‹ Historique des courses de chevaux de l'antiquité à ce jourChapitre 118 sur 202 · AVEC LE CODE DES STEEPLE-CHASES · texte numérisé non relu

AVEC LE CODE DES STEEPLE-CHASES

AVANT- PROPOS A Messieurs les membres du Comité.

« Messieurs,

« Nous avons l'honneur de soumettre à votre examen un projet de remanie-

ent général du Code des Courses.

et Vos conseils juridiques consultés sur l'opportunité de ce travail nous ont vivement engagés à l'entreprendre.

« Nous avons môme pu constater depuis longtemps combien le dispositif actuel mettait souvent dans l'embarras les Commissaires chargés d'interpréter et d'appliquer vos décisions réglementaires.

« Pour apprécier à sa juste valeur la nécessité à laquelle nous avons cru devoir obéir, vous voudrez bien vous rappeler que, depuis 1867, plus de 180 séances ont été consacrées à voter des amendements ou des dispositions nouvelles. Ces changements nombreux et partiels, introduits successivement dans le texte primitif, ne pouvaient manquer de détruire l'harmonie de l'ensemble et de créer quelques contradictions, d'ailleurs plus apparentes que réelles.

« En outre, la pratique de chaque jour nous a fait sentir l'utilité de combler certaines lacunes mises en lumière par le développement de l'institution des courses, l'importance progressive des intérêts en jeu et l'évolution des besoins que nos dispositions réglementaires sont appelées à satisfaire.

« D'autre part, la jurisprudence, après avoir admis parfois la validité de la clause compromissoire, bien qu'elle fût contraire aux prescriptions de l'article 1006 du Code de procédure civile, en prononce aujourd'hui, d'une manière constante, la nullité : elle refuse donc à notre juridiction le caractère arbitral qui donnait à nos sentences l'autorité de la chose jugée, et ne lui reconnaît plus que le caractère conventionnel, qui soumet nos décisions à la compétence des tribunaux. Seulement, en vertu du principe général, sur lequel il ne saurait y avoir de doute, que toute convention fait la loi des parties, les tribunaux sont dans l'obligation de recourir à notre Code pour l'examen des faits litigieux; leur rôle se borne, en effet, à apprécier les conditions adoptées par les parties en cause et à rechercher si ces conditions ont été rigoureusement observées de part et d'autre; au cas d'inobservation du contrat, ils allouent des dommages et intérêts à celle des parties dont les droits ont été méconnus. Au simple énoncé de cette théorie on comprend combien la clarté et la précision des textes deviennent encore plus essentielles pour dissiper toute équivoque, éviter toute interprétation à double entente, faciliter l'initiation des juges et éclairer leur religion.

« Dans le but de diminuer, pour les propriétaires et pour les Commissaires des réunions mixtes, les inconvénients de la dualité des Règlements afférents aux courses plates et aux courses d'obstacles, vous avez décidé d'adopter, à la suite d'une communication de M. le miaistre de l'Agriculture, le principe de l'unification du Code des Courses et du Code des Steeple-Chases.

« Nous avons pensé qu'il convenait de poursuivre à la fois ce double but : remaniement et unification, en un seul et même travail, et nous l'avons tenté.

« Comme le baron de LaRochette et ses collègues l'écrivaient, il y a quarante et un ans, le 14 janvier 1867, « nous n'avons pas besoin de dire que notre « premier soin a été de conserver les dispositions du Code actuel, que vous « trouverez presque toutes reproduites, à peu près textuellement, dans le « travail que nous avons l'honneur de vous adresser.

« Nous nous sommes simplement proposé de faire entrer dans le nouveau a Règlement les décisions du Comité qui n'y sont pas inscrites à tort, malgré « leur caractère obligatoire; de fixer d'une manière plus précise l'interpré- « tation à donner au texte de quelques articles; de combler d'assez nombreuses « lacunes dont la pratique de chaque jour fait ressortir les inconvénients; et « enfin, de classer toutes les dispositions, tant anciennes que nouvelles, dans « l'ordre le plus propre à ajouter à leur clarté et à faciliter les recherches.

