CHAPITRE LXXXIX
Augmentation croissante du budget de la Société d'Encouragement. — • Chronométrage visible des courses. — • Transformation de Deauville.
— Prédicateur. Amoureux III. — ■ La Française, Ba^se- Pointe, Chambrede-VEdit (suite). — L'élevage français en Angleterre. — Le Betting Inducement Bill. — Mort de Gallinule. — • Dead-heat de camarades d'écurie dans le Derby italien. — • MM. P. Clossmann, L Wysocki, H. Webb, A. Carratt, A. Sautereau, baron A. de Nexon et duc Decazes. — Importation des étalons Sundridge, Rock Sand et Bachelor''s Button. — Mort de Clamart, Chaleureux, Santo-Strato. — Exportation de Biniou.
— Vente des écuries des barons Gustave et Maurice de Rothschild. • — Prix record d'un yearling en France. — Petits procès sportifs. — La question du doping : méthode scientifique permettant de le découvrir.
— Disqualification de chevaux dopés. — Création des prix de Cavalerie.
— La crise du demi-sang. — Les courses de deux ans en Allemagne.
Le fait capital de l'année — qui marque quelle évolution s'était accomplie dans les mœurs du turf! — est, à la fin de la saison, l'application, par la Société d'Encouragement, des mesures destinées à découvrir les traces de doping. Nous y reviendrons plus loin.
Dans sa séance du 4 février, le Comité de la Société d'Encouragement — où le baron Gourgaud et M. James Hennessy ont été appelés à remplacer le comte de Lastours et le baron Gustave de Rothschild — porte le budget, pour l'année courante, à 4.140.000 francs, en augmentation de 140.000 francs sur celui de 1911.
Parmi les épreuves dont l'allocation bénéficie d'une plus-value, nous citerons tout particulièrement, en dehors des prix des Sablons, Dollar, La Coupe, Salverte, du Cèdre, du Lac, Handicap d'Octobre :
le prix La Force, qui passe de 30.000 à 40.000 fr,, et est ouvert aux chevaux de 3 ans et au-dessus, au lieu de 3 et 4 ans seulement;
le Biennal de 4 ans, qui est doublé : 40.000 au lieu de 20.000 ;
le prix Gladiateur stationnaire à 30 OCO fr., depuis 1894, est porté à 50.000. Pour les variations d'allocation et de distance de cette épreuve, voir Livre IX, page 806);
rOmnium, — qui était jadis une des épreuves capitales de Tannée, par suite de Fimportance des transactions auxquelles il donnait lieu, dès la publication des poids, — passe de 25.000 à 40.000 fr. Cette augmentation, ainsi que le retour aux anciennes traditions (en fixant la publication des poids au lendemain du Grand Prix, soit trois mois au lieu de cinq après les engagements), ne suffiront pas à lui rendre son prestige d'autrefois, et il devra se contenter d'être le handicap le plus richement doté de France. Rappelons que cette épreuve, fondée en 1839, était alors ouverte aux chevaux de deux ans; c'est à cet âge que Lanterne y triompha, en 1843, avant d'accomplir, la première de toutes, le double event des prix de Diane et du Jockey-Club. Ce n'est qu'en 1857, quand l'allocation, qui avait été faite jusque-là soit par des particuliers, soit par le Gouvernement, fut fournie par la Société d'Encouragement, que les deux ans furent exclus.
D'autres augmentations importantes étaient également annoncées pour les années suivantes : c'est ainsi qu'en 1915, les deux Poules d'Essai et les quatre Poules des Produits (Hocquart, Daru, Noailles et Grefïulhe) seront de 40.000 francs au lieu de 30.000, et en 1916, le prix Lupin (Grande Poule), de 50.000 au lieu de 40.000 ; de plus, dans ces sept épreuves, les allocations aux deuxième et troisième ne seront plus spécifiées, mais régies dorénavant par les conditions générales du Règlement, qui attribuent aux chevaux placés 30 p. 100 de la valeur nominale du prix, dans la proportion des 3/5 au deuxième et des 2/5 au troisième.
Enfin, pour 1913, le prix du Cadran était porté à 100.000 francs, et non à 75.000, comme il avait été décidé l'année précédente.
Le budget des autres Sociétés présente également une plusvalue.
Celui de la Société de Sport de France s'élève à 896.500 francs, avec deux journées supplémentaires au Tremblay (1); — celui de la Société de Demi-Sang, à 867.000 francs, pour les courses plates de Saint-Cloud; — et celui de la Société Sportive, à 2.459.435 francs (2):
(1) A l'actif de cette Société, signalons l'innovation fort intéressante, à la réunion d'automne, du chronométrage visible de la durée des courses, au moyen d'un cadran enregistreur, placé à mi-hauteur du poteau d'arrivée. L'aiguille est actionnée par un employé qui se trouve au départ, et un autre employé, placé en face du poteau, provoque l'arrêt au moment du passage du vainqueur.
Ce système sera perfectionné, en ce sens que ce sera le starter lui-même, en actionnant la starting-gate, qui mettra en mouvement tout à la fois l'appareil chronométrique et la sonnerie annonçant la fin des opérations du pari mutuel.
(2) Dont 2.044. 685 francs pour les courses de Maisons-Lafflte; 328.000, pour allocntions aux Sociétés de province ou des colonies, et 86.750 aux arabes purs et anglo-arabes. On peut y ajouter encore 244.000 francs que cette Société distribue en encouragements divers aux chevaux de remonte et de service.
1891 A FIN 191 :i 699
la principale augmentation porte sur la Coupe d'Or, dont l'allocation passe de 30.000 à 50.000 fr.; la valeur de l'objet d'art est également portée de 10.000 à 20.000 fr., mais il ne sera plus attribué qu'au propriétaire qui aura gagné cette épreuve trois fois en douze années.
Il est difficile de parler du meeting deauvillais — qui comprend maintenant onze journées de courses, dont deux d'obstacles et une de trot — sans dire un mot de la transformation radicale subie par Deauville. A la ville fleurie et tranquille que nous avons connue, où le monde élégant se tenait à l'écart du tohu-bohu boulevardier de Trouville, a succédé un caravansérail cosmopolite, genre Ostende, avec casino, théâtre, vastes Jiôtels modernes, et magasins de luxe.
Ce n'est plus les planches ni la rue de Paris, c'est autre chose, et même en ramenant à leur juste valeur les louanges intéressées d'une publicité intensive, il est certain que le succès a été réel parmi le monde qui s'amuse.
Gravement atteint dans ses voies respiratoires, Montrose II (Maintenon et Mario), le crack de deux ans de M. Vanderbilt, n'était plus en état de tenir jusqu'au bout d'une course. Jusqu'à quinze cents mètres environ, il semblait aller librement, mais le souffle lui faisant alors défaut, il renversait la tête pour mieux prendre l'air. Il courut ainsi d'insuccès en insuccès. L'opération de la trachéotomie ne remédia pas à son infirmité et, le mauvais état de ses jambes aidant, il fut retiré de l'entraînement après la Poule d'Essai.
Sa camarade Pétulance (Maintenon et Perpétua), qui tenait avec lui la tête de la jeune génération, ne fut pas plus heureuse. Atteinte du même mal, elle subit la même opération, et, bien qu'elle soit restée sur la brèche jusqu'à la fm de la saison, elle ne joua qu'un rôle effacé.
Ainsi décapitée de ses deux chefs de file, la production de 1909 se distingue surtout par une irrégularité de forme vraiment déconcertante. Il suffit qu'un cheval gagne un jour pour qu'il ne figure plus le lendemain, comme il suffit, par contre, qu'il n'ait joué aucun rôle la veille, pour qu'il triomphe ensuite dans un canter des adversaires qui l'avaient battu. On ne s'étonnera pas, dans ces conditions, que la plupart des grandes épreuves revinrent à des outsiders, cotés de 12 à 35/1, et que le Grand Prix ne réunit pas moins de 21 partants, chiffre record!
