CHAPITRE LXXVII
L'Exposition Universelle. — Meeting de Nice. — Meeting de Vichy : le prix des Rêves d'Or et le Grand Prix. — Semendria, Codoman, La Morinière, M. Amédée, Aigle Royal. — Perth et Fourire (suite). — Mort d'Omnium II et de Le Sancy. — Le comte G. de Juigné. — • Le Soui>enir, record du prix d'un yearling en France. — Importation de Flying-Fox. — Diamond, Juhilee et Perdita II. — Loi du 1'^'' avril sur les pronostics payants.
La France clôture le xix® siècle par une grandiose Exposition Universelle ciui, si elle est un désastre pour la plupart des exposants, n'en attirera pas moins toute l'année les provinciaux et les étrangers en foule, grâce au beau temps qui la favorisera jusqu'au dernier moment.
En prévision d'une augmentation des recettes, la Société d'Encouragement a corsé son programme — l'épreuve la plus importante qu'elle crée pour la circonstance est le Prix de Deux Ans (25.000 fr., 1 .600 mètres), qui se dispute le jour du prix Gladiateur — et apporté une légère modification à l'ordre de ses réunions d'automne : c'est ainsi que, dans l'espoir d'un public plus nombreux, les deux premières journées de Chantilly sont reportées à Longchamp,
Ce sont ces mêmes considérations financières qui, quelques années plus tard, amèneront une mutation plus complète encore et réduiront le meeting d'automne de Chantilly aux trois journées d'ouverture. Certes, les vieux souvenirs sportifs y perdront de leur couleur locale et l'appellation de bon nombre de prix ne signifiera plus rien à Longchamp, mais on ne peut en vouloir à la Société d'Encouragement d'avoir sacrifié ce côté purement rétrospectif à l'intérêt même du sport. A l'exception des journées des prix de Diane et du Jockey- Club, toute réunion à Chantilly est inscrite à son budget par une perte sérieuse, qui devient considérable avec les grises journées d'arrière-saison, presque toujours froides ou pluvieuses. En les repor-
tant à Paris, elle est certaine d'une recette supérieure, et, par cela même, diminue d'autant moins les disponibilités qu'elle peut affecter aux courses.
A Maisons-Laffitte, se dispute pour la première fois, en novembre, le prix National (60.000 francs, 2.400 mètres), pour chevaux de 3 ans et au-dessus, poids pour âge; le vainqueur, à vendre pour 40.000 francs. Cette épreuve, qui deviendra le prix des Haras Nationaux et qui se courra au début de la saison, avait pour but de mettre l'Administration des Haras à même d'acquérir des étalons de valeur, à un prix peu élevé.
Très modeste jusqu'alors, le meeting de Yicliy prend soudain un développement considérable.
Au prix du Cercle International (Critérium, de 12.000 francs), succède le prix des Rêves d'Or (25.000 francs, pour chevaux de 2 ans), et, au Grand Prix de Vichy, Handicap de 12.000 francs, le Grand Prix du Cercle International de F/c% (100.000 francs, 2.600 mètres), pour chevaux de 3 ans et au-dessus; poids pour âge, avec surcharges et décharges.
On ne peut que féUciter la Société des Courses de Vichy de T effort qu'elle faisait en la circonstance, tout en regrettant que l'éloignement et la concordance avec l'ouverture de la saison normande Paient toujours privée des sujets de premier ordre. Peut-être, aussi, les conditions de poids de son Grand Prix demanderaient-elles à être modifiées, la tâche des chevaux de tête y étant particulièrement sévère. Il faudrait tout au moins que le programme comportât — comme à Deauville, par exemple — quelque autre épreuve, richement dotée, qui leur permît, à défaut du Grand Prix, de trouver une large compensation à leur déplacement.
La Société des Courses de Nice hésitait encore sur l'époque qu'elle devait adopter pour son meeting de plat, créé en 1898. Fixé d'abord au printemps, il avait été. dès l'année suivante, scindé en deux: mi-partie en mars, mi-partie en novembre. Les prix du début de l'année étaient insignifiants ; pour corser le programme des deux journées de l' arrièresaison, elle venait de créer un Grand Critérium de 25.000 francs et un Grand Prix de 50.000 francs, pour chevaux de 3 ans et au-dessus, poids pour âge, avec surcharges et décharges.