« La nécessité de remanier et de compléter le Règlement des courses est la « conséquence naturelle des changements survenus dans l'importance et « même dans la nature des besoins auxquels il doit répondre. Il y a vingt-sept « ans, nos prédécesseurs ont pu se borner à poser les principes généraux et .< les règles fondamentales dont l'expérience a démontré la sagesse... Aujour- « d'hui il importe de rendre la loi plus claire et plus complète, d'augmenter « ainsi les garanties qu'elle offre aux propriétaires de chevaux et, ce qui « n'est pas moins important, de faciliter la tâche des Commissaires des courses « chargés de l'appliquer...

« Pour mener à bien cette œuvre, le concours de votre zèle et de vos lumières « est indispensable, et il ne fera pas défaut à un travail long et difficile, mais « qu'il n'est plus possible de différer sans imprudence si nous voulons que « le Règlement de la Société reste à la hauteur des besoins auxquels il doit « répondre ».

a Malgré le danger d'évoquer une comparaison redoutable, nous n'avons pu résister au désir de rendre un hommage à nos guides les plus sûrs, en citant textuellement ces lignes, animées d'un tel esprit de vérité qu'en dépit des années elles expriment avec une rare exactitude notre pensée et s'adaptent avec une remarquable précision aux circonstances actuelles. — Elles nous aident en outre à reconnaître, et vous vous plairez à le constater avec nous, que nos prétendues innovations ne constituent en réalité qu'un juste retour aux choses du passé, que loin de la rompre, elles consolident la chaîne de nos traditions les plus respectables et que, loin de le méconnaître, elles entretiennent le culte de nos souvenirs les plus chers. »

Paris, février 1908.

Les Commissaires des Courses :

Marquis de Ganay,

Comte Paul de Pourtalès,

J. Prat.

La Société des Steeple-Chases était saisie en même temps que la Société d'Encouragement du projet que lui soumettaient ses Com-

missaires, et, dans les deux enceintes, la discussion était menée avec une telle rapidité, que les deux nouveaux Codes entraient en vigueur dès l'ouverture de la saison d'obstacles, en février 1909.

Le remaniement du Calendrier des Courses — conséquence de la proposition présentée l'année précédente au Comité de la Société d'Encouragement et du désir maintes fois exprimé par le commerce parisien, — reportait au dernier dimanche de juin te Grand Prix de Paris, qui s'était toujours disputé jusque-là le deuxième dimanche du même mois.

Mais la Société ne modifiait pas l'écart qui le séparait du prix du Jockey-Club, en sorte que celui-ci se trouvait suivre maintenant d'une douzaine de jours le Derby d'Epsom, au lieu de le précéder de trois jours, ce qui avait toujours mis nos chevaux dans la quasiimpossibilité de disputer les deux épreuves.

Du fait de ces remaniements, la Société d'Encouragement retardait d'une quinzaine de jours sa réouverture, ce qui permettait une meilleure gradation des épreuves importantes des autres sociétés, tout en offrant aux chevaux qui n'auraient pu les disputer l'occasion de fructueuses compensations sur son propre hippodrome.

Le prix de Seine-et-Marne, qui s'était toujours disputé jusque-là le dimanche qui suit le Grand Prix, figurait désormais au programme du samedi qui le précède. A cette même journée, il était ajouté une nouvelle épreuve internationale, dont la Société des Courses de Deauville fournissait Tallocation : le prix de Courbevoie, 15.000 fr., 3.000 mètres, pour chevaux de 3 ans de tous pays ayant été retirés du Grand Prix.

Comme conséquence de ces mesures, la Société Sportive décidait d'avancer au premier dimanche de juillet le prix du Président de la République, qui se trouvait ainsi suivre à huit jours d'intervalle seulement la grande course de Longchamp. L'attrait de cette autre belle épreuve internationale prolongeait de la sorte d'une semaine la saison sportive, qui cessait d'ordinaire avec le Grand Prix.

L'établissement d'entraînement que M. Fasquel possédait autrefois à Courteuil (près de Sentis), était cité comme un modèle et, quand venait ta saison de Chantilly, il était de bon ton de s"y rendre.