A tout prendre, cependant, le cheval qui semble'avoir le plus d'avenir, en raison des preuves de tenue qu'il a données, est Prédicateur (Le Roi Soleil et Péroraison), au baron Ed. de Rothschild, qui remporte sept courses, dont le prix de l'Espérance, le Grand Prix de Vichy, les prix de Chantilly, Le Sancy et Satory.
Après lui, le plus régulier, sinon le plus heureux, est Amoureux III
(Octagon et Amicitia), à M. A. Belmont. En plus de ses cinq victoires, dont les prix Eugène-Adam, à Maisons-Laffitte, et Saint-Simon, au Tremblay, il a figuré, en effet, dans toutes les épreuves qu'il a disputées, ayant pris la seconde place dans les prix Daru, Lupin, du Jockey- Club et du Prince d'Orange, la quatrième dans le Grand Prix, et la troisième dans le Royal-Oak.
A la fin de l'année, Amoureux III fut acheté par l'Administration des Haras et envoyé au dépôt de Tarbes. Par son père, il remonte au fameux Rayon d'Or, et l'on ne peut que féliciter l'Administration d'avoir ainsi ramené ce sang précieux chez nous.
On peut encore citer Floraison (Sans-Souci II et Florella), la meilleure pouhche de l'année, qui, au miheu de quelques défaillances, compte de beaux succès, comme les prix Semendria, Daru, Lupin et du Prince d'Orange
Pour les autres trois ans, leurs performances sont tellement contradictoires, qu'elles défient toute analyse et tout classement. Nous nous bornerons donc à rappeler, par ordre alphabétique, les noms des vainqueurs des principales épreuves :
Bonbon Rose {Berhy du Midi et Derby de l'Ouest; gagnant moral de la Coupe d'Or, à Maisons-Laffitte, fut distancé, après sa victoire, comme ayant été dopé (ainsi que nous le verrons plus loin).
De Viris (prix de Fontainebleau, Grand Prix de Bruxelles, Poule d'Essai et prix du Président de la République).
Friani II (prix du Jockey-Club).
Gorgorito (Grands Prix d'Ostende et de Deauville et le Royal-Oak).
Houli (prix Delâtre, prix La Rochette, et Grand Prix).
Impérial (prix Noailles et prix de Jouvence).
Martial III (prix Boïard, du Cèdre, et Coupe d'Or de Maisons- Laffitte, par suite du distancement de Bonbon Rose).
Patrick (prix Greffulhe).
Porte-Maillot (Poule d'Essai; aurait remporté le prix de Diane sans une erreur de son jockey Hobbs, qui l'arrêta au poteau d'affichage, croyant avoir atteint le but, ce qui permit kQu elle -est- Belle II, gagnante du prix La Rochette, de la battre d'une courte tête. Les Commissaires infligèrent à Hobbs un mois de mise à pied pour cette distraction, qui coûtait près de 90.000 francs à M. Edmond Blanc).
Rêveuse (prix Vermeille).
Shannon (prix Lagrange, prix des Acacias et prix du Conseil Municipal).
Wagram II (8 courses, dont les prix de Villebon et Flore).
Zénith II, acheté par M. A. Veil-Picard à la vente du baron Maurice de Rothschild (prix Hocquart et Biennal). .
Parmi les vétérans, La Française renouvelle ses succès du prix Rainbow, à Paris, et du prix Florian de Kergorlay, à Deauville, mais
elle échoue, comme à quatre ans, dans le prix Gladiateur, où cependant elle ne rencontre pas d'adversaire de la valeur de Basse- Pointe. Peut-être, cette fois encore, son propriétaire lâcha-t-il la proie pour l'ombre, en lui faisant disputer le prix du Conseil Municipal, dont la distance était trop courte pour ses moyens. Elle partage ensuite le prix Salverte avec Sarrasin, et se fait battre, par Philippe 11^ dans le prix du Pin.
A la fin de la saison, La Française passera en vente à l'établissement Chéri, et sera retirée à 115.000 francs. En en refusant un prix aussi élevé, son propriétaire, qui est un de nos éleveurs les plus éminents, avait sans doute ses raisons, et l'avenir nous dira si La Française sera une exception à la règle qui semble vouloir que toutes les grandes juments restées tard sur le turf ne fassent pas grand' chose au haras.
Basse-Pointe et Tripolette ne retrouvent pas leur brillante forme de l'année précédente : la première doit se contenter du prix La Force, et la seconde du prix Fille-de-l'Air, et de la deuxième place dans l'Omnium et dans le Conseil Municipal.
Castagnette II (Presto II et Clairette), à M. J. Lieux, inscrit à son actif le prix d'Amphitrite et le Handicap d'Octobre; — Combourg, le prix du Cadran; — et Chambre-de-l Édit (Le Var et Garbes), à M. J. Meller, le prix de Dangu et le Gladiateur, sur La Française,
Bire-aux-Larmes remporte une heureuse victoire dans le Grand Prix de Bade.
Aucun des deux ans ne s'impose. Les gagnants des principales épreuves sont, dans l'ordre alphabétique : Amadou, Baldaquin, .Blarney, Coupesarte, Dagor, Écouen, Freeman, Gloster, Pirpiriol, Plaidoirie, Sans-le-Sou, Sunflower et Sweetness.
On a peu vu Nimbus, et Brûleur n'a pas couru.
En Angleterre, les trois ans sont pour le moins aussi médiocres que les nôtres, et nous n'en parlerions pas si les quatre grandes épreuves classiques n'étaient revenues à des animaux qui intéressent directement notre élevage.
C'est d'abord Tagalie (Cyllene et Tagale), la gagnante des Mille Guinées et du Derby, dont la mère, par Le Sancy et The Other Eye, est née au haras de Martinvast, chez le baron de Schickler. Elle remporta pour son compte un petit prix à Chantilly, après lequel elle fut réclamée par M. R. Chapard qui, l'année suivante, la vendit à M. W. Raphaël. Présentée à Flying-Fox, avant d'être embarquée pour l'Angleterre, elle en avait eu Blamey II, vainqueur des Gimecrack Stakes. Tagalie est la quatrième pouliche qui gagne le Derby (voir note page 56); elle est la première femelle de robe grise qui remporte les Mille Guinées.
Le nombre des chevaux gris vainqueurs de grandes épreuves est d'ailleurs assez restreint, et l'on ne trouve guère à citer, avant elle, que Hollandaise et Symmetry (Saint-Léger, 1778 et 1798), Gustavus (Derby, 1821), ClearwHl et Grey-Momus (Deux mille Guinées, 1833 et 1838), et Scotia (Oàks, 1892).
Tagalie ne joua aucun rôle dans les Oaks, où les couleurs de M. J. Prat — si malheureuses, chez nous, dans les grandes épreuves, — triomphèrent avec une pouhche anglaise, Mirska (Saint-Frusquin et Musa).
C'est ensuite Tracery (Rock Sand et Topiary), vainqueur du Saint- Léger, dont la mère est issue de la fameuse Plaisanterie.
Puis Sweeper II (Broomstick et Ravello II), le gagnant des Deux mille Guinées qui, né en France de parents américains, perdit sa qualification chez nous du fait de l'omission de certaines formalités de déclaration dans les délais voulus.
Il n'est pas jusqu'au vainqueur du Cambridgeshire, l'américain Adam Bede, dont le père, Adam, ne soit français.
Dans cette même épreuve la seconde place était prise par La Bohême II, à une demi-longueur seulement du gagnant.
C'est la seconde fois que les deux premiers du Cambridgeshire sont des chevaux étrangers; déjà, en 1861, Palestro et Gahrielle d'Estrées, au comte de Lagrange, y avaient fini en tête.
Enfin, c'est Long Set, l'ancien cheval du comte de Fels, qui poursuit le cours de ses succès dans son pays d'adoption, en enlevant le Lincolnshire handicap et le Newbury Spring Cup.
