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CHAPITRE LXXXV

75e anniversaire de la Société d'Encouragement. — L'allocation du Grand Prix est portée à 300.000 francs. — Création de la journée d'été de Chantilly. — Rejet de la proposition demandant l'interversion de l'ordre dans lequel sont courus les prix de Diane et du Jockey-Club. — Pesage des jockeys. — Deauville : création du Critérium et augmentation de l'allocation du Grand Prix. — Vichy : rétablissement du Grand Prix de 100.000 fr.

— La Coupe d'Or de Maisons-Laffitte. — Sea Sick, Quintette, Northeast, Médéah et Sauge Pourprée. — Biniou et Moulins -la- Marche (suite). —

— La poulinière allemande Festa. — Signorinetta, Bayardo et Your Majesty. — Mort de Persimmon, Saint-Simon et Perth. — Allocation du Saint-Léger. — Rejet de toute proposition relative au rétablissement des paris au livre. ■ — Liquidation de l'écurie du comte H. de Pourtalès. — • L'interdiction des paris aux courses aux États-Unis : exode des chevaux américains; formation des écuries H. Dureya et Franck Jay-Gould.

Pour fêter dignement le'75e anniversaire de sa fondation, la Société d'Encouragement avait décidé précédemment de faire du Grand Prix de Paris l'épreuve la plus riche du monde entier, en portant son allocation à 300.000 francs. De fait, avec les entrées et forfaits, c'est une somme de 360.000 francs environ qui revient au vainqueur, plus une prime de 20.000 francs, s'il est né en France ; il est en outre alloué 30.000 francs au deuxième et 15.000 francs au troisième.

Cette somme de 400.000 francs, affectée à un seul prix, représente çingt fois le budget total de la Société d'Encouragement lors de ses débuts, lequel n'était que de 20.900 francs, alors qu'il s'élevait, pour l'année courante, à 3.78S.975 francs.

Au nombre des modifications apportées par la Société à son programme général, figurait la création d'une journée d'été, à courir à Chantilly dans les derniers jours de juillet ou au commencement d'août, avant la campagne normande. La part la plus grande était faite aux jeunes chevaux, qui y disputaient notamment les deux

Critériums, qui s'étaient courus jusque-là à la réouverture. Les conditions en avaient été modifiées et ils étaient désormais réservés aux inédits.

Le Comité de la Société d'Encouragement avait repoussé une proposition tendant à intervertir l'ordre dans lequel se courent les prix de Diane et du Jockey-Club, en raison de la quasi-impossibilité pour les chevaux ayant pris part à cette dernière épreuve d'aller disputer le Derby anglais, le mercredi suivant.

A l'objection qui fut faite sur la difficulté qui pourrait se présenter de conserver un cheval en condition pendant les trois semaines qui sépareraient alors le prix du Jockey-Club du Grand Prix, les auteurs de la proposition répondirent par l'exemple des pouliches qui, dans les mêmes conditions, remportèrent successivement le prix de Diane et le Grand Prix (Sornette, Nubienne, Semendria, Kizil-Kourgan).

On craignait aussi qu'une pouliche gagnant le prix du Jockey- Club ne fît le vide dans le prix de Diane. Puis, n'était-ce pas détruire l'heureuse succession des grandes épreuves de la Société d'Encouragement et rompre l'intérêt qui va toujours croissant des premières Poules au Grand Prix, sans compter que la plupart des pouliches renonceraient à disputer le prix du Jockey-Club, afin de ne pas compromettre leur chance dans leur propre Derby. Certes, nombreuses étaient celles qui avaient couru et gagné la Grande Poule huit jours avant le prix de Diane, mais la Grande Poule était une épreuve beaucoup moins sévère que le prix du Jockey-Club, les champs y étaient souvent restreints et ne renfermaient pas toujours les candidats au blue ribbon.

Dans ces conditions, le Comité estima que le mieux était de s'en tenir au statu quo. Il ne fallait modifier que pour améliorer et, puisque l'argument principal reposait sur la difficulté pour nos chevaux d'aller courir à Epsom, il suffisait tout simplement de reculer les courses de la Société d'Encouragement, de façon à ce que le prix du Jockey-Club suivît d'une dizaine de jours le Derby; le Grand Prix serait ainsi reporté à fin juin, suivant le vœu si souvent émis par la population parisienne.