En 1857, quelques lads, mécontents de l'entraîneur, se mutinèrent et brisèrent une douzaine de carreaux. Un gendarme étant intervenu, tout rentra dans l'ordre.

Pm 1909, ta gTève des lads des établissements de ]Maisons-Laffitte — qui s'étendit ensuite à ceux de Chantilly — serait vraisemblablement demeurée pacifique et professionnelle, si quelques politiciens

ne s'en étaient aussitôt emparés, dans l'espoir d'un « chambardement » des grandes écuries, appartenant à « d'infâmes capitalistes «.

Qu'un délégué de la G. G. T., comme celui qui intervint en la circonstance, tentât le coup, il était dans son rôle. Mais que dire d'un vice-président de la Chambre, ancien ministre de la Guerre, comme l'agent de change sociahste Bertaux, qu'on vit, le drapeau rouge en mains, pousser ces enfants à la révolte et au sabotage des chevaux d'obstacles, le jour même du Grand Steeple-Chase d'Auteuil, puis quelques jours plus tard, à la Chambre, demander au Gouvernement quelles mesures il comptait prendre pour rétablir l'ordre!...

On se rappelle, en effet, que, sans l'intervention énergique de la police, la plupart des chevaux engagés auraient été arrêtés en route. Certains conducteurs de vans avaient même dû rebrousser chemin, devant les menaces des lads et des révolutionnaires, qui s'étaient empressés de se joindre à eux.

Les courses n'en eurent pas moins lieu, mais avec un retard de plus de deux heures. Est-il besoin de dire que, dans la crainte des troubles annoncés, la foule était beaucoup moins nombreuse q^e d'habitude, et que le Président de la République lui-même avait jugé plus sage de ne pas quitter l'Elysée, bien que sa présence fût de tradition, ce jour-là, sur l'hippodrome d'Auteuil!

Si les lads ne gagnèrent pas grand'chose à l'aventure, les pauvres, par contre, y perdirent beaucoup.

Cette grève eut un effet que ses auteurs n'en attendaient certes pas. Jusque-là assez indifférents à la défense de leurs intérêts, sinon même peu désireux de s'entr'aider, les propriétaires comprirent le danger qui les menaçait. Isolés, ils étaient à la merci d'une nouvelle alarme; réunis, ils seraient de taille à résister aux exigences ultérieures. Aussi, la grève était-elle à peine terminée que, sous le titre à^ Association des Propriétaires de chevaux de courses au galop, ils se groupaient, à leur tour, en un syndicat de défense commune.

Ce n'était pas précisément ce que réclamaient les lads, qui n'avaient voulu que quelques améliorations de logement et de nourriture.

Les recettes du pari mutuel avaient baissé de 25 millions de francs, en 1908, et de 10 millions, pendant les premiers mois de l'exercice encours.

Les pouvoirs publicss'alarmèrent comme d'une calamité nationale de cette diminution. La bienheureuse mane électorale que représentaient les prélèvements destinés à l'hygiène et à la bienfaisance allaitelle donc se tarir tout à coup!... Où trouver désormais une telle source de profits, qui avait déjà procuré plus de cent millions à l'État (1)!...

(1) Depuis l'application de la loi du 2 juin 1891 jusqu'à fin 1908, les prélèvements pour les œuvres de bienfaisance s'étaient élevés à 85 318 750 fr. GO.

En moins de deux ans (du 31 mars 1907 au 31 décembre 1908), 1.360 communes avaient été subventionnées, en vue des travaux à effectuer pour l'adduction d'eaux potables, d'une somme globale de 15.181.013 francs.

Il fallait enrayer le mal dans sa racine, et, sans rechercher si d'autres causes ne pouvaient expliquer cette décroissance, on en rendit responsables les rares donneurs qui subsistaient encore, en les accusant de draguer à leur profit les sommes manquantes.

Il est juste de reconnaître que la difficulté d'interpréter les mots <( tous venants » de la loi du 2 juin 1891, avait amené à maintes reprises les Tribunaux à ne pas ratifier les arrestations et les poursuites intentées par le Parquet. Si, en d'autres circonstances, les délinquants avaient été condamnés, il n'en demeurait pas moins que ces jugements contradictoires n'étaient pas faits pour assurer le respect absolu de la loi.