Basse-Pointe et Comhourg avaient disputé sans succès l'Ascot "Gold Cup, où la jument ne pouvait prendre que la seconde place, à distance respectueuse de Prince Palatine, tandis que le poulain tombait complètement broken-down.
Né en 1884, Gallinule (Isonomy et Moorhen, par Hermit), mourut au début de 1912. Après avoir remporté, à deux ans, les National Breeders's Produce Stakes, à Sandown Park, il courut obscurément jusqu'au milieu de sa cinquième année, où il fut alors vendu pour le prix modeste de 26.250 francs, au capitaine Gréer. ,
Ce cheval de courses des plus médiocres devait se révéler reproducteur de grand ordre. Il est, en effet, le père de la célèbre Pretty Polly, Slieve Galion, Wildflower, General Peace, White Eagle, Phaleron, Strenia, mère d'Electra, etc.
En 19 ans, ses produits ont gagné plus de 600 courses, dépassant 7 millions de francs.
Ne quittons pas l'Angleterre sans mentionner deux décisions intéressantes prises par le Jockey-Club :
La suppression des courses au-dessous de 1.000 mètres;
L'obligation de donner un nom aux chevaux de 3 ans, sans quoi ils ne peuvent courir; la liste des noms sera soumise annuellement aux stewards, afin qu'ils puissent s'assurer, conformément à l'article 65 des Rides oj Racing, qu'il n'y figure aucun nom porté antérieurement par des chevaux ou des juments célèbres.
Une motion, présentée à la Chambre des Lords, par l'évêque de Hereford, au commencement de l'année, interdisant la publication de notes ou d'indications relatives aux résultats des courses et à la cote des chevaux, échoua devant la sévérité des peines qu'édictait son auteur. Mais elle fut reprise, sous une forme différente, à la fin de l'année, par un autre membre de la Chambre Haute, lord Newton, et cette fois adoptée en première lecture.
Sous le nom de « Betting Inducement's Bill », le projet de loi de lord Newton frappe sévèrement toute personne qui, dans le Royaume- Uni, écrira, imprimera et adressera au public des circulaires ayant trait aux paris de courses ou aux pronostics de toute espèce. Les peines proposées sont, pour un premier déht, 25 livres d'amende ou trois mois de prison, et, en cas de récidive, 50 livrés d'amende ou six mois de prison.
Cette motion a reçu l'approbation générale. Lord Newton a développé son projet, en particulier au sujet des starting priées, ou cote de départ, qu'il estime être un encouragement au jeu, nuisible à la morale publique, et, après lui, lord Beauchamp et l'évêque de Hereford ont parlé dans un sens très favorable à la mesure proposée. En 'dernier lieu, lord Durham a ajouté que, quel que soit l'esprit de tolérance dont les lords ont toujours fait preuve, il les engage à voter cette loi, convaincu qu'actuellement il n'est pas un membre du Jockey- Club qui ne soit tout disposé à sanctionner la proposition de lord Newton, et à réprimer ainsi les tendances regrettables qu'ont développées les circulaires ou prospectus visés par lui (1).
A Bade, notre élevage avait triomphé, comme nous l'avons dit, avec Rire-aux- Larmes , dans le Grand Prix; — Sarrasin-, dans le Furstenberg-Memorial ; — Gilles-de-Rais dans le Prince of Wales, — et Babette, dans l'Oppenheim Mémorial.
En Belgique, le Grand Prix de Bruxelles était revenu à De Viris, et celui d'Ostende, à Gorgorito.
Nous fûmes moins heureux que d'habitude, en Italie, où les quel-
(l) Adoptée par la Chambre des Lords, cette proposition de loi a été rejetée en février 1913, parla Chambre des Communes.
ques chevaux que nous envoyâmes étaient, il est vrai, d'ordre bien modeste.
Puisque nous sommes en Italie, rappelons que le Derby de Rome donna lieu à un dead-heat d'écurie, entre Rembrandt et Salvator Rosa, tous deux à M. F. Tesio, à une tête devant le troisième.
C'est le premier exemple de ce genre dans une grande épreuve classique (1), et cette arrivée rappelle celle du prix du Jockey-Club, en 1882, quand Dandin, au comte de Lagrange, et Saint- James, à M. Michel Ephrussi, finirent ensemble, suivis, à une tête, par Jasmin^ à M. Desvignes.
Au bulletin nécrologique, nous avons à enregistrer le décès de : M. P. Clossmann, éleveur-propriétaire du Sud-Ouest, dont le Stud était à son château de Malleret. Il avait débuté sur le turf en 1877, puis il avait été associé avec M. D. Guestier; ses meilleurs chevaux avaient été Le Mormon, Belcolore et, tout récemment, Veduto,
M. I. Wysocki avait commencé sa fortune par des paris heureux sur Plaisanterie, qui débuta, on s'en souvient, dans le prix du Premier Pas, qu'elle remporta à la cote rémunératrice de 40/1. Sa casaque verte à manches roses connut les gros succès d'obstacles avec Railleur, Valois et Verdi; en plat, elle dut son lustre à Biniou, dont, avant le prix du Jockey-Club, M. Wysocki céda la demi-propriété à M. E. Veil-Picard, moyennant 75.000 francs. Après sa victoire, à 4 ans, dans le prix du Conseil Municipal, M. Michel Ephrussi remplaça M. E. Veil-Picard, comme co-propriétaire du cheval qui, au début de la présente année 1912, fut acheté comme étalon de croisement par le Gouvernement allemand.
Henry Webb était le frère de M. Webb, l'ancien entraîneur du baron de Schickler; il eut pour principaux patrons, le comte de Moltke-Huiffeld, MM. de Monbel et A. Merle, pour lesquels il amena au poteau Rataplan, Ganelon, La Serqueuse, Storm et La Grave.
A. Carratt était âgé de 65 ans; il avait eu son heure, comme jockey, en remportant le Derby de Chantilly, avec Revigny (1873) et Jongleur (1877); le prix de Diane, avec Destinée (1874) et Tyrolienne
(1) Comme autres dead-heat d'écurie, nous ne.voyons guère à rappeler que ceux de Trocadéro et Nélusko, au comte de Lagrange, dans le Grand Prix de Bade, en 1868; de Nature et Frondeuse, au même propriétaire, dans le prix Victot, à Deauville, en 1880; de Procope et Eider, au duc de Gramont, dans le prix Dollar, à Longchamp, en 1907; et enfm de Montrose II et Pétulance, à M. W.-K. Vanderbilt dans le prix de la Forêt en 1911.
(1875), chaque fois après un dead-heat avec la représentante de M. A. Lupin; et le Cambridgeshire, avec Montargis (1873). Retraité depuis longtemps, il eut sous sa direction les chevaux de M. L. Delâtre, puis du marquis de Ganay.
Le baron Armand de Nexon était un grand éleveur du Centre, et son haras, dans la Haute-Vienne, avait contenu des étalons et des juments de haute origine, importés à gros prix. Ses couleurs — casaque grise, toque cerise — étaient populaires dans le Sud-Ouest, où elles triomphèrent six fois dans le Derby de Bordeaux, avec Loustic {1810), Lutine (1873), Marquis (1875), Mascaret (1878), Loterie (1881), et Weber II (1908). Le baron Armand de Nexon avait été un de nos plus brillants gentlemen-riders. Depuis la mort de son père, survenue en 1878, il dirigeait son écurie avec ses deux frères, Félix et Auguste; à la mort de Félix, en 1898, avec Auguste seul, et, depuis 1910, avec le fils de celui-ci, Maurice, qui saura continuer les grandes traditions sportives de la famille.
Le duc Decazes mourut au moment où il songeait à donner une plus grande extension à son écurie, par l'importation de l'étalon Bachelor's Button, dont nous parlons plus loin; son meilleur cheval jusqu'alors avait été Go ta Bed.