Comme on le verra, c'est à cette très heureuse solution qu'on s'arrêta l'année suivante.

Plusieurs chevaux ayant été distancés, leurs jockeys n'ayant pu faire le poids après la course, faute de se peser avec les mêmes objets qu'avant, bride, œillères, etc., la Société d'Encouragement décida qu'à l'avenir « tout ce que porte le cheval doit être mis dans la balance et pesé, excepté les fers, les bottines, les flanelles, la bride et la cravache ».

Tandis que la Société d'Encouragement fêtait, comme nous venons de le voir, le 75^ anniversaire de sa fondation, la Société des Courses

de Deaiiville, poursuivant sa marche ascendante, portait son Grand Prix à 75.000 francs, et créait une nouvelle épreuve importante pour chevaux de 2 ans : le Critérium (10.000 fr., — l.COO mètres).

De son côté, la Société des Courses de Vichy, qui venait d'être reconstituée sous la présidence éclairée du vicomte d'Harcourt, rétablissait, sous le nom de Grand Prix de Vichy, Fex-Grand Prix du Cercle International, de 100.000 francs, ainsi que le prix des Rêves d'Or, qui, créés tous deux en 1900, avaient été supprimés en 1907.

Enfin, la Société Sportive portait à 5.000 francs l'allocation minima de toutes ses épreuves (les prix à réclamer exceptés, qui demeuraient à 3.000 fr.), et elle créait, à l'arrière-saison, une nouvelle épreuve importante pour chevaux de 3 ans et au-dessus, dénommée la Coupe d'Orll).

C'est encore M. W.-K. Vanderbilt qui finit en tête des propriétaires gagnants, avec 1.314.077 francs, devançant de 600.000 francs son suivant immédiat, M. E. Blanc.

Les principaux représentants de la casaque blanche à brassards noirs sont les 3 ans: Northeast, 5 victoires, 427.015 fr.; Sea Sick, 5 victoires et demie, 356.600 fr.; Gambaiseul, 2 v., 95.000 fr.; Foresight, 3 V., 61.365 fr.; Cayuga, 3 v., 51.110 fr., et les 2 ans : Négofol, 2 V., 38.000 fr.; Oversight, 3 v., 35.535 fr.; Prestissimo II, 3 v., 32.850 fr. ; et Ripolin, 2 v., 22.395 francs.

A la vente des yearlings du Perray, en 1906, M. Vanderbilt avait donné 19.000 francs de Gambaiseul; 56.600, d'un frère de mère de Maintenon, nommé Montavalle, qui finit en obstacles; et 24.400, de SeaSick (Elf et Saf-Saf).

Ce dernier n'avait paru que quatre fois, à deux ans, pour remporter deux épreuves des plus modestes. Pour sa rentrée, il enleva dans un canter d'abord le Handicap Optional, rendant de 3 à 20 livres à ses 13 adversaires, puis le prix Lagrange, et enfin le Biennal, sur son camarade Schuyler; entre temps, il avait été battu d'une longueur, par Biniou, dans le prix Eugène-Adam. Sensiblement, à la même cote que le favori Quintette, dans le prix du Jockey-Club, il y avait fait dead-heat avec lui, après une lutte acharnée. Sehenico, compagnon d'écurie de Quintette, avait fait le jeu bon train, suivi par Sea

(1) Poids : 3 ans, 51 kilos; 4 ans et au-dessus, 58 kilos. Le gagnant, dans une même année, de 50.000 francs portera 2 kilos de'plus; de 100.000, 4 kilos; de 200.000, 6 kilos. Les chevaux de 3 ans, n'ayant jamais gagné un prix de 20>000 et ceux de 4 ans et au-dessus n'ayant jamais gagné un prix de 50.000 recevront

2 kilos. Les chevaux nés hors de France, sur le continent, recevront, en outre,

3 kil. 1/2. — Distance, 2.200 mètres. Au début, l'allocation était de 30.000 fr., plus un objet d'art de la valeur de 10.000 francs. En 1912, l'objet d'art sera supprimé et l'allocation portée à 50.000, et l'on décidera qu'une coupe d'or, de la valeur de 20.000 fr., sera offerte au propriétaire qui, trois fois en douze ans, aura gagné cette course avec un ou plusieurs chevaux dont il aura fait l'engagement.