Les choses iront ainsi jusqu'à la fin de 1903: après une année de suspension, la reprise des courses plates se fera avec le seul meeting de printemps, tel qu'il se poursuit actuellement.
Une très belle jument grise, Semendria (Le Sancy et Gzardas), au baron A. de Schickler, et Codoman (Cambyse et Campanule), à
M. Maurice Ephrussi, tiennent la tête de la génération de trois ans en dépit de leurs échecs respectifs, l'une, dans le prix Lupin, l'autre, dans le prix du Jockey- Club.
. Semendria n'avait couru que deux fois, Tannée précédente, pour remporter dans un canter le Critérium International et le prix de la Forêt. Pour sa rentrée, elle avait enlevé au petit galop la Poule d'Essai; battue de trois longueurs par Ivry, dans le prix Lupin, à la suite d'une de ces courses fausses qu'on ne peut expliquer, elle n'avait pas eu à s'employer pour cueillir le prix de Diane, ce qui ne l'empêchait pas de partir assez délaissée à 8/1, dans le Grand Prix, dont les favoris étaient La Morinière, 2/1, Codoman, 4/1, et les deux représentants de M. Brémond, Ii>oire et lago, 6/1; le champ comprenait quinze partants, dont les deux anglais Bonarossa et Most Excellent, qui n'avaient pas figuré dans le Derby de Diamoîid Jubilee, et qu'on faisait de 20 à 40/1. Après une course assez mouvementée, — Fier s'était abattu, le boulet brisé, et son camarade Sajis Escompte. a.Yaài été mis hors d'affaire, par une bousculade; — la lutte demeurait circonscrite, à l'entrée de la ligne droite, entre Semendria, lago et La Morinière. A la distance, la jument grise avait le meilleur et elle l'emportait d'une demi-longueur sur l'extrême outsider Loç>e Grass qui, dans un rush foudroyant, enlevait d'une tête la seconde place à lago.
A l'automne, Semendria rendait sans peine 7 à 8 livres à ses rivales du prix de Diane, dans les prix de Flore et Vermeille, mais n'était pas placée dans le prix du Conseil Municipal, où le vainqueur Codoman recevait d'elle 9 livres et le sexe. Favorite à 2/1, elle y avait fait une très belle course et n'avait fléchi qu'à la distance où le poids s'était fait sentir.
Codoman avait été payé 20.000 francs, à Deauville, à la vente des yearlings du haras de Barbeville, au comte Foy. Battu, à 2 ans, par l'anglais Corblefs Bay, dans le Critérium International d'Ostende, il avait à son actif le Premier Critérium et le prix de Condé; et, cette année', le prix Lagrange et le Biennal. Deuxième, à une demi-longueur de La Morinière, dans le prix du Jockey-Club, non placé dans le Grand Prix, vainqueur du prix Monarque, troisième, à Deauville, dans le prix du Chemin de fer et le Grand Prix, il enlève de deux longueurs et demie le prix du Conseil Municipal, à quinze adversaires, dont Méliîia, Fourire, Semendria et La Morinière, à un sérieux avantage de poids de ceux-ci, il est vrai.
Il termine la campagne par une tentative infructueuse dans le Cambridgeshire où, dans un champ de vingt-quatre partants, il finit à trois longueurs de Berrill, à qui il ne rendait pas moins de l'année et 14 livres.
La Morinière (Lord Clive et Macarena), l'heureux vainqueur du prix du Jockey-Club, appartenait au baron Hoger. Il n'avait pas couru à deux ans et avait enlevé un petit prix a Maisons-Laffitte,
puis le prix LaRochette, avant de triompher à Chantilly, après quoi il ne fit plus rien.
Avant de remporter, lui aussi, une heureuse victoire, sur Semendria, dans le prix Lupin, Içnj (Stuart et Corisande), à M. E. Deschamps, avait gagné les prix de Fontainebleau et Hocquart, sur des lots médiocres. Favori, à égalité, dans le prix du Jockey-Club, il n'y joua aucun rôle.
Kerlaz (Gulliver et The Frisky Matron), rapporte 164.812 fr. 50 au vicomte d'Harcourt, avec cinq épreuves, dont le Grand Prix du Cercle international de Vichy, créé cette année même, comme nousl'avons vu.