M. A. Sautereau, écrivain sportif des plus distingués, fondateur, en 1883, de La Vie Sportive, dans laquelle il prit nettement parti contre les dangers que les « Suburbains » faisaient courir à la cause du sport. Depuis quinze ans, il était l'un des handicapeurs de la Société d'Encouragement.
Au cours de l'année, notre élevage s'était enrichi, entre autres étalons importés, de Sundridge et Rock Sand, achetés par un groupe d'éleveurs, et de Bachelor's Button qu'avait fait venir le duc Decazes.
Sundridge (Amphion et Sierra, par Springfield), est le père de Sunstar, gagnant, en 1911, des Deux mille Guinées, du Derby et des Newmarket Stakes.
Rock Sand (Sainfoin et Roquebrune), né en 1900, est le quatrième vainqueur de la triple Couronne (Deux mille Guinées, Derby, Saint- Léger) qui soit importé chez nous : les précédents étaient The Flying Dutchman, West- Australian et Flying-Fox.
Son père avait gagné le Derby en 1889. Sa mère est une fille de Saint-Simon; le pedigree de Rock Sand se distingue par un double retour sur le croisement Stock well-Touchstone.
En 1906, Rock Sand fut acheté 625.000 francs, par M. A. Belmont, pour FAmérique. Il est le père, entre autres bons produits, de Tracery et Qu'elle-est- Belle II, dont les mères furent importées pleines. En 1911, un groupe d'éleveurs français le racheta à M. A. Belmont, pour 700.000 francs.
Bachelors Button (Winkfield et Milady, par Kisler) était né en 1899. Il avait gagné 16 courses, dont le Gold Vase (deux fois), l'Ascot Gold Cup, battant Pretty Polly, les Hardwicke Stakes, le Manchester Gup et le Newmarket Jockey-Club, s' élevant à plus de 400.000 francs. Par son ascendance paternelle [Winkfield est fils de Barcaldine) et par les preuves de tenue qu'il a lui-même données, Bachelor''s Button semble devoir être une heureuse exception aux étalons de vitesse et de pfécocité tant recherchés jusqu'ici.
Par contre, nous devons noter la disparition de Clamart, Chaleureux, Santo-Strato et Biniou.
Clamart (Saumur et Princess Catherine) appartenait à l'Administration des Haras et faisait la monte au Pin. Il était âgé de 24 ans et était né au haras de La Chapelle. Acheté yearling par M. Edmond Blanc — qui venait de gagner le prix du Jockey-Club, avec son demifrère, Clover — il remporta le Grand Prix. Il est le père &' Amie (mère &'Aiax) et de Finaude (mère de Fiîiasseur).
Chaleureux [GiOoàieWow ei L'Été) fut importé, en 1906, par M. Edmond Blanc. En Angleterre, il donna Amitié, gagnante des Mille Guinées,et Signorinetta, gagnante du Derby et des Oaks; en France, il ne fit pas grand'chose, son meilleur produit étant Cavallo.
Santo-Strato (Victor Wild ou Saint-Frusquin et Pie Powder) comptait deux bonnes victoires à son actif : les Prince of Wales Stakes ei le Chester Cup. Importé, en 1909, par le comte de Fels, il n'avait pas eu le temps de faire ses preuves de reproducteur.
Il en était de même de Biniou — dont les premiers produits étaient yearlings — qui fut acheté au début de l'année, par le Gouvernement allemand, comme étalon de croisement.
Parmi les ventes de l'année, signalons les suivantes : Écurie et stud du baron Gustave de Rothschild, décédé à la fin de l'année précédente, comprenant 52 animaux (5 chevaux de 4 ans et au-dessus, 8 de trois ans, 8 de deux ans, 8 yearlings, 10 poulinières et un étalon. Le Roi Soleil) . Le total produisit plus de 700.000 fr. Les plus hauts prix furent atteints par les animaux que racheta la famille de Rothschild : Toison d'Or (Le Sancy et Harfleur II, par
Archiduc), née en 1901, mère d'Alcantara II, 115.000 francs; Le Quart-d' Heure (Rabelais et Harfleur II), né en 1909, 135.000; Puritain (Rabelais et Purity), né en 1910, 41.000; Purity (Gallinule et Sanctimony), sœur de mère de Sons-Souci II, née en 1903 et saillie par Rabelais, 51 .000 ; Le Roi Soleil, 18.000.
M. E. Khan donna 38.000 francs de Saint-Ange III (Son O'Mine et Sainte-Adresse), né en 1909.
Cette vente était bientôt suivie de celle des chevaux à l'entraînement, de trois ans et au-dessus, du baron Maurice de Rothschild : 5 chevaux furent retirés pour 116.000 francs; les 8 auti^s firent 198.400 francs.Les prix les plus forts furent pour les trois ans: Agenda (Rabelais et Ancône) adjugé 57.000 francs au comte Lair, et Zénith II (Le Sagittaire et Dainty), 48.000 francs, à M. A. Veil-Picard, pour lequel il devait remporter, quelques jours plus tard, le prix Hocquart et le Biennal.
Sur les 50 animaux composant l'écurie et le stud de feu le duc Decazes,8 furent retirés, par son fils, pour 127. 500 francs; les 42 autres firent 247.850 francs. Le prix le plus élevé fut atteint par la poulinière Cypress (Cyllene et Agave), saillie par Sunridge, qui fut payée 62.000 francs, par lady James Douglas.
La liquidation définitive du glorieux haras de Bois-Roussel était la conséquence prévue de la retraite de M. H. Delamarre. Son stud, déjà très réduit, ne comprenait plus aucune illustration.
Fut également liquidé, pour cause de cessation d'élevage, le haras de Voisins, au comte de Fels.
Mise en vente au lendemain de sa victoire dans le prix Gladiateur Chambre-de-V Édit ne trouva pas acquéreur à 45.000 francs.
A l'automne, l'établissement Chéri essaya — à l'exemple des grandes ventes annuelles de Newmarket — - d'une vente sélectionnée de poulinières, âgées de douze ans au plus, ayant de belles performances et une bonne origine, et présumées pleines d'étalons recherchés. Sur les 50 juments qui furent présentées, 21 furent retirées (dont La Française et Tripolette, les deux « clous » de la vente); les autres ne firent que 265.200 francs.
Les ventes de yearlings, à Deauville, donnèrent lieu à des enchères particulièrement animées et quelques gros prix sont à noter.
C'est ainsi que Mme Lemaire de Villers, dont les produits sont d'ailleurs toujours très recherchés, obtint 60.000 francs de Irish Lass (Desmond et ïrish Gai), et 50.000 d'une sœur de mère de Montrose II, Sainte- Alliance (Northeast et Mario), et M. de Saint-Alary 53.000 de Kizil Tash (Maximin et Kasbah), et 43.000, de Basse-Mer (Choubersky et Basse-Terre), propre sœur de Brûleur.
Mais la palme appartient à Mont d'Or (Val d'Or et Loneliness) de l'élevage de M.lTnzue,qui fut adjugé à M. Widener à 100.000 francs.
Le record du prix atteint par un yearling était détenu jusqu'alors par Le Soiwenir, dont le duc de Gramont avait donné 85.000 francs, en 1900.
Parmi les nombreux procès auxquels donnent toujours lieu les choses du sport, il en est trois qui, pour des raisons différentes, nous ont paru intéressants à rappeler.
Un gentleman-rider, blessé en course, a-t-il droit à des dommagesintérêts? Le cas était nouveau, nous semble-t-il.
M. Paul Mizonne ayant été victime d'un accident de course, sur l'hippodrome de Douai, où il montait un cheval à M. de Suzanet, réclamait à ce dernier 200.000 francs de dommages-intérêts.
Le Tribunal civil de la Seine a refusé, et il ne pouvait guère en être autrement, d'assimiler un gentleman à un professionnel salarié; il a débouté M. Mizonne de sa demande et l'a condamné aux dépens.