Sick, lequel passait en tête à l'entrée de la ligne droite. Bientôt rejoint par Quintette, il prenait un instant avantage, mais son rival revenait avec un courage admirable et finissait sur la même ligne, ne précédant que d'une courte encolure Kenilworth, que suivait à une tête Northeast, camarade de Sea Sick. Croyant celui-ci hors d'atteinte, le jockey de Northeast ne l'avait amené qu'en voyant Quintette revenir à la charge : l'allure dans laquelle il était alors arrivé en dehors ne laissait aucun doute sur l'issue de la lutte si la course eût eu quelques mètres de plus. On l'oublia trop dans le Grand Prix.

Au cours de la bataille, Sea Sick avait reçu une très forte atteinte à une jambe postérieure, et son propriétaire ne lui eût pas imposé le déplacement d'Epsom, s'il n'y avait porté tant d'argent français : chauvinisme à part, l'année était si mauvaise en Angleterre, qu'on pouvait croire à son succès dans le Derby. Il n'y joua aucun rôle et revint avec la jambe tellement engorgée, que force fut de le retirer du Grand Prix, où, fort heureusement pour M. Vanderbilt, Northeast fut de taille à le suppléer.

Bien que ne recevant plus que 13 livres de Biniou, au lieu de 20, comme dans le prix Eugène-Adam, S?a Sick n'en prit pas moins une brillante revanche, dans le prix du Président de la République, où l'on avait vu — - exemple unique, croyons-nous — le gagnant du Grand Prix chargé du modeste rôle de leader. Northeast avait été sacrifié, en effet, à son camarade, et chargé de lui faire un train soutenu. Grill-Room était second, précédant^iniow et 6 autres.

Puis l'état de sa jambe ayant empiré, Sea Sick dut être mis de nouveau au repos. L'automne vint sans qu'il eût encore repris un travail régulier, et ce fut dans de mauvaises conditions qu'il se présenta successivement dans les prix Royal-Oak et Le Sancy, où il succomba chaque fois d'une demi-longueur, contre Médéih d'abord, puis contre Sol Voisins, auquel il rendait 17 livres.

Enfin, il termina la campagne en enlevant d'une tête la Coupe d'Or, de Maisons-Laffitte, à Grill-Room, qui en recevait 6 livres. Tesson, Biniou, Magellan, etc.

Northeast (Perth et Nordenfield) était né chez M. Vanderbilt.

Vainqueur, à 2 ans, des prix de Villers et de la Toucques, à Deauville, et duCritériumdeMaisons-Laffitteoù, après unelutte acharnée, il avait battu d'une tête son camarade Schuyler, qui ne précédait que du même intervalle Halima, alors en pleine forme, il n'avait pas brillé au début de sa campagne de trois ans : non placé dans le prix de Sainl-Cloud; trois' ème, derrière son compagnon Gambaiseul et Lieutel, dans le prix Delâtre; battu de loin par C 07iquist ado r, dans le prix des Cars, et par Monitor, dans la Poule d'Essai, il remporta trois petits prix, à Saint-Cloud et au Tremblay, avant de fournir, comme nous l'avons vu, une course remarquable dans le prix du Jockey-Club, qu'il aurait sûrement remporté si son jockey l'avait amené plus tôt.

Il devait confirmer cette excellente performance, après une promenade de santé dans le prix Mackenzie-Grieves, par une brillante victoire dans le Grand Prix où, escorté par son camarade Gambaiseul, il partit à 9/1. On lui préférait Médéah, 5/2, Quintette, 7/2, les deux représentants de M. Camille Blanc, Grill-Room et Conquistador, à 13/2, et Sauge Pourprée, à 8/1.

Le champ, le plus nombreux qu'on eût encore vu, comprenait 18 partants, parmi lesquels Sir Archibald, un des compétiteurs malheureux du Derby d'Epsom.