De toute nécessité il fallait donc, pour que les Tribunaux pussent sévir à coup sûr, que la rédaction en cause ne prêtât plus à aucune ambiguïté, et le 2 juin 1909 — dix-huit ans, jour pour jour, après la promulgation de la loi en question — le l^r paragraphe de l'article 4 était remplacé par le texte suivant :

« Quiconque aura habituellement, en quelque lieu et sous quelque forme que ce soit, oflert ou reçu des paris sur les courses de chevaux, soit directement, soit par intermédiaire, sera puni des peines prévues à l'article 410 du Code pénal. »

Cette nouvelle rédaction semblait la panacée universelle.

Depuis quatre ans qu'elle a force de loi, les paris au livre n'en fonctionnent pas moins, plus discrètement peut-être, et les agences clandestines, qui « pompent » l'argent des grandes villes, sont plus nombreuses que jamais!

En dépit de sa victoire heureuse dans le prix du Jockey-Club, Négofol (Childwick et Nébrouze) -^ que M. W.-K. Vanderbilt n'avait payé que 10.000 francs à la vente des yearlings du haras de Lastours — n'occupait qu'une place secondaire dans sa génération, et ses performances tant à deux qu'à trois ans n'étaient jusqu'alors, et ne furent ensuite, que simplement honorables.

Les sujets de tête étaient son compagnon d'écurie Oversight, Verdun et Union.

Oversight (Halma et First Sight), avait couru six fois, à deux ans, pour remporter trois victoires, dont le prix de la Salamandre, sur Verdun. Il le retrouve d'abord dans les prix Delâtre et Lagrange, qui ne sont pour lui que des promenades de santé, puis, — après une interruption de travail causée par l'épidémie de toux qui avait frappé son écurie, — dans la Poule d'Essai, où il ne peut prendre que la troisième place, derrière ce même Verdun et Italus. Il répare aussitôt cet échec passager en enlevant dans un canter les prix Daru, La Rochette et Lupin, et part favori dans le prix du Jockey-Club. Après une très belle défense, il y succombe d'une tête, pour la seconde place, contre Union, cependant que son camarade i\'égo/o/, sur lequel on ne

comptait guère, filait au poteau avec une longueur et demie cf avance sur la pouliche de M. E. Blanc.

Le champ comprenait 19 partants. On n'en avait compté davantage que trois fois : 24 en 1858, année de Ventre-Saint-Gris, et 20 en 1855 et 1898, années de Monarque et de Gardefeu.

M. W.-K. Vanderbilt remportait ainsi son troisième Derby, en quatre ans!... Particulaiité curieuse, jamais le vainqueur n'avait été piloté par le premier jockey de l'écurie : en 1906, Maintenon était monté par P. Woodland, jockey d'obstacles, J. Ransch, ayant été victimed'un accident, le jeudi précédent; en 1908, Bellhouse, malade, était remplacé sur Sea Sick, par Milton Henry; enfin, cette fois, Bellhouse avait préféré la chance d'Oversight.

Négojol était monté par O'Neil, un jeune cavalier américain récemment amené par M. Vanderbilt, qui n'allait pas tarder à devenir le plus recherché de nos jockeys, pour ses brillantes qualités professionnelles : il excelle à placer son cheval et n'a pas de rival dans une arrivée disputée.

Négojol ne galopait bien qu'en terrain sec. Comme le temps s'était par hasard mis au beau, en cette année terriblement pluvieuse, peutêtre faut-il voir là tout à la fois l'explication de son succès à Chantilly et de ses défaites par ailleurs.

La piste détrempée du Grand Prix n'était pas pour lui plaire, non plus que celle du Royal-Oak et du Conseil Municipal; Oversight avait été mis au repos après le Grand Prix, où il n'avait pas figuré. Nous le retrouverons à quatre ans, dans toute la plénitude de ses moyens.