Un sieur Favrot, propriétaire d'un terrain situé dans le parc de Maisons-Laffitte, prétendait que, en établissant des routes d'entraînement dans certaines avenues et en plaçant des barrages en fer dans d'autres avenues, la Société Sportive, d'accord avec l'Association Syndicale du parc de Maisons-Laffitte, portait atteinte au droit de libre circulation des piétons dans les dites voies, et ce, au mépris du cahier des charges du 16 février 1834, lequel stipule que « toutes les avenues du parc doivent être affectées à la promenade seulement ».
Le Tribunal civil de Versailles n'en débouta pas moins Favrot et le condamna aux dépens, pour n'avoir pu faire la preuve de son allégation en ce qui concerne l'entraînement des chevaux, et la Société Sportive ne pouvant être incriminée pour les mesures de police qu'elle prenait les jours de course dans l'intérêt de la sécurité publique.
Ces deux jugements semblent équitables.
Mais que dire du suivant :
Une dame lachia, — ayant été blessée, aux courses de Vincennes, par un cheval attelé à un sulky qui, désarçonnant son conducteur, brisa la barrière qui sépare la piste de la pelouse — avait actionné le propriétaire du cheval, M. Thibault, en forts dommagesintérêts. Pour sa défense, celui-ci argua du cas de force majeure où se trouvait son jockey, qui ne fut désarçonné qu'en voulant éviter un autre attelage qui venait de tomber devant lui et afin de
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ne pas causer un grave accident. Le Tribunal adopta cette thèse; mais la Gourde Caen, où l'affaire vint en appel, en jugea autrement, et, jusqu'à plus ample informé, elle accorda une provision de mille francs à la dame lachia, par un de ces considérants qui laissent rêveur : « Attendu, dit ce jugement, que les chutes des jockeys et de leurs montures sont au nombre des risques habituels des épreuves sportives et que les chevaux doivent être dressés de telle sorte qu'ils ne se lancent pas sur les spectateurs lorsqu'ils se trouvent livrés à eux-mêmes, après que leurs conducteurs ont été désarçonnés. »
On a bien lu : « les chevaux doivent être dressés de telle sorte que... »
Sans vouloir médire des honorables magistrats de la Cour de Caen, ne semble-t-il pas, en l'espèce, qu'ils aient confondu les chevaux de courses... avec les chevaux de cirque!
Et venons maintenant à. la grave question du doping, dont il a été dit deux mots au début de ce chapitre.
Nous avons vu, en 1903, en quoi consistait cette pratique frauduleuse, d'origine américaine, et rappelé les mesures que dut prendre la Société d'Encouragement, en vue de faire face au double danger que de semblables manœuvres pouvaient faire courir tant à l'élevage qu'à l'institution même des courses. Mais, la science ne permettant pas alors de constater avec certitude qu'un cheval était sous l'empire d'un stimulant quelconque, les sanctions édictées par la Société d'Encouragement étaient restées lettre morte et certains entraîneurs peu scrupuleux avaient pu continuer impunément à administrer à leurs chevaux les stimulants interdits.
Depuis cette époque la question en était là, quand, en septembre 1912, la Société d'Encouragement, à la veille de la réunion d'automne de Longchamp, faisait savoir que, mise enfin en possession d'un procédé scientifique infaillible, elle ferait dorénavant procéder à des prélèvements de la salive des chevaux placés dans certaines épreuves.
Que s'était-il donc passé? Le voici en quelques mots.
Depuis l'apparition du doping — qui coïncida, dans les autres pays d'Europe, comme en France, avec la venue des entraîneurs américains — les savants, chargés par les différents Jockey-Club de rechercher le moyen scientifique de découvrir les traces, sur les animaux dopés, des stimulants prohibés, avaient porté leurs expériences sur l'analyse des produits expulsés par l'animal, l'organisme se débarrassant surtout par la voie urinaire des substances étran-
gères qui y sont introduites. Mais les résultats obtenus par l'analyse n'avaient pas donné complète satisfaction; la récolte de l'urine à l'état de pureté est assez difficile et nécessite souvent l'isolement prolongé de l'animal, ce qui constituait un inconvénient grave au point de vue pratique. D'un autre côté, on n'avait jamais pu trouver trace de ces alcaloïdes dans les crottins des chevaux auxquels était expérimentalement administré le doping.
La question i estait donc stationnaire et les Sociétés de courses continuaient à se trouver désarmées, quand, à la fin de 1911, la Société d'Encouragement apprit que le Jockey-Club autrichien était en possession d'un procédé scientifique permettant de découvrir, avec certitude, par l'analyse chimique de la salive, les traces de doping chez les chevaux, et qu'il ayait même retiré sa licence à un entraîneur américain, dûment convaincu d'exercer couramment ces pratiques frauduleuses (1).
L'inventeur de ce procédé n'était autre que le professeur Frœnkel,
(1) Voici les faits, tels que les relate le rapport du professeur Kauffmann à la Société d'Encouragement :
« ... Ainsi, dans la pratique ordinaire, il paraissait qu'il était à peu près mpossibie d'arriver à une soluti n du diagnostic du doping par l'analyse des urines ou àes crottins.
« Tel était l'état de la question, lorsqu'en 1910, le Jockey-Club autrichien ayant appris qu'en Russie, un chimiste du nom de Bukowski possédait une méthode qui permettait de reconnaître avec certitude la présence des alcaloïdes dans la salive recueillie sur des chevaux dopés, a envoyé à ce chimiste un échantillon de salive de tous les chevaux qui avaient pris part au Graf Nicolaiis Esterhazy Mémorial, l'une des épreuves sportives les plus importantes
« Chaque salive était désignée par un simple numéro. Le chimiste russe ignorait les noms des chevaux, des propriétaires et des entraîneurs. Ayant appliqué sa méthode d'analyse, il a obtenu un résultat nettement positif sur plusieurs des échantillons qui lui étaient soumis. I.e Jockey-Club, connaissant ainsi les noms des entraîneurs dont les chevaux avaient fourni une salive qui donnait des résultats positifs, ne crut pas le moment venu de dévoiler ces résultats et ces constatations; mais il fit venir M. Bukowski à Vienne, afin d'appliquer sur place sa méthode de recherche du doping. Bientôt de nouveaux cas positifs furent signalés par lui et l'on put s'assurer que les numéros des salives à réaction positive correspondaient toujours aux mêmes entraîneurs, au nombre de trois. Chez les chevaux des autres entraîneurs, jamais aucun cas positif ne fut constaté.
« Émerveillé des résultats obtenus, le Jockey-Club, pour se mettre à l'abri de toute erreur possible, a tenu à soumettre la méthode de M. Bukowski à un contrôle sévère, en faisant des expériences directes sur le doping.
« Des alcaloïdes furent administrés à des chevaux par les différentes voies et des échantillons de salive furent recueillis sur ces chevaux et aussi sur des chevaux normaux. Or, les résultats des analyses chimiques concordaient toujours exactement avec ceux de l'expérimentation. Chez les chevaux normaux, l'analyse de la salive ne donnait jamais que des résultats négatifs; tandis que chez les chevaux dopés, elle donnait des résultats positifs.
« Les essais étant terminés, M. Bukowski est retourné en Russie, mais sans divulguer sa méthode d'analyse.
« Le Jockey-Club autrichien, voulant à tout prix continuer le contrôle qu'il avait commencé, s'est alors assuré le concours du professeur Frsenkel. Après des
de Vienne, bien connu dans le monde scientifique par ses travaux sur la chimie physiologique.
La Société d'Encouragement s'était mise aussitôt en rapport avec le Jockey-Club autrichien, et, dès le printemps de l'année en cours, elle avait chargél'un des expérimentateurs de 1903. M. le professeur Kaufïmann, titulaire de la chaire de physiologie et de thérapeutique à l'école vétérinaire d'Alfort et membre de l'Institut, d'aller s'initier à Vienne, à la méthode scientifique du professeur Frienkel.