M. Amédée (The Bard et My Mary), provenait de l'élevage de M. H. Say. Acheté par M. Maurice Ephrussi, il. le créditait de 128 000 francs, grâce à six victoires, dont celle, tout à fait inespérée, comme on le verra, dans le Grand Prix de Deauville; il avait également remporté le prix National, de 60.000 francs, que venait de créer la Société Sportive.
Enhn, n'oublions pas de citer Tinvincible Aigle Royal (Gil Pérès et Ayguelongue), à M. D. Guestier qui, à huit ans d'intervalle, renouvelle les exploits de son père, et qui n'est battu que par le seul Fourire, à 14 livres pour l'année, dans le prix de Longchamp, à Deauville. Ses neuf autres sorties furent des victoires, dont la plus belle est celle qu'il remporta, dans le prix de Chantilly, sur Ivoire, à qui il rendait 7 livres. Ses gains — qui comprenaient le Derby du Midi, le prix du Prince Amédée, à Turin, le Grand Prix du Commerce, à Milan, et le Grand Prix de Spa — s'élevèrent à 157.650 francs.
A la fin de sa quatrième année, il deviendra la propriété de l'Administration des Haras, pour la somme de 30.000 francs.
Perth ne fera qu'une apparition victorieuse dans le Cadran, après (juoi l'état précaire de ses jambes ne lui permettra plus qu'une sortie, dans l'Ast ot Gold Cup, où il tombera définitivement broken-down.
Envoyé au haras dès l'année suivante, il ne tardera, comme nous le verrons par la suite, à s'y montrer reproducteur remarquable.
Si une bousculade malencontreuse coûta le Grand Prix de Deauville à Fourire, par contre, une autre bousculade lui valut le prix du Prince d'Orange.
Dans le Grand Prix de Deauville, il avait mené, avec Codoman, à la corde, jusqu'à 200 mètres du but, où Annecy essayait de passer entre la corde et Codoman, qui se trouvait poussé sur Four ire. Le
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jockey de celui-ci, pour ne pas perdre sa ligne, appuyait de son côté sur Codoman qui, ainsi pris entre les deux, était mis hors de course, cependant que Four ire filait au poteau et l'emportait sur M. Amédée, camarade de Codoman, qui, dans les dernières foulées, enlevait la seconde place à Annecy.
Il n'était pas douteux que Codoman. eût subi un réel dommage, mais le seul coupable, en l'espèce, était Annecy, et en rendre responsable Fourire, en le distançant au profit de M. Amédée, est une de ces erreurs comme les commissaires les mieux intentionnés peuvent en commettre, quand ils regardent plus à la lettre d'un article du Règlement qu'à son esprit.
Comme compensation, Fourire s'en fut cueillir, à Cologne, le piixDonnaueschingen (24.375 francs et une Coupe d'or), puisa Paris, il se vit attribuer le prix d'Orange, où il avait fini à trois quarts de longueur d'Isère. Mais celle-ci fut distancée pour s'être rabattue à la distance sur Solon qui, par contre-coup, avait bousculé Fourire.
Au début de l'année, il avait gagné le prix des Sablons et le prix Boiard, puis, à Deauville, le prix Hocquart, sur le fameux Ai^le Royal. Mais il avait été battu par Apex, dans la Coupe, et par Multiplicateur, dans le prix Hédouville; il n'avait pas été placé dans le Grand Prix du Cercle International de Vichy, oii il rendait de 23 à 29 livres à tous ses adversaires, et, finalement, il ne jouait pas un rôle plus actif, avec 64 kilos, dans le prix du Conseil Municipal.
Ses gains, à 4 ans, s'élevaient, pour six prix, à 155.025 francs, Au total, dans sa carrière, il avait couru 28 fois, pour remporter 19 victoires et 6 places, d'ensemble 410.325 francs.
La Commissiondes Haras s'en rendit acquéreur pour 160.000 francs, soit 40.000 francs de moins que le prix auquel il avait été retiré, Tannée précédente, aux ventes de Deauville.
Son meilleur produit, jusqu'ici, indépendamment de l'infatigable Moulins -la- M arche, semble avoir été Golden Sky, bien qu'il ne pût donner sa mesure, un terrible accident ayant mis fin à sa carrière, après sa victoire dans le Grand Critérium, en 1908.
