‹ Historique des courses de chevaux de l'antiquité à ce jourChapitre 160 sur 202 · INSTRUCTION · texte numérisé non relu

INSTRUCTION

pour le rétablissement des Haras.

Le Roy, qui donne toute son application au bien de son Royaume, et veut que ses sujets y trouvent toutes choses en abondance, ayant considéré que la rareté des beaux et bons Chevaux les oblige à de grandes dépenses, pour en aller acheter bien chèrement ailleurs, et cause un transport notable d'argent dans les Pais Étrangers; et que cela ne provient que du désordre des Guerres et de la négligence de ceux qui avaient des Haras et qui n'ont pas eu les soins ou le pouvoir d'avoir de bons Etalons et de belles et bonnes Juments pour conserver la race des bons Chevaux : Sa Majesté voulant y contribuer par une bonté toute particulière et paternelle, a, par une libéralité toute Royale pour le rétablissement des Haras en leur perfection, envoyé dans les Païs Etrangers, d'où l'on peut tirer les meilleurs Chevaux, et en a fait conduire grand nombre en France, à ses frais et" dépens, pour en faire librement, et sans aucune condition, la distribution dans son Royaume à ceux de sa Noblesse, et autres qui se trouveront en lieu propre, et en volonté de répondre le plus utilement au dessein de Sa Majesté. Ce qui" ayant été fait avec toutes les précautions possibles, par les personnes commises par Sa Majesté à cet effet, on a cru ne pouvoir mieux expliquer l'intention de Sa Majesté pour un ouvrage si utile à toute la France, qu'en laissant Tinstruction suivante à ceux qui voudront avoir les soins de rendre en cette occasion à Sa Majesté une complaisance, qui ne leur peut être que très honorable, divertissante et profitable.

Premièrement, Sa Majesté désire que celuy qui se chargera de l'Etalon, qu'Elle donne en pur don, en prenne un soin très particulier; comme de le bien faire établer, penser [sic) et nourrir, de manière qu'il se maintienne toujours en bon état : et pour y parvenir faut faire ce qui suit.

Ledit Etalon sera mis dans une Ecurie la plus sèche et moins humide qu'il se pourra- Il sera seul, s'il se peut, ou du moins dans une place séparée dans l'Ecurie commune, où il soit à son aise. L'Ecurie ne doit être exposée à un trop grand jour; elle sera mieux d'être un peu obscure que trop éclairée, parce que la saillie de l'Etalon est plus vigoureuse et plus gaillarde. II doit être bien pensé (i-'V) et nettoyé de la main; couvert d'une bonne couverture en hiver, et égère en été; ferré bien à son aise; et les pieds de devant remplis par dedans de fiante de Vache, deux fois la semaine, pour éviter les accidents auxquels les Chevaux sont sujets, comme seimes, blesmes et encastelures, que la chaleur de l'Écurie engendre : et plus les Chevaux sont de légère taille, comme Chevaux Turcs, Barbes et d'Espagne, plus ils sont sujets à ces accidents; pour lesquels

éviter, il faut observer de leur parer les pieds lorsque l'on connaît qu'ils en ont besoin, et que ce soit toujours le troisième ou le quatrième jour de la Lune, étant très important que le Cheval destiné pour Etalon ne ressente aucune incommodité.

Pour bien nourrir et entretenir l'Etalon, il faut lui donner à manger peu de foin, et beaucoup de bonne paille de froment ou de métail, la plus nouvelle battue qu'il se pourra. On lui donnera trois bons picotins d'avoine par jour : sçavoir, le premier aussitôt que le pallefrenier, qui le pense, se lève, et qu'il mange pendant qu'on lève sa litière et que l'on nettoyé sous luy; puis on le met au masticadour pendant deux bonnes heures le matin, et autant l'aprèsdînée. Il doit boire à huit ou neuf heures du matin de bonne eau bien nette : l'eau de rivière courante est la meilleure; mais quand il n'y en a pas, faut se servir de celle de fontaine, ou de puis; et si l'on reconnaît qu'elle soit trop froide et trop vive, il faut la tirer et la laisser reposer quelque temps, crainte que, par sa trop grande vivacité, elle n& cause des accidents fâcheux, qui arrivent aux Chevaux quand on les abreuve d'eau trop froide. A midy, on luy donnera le second picotin d'avoine ; et le soir, après avoir beu comme le matin, on lui donnera le troisième. L'avoine qu'il doit manger sera sèche, nette et pesante, n'ayant aucun mauvais goût, parce que cela pourrait le dégoûter, et c'est ce qu'il faut soigneusement éviter.