Valda et Sir Archibald menèrent jusque dans le dernier tournant; Northeast, qui les avait suivis à quelques longueurs, passait vivement en tête, à l'entrée de la ligne droite et, sans s'attarder, filait résolument au poteau. Aux tribunes. Sauge Pourprée venait dans des foulées magistrales et'semblait un instant dangereuse; mais elle ne regagnait plus rien sur la fin, tout au contraire, et Northeast l'emportait facilement d'une demi-longueur. Le troisième, qu'on ne s'attendait guère à trouver là après sa piteuse exhibition de la veille, dans le prix de la Neva, était Souvigny. Les deux performances étaient tellement contradictoires, que son entraîneur G. Lawrence recevait un sérieux avertissement.

Le record du temps, qui était détenu jusqu'alors par Quo Vadis, avec 3'15", était abaissé, par Northeast, à 3'14"2/5.

Il passa ensuite de forme et ne fit plus rien.

Quintette (Gardefeu et Dinette) tomba boiteux dans le Grand Prix, et ne reparut plus sur le turf. Avant de partager avec Sea Sick le prix du Jockey-Club, il avait enlevé, à deux ans, les prix des Chênes et Saint-Roman, et, à trois ans, les prix de Fontainebleau, Miss Gladiator et La Rochette.

Il est curieux de remarquer que Gardefeu, le père de Quintette et Upas, le grand-père paternel de Sea Sick, avaient également remporté le prix du Jockey-Club; l'un et l'autre remontaient à Dollar.

Médéah (Masqué et Lygie), à M. E. Blanc, compte 7 victoires sur 10 sorties. Placée dans les trois courses qu'elle a disputées à deux ans, elle enlève, à 3 ans, deux petites épreuves, à Saint-Cloud et à Maisons, puisles prix Vanteaux et de Saint-James, avant d'avoir raison par une demi-longueur, dans le prix de Diane, de la favorite Sauge Pourprée et de 13 autres. Elle ne joue aucun rôle dans le Grand Prix où elle part favorite; est battue, à poids égal, par Sauge Pourprée et Mafia II, dans le prix de Flore; triomphe par une demilongueur, dans le prix Royal-Oak, de Sea Sick, hors de forme, et, dans le prix Vermeille, de Reine-d'Or et de Sauge Pourprée; et, le jour du prix du Conseil Municipal, se fait battre, dans le prix de Newmarket, par Merci, qui ne lui rend qu'une livre pour l'année.

Sauge Pourprée (Perth et Médéola), au comte Le Marois, donnait les plus belles espérances à deux ans. Battue par surprise, pour ses

débuts, dans le Grand Critérium d'Ostende, où Northeast n'avait pas figuré, elle s'était placée à la tête de sa génération, par ses victoires dans l'Omnium de Deux Ans, le prix de l'Avenir et le Grand Critérium, où elle battait Valda, qui la devança ensuite dans le prix de la Forêt,

Pour sa rentrée, elle enlève avec facilité le prix Citronelle et la Poule d'Essai; est battue par Médéah, dans le prix de Diane, et par Northeast, dans le Grand Prix; ne joue aucun rôle dans le prix Monarque; prend sa revanche sur Northeast, dans le prix de Longchamp, à D eau ville, et sur Médéah, dans le prix de Flore, mais est battue à nouveau, par celle-ci, dans le prix Vermeille; n'est pas placée, avec 54 kil. 1/2, dans le prix du Conseil Municipal, et termine l'année par une victoire facile dans le prix Edgard Gillois.

Dans le Grand Prix de Deauville, elle n'avait pu rendre l'année, le sexe et 2 livres à Cheik, qui avait dû à cet avantage de poids de la battre d'une demi-longueur.

