusquement en dehors et régler dans un canter Toujours et Styx, entre qui la lutte finale semblait circonscrite, un vent de folie furieuse avait brusquement passé sur l'hippodrome des Condés. D'un même mouvement, lapelouse et le pesage se ruèrent, hurlant et vociférant, vomissant l'injure et la menace. M. Michel Ephrussi qui, tout joyeux de la victoire de son poulain, s'en allait à sa rencontre, fut entouré par une foule déchaînée. Injurié, frappé, les vêtements en désordre, couvert de boue et de crachats, il ne dut son salut qu'à l'intervention de la police, qui eut toutes les peines du monde, pour le soustraire à la colère populaire,. à l'enfermer dans une stalle des écuries du pesage. Cerné par une multitude en fureur, qui l'invectivait grossièrement, le malheureux dut attendre la fin de la journée pour quitter son abri, et le Derby était couru depuis longtemps, que l'air raisonnait encore du mot « Voleur!... Voleur!... » craché par quinze mille poitrines!

Nous ne connaissons ni M. Michel Eprussi, ni aucune personne de son entourage. Nous sommes donc bien à l'aise pour stigmatiser énergiquement la conduite du public en cette circonstance. La manœuvre frauduleuse que l'on imputa gratuitement à M. Michel Ephrussi eût-elle même existé, que l'attitude de la foule n'en fut pas moins écœurante. Si coupable que soit un homme, on ne se met pas des milliers contre un pour le châtier : la justice, dans ces conditions, devient de la lâcheté.

Et rien ne motivait cette véritable curée, tous les chevaux qui disputèrent le Derby étant de qualité médiocre et ayant les mêmes chances.

Comme bien on pense, cette triste affaire eut un retentissement énorme, et les Commissaires de la Société d'Encouragement, dans l'intérêt même du sport et sans qu'aucune plainte directe eût été déposée entre leurs mains, ouvrirent une enquête approfondie auprès de tous les donneurs de quelque importance. Leurs opérations furent minutieusement contrôlées, et il fut impossible d'y trouver trace de paris émanant de M. Michel Ephrussi ou de ses intimes.

Gospodar courut encore le Grand Prix, où il prit la quatrième place, après quoi M. Michel Ephrussi abandonna le turf pour de longues années.

Dohna Baghtché ( Krakatoa et Alaska) , au baron de Schikcler, n'avait pas couru le prix du Jockey-Club, dans lequel il n'était pas inscrit. Vainqueur, comme nous l'avons vu, des trois courses qu'il avait disputées à deux ans, il avait échoué, pour sa rentrée, contre Le Pom-

pon, dans le prix Lagrange, où il s'était présenté encore très vert. Il avait ensuite enlevé sans peine le prix La Rochette et celui des Acacias, puis le Grand Prix, où, monté par Dodge, il ne l'avait emporté, après une superbe lutte, que d'une encolure sur le cheval anglais Matchbox, pour lequel on payait 4/6. Second de Ladas, dans le Derby, Matchbox venait d'être acheté 375.000 francs à lord Alington, par le baron de Hirsch, avec une redevance éventuelle de moitié du Grand Prix.

Dolma Baghtché fut retiré de l'entraînement après sa victoire, en raison de l'état de ses jambes. Il présentait ceci de particulier, qu'il avait de commun avec le célèbre Cade, que, sa mère étant morte peu de temps après l'avoir mis bas, il avait été élevé au biberon, avec du lait de chèvre.

Ravioli (Atlantique et Japonica), camarade d'écurie de Dolma Baghtché, remporta les prix du Nabob, Monarque et du Prince d'Orange.

Le Pompon (Fripon, par Consul, et La Foudre), à M. Edmond Blanc, ne confirma pas son heureuse victoire du prix Lagrange. Il est le père de Prestige, un des meilleurs chevaux de ces trente dernières années, et de Biniou.

Beaujolais (Gamin et Bigamy), à M. Michel Ephrussi, avait eu en partage la Poule d'Essai des Poulains et le Saint-Léger de Caen; — et Calcéolaire (The Bard et Kild), à M. A. Abeille, la Poule d'Essai des Pouliches, mais elle n'avait pu prendre que la seconde place, dans le prix de Diane, à une demi-longueur de Brisk (Galopin et Brie), au baron de Rothschild.

Une émule de Galette — laquelle était morte des suites d'une purgation, quelques jours après avoir remporté le prix des Sablons, sur Ragostky — se révéla, dans le petit prix du Parc, à Vincennes, au début de la saison. Elle se nommait Algarade (Balzan et Alerte), et appartenait à M. E. de La Charme qui, ne soupçonnant pas sa qualité, la laissa partir pour 8.888 francs.

Le comte de Fels n'eut pas à regretter cette heureuse acquisition, la pouliche ayant gagné, dans son année, plus de 100.000 francs et neuf courses, dont le Grand Prix de Deauville.

L'écurie Caillault (MM. Maurice Caillault et comte Paul de Pourtalès) venait de se former, avec R Carter junior, pour entraîneur.

Lutin (Patriarche et Légitime ) , qu' elle n' avait payé que 2 .500 francs à la vente des yearlings du haras de Montgeroult, à la baronne de Bray, est le premier à illustrer la casaque jaune et bleu, par ses victoires dans la Coupe, les prix de la Moskowa et Jouvence.

Deux autres casaques — qui ne paraîtront guère que de façon aussi heureuse quMntermittente — remportent leur premier succès,

l'une, dans le petit prix de Boulogne, à Paris, avec Velléda, 3 ans, et l'autre dans le Grand Prix de Vichy (handicap, 12.000 francs), avec Lanterne Magique, 4 ans, qui venait de chez ]e comte de Clermont- Tonnerre.