Verdun (Rabelais et Vellena), au baron Maurice de Rothschild, provenait de l'élevage de MM. Nicolay et de Gheest. Il avait été payé yearling20 500 francs. Ses meilleures performances, à deux ans, étaient une victoire dans le prix Heaume et, comme nous l'avons vu, une place de second, dans le prix de la Salamandre, derrière Oversight. Il gagne le prix de Saint-Cloud; ne figure ni dans le prix Delâtre, ni dans le prix Lagrange; enlève ensuite le prix E. Adam, le Biennal et la Poule d'Essai; échoue dans le prix du Jockey-Club, où il finit quatrième, derrière Négofol, Union et Oversight; prend sa revanche dans le Grand Prix, qu'il enlève de deux longueurs, et termine le cours de ses succès avec le prix du Président de la République. Après une exhibition piteuse dans le prix Royal-Oak, il fut retiré de l'entraînement.

Union, ex.-Andréa (Ajax et Andrée), à M. E. Blanc, débuta par une victoire dans le prix de Sablonville, puis elle ne fut pas placée dans le prix Éclipse, où elle rendait de 3 à 9 livres à ses adversaires. Battue, pour sa rentrée, dans le prix Pénélope, par Pierre Bénite (qui ne se releva jamais de la lutte acharnée qu'elle dut soutenir), elle remporta ensuite les prix Miss Gladiator, Grefïuflie et de Diane. Dans le Grand Prix, elle se plaça troisième, à trois quarts de Jon-

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gueur du second, Rebelle, qui fit, en la circonstance, la seule belle course de sa carrière.

Union, qui était de beaucoup la meilleure pouliche de son année, ne reparut pas à l'automne, et, dès le printemps suivant, elle fut en- 'voyée au haras.

Ronde-de-Nuit (Wilham-the-Third et Halte-Là), à M. J. de Bré-' mond, après une demi-douzaine de sorties infructueuses, tant à deux qu'à trois ans, dut surtout à la médiocrité de ses rivales ou à leur déchn de forme de remporter, au printemps, le prix Semendria, la Poule d'Essai et le prix La Rochette, puis, à l'automne, les prix de Flore et Vermeille. Pouliche très impressionnable, ne s' accommodant guère des champs nombreux ou des courses sévères, elle échoua dans toutes ses tentatives plus relevées. Elle ne put jamais approcher Union, ne figura pas dans le prix de Diane et le Grand Prix, et succomba de deux longueurs, à poids égal, contre Hag to Hag, dans le prix du Conseil Municipal.

Avant de remporter cette victoire imprévue, — il partit délaissé à 65/1 — Hag to Hag (Perth et Haulette), à M. James Hennessy. ne comptait à son actif que le Grand Prix de Bruxelles, et, à deux ans, un petit prix, à Vichy, et le prix La Rochette, qu'il avait enlevé — à la cote déjà respectable de 40/1 — au favori Méhari. Il avait disputé, sans y jouer aucun rôle, la majeure partie des grandes épreuves classiques de l'année. Le champ de prix du Conseil Muncipal comprenait, entre autres partants, les deux favoris Moulins-la- Marche et Rebelle, à qui il rendait respectivement 2 livres et 2 années et 12 livres, Talo Riribil, Riniou, Chulo, Aveu et Négofol.

Parmi les autres trois ans qui firent preuve de quelque qualité, on peut citer : Aveu (Simonian et AUiance), à M. P. Aumont, avait remporté les prix Noailles et Royal-Oak; — Chulo (Saint-Julien et Gamœna), à M. A. Henriquet, les prix des Acacias, Monarque et le Grand Prix de Vichy; — Duc d'Albe (Chéri ou Dolma Baghtché et La Rosalba), à M. J. Joubert, poulain tardif, les prix Le Sancy et Edgard Gillois, dans lequel il battait, à un avantage de 14 livres, il est vrai, Ronde-de-Nuit et Hag to Hag; — Fils-du-Vent (Flying-Fox et Airs and Grâces), à M. E. Blanc, qui s'était révélé comme un flyer remarquable, et dont la plus brillante performance fut de battre d'une courte tête, sur les 1.000 mètres du prix de la Manche, la pouliche Americus Girl, la meilleure spécialiste des courtes distances d'Outre-Manche, qui ne lui rendait que 2 livres, sexe déduit, pour l'année.