Après ce quintette, sans jeu de mots, les chevaux qui gagnent plus de 100.000 francs, sont : Monitor, 3 courses, 140.265 francs (prix de Saint-Cloud, Poule d'Essai et prix des Villas, à Deauville) ; — Holbein, 3 c, 136.550 fr. (Poule d'Essai, à Pau, et prix Lupin); — Grill-Room, 6 c, 130.295 fr.; — Mafia II, S c, 124.275 fr.; — Magellan, 4 c, 121.485 fr. (prix Monarque et Grand Prix d'Ostende); et Sainte-Livrade, qui montre une aptitude particulière pour les longs parcours, 9 vic'oires (dont les prix de Chantilly, Jouvence et Satory), s' élevant à 119.325 francs.

Valda, Conquistador, Princess Margaret et Talo Birihil n'ont pas retrouvé leur forme de deux ans. Lamaneur a disparu, et Halima tombe boiteuse après une seule sortie.

Un autre poulain, qui donna, l'année précédente, de belles espérances, resta en route : nous voulons parler de Schuyler, à M. Vanderbilt. Atteint dans ses voies respiratoires, il subit l'opération de la trachéotomie. Vendu à M. Salomon, puis à M. Ulmann, il n'en gagna pas moins, en dépit de son infirmité, 7 prix, se montant à 63.425 francs.

Biniou vient en tête des vétérans, avec 7 courses et 289.925 francs. Battu, pour sa rentrée, par Moulins -la- M arche, dans le prix de Saint- Pair-du-Mont, il enlève successivement les prix de Lutèce, à Linconnu, Eugène-Adam, et à Sea Sick, du Point-du-Jour. Puis il succombe dans les prix Hédouville, du Président de la République, et des Villas, à Deauville; remporte le prix du Jubilee de la Fondation de Bade, de Bois-Roussel et du Prince d'Orange; n'est pas placé dans la Coupe d'Or, de Maisons-Laffitte, gagnée par Sea Sick, et termine la saison par une fructueuse victoire dans le prix du Conseil Municipal, où, parti à 24/1, il a raison, par une demi-longueur, de l'anglais Radium, auquel il rend l'année et 18 livres.

Après lui, viennent, avec une centaine de mille francs chacun, Moulins-la-Marche, 1 courses (Sablons, Prince de Galles, Hédouville, ïspahan); — et les deux 4 ans, Cheik et Roi-Hérode, à qui leur poids extrêmement avantageux, signe de la médiocrité de leurs performances antérieures, permet d'enlever respectivement les Grands Prix de D eau ville et de Vichy.

Fils-dii-Vent, Azalée et Méhari, à M. E. Blanc, Négofol, Oversight et Prestissimo II, à M. Vanderbilt, Golden-Sky, Ossian, Verdun et Chulo, se détachent sur l'ensemble de la jeune génération.

L'élevage français avait été atteint par la disparition de Perth, emporté en quelques jours par une maladie de reins subite, au haras de Nonant-le-Pin. Il n'était âgé que de 12 ans.

Après une brillante carrière sur le turf, il s'était montré reproducteur de premier ordre, et il finissait, cette année même, en tête des étalons gagnants avec 1.135.462 fr. 50, grâce aux victoires de Northeast, Sauge Pourprée et Magellan (1).

La perte était d'autant plus grande pour ses propriétaires, MM. Caillaut et P. de Pourtalès, que leur cheval n'était pas assuré et qu'ils venaient d'en refuser une offre de 500.000 francs faite par le Gouvernement hongrois.

Coutras, un poulain sur lequel M. de Brémond avait fondé des espérances, alors qu'il ne valait absolument rien, ayant été battu, dans un petit prix, au Tremblay, par Beni-Mora, à M. B. Chan, qui ne valait pas mieux, M. de Brémond en conçut un tel dépit qu'il liquida son écurie de courses, ne conservant que quelques deux ans, parmi lesquels Ronde-de-Nuit et Repasseur, qu'il avait rachetés respectivement pour 35.000 et 22.500 francs. Les 17 chevaux qui passèrent en vente réalisèrent 156.750 francs; le prix le plus élevé fut atteint précisément par Coutras, que M. E. Deschamps paya 33.000 francs.