Les deux ans que leurs succès mettent en évidence sont : Eryx. Éperon, Pierre Infernale, La Camargo, Croix-du-Sud, Indian Shore.. Chéri, Grand Pont et Jacobite.
Saxon n'a couru qu'une fois, sans succès.
Notre élevage éprouve deux très grosses pertes, avec la disparition d'Omnium II et Le Sancy.
Le premier avait quitté le turf depuis trop peu de temps pour qu'on
pût encore le juger : sa fille, KizU-Kourgan allait cependant montrer ce que promettait d'être sa carrière d'étalon.
Quant à Le Saacy, qui mourut à l'âge de 16 ans, au haras de Martinvast, on sait quelle trace profonde il a marquée dans notre élevag^e (1).
A cette époque et depuis longtemps déjà, la plupart des journaux étaient encombrés d'annonces sensationnelles, émanant de prétendus jockeys ou entraîneurs, qui publiaient quotidiennement les résultats mirifiques des pronostics qu'ils avaient envoyés à leurs abonnés.
Pas un cheval qui gagnât à une cote un peu rémunératrice qu'ils n'eussent indiqué!... C'était à croire que ces gens-là avaient véritablement la double vue. Et, comme ils se contentaient de donner leurs « tuyaux », vous laissant le soin de les jouer vous-mêmes, aucune filouterie ne semblait à redouter. Que risquait-on, dans ces conditions, à envoyer les 50 ou 100 francs que coûtait l'abonnement à deux ou trois journées? Qu'était-ce que ces quelques louis en regard de la fortuiie qu'on ne pouvait manquer de gagner, grâce à leurs « renseignements infaillibles .)? Toutes ces annonces ne prouvaient-elles pas, clair comme le jour, qu'on pouvait se faire 30.000 francs de rente avec un modeste capital de quelques centaines de francs?
Vous adressiez donc le montant de votre abonnement... et le tour était joué, car de trois choses l'une : ou bien l'on ne vous envoyait rien du tout ; — ■ ou bien les pronostics étaient quelconques, sans valeur aucune; — ou bien vous receviez, en effet, les noms des chevaux gagnants... mais seulement le lendemain de la course!
Et comme tous ces gaillards-là demeuraient, et pour cause, à l'étranger, les innombrables plaintes en escroquerie que recevait le Parquet demeuraient lettre morte.
Le Gouvernement s'émut enfin de ces agissements frauduleux, et a loi du 1"' avril vint couper court à la fructueuse exploitation de tous ces aigrefins, en modifiant comme suit, le paragraphe 2 de l'article 4 de la loi du 2 juin 1891 et en les rendant passibles des peines édictées par les articles 410 et 463 du code pénal :
K Quiconque aura, en vue des paris à faire, vendu des renseignements sur les chances de succès des chevaux engagés, ou qui par des avis, circulaires, prospectus, cartes, annonces, ou par tout autre
(1) Ses premiers produits parurent en public en 1894 el, d'emblée, attirèrent l'attention sur lui : c'étaient Béatrix, Le Justicier et Le Sagittaire. Puis vinrent successivement, pour ne citer que les plus marquants : Champignol, Chamberlin, Palmiste, Le Samaritain, Holocauste, Semendria, La Loreley. ExVoto, Hébron, Flambeau, Xylène, etc., dont plusieurs s'illustreront également au haras.
De 1894 à 1908 ses produits ont gagné en plat 357 courses (dont toutes les grandes épreuves classiques) et 5.227.403 fr. 25 d'argent public et 1.216.847 fr. 50 en obstacles, soit au total, G. 444. 250 fr. 751
moyen de publication, aura fait connaître l'existence, soit en France, soit à l'étranger, d'établissements d'agences ou de personnes vendant ces renseignements. »
Le comte Gustave de Juigné mourut à l'automne. Membre du Jockey-Club et du Comité de la Société d'Encouragement, il faisait courir depuis 1867, en association avec le prince A. d'Arenberg. Après avoir eu leurs chevaux chez H. Jennings, ils les avaient confiés ensuite à Ch. Pratt, l'ancien jockey-entraîneur de Charles Laffitte, Leur élevage était à Bois-Rouaud (Lo"re-Infér eure).
I^a casaque cerclée jaune et rouge avait eu son heure de gloire avec Montargis; Jongleur, Jonquille, San Stefano, Yellow et Gobseck.
