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CHAPITRE IX

LÉLEVAGE EN FRANCE

L'élevage du cheval en France. — La Féodalité. — L'édit du 17 octobre 1665.

— L'Administration des Haras. — Le règlement du 22 février 1717. —

— La prospérité avant la Révolution. — Le décret du 4 juillet 1806. — La Restauration.

Le 11 novembre 1833 est la date capitale de l'histoire des Courses et de la régénération de la race chevaline en France. C'est celle, en effet, de la fondation de la « Société d'Encouragement pour l'amélioration des races de chevaux en France », plus communément appelée tout court la « Société d'Encouragement », titre abrégé sous lequel nous la désignerons à l'avenir.

Jusque-là, les diverses tentatives faites en vue d'améliorer l'élevage national, d'abord par le gouvernement de Louis XVI — tentatives particulièrement intéressantes et qu'annihila laRévolution, — ensuite par l'Empire, puis par la Restauration, et, enfin, par Louis-Philippe, n'avaient pu remédier à l'indifférence et à l'incurie publiques. Ces efforts, il faut bien le dire, manquaient d'unité, de précision. Ils étaient effectués sans méthode ou, plutôt, les méthodes étaient si contradictoires, qu'il eût été difficile à l'éleveur de s'y reconnaître.

Sous Louis XVI, le pur sang anglais est à la mode ; sous l'Empire, on ne veut plus en entendre parler; la Restauration y revient, mais l'Administration des Haras — omnipotente en fait de courses et d'élevage — y est violemment opposée.

Qu'était-ce donc que cette Administration, si puissante que son action tenait en échec celle même du Gouvernement?

Un court historique de l'élevage du cheval en France est ici nécessaire.

Jusqu'à la Féodalité, nous ne trouvons aucun document précis sur ce point, en dépit du rôle important du cheval dans les guerres. Il

semDle même que pas plus les rois que les particuliers ne s'intéressassent à la question, et que l'on se contentait tout simplement de tirer des pays voisins, au fur et à mesure des besoins, les chevaux nécessaires. Pas de races indigènes en France. Les premières croisades avaient fait connaître la race orientale — dont l'Angleterre tirera le parti que l'on sait — alors que partout ailleurs elle sera cioisée avec les races locales, au hasard et sans méthode, et sans y apporter de modifications sensibles (1).

Avec la Féodalité, au contraire, l'élève du cheval — apanage de quelques grands seigneurs qui en avaient le goût et les moyens, eL pour qui c'était, en même temps, une nécessité absolue d'avoir une cavalerie nombreuse et résistante — fut des plus prospères.

En abattant la puissance et la richesse féodales, la royauté porta un préjudice énorme au développement de la race chevaline. Les haras seigneuriaux firent place, ainsi que le remarque fort judicieusement le marquis de Barbentane (2), à un élevage restreint, confié à des paysans qui n'avaient ni les connaissances techniques ni les ressources suffisantes, non seulement pour améliorer les races élevées jusque-là, mais encore pour conserver leurs qualités.

Les conséquences de cet état de choses ne tardèrent pas à se faire sentir, et, tandis que l'aristocratie anglaise, puissamment soutenue par ses divers gouvernements, développait sans cesse son élevage national, la France voyait péricliter ses races et était obligée, dès la fin du règne de Louis XI, d'avoir recours aux chevaux d'Espagne, d'Italie et d'Allemagne, pour satisfaire aux exigences de la remonte d3 son armée.

Le mal devint si grand que les pouvoirs publics s'émurent enfin. Henri III, Henri IVet, surtout, Louis XIII intervinrent. L'ordonnance royale de 1639 — le premier acte gouvernemental en la matière — prescrivait la création d'un haras royal. On ignore pourquoi il ne fut pas donné suite à cette décision, et ce ne fut que sous Louis XIV que l'Etat prit réellement la question en main.

Par l'édit du 17 octobre 1665 — que complétèrent plus tard ceux des 29 septembre 1668 et 28 octobre 1683 — Colbert, tout en fondant un haras royal au Pin (3), constituait les haras officiels, en s'appuyant sur le concours de l'industrie privée, avec participation et encouragement de l'État.

Ce document — que nous devons de pouvoir publier m extenso à l'obligeance de M. le général Ménessier de la Lance (voir Livre X) —

(1) Les expériences méthodiques tentées par Olivier, duc de Rohan, vers la fin du xiP siècle, et dont nous avons parlé précédemment, ne furent pas poursui vies après sa mort.

(2) Communication au 6« Congrès international d' Agriculture (Paris, 1900).

(3) Créé pour la remonte de la grande et de la petite écurie du roi, ce haras — établi d'abord à Saint-Léger, et transporté, en 1714, dans l'élection d'Argentan — se composait d'une vingtaine d'étalons et de trois cents juments, de tous poils et de toutes races.

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