Beni-Mora recevait 6 livres de Coutras. Sa victoire n'avait donc rien de bien invraisemblable, entre animaux d'aussi médiocre qualité. Les Commissaires des Sociétés Sportive et de Sport de France n'en considérèrent pas moins ses performances sur leurs hippodromes

(1 ) Perlh est également le père de Faucheur et Alcantara II, qui venaient de naître, et de Mij Pet II, Hag to Hag, King James, Goto Bed, Kalisz, Borax, Magali, Maboul II, Ramesseum, etc.

Ses premiers produits avaient paru en 190^. En 9 campagnes, c'est-à-dire jusqu'à la fin de 1912, S3S fils et filles n'ont pas gagné moins de 4.221.069 francs en plat et 256.954 en obstacles, ce qui est un résultat magnifique pour une aussi courte période.

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comme étant contradictoires et donnèrent un avertissement à son entraîneur Leigh, à la suite de quoi M. B. Chan liquida la petite écurie de courses qu'ils avaient en association.

Le baron de Rothschild se défit également de la majeure partie de sa cavalerie, ne rachetant qu'une demi-douzaine de chevaux, dont Signor II, 3 ans, pour 41.000 francs, et Persil, deux ans, pour 65.000; les 15 autres firent 150.000 francs environ.

Mais la vente sensationnelle de l'année fut, en fin de saison, celle de l'écurie du comte H. de Pourtalès, qui avait pris, quelques années auparavant, la suite de son beau-père, le baron A. de Schickler.

Cette dispersion d'une des plus anciennes et plus glorieuses écuries françaises, avait attiré l'éUte du sport à l'étabUssement du Tattersall.

Les douze chevaux qui furent présentés réalisèrent 259.950 francs. Les prix les plus élevés furent atteints par deux poulains de deux ans : Ossian (Le Sagittaire et GretnaGreen), payé 145.000 fr., par le baron M. de Rothschild, et Duc d'Albe (Chéri et La Rosalba), 40.500 fr., par M. J. Joubert.

Ossian n'avait couru que deux fois : troisième, pour ses débuts, dans le prix de Sablonville, derrière Union et Stromtid, il avait remporté ensuite d'une tête, à un avantage de six livres, il est vrai, le prix Eclipse, sur Négofol, un des meilleurs performers de la jeune génération.

Le baron de Schickler conservait son haras de Martinvast, mais il n'en exploitera plus les produits, qui seront vendus annuellement, comme il avait commencé de le faire, cet été même, à Deauville.

La baronne de Forest liquide une partie de son élevage de Chamant. Les vingt pouHnières qu'elle envoie aux enchères font 318.700 francs. Les meilleurs prix sont pour Présentation (Orion et Dubla) et Ismène (Le Glorieux et Camphène), payées 61.000 et 24.500 francs, par le marquis de Ganay; Ka^a (Simonian et Bonnie Bell) et Sésara (Donovan et Séraphine), 40.000 et 23.000, par M. J. Prat; Quilda (Gamin et Quickthought), 35.000, major H.-H. Roberts; Lady Greenfields (Bend Or et Atonement), 29.000, vicomte d'Harcourt.

En Belgique, Lieutel avait succombé d'une tête, dans le Grand Prix de Bruxelles, contre le poulain indigène Marron, auquel il rendait 14 livres; par contre, à Ostende, Magellan avait triomphé dans le Grand Prix, et Fils-du-Vent, dans le Grand Critérium.

A Bade, nous avons vu Biniou enlever le prix du Jubilee de la Fondation, de 50.000 iid^nc?,. Roquelaure y remporte aussi une heureuse et fructueuse victoire dans le prix de l'Avenir, sur un lot des plus modestes.

A noter la triple victoire, dans le Furstenberg Mémorial, le prix du Prince Hermann de Saxe-Weimar et le Grand Prix, du poulain ae 8 ans Faust, à MM. A. et C. Weinberg. C'était la première fois qu'un cheval réussissait ce triple event. Faust était issu de Festa, la célèbre poulinière que l'on a appelée « la Pocahontas allemande », qui avait déjà donné Fels, Fabula, Festino et le deux ans Fervor (1).