L'écurie et le haras, qui ne fut liquidé qu'au mois de juin suivant, comprenaient 20 chevaux de 2 ans et au-dessus, 25 foals et yearlings, 15 poulinières et l'étalon Yellow, qui, ne réaUsèrent que 187.450 francs; le prix le plus élevé fut atteint par Gobseck, 4 ans, que M. L. Robert paya 41.000 francs.
La Société d'Encouragement a commémoré le souvenir du comte de Juigné, en donnant son nom au prix de la Reine Marguerite, qui se dispute au début de la saison.
Au commencement de l'année avait eu lieu la vente de l'écurie de courses du comte de Berteux. Les 27 chevaux de 2 ans et au-dessus qui la composaient réalisèrent 396.250 francs (1).
On peut encore citer — parce qu'il constituait le chiffre record donné alors en France, pour un yearUng — l'achat, par le duc de Gramont, aux ventes de Deauville, de Le Souvenir (Le Sancy et Sylphine), de l'élevage de M. L. Mérino, pour le prix de 85.000 francs.
Ce poulain ne devait jamais justifier une telle faveur.
Mais la vente sensationnelle de l'année avait été, en février, celle de l'écurie des courses et du haras de feu le duc de Westminster, en Angleterre, où M. E. Blanc, sur la mise à prix de 30.000 guinées, s'était rendu acquéreur du célèbre Flying-Fox (Orme et Vampire), pour la somme de 37.500 guinées (984.375 francs), qui dépassait de îieaucoup le chiffre le plus élevé qu'aucun cheval eût encore atteint.
Jusqu'à 800.000 francs, il avait été poussé par le Prince de Galles, puis au delà, par des éleveurs américains.
Son importation était d'autant plus intéressante pour notre élevage que le sang qu'il apportait n'était pas encore représenté chez nous, La saiUie fut d'abord fixée à 10.000 francs, depuis elle a été portée
(1) Les prix les plus élevés furent atteints par Intérim (Upa? et Queen), 3 ans, payé 73.000 francs par lebiron de Foitarce ; — Isère (Le Var et Statira), 3 ans, 33 100 fr.,et Ivoire (Upas et Optimia), 3 ans, 31 000 fr. par M. deBrémond ; Jocelyn (Zingiro et Hystéria), 2 ans, 23 000 fr. parle baron d? Scliickler.
à 12.500 francs, suivant le calcul anglais, qui veut que le prix d'un étalon vaille cent saillies.
Flying-Fox fit remarquablement au haras au début de sa carrière. Par la suite, ses produits seront surtout précoces.
A quatre ans de distance, le Prince de Galles remportait à nouveau le Derby et les Eclipse Stakes, avec Diamond Jubilee (propre frère de Persimmon), qui y ajoute les Deux mille Guinées, que son aîné n'avait pas inscrites à son actif.
Les deux poulains étaient fils de Saint-Simon, dont nous avons parlé, et de Perdita //, qui peut prendre rang parmi les plus grandes poulinières anglaises et être comparée à la fameuse Pocahontas. Elle avait déjà donné Florizel II (Saint-Simon), puis Sandringham, etc.
Sur le turf, Perdita II avait passé complètement inaperçue, sa meilleure performance ayant été de partager le Liverpool Summer Cup avec Middlethorpe. Le Prince de Galles l'avait achetée à l'âge de 6 ans, en 1887, pour 22.500 francs; elle était fille de Hampton (Lord Clifden et Lady Langden) et de Hermine (Y. Melbourne et La Belle Hélène).
Diamond Jubilee fut vendu 800.000 francs à un éleveur de l'Amérique du Sud.
Ce cas de deux frères triomphant dans la grande épreuve d'Epsom est unique dans les annales du turf.
rjIAPITRE LXXVII[
L'hippodrome de Saint-Cloud. — La Camargo, Saxon, Chéri, Amer Picon.
— Semendria, Codoman, Ivoire, Mlle de Longchamp (suite). — Angmering.
— Mort de Bougie et de Callistrate. — T. Lane, A. de Saint-Albin. —
— Licences de jockeys : Milton Henry, Diirnell. — -Importation de Hahna.
Le xx^ siècle s'ouvre sur une année peu chargée, que ne marquent aucun événement sensationnel, aucune mesure capitale.