Ce sont celles du comte, depuis marquis de Ganay (casaque jaune, toque verte) et celle du comte P. de Saint-Phalle (casaque jaune, toque framboise).

Callistrate remporte les prix d'Hédouville et de Dangu, mais ne peut rendre 12 livres, dans le prix du Conseil Municipal, à l'anglais Bestman, qui le battit d'une longueur. En fin de saison, il enleva, à Newmarket, le Jockey-Club Cup, après avoir pris la seconde place, dans l'Ascot Gold Cup, l'Alexandra Plate, le Gesarewitch (où il était pénalisé de 16 livres par rapport au vainqueur, Childwick), et la troisième dans le Cambridgeshire.

Fousi-Yama eut en partage les prix Boïard, du Cadran et La Rocliette; — Aquarium, cinq courses, dont, pour la seconde fois, le prix Gladiateur; — et Le Nicham II, le Lincolnshire Handicap.

Parmi les chevaux de deux ans qui attirent l'attention, il faut citer tout d'abord les produits du Sancy, qui font leur première apparition en public et dont les débuts font sensation.

Ce sont : Le Sagittaire (prix de Villers et prix de Deux Ans, à Deauville, Grand Critérium, à Paris); L? Justicier (deuxième du prix La Rochette, gagnant des prix des Chênes et de Condé); Le Hadji (prix Upas et prix Le Destrier, à Maisons-Laffite); Béatrix (prix de Honfleur à Deauville, Deuxième Critérium, à Paris, et prix Eclipse); Cherbourg (qui remporte de 8 longueurs le Critérium de Maisons-Lafûtte, après avoir été distancé dans le prix de Sablonville, pour avoir bousculée Néerlandaise).

Puis viennent : Andrée (prix de la Toucques, à Deauville, et Critérium de Vincennes); — Montlhéry (prix de La Rochette); — Fragoln (prix d'Essai des Pouliches et Biennal, à Maisons-Laffitte, et Critérium International); — Omnium II (prix d'Essai des Poulains et prix Chêne Royal, à Maisons-Laffitte, et prix de la Forêt; il n'avait pas figuré dans le prix de l'Avenir, à Bade, et avait été battu, par Fragola, dans le Critérium International); — enfin Merlin (prix Bruce, à Maisons-Laffitte, où il rapporte 402 francs au pari mutuel du pesage).

Guidé par des considérations d'ordre budgétaire, le Conseil supérieur des Haras demande le relèvement, de 100 à 400 francs, du prix de saillie des étalons de grand ordre.

Le Ministre de l'Agriculture refuse d'apporter cette modification à la loi de 1874, qui régit la question.

m\ A FIN JOiS 5:9-

Mort de M. J.-L. de Francisco Martin. Il n'eut jamais qu'une écurie des plus restreintes. Son meilleur cheval fut The Condor, qui eut l'honneur, grâce à la supériorité de son jockey, de battre la célèbre Plaisanterie, dans le Grand Critérium de 1884.

Les onze sujets composant son écurie réalisèrent 109.300 francs.

Pour cause de décès également furent liquidées les écuries de MM. Etienne Fould (35 chevaux, 109,950 francs) et Max Lebaudy (30 chevaux, 206.450 francs).

Mais la vente la plus importante de l'année fut celle de l'écurie et du haras d'Albian, au baron de Soubeyran, dont son âge ne lui permettait plus de s'occuper activement.

Elle comprenait 2 étalons, 29 poulinières, 15 yearlings et 38 chevaux à l'entraînement, de deux ans et au-dessus,- qui produisirent plus d'un million (1.045.880 francs)

Nous ne voyons guère à retenir que les noms de Little-Duck, âgé de 13 ans, adjugé 67.000 francs à M. J. Lebaudy, et de May Pôle, 8 ans, qui sera la mère de Rose de Mai, que le comte de Saint-Phalle acquit pour 40.000 francs.

Création par la Société Sportive, au début de la campagne de plat, du prix Delâtre (20.000 francs, 2.000 mètres, en ligne droite),, pour chevaux de trois ans (1).

L'étalon Tristan (Hermit et Thrift), mourut la tête fracassée par la chute d'une poutre qui s'était détachée du plafond de son écurie. Il était né en 1878 et avait remporté, sous les couleurs de M. C.-J. Lefèvre, 18 courses sur les 26 qu'il disputa, dont trois fois les Hardwicke Stakes, à Ascot, et trois fois le Grand Prix de Deauville,sous le poids écrasant, en 1883, de 68 kilos 1/2. Ses gains dépassaient 400.000 francs.

On se rappelle sa magnifique lutte, dans le Grand Prix de Paris,, contre Foxhall, qui ne triompha que d'une courte tête.

D'un caractère très difficile et d'un tempérament peu prolifique, Tristan n'a pas marqué son passage au haras.

(1) Poids : 56 kilos. Le gagnant, à l'étranger, d'un prix de 12.500 fr. portera 3 kil. 1/2 de plus. Les chevaux issus d'étalons nés et élevés en France n'ayant jamais produit le gagnant, avant le jour de la course, d'un prix de 10.000 fr. en France (anglo-arabes et demi-sang exceptés) recevront 2 kil. 1/2. Les chevaux issus de juments n'ayant jamais produit un gagnant, avant le jour de la course, en France (anglo -arabes et demi-sang exceptés) recevront, en outre, 2 kil. 1,2.

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