L- ELEVAGE EN FRANCE
est d'une importance capitale. Il stipule, en effet, outre les prescriptions à suivre pour l'entretien et la monte, les conditions de fermage et les exemptions d'impôts accordées aux fermiers qui prennent en charge les étalons royaux, les peines auxquelles ils sont sujets en cas d'infraction aux règlements, etc.
« Le Roi — y est-il dit — veut prendre un soin particulier de rétablir les Haras dans son royaume, afin que ses sujets ne soient plus obligés d'aller porter leurs deniers en pays étrangers pour acheter des chevaux.
u Qu'il a fait acheter plusieurs étalons en Frise, Hollande, Danemark et Barbarie, et qu'il les fera distribuer : ceux propres aux carrosses, depuis la frontière de Bretagne jusque sur la Garonne, et les Barbes, dans les provinces du Poitou, Saintonge et Auvergne. »
Louis XIV avait, en effet, chargé le célèbre écuyer Garsault de visiter les différents pays d'Europe et d'y acheter des reproducteurs, qui furent répartis ensuite chezlescuItivateurs,pour améliorer la race. Cent millions furent ainsi dépensés, dans l'espace de quarante ans, pour remonter la cavalerie indigène en chevaux étrangers. Malheureusement les guerres de la fin du règne annihilèrent les efforts tentés par Colbert pour doter la France d'un élevage national, au point que la Régence dut, à son tour, prendre de nouvelles mesures pour remédier au mal.
Le Règlement du 22 février 1717 modifiait l'organisation existante et confiait aux intendants des provinces l'administration des haras royaux à côté des haras particuliers. On créa, à la même époque, des offices de gardes-étalons, qui donnèrent lieu, par la suite, à des abus, et qui finirent par coûter fort cher (695.140 livres, en 1764).
L'élevage national n'en connut pas moins une nouvelle ère de prospérité. Au haras royal du Pin, fondé en 1714, s'ajoutèrent ceux de Pompadour, en 1745, et de Rozières, en 1767 (1). Partout, l'initiative privée seconde les efforts de l'État. A Chambord,le maréchal de Saxe établit un haras qui ne comprend pas moins de 240 étalons; le prince Esterhazy en fonde un à Rocroi, dans les Ard3nnes; le prince de Monaco, à Thorigny; M. Voyer d'Argenson, aux Ormes; MM. de Corlieu,de Loches, de Rougé, en Poitou; MM. de Canisy, de Coigny, en Normandie; MM. deRoyère, de Jumilhac, de Nexon, de Goux, en Limousin.
« Dans la seule généralité de Limoges, écrit Maleden, il y avait, outre le haras du Roi, 160 étalons royaux donnés en garde, et 140 autres reconnus par le Gouvernement ; plus un grand nombre dans les
(1) L'établissement du haras de Pompadour était dû à l'instigation de la marquise de Pompadour, dans le riche domaine dont elle portait le nom. Il était affecté à la reproduction de la race limousine. A la mort de la marquise, en 1764, le haras fut rattaché à la Couronne.
Le haras de Rozières avait été fondé par la Province; les Trois-Évêchés entretenaient, en outre, celui d'Arrondel. Transféré aux Deux-Ponts, en 1807; il fut rétabli à Rozières, en 1814, jusqu'à sa suppression en 1848.
haras privés, entre autres celui du comte d'Escars, que tous les voyageurs jugeaient appartenir à un souverain plutôt qu'à un particulier. » {Réflexions sur la réorganisation des Haras, Paris, 1803.)
A la Révolution, il existait deux haras royaux, au Pin et à Pompadour, entretenus par le trésor royal, et quinze dépôts (contenant 365 étalons) subventionnés par l'État et les provinces, et placés sous la surveillance de l'Administration. De leur côté, les gardes-étalons avaient sous leur dépendance 750 reproducteurs et en possédaient 215, qui avaient reçu le brevet d'approbation (1).
Le 29 janvier 1790, la Constituante vota la suppression des haras de l'État, et la loi du 19 septembre — votée en dépit des efforts de Mirabeau, qui en demanda l'ajournement « afin que la question fût plus mûrement approfondie » — ordonna la vente immédiate des étalons royaux, qui furent soldés à vil prix. Enfin, le 19 janvier 1791, l'Assemblée Nationale décréta que tous les baux à loyer des bâtiments et propriétés appartenant à l'Administration des Haras seraient résiliés.