Il faut que l'Etalon commence à couvrir depuis le premier avril jusques à la fin de juin; et pendant ce temps, ne lui épargner aucune nourriture, soit foin, ou paille, ou avoine, ne pouvant être en trop bon état, et trop bien conservé pendant cedit temps.

Quand le cheval commence de couvrir, iLfaut observer qu'il ne couvre qu'une fois le matin à la fraîcheur, et le soir de même, si sa vigueur luy permet, et si la trop grande jeunesse ne l'empêche, parce qu'un cheval de quatre ans doit être plus conservé qu'un qui est plus âgé; et cela dépend de la discrétion de celuy qui est chargé de l'Etalon. Il faut aussi observer de ne jamais faire boire le Cheval devant que de couvrir les Cavales, soit le matin ou le soir; et la même règle se doit garder aussi bien pour la Cavale, qui doit être couverte, que pour l'Etalon qui la doit couvrir.

Il faut donner à l'Etalon, immédiatement avant de couvrir, une petite jointée d'orge bien nette et bonne, et autant après qu'il aura couvert; et s'il ne la veut pas manger toute pure, il faut la mêler avec son ordinaire d'avoine, pour luy faire plutôt manger, cela luy étant souverain et nécessaire; et l'on doit ainsi continuer jusques à la fin de la monte, qui finit au dernier jour de Juin, parce que les Poulains qui viendraient dans une saison plus avancée ne pourraient pas être si bien élevez. L'on laisse néanmoins la liberté de continuer la monte jusques dans le mois d'Aoust, dans les Pais et lieux où l'on a éprouvé que les Poulains du mois d'Aoust peuvent bien réussir.

Pour faire couvrir la Cavale, il faut faire planter dans un lieu bien gay et vert autant qu'il se pourra, éloigné de cent pas de l'Ecurie, un ou deux pilliers sur un terrain uni, sec et bien ferme, afin que le Cheval et la Cavale soient commodément et fermes en leur action, qui est une chose à observer pour ne pas rendre la monte inutile.

Quand on mène la Cavale à l'Etalon, ce doit être de bon matin, comme il a été dit. Il faut l'attacher aux pilliers avec un licol de corde, le plus sûrement qu'il se pourra. Si elle est serrée des pieds de derrière, il est à propos de l'entraver avec une entrave de tissu, qui s'attache aux pieds de derrière, et que l'on attache au col de la Cavale, de crainte qu'elle ne blesse le Cheval, ce qui se doit éviter avec soin.

Il ne faut pas présenter de Cavale à l'Etalon, que l'on ne se soit assuré qu'elle

soit en chaleur; et lorsque tout cela est bien observé, et que la Cavale est bien en état, il faut sortir l'Etalon de son Ecurie, qui n'aura qu'un caveçon à la tête, dont la têtière sera faite comme celle d'une bride, avec une sous-gorge, de crainte qu'il n'échappe; et sera tenu avec deux grandes longes de corde, attachées au caveçon, par deux hommes qui le conduiront en tournant autour du pillier où sera attachée ladite Cavale, afin qu'elle puisse considérer l'Etalon qui la doit couvrir; ce qui contribue beaucoup à luy faire concevoir un Poulain semblable audit Etalon, ce qui est le plus à considérer en matière de Haras.

Il est aussi nécessaire de bien laisser mettre l'Etalon en état avant que de l'admettre à son action avec la Cavale, la saillie en étant plus sûre; et même pour luy aider, il faut que l'un de ceux qui tiennent les longes, lorsque le Cheval est monté, lève la queue de la Cavale, et que l'autre prenne le membre du Cheval, et le conduise adroitement, crainte de le blesser et d'empêcher l'action.