En Italie, notre élevage avait triomphé dans le Prix du Prince Amédée, à Turin, d^yecQui Vive, et dans le Grand Prix du Commerce, à Milan, avec Acacia, transfuge de l'écurie Vanderbilt. Son propriétaire, le prince Dehella, l'avait réclamée en 1906, à Maisons-Laffitte, pour 5.610 francs. A l'automne, elle revint un instant en France pour y gagner un handicap de 10.000 francs, à Saint-Cloud.

En Angleterre, nous ne voyons à signaler que la victoire du vieil Asticot, dans le Goodwood Plate, de 20.000 francs, et celle de la pouliche de 2 ans Genny, dans les Windsor Castle Stakes, de 25.000 fr., à Ascot.

Puisque noussommes en Angleterre, rappelons la victoire imprévue, dans le Derby, de ^Sig^orme^al Chaleureux et Signorina), au chevalier Ginistrelli. Elle n'avait à son actif qu'un petit prix insignifiant, à deux ans, et n'avait pas été placée dans les Newmarket Stakes et les Mille Guinées. Bien que l'année fût des plus médiocres et qu'une surprise fût à craindre, on ne pouvait vraiment lui voir aucune chance ; aussi partit-elle complètement délaissée, à 100/1; les favoris étaient Mountain Apple et Norman III, 11/2, puis Sea Sick, 7/1. A la stupeur générale, la pouliche l'emporta dans un canter. Elle triompha de même, le surlendemain, dans les Oaks, puis elle en resta là de ses succès.

Elle était engagée dans le Grand Prix, mais son propriétaire craignit pour elle les fatigues du déplacement.

Avant elle, trois pouliches seulement avaient gagné le Derby, pendant une période de cent vingt-huit années : — en 1801, Eleanor; — en 1857, Blink-Bonny, qui remporta également les Oaks; — en 1887, Shotover, qui avait enlevé précédemment les Deux mille Guinées; ce fut d'à lleurs, comme nous l'avons rappelé, l'année des pouliches, en Angleterre le Saint-Léger étant revenu à Dutch-Oven.

En dépit de ses deux brillantes v.ctoires, Signorinetta n'arriva que troisième, en fin d'année, sur la liste des chevaux gagnants, ses gains ne s' élevant qu'à 285.000 francs.

Elle était précédée par Your Majesty (Persimmon et Yours), gagnant de quatre courses, dont le Saint-Léger et les EcUpse Stakes,

(1 ) Si l'on y ajoute le poulain Salule, né ultérieurement, les produits de Festa à la fin de 1912, gagneront 2 072.748 francs d'argent public, ce qui est tout à fait remarquable, pour un pays où les épreuves richement dotées sont bien moins nombreuses que chez nous.

avec 482.150 francs, et par un deux ans, Bayardo (Bay Ronald et Galicia) avec la somme énorme de 326.250 francs (1). Il avait remporté sept courses sans connaître la défaite, dont les New Stakes, à Ascot, les National Breeders'Foal Stakes, à Sandown Park, les Richmond Stakes, à Goodwood, le Middle Park et le Dewhurst Plate, et son propriétaire, M. Fairie, fondait sur lui les plus grandes espérances.

Nous avons dit les raisons qui, en 1890 et 1893, obligèrent d'ajouter aux souscriptions du Derby et des Oaks d'abord, puis l'Ascot Gup, une allocation importante en espèces. Ce furent ces mêmes raisons qui portèrent les stewards du Jockey-Club à doter, à son tour, le Saint-Léger de Doncaster, d'une somme de 6.500 souverains.

Le turf anglais fut cruellement frappé par la mort de deux étalons de grand ordre, dont l'un fut peut-être le plus grand cheval du xix® siècle.

Saint-Simofi (Galopin et Saint-Angela) n'était âgé que de dixsept ans. Nous avons rappelé, en 1884, ses principales victoires et son essai public contre Tristan, en vue de l'Epsom Cup.

Au haras, sa carrière a été une des plus magnifiques qui soient, et elle peut être mise en parallèle avec celle des plus illustres reproducteurs dont s'enorgueillit l'histoire du turf chez nos voisins.

Étalon des plus prolifiques, il a joué, par sa descendance, un rôle capital, aussi bien en France qu'en Angleterre.