M. Kaufïmann, accepta, mais sans cacher, dès l'abord, son scepticisme. Après dix jours passés dans le laboratoire de son collègue autrichien, son incrédulité première avait fait place à une telle foi dans l'efficacité de la méthode qu'il venait d'étudier, que le rapport qu'au retour de sa mission il adressait à la Société d'Encouragement se terminait par cette déclaration formelle :
« Des constatations faites^ tant avec les salives des chevaux ayant pris part à des épreuves sportives qu'avec celles provenant d'animaux
essais nombreux, il a trouvé une méthode qui, comme celle de M. Bukowski, permet de déceler avec certitude les alcaloïdes dans la salive des chevaux soumis à l'action du doping. Cette méthode a été sévèrement contrôlée expérimentalement.
« Pendant l'année 1910, M. Fraenkel n'ayant pu appliquer sa méthode qu'à la fm de la saison, a fait des essais avec les salives de 50 chevaux qui ont couru sur l'hippodrome de Vienne.
« Sur ce nombre, on a trouvé quelques cas posi/i/s et ces cas positifs se rapportaient toujours aux trois mêmes entraîneurs. Quoique possédant ainsi les preuves certaines de l'usage que ces trois entraîneurs faisaient du doping, le Jockey-Club crut devoir user de bienveillance à leur égard et ne pas leur appliquer immédiatement les dispositions édictées dans son Règlement. L'année sportive 1910 venant de finir, on se contenta de convoquer ces trois entraîneurs, pour leur faire connaître les preuves qu'on possédait de l'emploi par eux du doping, et pour les engager à abandonner cette pratique dans l'avenir. Peu après, l'un de ces trois entraîneurs quitta le pays.
« Pendant l'année sportive 1911, le contrôle a continué régulièrement : les analyses ont porté sur la salive de 168 chevaux ayant pris part aux épreuves de Vienne et de Budapest. Pendant les réunions du printemps, de nouveaux résultats positifs furent obtenus avec la salive de chevaux des deux entraîneurs qui avaient déjà reçu un avertissement en 1910. Cette fois encore, le Jockey-Club s'est contenté de leur donner un nouvel avertissement, en les prévenant que ce serait le dernier. A partir de ce moment, et pendant les réunions du Derby et d'Été, on n'a constaté aucun résultat positif. L'usage du doping semblait donc abandonné complètement. Mais, au mois de septembre, deux nouveaux résultats positifs furent constatés et les numéros des salives se rapportaient à l'un des entraîneurs qui avaient déjà reçu deux avertissements antérieurs.
A la suite de cette nouvelle récidive, le Jockey-Club viennois s'est vu dans la nécessité de frapper cet entraîneur en lui retirant sa licence.
« Pendant tout le reste de l'année 1911, aucun nouveau résultat positif ne s'est montré.
« Cette année, le contrôle est continué régulièrement et, jusqu'à ce jour, aucun nouveau cas positif n'a été signalé. Il semble donc que, grâce à l'application de la méthode qui permet de découvrir avec certitude les alcaloïdes dans la salive des chevaux qui ont reçu le doping, cette pratique dolosive est sur le point de disparaître en Autriche-Hongiùe. Néanmoins, pour en prévenir le retour, le Jockey -Club fait continuer le contrôle régulièrement. »
soumis à des expériences de doping, il résulte que la méthode d'analysey instituée par mon collègue le professeur Frœnkel, permet de distinguer d'une manière certaine la salive d'un cheval ayant reçu des alcaloïdes de celle d'un cheval normal. Toutes les fois que, par cette méthode, on obtient avec la salive les réactions caractéristiques des alcaloïdes, on peut affirmer avec une certitude absolue que le cheval qui a fourni cette salive a été sous l'influence du doping.
« La méthode d'analyse est basée sur les constatations des réactions caractéristiques des alcaloïdes. Correctement appliquée, elle donne des résultats certains et incontestables. Je l'ai vérifiée dans tous les détails, dans le laboratoire même du professeur Frœnkel, où j'ai travaillé pendant dix jours consécutifs et j'ai pu constater qu'elle donne des résultats irréprochables. Par ses résultats positifs, elle dénonce avec certitude le cheval qui a reçu des alcaloïdes. La salive des chevaux normaux ne donne jamais que des résultats négatifs.
V. Pendant mon séjour à Vienne, j'ai eu l'occasion d'analyser, sous la direction du professeur Frœnkel, divers échantillons de salive provenant, soit de chevaux normaux, soit de chevaux qui avaient reçu le doping expérimentalement .
Les résultats des analyses concordaient toujours rigoureusement avec les données de l'expérience. Avec les salives provenant de chevaux auxquels on avait administré des alcaloïdes, les réactions étaient positives; avec celles des chevaux normaux, elles étaient entièrement négatives. Jamais aucun résultat positif n'a été constaté avec la salive provenant d'un cheval normal.
« Nous possédons donc aujourd'hui une méthode, due au professeur Frœnkel, qui permet de reconnaître, en toute certitude, l'administration d' alcaloïdes aux chevaux de courses. Grâce à cette méthode, il est désormais possible de surveiller discrètement et efficacetnent les entraîneurs qui pourraient se livrer à la pratique dolosive du doping et les Sociétés de Courses peuvent appliquer, avec la certitude de ne jamais faire erreur, les dispositions prévues par les articles du règlement. Les résultats positifs obtenus par cette méthode ne peuvent jamais être contestés, car ils sont l'expression de faits solidement établis par la science. »
Un autre point restait à établir. En effet, outre que les alcaloïdes peuvent entrer dans la composition de certains médicaments susceptibles d'être ordonnés aux chevaux, il est généralement admis, en l'état actuel de la science, que leur action, en tant que stimulant, ne saurait aboutir au résultat frauduleusement cherché, quand leur utilisation n'a pas lieu dans un délai rapproché de l'épreuve en vue de laquelle on y procède : c'est pourquoi le Code des Courses limite quant à présent au jour de la course, l'interdiction de leur usage. Il importait donc de savoir combien de temps après leur absorption, par quelque procédé que ce soit, les alcaloïdes pouvaient être retrouvés dans la salive des chevaux.
IbOl A FIN 19i;{ 713
De la réponse faite par M. le professeur Kauiïmann à cette question, il résulte que les nouvelles études auxquelles il s'est livré sur ce point particulier permettent d'affirmer que l'analyse chimique d'une salive ne peut, en aucun cas, dénoncer la présence d'alcaloïdes administrés au plus tard la veille du jour où le prélèvement de cette salive est opéré.
En présence de cet ensemble de constatations ne laissant place à aucune incertitude, la Société d'Encouragement ne pouvait plus hésiter à suivre l'exemple que lui avait donné le Jockey-Club autrichien. Les services nécessaires étaient organisés et, dès le mois de septembre, à la veille de la réunion d'automne de Longchamp, elle annonçait qu'elle ferait procéder, dès la journée de réouverture, à l'application de la méthode découverte par le professeur Fraenkel et expérimentée par le professeur Kaufîmann, et que les vainqueurs de quatre des épreuves inscrites au programme seraient soumis à l'examen de la commission, à la tête de laquelle se trouve naturellement le professeur Kauffmann.
La méthode comprend : 1» la récolte de la salive; 2° son analyse chimique.
1° La récolte de la salive est faite de façon à recueillir la plus grande quantité possible de liquide; elle doit être recueillie pure, sans souillure d'aucune sorte, et une fois recueillie, elle doit être mise à l'abri de toute souillure ultérieure. Le cheval enfermé dans un box, le vétérinaire, qui seul a qualité pour récolter la salive, prend toutes les précautions antiseptiques désirables; après avoir mis des gants de fil blanc, neufs, stérilisés, il récolte la salive à l'aide de coton pur, dégraissé, stérilisé. Ces morceaux de coton sont déposés immédiatement dans un verre neutralisé, portant deux étiquettes, l'une avec le numéro de la course, l'autre sans indication. L'opération terminée, le vase est fermé à l'émeri, plombé et remis aux commissaires ou à leur représentant. Ceux-ci enlèvent alors l'étiquette portant le numéro de la course et lui substituent un numéro d'ordre connu d'eux seuls et inscrit sur un registre spécial. C'est avec'ce numéro que chacun des vases contenant la salive de chacun des chevaux examinés est remis à l'opérateur chargé de l'analyse; celui-ci ignore par conséquent à quel sujet appartient le liquide qu'il est chargé d'examiner, et il ne peut ainsi subir aucune influence préconçue.