Sitôt que le Cheval a couvert et démonté la Cavale, il faut qu'un des hommes le ramène à son Ecurie, en luy faisant faire un tour devant la Cavale, ainsi que devant la saillie, et que l'autre jette un seau d'eau fort frêche au derrière et sur les reins de la Cavale, le plus fort qu'il pourra. Il faut observer que le Cheval soit éloigné de la Cavale, lorsque l'on luy jette l'eau, parce qu'il n'y a rien de si dangereux que de mouiller avec de l'eau froide le membre d'un Cheval qui vient de couvrir. Il est bon de promener en trottant en main la Cavale, sitôt qu'elle a été saillie; et si l'on est proche de l'eau, il faut luy faire entrer jusques par-dessus les reins

Si tout ce que dessus a été bien observé, on peut se contenter de l'avoir fait couvrir une fois seulement : sinon, la faire couvrir le soir du même jour, si la vigueur de l'Etalon luy permet et son âge; et la laisser douze ou quinze jours sans la mener audit Etalon. Et après ce temps-là passé, on peut luy présenter , pour voir si sa chaleur dure encore; et si cela se rencontre, il faut la faire couvrir comme auparavant : mais si elle refuse l'Etalon, ce qui se connaît par les signes ordinaires, qui est de ruer contre luy, il ne faut pas la laisser monter, puisque ce refus est la marque la plus assurée que l'on puisse avoir, que la Cavale a retenu-

Il est à remarquer que les Cavales qui mangent le verd dans le temps qu'elles sont admises à l'Etalon, retiennent plus facilement que celles qui sont au foin et à l'avoine dans une Ecurie, parce qu'elles ont plus d'amour, et en donnent davantage au Cheval. Il est bon de mener les Cavales à l'Etalon neuf jours après qu'elles ont poulainé, parce qu'elles retiennent mieux, attendu qu'en faisant leur Poulain, elles vuident toutes les mauvaises humeurs qu'elles peuvent avoir dans le corps.

Rien ne gâte tant un Etalon que de luy présenter des Juments qui ne sont point en chaleur; et l'on remarque que les Juments que l'on fait couvrir par force, et qui ne sont point en chaleur, retiennent fort rarement. C'est pourquoy, comme il est très important de conserver un bon Etalon, dont on ne doit employer que très utilement la vigueur et les forces, il serait bon que celuy qui l'a en sa charge, ait, s'il se peut, quelque petit Cheval entier, bien amoureux, pour présenter à la Cavale, plutôt que le véritable Etalon : il reconnaîtra par là si la Cavale est en chaleur; et si elle n'y est pas, elle y deviendra à la deuxième ou à la troisième fois qu'on luy présentera ce Cheval ; après quoy, il y aura sûreté toute entière de la faire couvrir par le véritable Etalon. La monte étant finie, le Cheval sera nourry et gouverné comme auparavant la monte

Celuy qui aura l'Etalon en sa charge, sera obligé de tenir un RôUe des

Cavales qu'il fera couvrir par ledit Etalon, pendant tout le temps de la monte ; Sa Majesté, désirant qu'il ne soit admis aucune Cavale aux Etalons, qu'elle ne soit de taille à porter un beau Poulain.

L'intention du Roy est que les Chevaux qu'il donne et qu'il a fait chercher exprès avec des soins très particuliers dans tous les Pais de l'Europe, où il s'en trouve des plus rares, ne servent à d'autre usage qu'à couvrir les Cavales; qu'on ne leur coupe ny la queue ny les crins; qu'on ne les monte pour quelque cause qui puisse être; et que personne, de quelque condition et qualité qu'il soit, ne s'en serve de monture, à peine d'encourir la disgrâce de Sa Majesté, qui en sera avertie par les personnes commises pour luy en donner avis dans chaque Province.

L'on a jointe à l'instruction ci-dessus la copie de l'Arrest qu'il a plu au Roy de donner en faveur de ceux qui s'appliqueront à avoir de bonnes Cavales propres à porter de beaux Poulains; par lequel Arrest ils pourront voir les avantages que Sa Majesté leur accorde et com.me il est porté dans ledit Arrest, que les Cavales et Poulains seront marquez de la même marque que l'Etalon, et que cela pourrait causer quelque scrupule; l'intention de Sa Majesté n'est autre, que la marque servira seulement pour empêcher que les Cavales et Poulains ne soient saisis et enlevez par les Tailles, dettes et autres prétextes et occasions que ce puisse être.

DECRET

du 13 fructidor An XIII (31 Août 1805) rétablissant les Courses de chevaux en France (voir cliapitre VUi).

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