Sea ^Si'cA: se montre le plus brillant performer parmi les vétérans et, digne héritier du sang paternel, s'affirme comme un excellent stayer. Sur les sept victoires qu'.l remporte, en effet, on compte les prix Consul, de Dangu, de Longchamp (Deauville), de Chantilly et Gladiateur. Sur des parcours moindres, il avait échoué dans les prix des Sablons, E. Adam, et du Président de la République.

Une brillante carrière de quatre ans semblait s'ouvrir pour Sauge Pourprée. Elle ne devait pas être de longue durée. Après avoir remporté le Biennal, de dix longueurs sur Val Suzon, et le Cadran, elle succombait, non seulement contre Sea Sick, mais encore contre Gigolo II, Jans le prix Edgard Gillois, puis elle ne battait que d'une tête, dans le prix LaRochette, ce Val Suzon, qu'elle avait semé quelques semaines plus tôt. En sportsman avisé, le comte Le Marrois, son propriétaire, la voyant ainsi s'en aller de forme, eut le bon esprit de ne pas l'écœurer par des luttes devenues inégales, et il la retira du turf.

Nous retrouvons encore aux prises, s'entre-battant à tour de rôle, suivant leur condition, le terrain ou la distance, les trois rivaux Biniou, Moulins-la- M arche et L'Inconnu.

Nous ne les suivrons pas dans toutes leurs rencontres et nous nous contenterons de rappeler les principales victoires de chacun d'eux : à Biniou, revinrent les prix Dollar, de Bois-Roussel, du Prince d'Orange et le Grand Prix de Trouville-Deau ville; — à Moulins-la-Marche, les prix de Lutèce, Hédouville, d'Ispahan et de la Forêt ; — à L'/ziconnu, les prix des Sablons et Perplexité.

Le vieux Syphon dut à la tactique de ses adversaires, qui réduisirent la course à un déboulé de 500 mètres, de remporter la Coupe d'Or de Maisons-Laffitte, grâce à sa pointe de vitesse finale.

Les chevaux de deux ans qui semblent avoir le plus d'avenir, en raison de leurs succès, sont Marsa Urgulosa, Magali, Reinhart, Messidor III , Mésange, Nuage, Uriel, Uhn, Gros Papa et M' Amour.

A l'étranger, en plus du Grand Prix de Bruxelles remporté, comme nous l'avons dit, par Hag to Hag, notre élevage triomphe encore : à Bade, divec Azalée et Mademoiselle Bon, qui partagent le Grand Prix; avec Dur fort, dans le Prince of Wales; et Frère Luce, dans le Furstenberg Mémorial; — à Milan, avec Mystificateur, dans le Grand Prix Ambrosian; — à Ostende, avec Magali, dans le Grand Critérium.

Le haras n'avait pas amendé le naturel brutal de Finasseur, qui se brisa le paturon dans son box et dut être abattu. On ne peut le juger comme étalon, en raison de la brièveté de son séjour au haras. Il était le vainqueur du prix du Jockey-Club, du Grand Prix et du prix du Président, en 1905.

Une perte plus sensible fut celle de l'étalon Childwick (Saint- Simon et Plaisanterie), que M. E. Veii-Picard avait importé, en 1902, et qui mourut à son haras du Gazon, d'une attaque de paralysie, à l'âge de 19 ans. Parmi ses meilleurs produits figurent la Camargo, Clyde, Nêgofol et Kenilworth (1).

(1) On peut encore citer Aquarelle, Ayiémone II, Pierre Bénite, Frère Luce Val Suzon, Rose- de- Flandre et Conti-la-Belle.

En 13 campagnes, de 1901 à fin 1912, ses produits ont gagné 3.4î^986 francs, en plat, et 537.123, en obstacles.

Indépendamment des grandes réformes exposées en tête de ce chapitre (refonte des Codes et Règlements et remaniement du Calendrier des Courses), la Société d'Encouragement avait pris quelques autres mesures d'ordre plutôt administratif.