L'ouverture de l'hippodrome de Saint-Cloud, sur le plateau de la Fouilleuse, à M. E. Blanc — en remplacement de celui de Vincennes, réclamé par l'autorité miUtaire — en est le fait saillant
Encore l'état insuffisant du terrain ne permettra-t-il pas à la Société de Demi-Sang de l'utiliser de suite et, après la journée d'inauguration, le 15 mars, devra-t-elle retourner à Vincennes, jusqu'au commencement de mai.
Bien que ne figurant pas, par l'importance de ses gains, en tête des chevaux gagnants, La Camargo (Childwick et Belle-et-Bonne), à M. A. Abeille, peut prétendre à la première place de sa génération.
C'était une grande jument baie, un peu décousue, à l'arrière-main droit et plat, ma s douée d'une haute qualité, qui lui permettra de prendre rang parmi les grandes juments de notre élevage.
Pour ses débuts à deux ans, elle avait enlevé dans un canter le prix de Sablonville, puis celui de la Forêt, après une course obscure dans le Critérium International. A trois ans, elle remporte sans lutte la Poule d'Essai et le prix de Diane, ayant, entre temps, été battue d'une encolure par Saxon, dans le prix Lupin. Mise au repos jusqu'à l'automne, elle succombe, dans le prix de Flore, contre Lena II, à qui elle rend 8 livres, prend sa revanche dans le prix Vermeille, et finit troisième, dans le prix du Conseil Municipal, derrière l'anglais
Kilmarnock II et Jacobite, qui en reçoivent respectivement, le premier, l'année et une livre pour le sexe, le second, 6 livres et le sexe. Ce sera surtout à quatre et cinq ans que La Camargo fera parler d'elle.
Saxon (The Bard et Shrine), à M. E. Blanc, n'avait couru qu'une fois, l'année précédente, troisième du prix de Deux Ans, à Longchamp
Phot. J. Delton.
La Camargo.
derrière Chéri et Croix-du-Sud. Il fait sa rentrée, encore très vert, dans le prix Lagrange, où il succombe contre Éperon et Kaffa, désarçonne son cavalier en cours de route dans le prix Noailles, puis il enlève successivement les prix Godolphin, Daru, Lupin (battant d'une encolure La Camargo, que Chéri suit à trois longueurs) et le prix du Jockey-Club. Non placé dans le Grand Prix, il remporte encore une victoire dans le prix de Longchamp, à Deauville, après quoi il est retiré de l'entraînement.
La carrière de Chéri (Saint-Damien et Cromatella), à M. Caillault, fut des plus courtes, le poulain n'ayant paru que six fois en public.
Battu, pour ses débuts dans le prix Eclipse, par Croix-du-Sud, il prit sa revanche dans le prix de Deux Ans, puis courut non placé dans le prix de la Forêt. Il remporta la Poule d'Essai, finit mauvais troisième, dans le prix Lupin, derrière Saxon et La Camargo, et enleva d'une tête le Grand Prix à son camarade Tibère.
Après eux, on peut citer; Amer Picon (Le Sagittaire et Ambroisie), au marquis de Ganay, qui manifeste son aptitude pour les longues distances avec quatre victoires, dont le prix de Satory et le Hanelicap d'automne, à Saint-Cloud (3.600 mètres^, dans lequrel il rend facilement l'année à Mlle de Longchamp , qui venait de rempor'er dans un canter les prix de Chantilly et Gladiateur; — Lady Killer (prix Fould, Reiset, Monarque et Grand Prix du Cercle International de Vichy); — Jacobite (Grand Prix de Deauville et Royal- Oak); — Léiia II (prix d'Amphitrite et de Flore); — ■ Saint- Armel, Grey Melton,.Passaro, Tibère, etc.
Parmi les vétérans, Semendna cueille les prix Hédouville, de la Jonchère et le Grand Prix de Bade; — Codoman, prix Boïard et Biennal; — Ivoire, prix du Cadran, Dangu et du Pin; — Mlle de Longchamp, le prix de Chantilly et le prix Gladiateur, qu'elle enlève après avoir mené de bout en bout, alors que son camarade Ivoire, favori à 2/1, ne peut y prendre que la troisième place derrière Clerval; la jument était à 25/1.