Les propriétaires des chevaux soumis à l'examen ou leur représentant assistent au prélèvement de la salive, afin de se rendre compte que tout se passe avec une correction offrant les plus sérieuses garanties.
2° L'analyse de la salive'est très délicate; elle consiste en une série d'opérations longues, difficiles, minutieuses, dans le détail desquelles il serait hors de propos d'entrer ici, et ne peut être confiée qu'à un savant dont l'autorité est bien établie.
Ces procédés, qui sont ceux adoptés à Vienne, ont été appliqués dès la journée de réouverture, à Longchamp. Les vainqueurs des
quatre courses désignées à l'avance par les Commissaires ont été conduits immédiatement après leur rentrée aux balances dans un box de l'écurie enduit de blanc et communiquant à une ancienne chambre de lad transformée en laboratoire. C'est M. le vétérinaire Mouquet qui avait été désigné par M. le professeur Kaufïmann pour la récolte de la salive; les vases plombés ont été remis à M. Callou, chargé de les transmettre, sous le couvert de l'anonymat, au professeur Kauffmann qui procéda le lendemain aux analyses et transmit ensuite ses conclusions aux Commissaires.
Les autres Sociétés de Courses parisiennes ne tardèrent pas à adopter les mêmes mesures sur leurs hippodromes, et, bientôt appliquées, les analyses du professeur Kaufïmann révélaient — de façon absolument indiscutable, au dire de ce savant — que trois chevaux avaient disputé certaines épreuves étant sous l'influence d'alcaloïdes d'origine végétale.
Ces trois chevaux étaient : Bonhon Rose, lors de sa victoire dans la Coupe d'Or de Maisons-Laffitte; Hallebarde, gagnante du prix Saint-Angela, au Tremblay, et Polo-Alto, troisième du prix Saint- Simon, sur ce même hippodrome.
Les Commissaires de la Société Sportive et ceux de la Société de Sport de France transmettaient immédiatement le cas au Comité de la Société d'Encouragement qui, en vertu du § 3 de l'art. 10 du chap. X du Code des Courses, distançaient ces trois chevaux. .
Quant à leurs entraîneurs respectifs, O. Tirlot, H . Shieldset W. Flatman, aucune décision ne fut prise contre eux, leur responsabilité personnelle n'ayant pu être démontrée et le Code ne prévoyant de sanction que contre « celui qui a administré ou fait administrer le stimulant ».
Le Comité se réservait d'ailleurs de statuer prochainement sur les modifications à apporter au Code des Courses de façon à rendre plus précises les responsabilités, l'obligation qui lui est imposée de distancer le cheval dopé, frappant directement le propriétaire, à qui l'on cause ainsi un préjudice moral et matériel, alors que, faute de preuves suffisantes, l'auteur vraisemblable de la manœuvre reste impuni.
On apprenait bientôt que M. R. de Monbel, propriétaire de Bonbon Rose, se refusait à accepter la décision prise par la Société d'Encouragement et qu'il lui intentait de ce fait une action judiciaire.
Puis, c'était au tour du fameux C.C.P.D.C. (Comité Consultatif, etc.) de faire du zèle et de s'occuper de la question du doping, en demandant au ministre de l'Agriculture d'instituer une commission officielle à cet effet. Une de plus ou de moins, la chose est sans importance, mais, après les garanties dont s'était entourée la Société d'Encouragement et le rapport du professeur KaufTmann, était-il bien nécessaire de remettre la chose en question? (1).
(1) Par arrêté en date du 7 décembre, le ministre de l'Agriculture avait
Enfin, signalons la décision très importante, prise en fin d'année, par la Société d'Encouragement et qui est appelée à un grand retentissement, d'affecter à l'avenir des crédits spéciaux à la création de nouveaux prix, — appelés Prix de Cavalerie, — dont les gagnants seraient offerts à l'armée, et de nouvelles épreuves destinées à sélectionner des étalons de croisement dont l'acquisition serait facilitée à l'Administration des Haras, conformément aux traditions et aux dispositions réglementaires de la Société.
Par ces décisions, la Société espère tout ensemble : — ouvrir, dans les conditions les plus favorables aux intérêts en présence, un nouveau débouché à l'élevage de la race pure; — aider à la révélation de l'étalon de croisement; — donner enfin, à nos officiers de cavalerie, un certain nombre de ces chevaux de pur sang qu'ils ne cessent de rechercher et que des considérations de tous ordres ne leur permettent pas, actuellement, d'avoir à leilr disposition.
Comme on le sait, la Guerre recherche tout spécialement, pour les officiers et pour Saumur, le cheval de pur sang, mais la modicité des crédits dont elle dispose ne lui permet guère de payer plus de 1.200 fr. en moyenne, les sujets qu'elle achète; de là, pour elle, des difficultés de recrutement de plus en plus grandes : le prix des pur sang de réforme a augmenté en ces derniers temps d'une façon constante, les intermédiaires achètent beaucoup plus cher les meilleurs animaux, ceux-ci passent le plus souvent à l'étranger, et nos officiers ont beaucoup de mal à trouver les chevaux dont ils ont besoin.
Frappée de cet état de choses, la Société d'Encouragement s'était depuis plusieurs mois, préoccupée de rechercher les moyens de faciliter la tâche de la Remonte, tout en rendant en même temps service à l'élevage du pur sang, objet essentiel de la Société. Les excé-
nommé une Commission scientifique, chargée d'étudier le doping et de déterminer les règles à suivre pour reconnaître qu'un stimulant alcaloïde a été administré à un cheval avant la course.
Cette Commission était composée de MM. Dastre, membre de l'Institut et de l'Académie de médecine, professeur Me physiologie à la Sorbonne, président; Pouchet, membre de l'Académie de médecine, professeur de pharmacologie à la Faculté de médecine; Béhal, membre de l'Académie de médecine, professeur de toxicologie à l'École supérieure de pharmacie; Ogier, directeur du laboratoire de toxicologie à la préfecture de police; Bordas, vice-président de la Commission technique permanente; Leclainche, correspondant de l'Institut, inspecteur général des services sanitaires; Barrier, membre de l'Académie de médecine, inspecteur général des écoles vétérinaires; Vallée, directeur de l'école nationale vétérinaire d'Alfort; Kauffmann, membre de l'Académie de médecine^ professeur à l'école nationale vétérinaire d'Alfort; Adam, professeur à l'école nationale vétérinaire d'Alfort; Roux, directeur des services sanitaires et scientifiques au ministère de l'Agriculture.
dents de recettes de l'exercice écoulé sont venus précisément à point pour lui permettre de réaliser le projet qu'elle avait formé. Après avoir examiné et étudié différentes combinaisons, voici quel serait, à peu près, la solution à laquelle elle s'est arrêtée, d'accord avec la Remonte.