C'est ainsi, par exemple, qu'elle avait décidé :

« 1^ Que sonComité serait seul compétent à l'avenir pourconclure à l'exclusion temporaire ou à vie, des propriétaires, entraîneurs et gentlemen-riders ;

« 2° Que le drapeau serait hissé sur la tribune du juge, à Longchamp et à Chantilly, pour indiquer au public que les chevaux sont rangés sous les ordres du starter;

« S° Que ne serait plus agréé, comme représentant d'un propriétaire désirant ne pas faire courir temporairement ses chevaux sous son nom, qu'une personne n'ayant pas de couleurs enregistrées et qui sera tenue d'adopter celles du propriétaire qu'elle représente. »

Le fait seul de modifier l'article du Règlement qui permettait à un propriétaire de faire courir sous un autre nom et d'autres couleurs, équivalait à reconnaître l'inconvénient de cette mesure qui ne pouvait que troubler le public. Puisqu'on était en voie de réforme, que ne supprimait-on le dit article purement et simplement, comme on avait fait, en 1881, des pseudonymes. A l'origine des courses, alors qu'une écurie n'était encore pour la plupart qu'un luxe ou une distraction, on pouvait admettre qu'un propriétaire en deuil préférât dissimuler ainsi momentanément sa personnalité. Mais il n'en est plus de même aujourd'hui, de trop gros intérêts sont en jeu pour perpétuer ces errements, et dans aucune entreprise commerciale ou industrielle — et une écurie de courses n'est plus autre chose — ■ Ton ne voit mod fier la raison sociale, sous prétexte de perte d'un parent quelconque.

Les représentants des Sociétés de Courses parisiennes avaient été saisis d'un projet d'organisation de banque à crédit, permettant aux propriétaires de chevaux de courses d'engager des enjeux sans maniement de fonds. Après mûr examen, ils repoussèrent ce projet qu'ils jugèrent comme n'étant pas pratiquement réalisable et semblant de nature à engager la responsabilité pécuniaire des Sociétés.

Sous l'active impulsion de son Comité, secondé par les Conseils municipaux de Trouville et de Deauville, la Société des Courses de Deauville poursuit sa marche ascendante. Le nombre des journées est porté à dix (dont deux d'obstacles) et le budget total affecté aux courses plates à 492.500 francs.

L'allocation du Grand Prix, qui prend le nom de Grand Prix de Trouvilh-Deauvlh., est élevée à 100.000 francs, celle du prix de Deux Ans, à 40.000 francs, et celle du prix de Longchamp (prix de la

Société d'Encouragement) à 40.000 francs également. Il est en outre créé trois belles épreuves de 20.000 francs chacune, le Critérium^ le Grand Handicap de Deauvilh et le Handicap de la Manche.

A Saint-Cloud, nous pouvons signaler la transformation du prix Flying-Fox, désormais la plus riche épreuve de plat de la Société de Demi-Sang, porté de 20.000 à 40.000 francs, et dorénavant ouvert aux chevaux de 3 ans et au-dessus, au lieu des seuls trois ans.

N'omettons pas, enfin, de rappeler la création, par la Société Sportive, des prix de Circonscription, pour chevaux de remonte, affectés aux Sociétés régionales dépendant de certains dépôts d'étalons de l'État.

Ces prix avaient pour but, tout à la fois, d'encourager l'équitation et la production des chevaux d'armes autres que de pur sang; ils comportaient des allocations au propriétaire, au naisseur et aux cavaliers (autres que les officiers et les gentlemen-riders) (1).

A l'automne, eut lieu la liquidation complète de l'écurie de courses et du haras de Marly-la- Ville, à M. J . Arnaud, comprenant 19 chevaux à l'entraînement, 20 yearlings et 22 poulinières, qui réalisèrent 297.595 francs. Le prix le plus élevé fut atteint par Punta-Gorda, qu'il avait achetée à M. J. Lieux, et que M. Vanderbilt ne craignit pas de payer 80.000 francs. La casaque blanche à toque jaune de M. J. Arnaud avait triomphé dans le Grand Prix de 1897, avec Doge, runnerup de Palmiste, dans le prix du Jockey-Club.

Comme autres ventes intéressantes, on peut noter celles des écuries du duc de Gramont et de M. Caillault; encore ne furent-elles que partielles, leurs propriétaires ayant racheté bon nombre de leurs chevaux (2).