Il suffit, pour s'en convaincre, de rappeler les noms de Persimmon^ Diamond Jubilee, Saint-Frusqicin, Florizel II , Saint-Serf, Williamthe-Third, Raconteur, Simonian, Saint-Damien, Rabelais, Childwick,, Saint-Bris, Tarpoley, Lauzun, Doriclès, Darley Date, etc.

Ses propres produits — parmi lesquels il faut aussi citer des pouliches comme Memoir, La Flèche, Semolina, Amiable, La Roche, Winifreda, et Mrs Butterfly — ont gagné près de 14 millions de francs d'argent public (13.625.000 francs).

Si l'on y ajoutait les gains des produits de ses fils (au nombre de 42 sur les 322 étalons inscrits au Stud Book), on dépasserait cent millions de francs!...

La même année, le meilleur de ses fils, l'étalon royal Persimmon, issu de Perdita II, mourut; à l'âge de quinze ans, d'une fracture du bassin. Il avait remporté, sous les couleurs du Prince de Galles, le Derby, le Saint-Léger, l'Ascot Gold Cup et les Eclipse Stakes.

Parmi ses meilleurs produits, figurent Sceptre, qui fut une pouliche de premier ordre, Zinfandel, Your Majesty, qui triomphait, cette année même, et Prince Palatine, qui venait de naître.

(1) Si élevé que fût ce chiffre, il était cependant inférieur d'une douzaine de mille francs au record que Pretty Polly avait établi cinq ans auparavant.

L'adoption de la loi sur les paris, aux Etats-Unis, qui interdisait le jeu aux courses sous toutes ses formes, allait avoir une répercussion considérable non seulement sur l'élevage américain, par suite de la fermeture de nombreux hippodromes et de la disparition de toutes les écuries importantes, mais encore en Angleterre et en France, où ces écuries allaient transporter leurs étalons et poulinières, soit en vue d'y continuer leur élevage et de faire courir, à l'exemple de M. Vanderbilt, soit afin de les liquider à meilleur compte.

C'est ainsi, pour ne parler que de ce qui nous concerne, qu'eut lieu chez Chéri, en octobre, la vente de l'étalon Adam et des 23 poulinières du haras de Millstream (États-Unis), à MM. Bishop et Andrew Miller.

Adam — qui provenait, comme on sait, de l'élevage de M. E. Blanc — fut poussé jusqu'au prix inespéré de 290.000 francs par le baron Hechtritz, représentant du Gouvernement autrichien; les poulinières firent 209.800 francs.

En même temps, M. H.-B. Dureya s'installait au haras du Gazon, loué à M. Maurice Ephrussi, précédant de peu M. Franck Jay-Gould, que suivront bientôt MM. Mackay et A. Belmont.

Quelques esprits chagrins ont vu avec une certaine appréhension cette invasion du turf français par les milliardaires américains, en vertu de l'axiome que « les petits sont mangés par les grands ».

Cela n'est pas toujours vrai, d'ailleurs; mais en serait-il ainsi que ce n'est pas au moment où nos grandes écuries nationales disparaissent l'une après l'autre, qu'il sied de faire grise mine à ces nouveaux venus. On ne doit jamais oublier, en effet, que, si intéressants que soient les « petits », ce sont les « grands », et les grands seuls qui les font vivre : les courses ne doivent leur prospérité, et l'élevage, son améUoration, qu'aux patients efforts et aux sacrifices pécuniaires des grands éleveurs-propriétaires comme les Seymour, les Lagrange, les Lupin, les Aumont, les Delamarre et les Schickler, pour ne citer que les principaux.

Sans eux, rien de ce qui est ne serait, les Monarque, les Ver?nout, es Dollar, qui ont créé ces admirables familles françaises qui ne craignent aucune comparaison, n'existeraient pas, et la Société d'Encouragement elle-même n'aurait pu, faute d'éléments, mener à bien son œuvre grandiose.

Donc, loin de repousser ces riches étrangers, remercions-les d'avoir choisi la France pour champ de leurs tentatives.

Puisqu'ils ont le désir et les moyens de faire grand, — go aheadf

Que l'un d'eux nous donne seulement un Gladiateur, c'est encore l'élevage national qui en tirera gloire et profit!

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