Les deux ans que leurs performances mettent en vedette sont Alençon, Le Mandinet, Illinois II, Retz, La Loreley et Farnus, qui doit à un heureux hasard d'encaisser les 21.500 francs du prix de Deux Ans, à Deauville, dans lequel il était second, derrière le poulain anglais Angmering, à M. F. Gardner. Mais celui-ci avait été distancé, son certificat d'origine n'ayant pas été déposé au secrétariat de la Société d'Encouragement, en conformité des dispositions de l'article 3 bis du Code des Courses.
Kizil-Kourgan ne fait qu'une apparition tardive dans le prix de la Forêt, où elle se place deuxième, entre Limousin et Farnus.
A Bade, en plus de la victoire de Semendria, dans le Grand Prix, nous avons à enregistrer celle à' Alençon, dans le prix de l'Avenir (il avait précédemment gagné le Grand Critérium d'Ostende); — de M. Amédée, dans les prix de la Ville et du Prince Hermann de Saxe-Weimar; — et de Fantassin, dans le Prince of Wales.
A Turin, Haliguen, au vicomte d'Harcourt, avait enlevé le prix du Prince Amédée.
En Angleterre, Gost remportait, à Epsom et à Manchester, deux handicaps, s'élevant à une soixantaine de mille francs, après avoir disputé obscurément les Deux mille Guinées. On ne le vit qu'une fois en France, dans le Grand Prix, où il ne joua aucun rôle. Il appartenait à M. Michel Ephrussi, qui faisait ainsi sa rentrée sur le turf, dontilétait absent depuis les incidents tumultueux provoqués parla victoire de Gospodar, dans le prix du Jockey-Club, sept ans auparavant.
Petits faits de l'année :
La Société d'Encouragement décide que toute demande de licence de jockey sera accompagnée d'une cotisation annuelle de 20 francs.
Le produit de ces cotisations — comme celles des licences d'entraînement — sera versé à la Caisse de secours des entraîneurs, jockeys et hommes d'écurie de chevaux de courses plates.
Notre élevage fait une grosse perte avec la mort de l'étalon Callistrate, dont nous avons parlé au cours des années 1893 et 1894, et de la poulinière Bougie, mère de Gardefeu et Holocauste.
Importation par M. Vanderbilt, à son haras de Villebon, de Halma, fils du célèbre Hano^^er.
Il sera le père d'Ocersight.
Le jockey Tom Lane mourut à l'âge de 39 ans. Il s'était formé dans les « Suburbains » et fut un de nos meilleurs jockeys de plat. Il avait remporté la plupart des grandes épreuves et détenait le record des victoires dans le Grand Prix. ( Voir page 539.)
A signaler également le décès de M. A. de Saint-Alb'in, propriétaire du Sport et rédacteur sportif au Figaro, sous le pseudonyme de Robert Milton, qui avait pris la direction du Jockey, au moment où ce quotidien devint le moniteur officiel des « Suburbains ».
M. A. de Saint-Albin est l'auteur d'un ouvrage. Les Courses en France, qui est plus un aperçu général du monie du turf qu'une étude historique documentaire.
La baronne de Forest (Mme A. Menier) liquide une partie de sa cavalerie : 13 poulinières, 33 yearhngs, 11 chevaux à l'entraînement et l'étalon Mirabeau. Le total de la vente n'atteint que 125.000 francs.
Le vicomte de Fontarce se défait également de son écurie, comprenant 10 poulinières, 11 chevaux de 2 ans et au-dessus et 17 foals et yearlings, qui réalisent 221.130 francs.
Débuts en France, le 15 juin, du jockey Milton Henry, qui gagne les trois courses où il paraît en selle.
Doué de brillantes qualités professionnelles, Milton Henry remportera les plus grands succès, mais ne tardera pas à avoir maille à partir avec la Société d'Encouragement, comme nous le verrons plus loin.
Disqualification à vie de l'entraîneur Durnell, pour être resté au poteau, avec le cheval Londres, jusqu'au moment du départ, dans le prix des Oseraies, à Saint-Cloud : quelques jours auparavant, il lui avait été infligé une amende de 500 francs pour avoir enlevé les fers — qui n'étaient sans doute pas réglementaires — de la pouliche Neuwied, avant de la livrer à M. F. Charron, qui venait de la réclamer, après sa victoire dans le prix de Rolleboise, à Maisons-Laffitte.