L'exode des chevaux américains continuait. Partout, en France, en Angleterre, en Australie, dans l'Amérique du Sud, ce n'était que liquidation des grands haras du Nord. Devant les lois draconiennes sur l'interdiction des paris aux États-Unis, les écuries les plus renommées fondaient comme neige.

En France, nous eûmes la vente des 38 poulinières et foals du haras d'Elmendorff, à M. J.-B. Huggin, qui firent 84.050 francs, et celle des 20 pouhnières du haras de Hamburg-Palace, à M. J.-B. Madden, qui réahsèrent 58.600 francs.

(1) Ces prix étaient primitivement au nombre de huit, dotés chacun d'une allocation de 2.500 francs. Par la suite, la Société Sportive leur donnera plus de développement, et, en 1913, elle en comptera 110, divisés en trois catégories, de 2.000, 1.000 et 500 fr., représentant une allocation globale de 137.000 francs.

(2) La première qui comprenait 15 chevaux à l'entraînement, 8 yearlings et 16 poulinières, produisit 470.525 francs. Le prix le plus élevé fut atteint par une pouliche de 2 ans, Eildora, payée 75.000 francs, par le duc Decazes; le duc de Gramont avait retiré Saint- Yves, 2 ans, et 9 poulinières pour 288.300 francs (Gorgos, 110.000 francs, et Saint-Astra, 55.000 francs).

M. Caillault ne laissa partir que 12 chevaux, pour 158.650 francs, et en retira 16, pour 459.400 francs { M agali, 120.000. Mésange. 49.000 et Maboul II, 45.000).

C'était bien peu de chose, on le voit, mais les propriétaires américains préféraient liquider à perte, plutôt que de poursuivre, dans leur pays natal, un élevage désormais sans débouchés locaux.

Les reproducteurs américains n'affluaient pas seuls en Europe, mais aussi les chevaux à l'entraînement.

C'est en raison de l'impossibilité où l'on se trouvait d'être fixé sur leur mérite que le Jockey-Club anglais décida qu'à l'avenir aucun cheval étranger ne pourrait être handicapé s'il n'avait préalablement couru trois fois au moins en Angleterre.

Cette mesure fut rapportée l'année suivante, l'invasion des chevaux américains ayant cessé.

Puisque nous sommes en Angleterre, signalons, à simple titre de curiosité , et parce que le chiffre établit un record, le prix de £ 15.734 (393.750 francs), donné par lord Michelham, à la vente annuelle des poulinières, à Newmarket, pour Fair (Saint-Frusquin et Glare), née en 1903 et suitée d'un poulain par Gallinule.

Sapropre sœur Lesbia, également saillie par Gallinule, n'avait fait que 236.250 francs.

Le précédent record avait été atteint par La Flèche, que Sir Tatton Sykes avait poussée jusqu'à 330.750 francs.

Pour la première fois depuis l'institution du Derby, en 1780, la grande épreuve d'Epsom fut gagnée par un cheval appartenant au roi d'Angleterre. En effet, Georges IV n'était encore que Prince de Galles, quand il l'avait remportée, en 1788, avec Sir Thomas, comme l'était également Edouard Vil, lors des précédentes victoires de Persimmon et de Diamond Juhilee.

Edouard VII était très populaire. Nous croyons cependant que rarement il avait été l'objet d'une ovation semblable à celle qui salua la victoire de Minora, et qui éclata, d'autant plus formidable que, jusqu'au dernier moment, l'issue delà lutte était restée douteuse, Louviers, à H. W. Raphaël, demeurant collé au favori qui ne l'emporta que d'une tête, dans les dernières foulées. Alors, l'enthousiasme fut indescriptible, et quand, suivant la tradition, le Roi ramena son cheval par la bride jusqu'aux balances, on put craindre réellement qu'il ne fût écrasé par une foule en délire.

Le triomphateur de la campagne de trois ans n'était cependant pas Minoru, mais Bayardo, bien qu'il n'eût retrouvé son extraordinaire forme de deux ans que dans la seconde partie de la saison, où il enleva les Eclipse Stakes, à Sandown Park, les Prince of Wales Stakes, à Ascot, les Champagne Stakes, à Newmarket, et le Saint- Léger, de Doncaster.

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