Mais, devant les événements qui se déroulaient, l'initiative privée — suî" laquelle on avait compté — préféra attendre. Il s'ensuivit une telle diminution dans la production chevaline, que la Convention, revenant sur la décision prise par la Constitutante, décréta la création de sept dépôts d'étalons (2 germinal an II), sans que cette mesure pût remédier au mal. Les bouleversements politiques qui agitaient la France en ces temps troublés n'étaient guère faits pour inspirer confiance à l'industrie particulière, et, malgré la loi du 28 fructidor an VI, le dépeuplement devint tel que l'Empire s'alarma, et, le 4 juillet 1806, un décret — complété par celui de mai 1809, rendu au château de Schœnbrunn — ordonnait la formation de trente dépôts, devant
(1) L'Administration apportait déjà quelque négligence à la sauvegarde des intérêts qui lui étaient confiés, s'il faut en croire un écrivain du temps, Esprit- Paul de Lafont-Pouloti, auteur d'un Mémoire sur les courses de chevaux et de cha,rs en France, envisagées sous un point de vue d'utilité publique (Paris, 1791), et d'un ouvrage d'élevage intitulé De la, régénération des haras (Paris, 1789), dans lequel nous lisons :
« Le roi de Prusse fit acheter à Paris, l'année dernière, un étalon arabe, pour la somme de 20.000 livres; disons à notre honte que l'Administration des Haras refusa de faire cette acquisition, et que les bons patriotes eurent la douleur de voir partir du royaume un cheval précieux qui y avait été amené par un de nos consuls dans l'espoir d'être utile à sa patrie. »
Dans le même ouvrage l'auteur s'en prend à juste titre « aux privilèges et exemptions dont jouissaient les gardes-étalons, qui sont très onéreux aux communes, parce qu'étant presque toujours de grands propriétaires le rejet de leurs impositions sur les autres contribuables cause une augmentation considérable en retombant sur le peuple ».
Les gardes-étalons jouissaient, en effet, de scandaleuses réductions d'impôts et d'exemption de charges, que l'État récupérait sur les communes. Une réglementation étroite, sanctionnée par les mesures de police et de répression les -plus rigoureuses, s'étendait, en outre, sur les petits éleveurs, qu'elle paralysait littéralement par les amendes, les confiscations, voire la prison, pour la plus légère inobservation de ces règlements draconiens.
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abriter 1.740 étalons, de six liaras composés chacun de 100 poulinières, et de deux écoles d'expériences.
Ce décret de 1806, le premier en la matière, servira longtemps de jjase — en dépit des modifications partielles qui y seront successivement apportées — à l'organisation de l'Administration des Haras. A ce titre il nous a paru intéressant de rappeler le document qui remettait ainsi entre les mains de cette Administration le sort de l'élevage en France, et nous le publions in extenso à la fm de cet ouvrage. (Voir Livre X.)
Jusqu'à quel point ce décret reçut-il son application, il est impossible de le savoir. L'eût-il reçue intégralement, d'ailleurs, que ses effets eussent été insuffisants à pourvoir l'État de la cavalerie voulue, les guerres de l'Empire ayant nécessité une telle consommation de chevaux que force fut d'en prendre à l'étranger des quantités énormes.
A la Restauration, il existait, cependant, 1.100 étalons dans les établissements nationaux. Mais que valaient-ils, le pur sang — bête noire de l'Administration — ■ en ayant été exclu!
Le gouvernement de Charles X rétablit le haras de Rozières (Meurthe) et créa celui de Meudon, dont nous avons parlé précédemment. Mais, en 1828, de violentes attaques semblèrent devoir ébranler l'Administration des Haras. Une commission examina minutieusement toutes les parties du service, et, dans son rapport, conclut à la nécessité de l'intervention directe de l'État. Les partisans de la liberté revinrent à la charge en 1832, et M. d'Argout obtint même la réduction du budget, la suppression de neuf dépôts d'étalons et le remplacement de l'ancien personnel par un personnel nouveau, quand l'ordonnance du 10 décembre 1833 — véritable réponse au programme de la Société d'Encouragement, fondée un mois auparavant — vint reconstituer l'Administration sur une base plus large encore et lui redonner toute son omnipotence, en plaçant à sa tête un de ses inspecteurs généraux, M. E. Gayot, homme énergique, malheureusement imbu d'idées fausses, et qui fut un des plus redoutables adversaires que la Société d'Encouragement allait trouver en face d'elle.
Donc, à l'heure même où naissait la jeune Société, à qui la France allait être redevable de la transformation complète de la race, l'Administration des Haras — maîtresse absolue des courses et de l'élevage, qu'elle dirigait à son gré — était plus puissante que jamais.
C'est assez dire que le gâchis était général (1).
(1) Pour qu'on ne nous accuse pas d'opposition systématique envers l'Administration, voici ce qu'écrit à ce sujet Eugène Chapus, généralement enclin à chanter ses louanges :
« Avant la venue de la Société d'Encouragement, la question chevaline était plongée dans de profondes ténèbres; les sujets et les méthodes n'avaient aucune base fixe ; ils se contredisaient, ou , plutôt, il n'y avait pas de système. La routine et la fantaisie prévalaient, aussi bien dans les établissements publics, dans les haras du Gouvernement, que chez les éleveurs particuliers, dont le nombre était infmiment petit. Dans son ouvrage Des institutions hippiques, un inspecteur
Ce qu'aucun gouvernement n'avait pu ou su faire jusqu'ici, douze hommes jeunes, actifs, intelligents, novateurs, allaient le réaliser, et c'est leur honneur que d'avoir, prenant résolument pour exemple l'Angleterre, fixé définitivement l'orientation à donner à l'élevage et développé — en dépit de toutes les critiques, de toutes les railleries, de toutes les attaques et de toutes les oppositions plus ou moins intéressées à son échec — cette nouvelle branche, devenue si importante, de la richesse nationale.
général (E. Gayot), a tracé lui-même le triste et affligeant tableau des fluctua tions, des changements de méthodes et de systèmes, des vicissitudes enfin, qu'a subis l'institution des Haras. »
Il est difficile de mieux peindre l'œuvre de désorganisation créée par la dite institution; et, pour une fois, nous sommes parfaitement d'accord avec l'un de ses grands chefs.