Les nouveaux prix seraient disputés à Compiègne et en province, dans le ressort des différents dépôts; il ne s'agirait pas de prix à réclamer, mais de prix ordinaires, avec droit d'achat pour la Remonte, moyennant une prime de majoration. Ces prix seraient de deux catégories : prix d'une valeur de 4.000 francs environ, sur une distance de 2.000 mètres pour les chevaux de 3 ans et au-dessus; prix de 3.000 francs environ, sur une distance de 1.000 mètres, pour les deux ans (la Remonte tient beaucoup à l'achat de poulains de deux ans, jeunes sujets moins usés par la course, et d'une plus grande malléabilité). Les propriétaires désigneraient à l'avance au dépôt de remonte de la région, ceux des animaux de leurs écuries auxquels ils se proposeraient de faire disputer ces nouvelles épreuves, avec la garantie du cornage et de la fluxion; un officier du dépôt visiterait les concurrents éventuels, et ceux qui lui paraîtraient pouvoir répondre aux besoins de l'armée figureraient sur une liste publiée à cet effet au Bulletin des Courses. Les chevaux désignés ainsi pourraient prendre part aux nouvelles épreuves; la Remonte aurait, après la course, la faculté d'exercer sur le gagnant un droit d'achat, qui deviendrait définitif dans un laps de temps de dix jours. Ce délai écoulé, le propriétaire, crédité déjà du montant du prix, serait, sauf le cas fort rare et très spécial où son cheval lui serait rendu, crédité d'une prime de majoration de 2.000 francs, toujours aux frais de la Société d'Encouragement. Ainsi il vendrait pour 5 ou 6.000 francs un animal qu'il n'aurait pu livrer à notre armée que pour un prix beaucoup inférieur, ou qu'il aurait dû mettre dans le commerce et sur les marchés étrangers.
De son côté, la Remonte aurait à sa disposition les chevaux de tête, que ses moyens ne lui permettaient pas d'acheter. Pour montrer d'ailleurs combien elle apprécie l'aide que va lui apporter en la circonstance la Société d'Encouragement, elle a formellement exprimé l'intention de maintenir, pour ses achats de pur sang, les mêmes crédits que par le passé, les chevaux provenant des nouvelles épreuves et fournis gracieusement ne devant être considérés que comme un supplément — de tout premier ordre.
On voit, par cet exposé, les précieux avantages qui résulteront du système instauré parla Société d'Encouragement : d'une part, pour la Guerre, facilités de recrutement en éléments inabordables pour elle jusqu'ici; d'autre part, en ce qui concerne les éleveurs et les propriétaires, nouveaux débouchés pour une catégorie d'animaux, d'une utilisation souvent incertaine, et, par les services que ces chevaux rendront à la cavalerie, plus grande diffusion de l'élevage de pur sang. La Société d'Encouragement apportera donc à la Remonte un con-
coursfinancier qui s'élèvera, dès la première année, à 120.000 francs; mais cet argent restera intégralement aux propriétaires et aux éleveurs de pur sang; elle demeure ainsi invariablement fidèle à son principe fondamental, et c'est à ce double point de vue que la création des nouvelles épreuves présente un si réel intérêt.
D'autre part, des courses importantes seront réservées à des chevaux présentant, au point de vue du modèle et de la netteté des membres et des organes respiratoires, des garanties qui les désigneraient comme de. futurs reproducteurs de croisement.
Toutes les mesures concernant ces nouvelles épreuves seront arrêtées dès le début de 1913.
La question de l'élevage du demi-sang sort du cadre de cet ouvrage, et nous ne nous y arrêterions pas sans l'émotion profonde qui s'est emparée de l'opinion publique, au cri d'alarme poussé par les plus hautes autorités militaires du pays sur l'insuffisance numérique des chevaux nécessaires à l'armée en temps de guerre.
Que la crise qui sévit sur le cheval de troupe soit imputable au développement de l'automobihsme, comme on l'a prétendu, ou à toute autre cause, là n'est pas la question.
L'Administration des Haras n'a été reconstituée, en 1874, que dans le seul et unique but d'encourager et de diriger l'industrie privée et de mettre l'élevage indigène à même de satisfaire aux besoins des Remontes. Les pouvoirs et l'argent nécessaires lui ont été donnés à cet effet.
Si donc l'industrie privée n'est pas en mesure d'assurer, de ce côté, la défense nationale, c'est que l'Administration des Haras, une fois de plus, a failli à sa tâche.
Cette crise, quelle qu'en soit l'origine, n'eût pas dû se produire. C'était à l'Administration des Haras, non seulement à la prévoir, mais à en prévenir les effets, sans attendre que le Service des Remontes les signalât.
Ainsi donc, et malgré les cruelles leçons de l'expérience, nous en sommes encore là, quarante-deux ans après les terribles événements de 1870, que ces deux institutions, des Haras et des Remontes, au lieu de n'en faire qu'une, ont continué à s'ignorer!... Et c'est quand le mal est fait que l'on s'avise, par la nomination d'une Commission miette (1), de leur enjoindre de faire — enfin! — cause com-
(1) Cette Commission mixte des Haras et des Remontes, instituée par décret du 13 février, se compose de 20 membres, dont 8 de l'Administration des Haras, 8 offlciers supérieurs des Remontes, l'inspecteur général des écoles vétérinaires le vétérinaire chef de la section technique, et de deux secrétaires, un commandant de dépôt des Remontes et un directeur de dépôt d'étalons.
mune, d'unir leurs efforts et de travailler de concert à réparer, s'il en est temps encore, les fautes commises.
Et pour que l'on ne nous accuse pas de dénigration systématique, nous citerons les termes mêmes du décret présidentiel qui institue ladite Commission, lequel stipule, en effet, « qu'il est de toute opportunité que le service des Haras et le service des Remontes se prêtent un concours réciproque en vue de coordonner leurs efforts pour maintenir rélevage dans la voie la plus propre à assurer la production des chevaux dont V armée a besoin pour ses divers services, en temps de paix comme en temps de guerre ».
Nous n'avons pas à suivre la Commission dans ses travaux. Espérons cependant que son œuvre sera plus efficace que celle de sa devancière, la Commission mixte des Haras et des Remontes, nommée en 1901, laquelle, ainsi que le rappelle le ministre de l'Agriculture dans son exposé des motifs, « n'eut pas l'occasion de fonctionner ».
On croit rêver en lisant de tels aveux d'incurie.
En Allemagne, où tout ce qui touche à l'élevage et, partant, aux courses est l'objet d'une sollicitude constante et éclairée, le Gouvernement s'était ému du danger que la multiplicité et la précocité des courses de deux ans font courir à la race, par l'épuisement prématuré des reproducteurs, et il résolut d'y mettre un frein.
C'est ainsi que, sur son désir, l'Union- Klub de Berlin, dont l'autorité est comparable à celle du Jockey-Club anglais, a résolu, pour la prochaine campagne, d'apporter aux règlements en vigueur certaines modifications qui concernent également les chevaux de 3 ans, lesquels ne pourront débuter virtuellement avant la fin du mois d'avril.
En effet, bien que l'ouverture de la saison de plat soit fixée au 1er avril, pour finir le 10 novembre, aucun cheval de 3 ans ne pourra disputer, avant le dernier dimanche d'avril, une épreuve dont l'allocation serait supérieure à 5.000 francs.
Pour les chevaux de 2 ans, ils ne pourront débuter avant le l^'" juin, et, jusqu'au 31 juillet, un maximum de 5.000 francs est fixé aux prix qui leur seront réservés.
A partir du 1^^" août, seront seuls admis à disputer une épreuve d'une valeur supérieure à 5.000 francs, les chevaux de 2 ans n'ayant pas, avant cette date, couru plus de deux fois.
Jusqu'au l^"* septembre, la distance maxima des épreuves réservées aux 2 ans est fixée à 1.200 mètres et à 1.400 mètres jusqu'au 1^^ octobre.
Les chevaux de 2 ans ne se rencontreront pas avec les chevaux de 3 ans et au-dessus avant le 15 septembre.
Les chevaux de 2 ans ayant pris part à plusieurs épreuves ne pourront, en aucun cas, bénéficier d'une décharge dans les courses réservées aux 2 ans.
L'adoption de ces mesures ne serait, dit-on, qu'un acheminement vers une réglementation encore plus restrictive, qui reculerait jusqu'au l^r juillet ou au l^r août la date de début des jeunes chevaux.